‹ Jean-Michel; comédie lyrique en quatre actesChapitre 27 sur 34 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

HUBERT, seul, puis JEAN

(Quand tous les invités ont gagné la salle de bal, Hubert est resté seul dans V atelier. Il se promène lourdement devant la table, accablé par le poids de ses pensées.)

HUBERT (d'une voix lassée)

Mon pauvre J ean ! Toujours il pense à Madeleine ! (La musique exprime sa détresse, tandis que, sortant de la salle de bal, ] ean parait. Hubert s'arrête).

JEAN

Je vous ai fait, grand'père, de la peine: Pardonnez-moi...

HUBERT (tristement)

D'où venais-tu si tard?

JEAN

Je ne sais... je marchais au hasard...

Je promenais, dans la ville déserte, La plus grande douleur qu'homme ait jamais soufferte.

HUBERT Quand on est homme, il faut la vaincre, la douleur !

JEAN

O grand'père, il en est que je vaincrais, sans doute; Mais celle qui m'atteint... (avec élan)

Oh ! père ! c'est au cœurî Que je souffre !...

HUBERT

Enfant, sur ta route.

Puisses-tu ne jamais souffrir Que d'un chagrin d'amour qui passe.

Va ! des maux que le temps ne peut guérir, J^espère, Jean, que Dieu te fera grâce î

(/e;in 'pleur () Quoi! des pleurs! raidis-toi, sois fort!...

JEAN (arec décision)

Je le serai ; car, je préférerais la mort

A la honte d'encore approcher Madeleine...

Si grande soit ma peine,

Je me courbe devant le sort.

Pourtant — car je ne puis mentir — si, tout à l'heure, Grand'-père, je me suis de la sorte attardé. C'est que, d'alarmes obsédé.

J'errais autour de sa demeure.

J'ai su, c'est horrible à penser Qu'elle est mourante, ô père î...

HUBERT

Le ciel, sur elle, fait peser

Le poids de sa colère...

H ne frappe pas l'innocent...

Ne pense plus à ces choses, mon Jean!...

Oui... sa trahison te délie,

Nous vivrons l'un pour l'autre... oublie!...

Rapclletoi, rappel le-tci !...

Nos jours de tendresse, Lorsque ravi de t'avoir seul pour moi,

Je guidais ta jeunesse

Au chemin du devoir î Si douce était notre existence,

Si ferme mon espoir.

Que, réchauffant la vieillesse à l'rnfance. Mon coeur, du vrai bonheur, sut enfin le pouvoir!

JEAN

Ces jours-la reviendront, car, toujours, je vous aime Et, pour vous épargner des soucis superflus, Je braverais le désespoir lui-même...

Père... pardon... je ne pleurerai plus!...

(Il se jette dans ses bras)

(Jean se retire -par les a-ppartements à'' Hubert. Hubert le suit des yeux jusqu^à ce qu^ïl ait disparu)

HUBERT (à part) Pourquoi, mon Dieu, la douleur qui le mine?

(Hubert se dirige Lentement vers la salle de bal. François^ qui vient d'' en sortir, le suit des yeux; en le voyant si douloureusement résigné, il hésite à V aborder. Enfin., il prend son parti et., au moment où le père Hubert va franchir la porte de la salle de bal, il V arrête en lui mettant la main sur V épaule).

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