HUBERT, FRANÇOIS
FRANÇOIS
Vous souffrez?... Qu'est-ce dore qui vouf^ chagrine?...
HUBERT
Ne dites rien î... le mal dont on souffre est .'acre, Quand Dieu, dans nos enfants, en a mis l'origine. D'une telle douleur rien ne peut consoler!
Lorsque gronde la voix divine,
A quoi nous sert-il de parler ?
FRANÇOIS Le temps peut tout guérir... Rien ici n'est durable!
HUBERT Pour tous, notre malheur est bien irréparable.
P^RAXÇOIS (ciirpris) Quoi ! Que voulez-vous dire ?
hubï:rt
Hélas ! la trahison.
Dont l'âpre souvenir, au. cœur de Jean, deme^ire, Ne fut pas pour lui seul un horrible poison : Madeleine, dit-on, n'a plus à vivre une heure!...
FRANÇOIS (sursautant)
Qu'entends-je ?...
HUBERT
Hélas î la vérité !
(Il s^jpprochc de Fiançais)
Rien n'arrête, François, l'âpre fatalité î
(Une -pause. — Franrois réfléchit; puis il prend doulo'urcufuent mais cncr gigue ment son parti.)
FRANÇOIS
Hubert !... Je ne veux pas rpie Madeleine mcurre !
L'horreur de mon forfait vient me glacer d'effroi. \\ n'est pas sous \v ciel d'homme aussi vil cpie moi !
HUBERT (frémissant) Parle !
FR.\NÇO[S (comme un fou)
Ecoute/... j'entends... j'entends dan.< ma démence Hurler au fond de moi ma iristi' conscicnc*. . Au loin... j'irai chercher l'oubli, non le pardon... Tout ce mal ( st mon œuvre et jt\..
(Il s'arrête)
(On afcrçnit Jean qui rôd>e -par là et qui écoute sans être vu des deux interlocuteurs).
HUBERT
Mais parle donc !
FRANÇOIS (d^une voix entrée ou-pée)
J'aimais — oh! oui! J'aimais follement Madeleine;
Voilà trois ans — là-bas — elle était femme à peine;
J'offris de l'épouser. Elle ne voulut pas !...
Parmi les camps et les combats
Je l'oubliais enfin, lorsque, hélas ! ici même,
Fiancée, amoureuse, un jour je la revis.
Les amants comme moi sont des amants maudits,
Mon honneur de soldat, l'estime de moi-même
En ce moment... j'oubliai tout...
~ (Silence)
HUBERT
Va ! poursuis jusqu'au bout !...
FRANÇOIS
Eh bien ! la faute dont je la chargeais... mensonge! Sanglot d'un cœur que ronge Le désespoir !...