SCENE I
MADELEINE, seule.
Reyiendras-tu, mon Jean?... Oui, comme une coquette, Je veux, quand tu viendras, que tout soit bien range... En voyant la gaîté de ma pauvre chambrette, Do m'aimer encor plus tu serras obligé.
Jean?... c'est mon fiancé! J ai reçu sa promesse; Pour l'église, a son bras, je vais partir si*ns peur. Il est si bon .. si doux... rien ne vaut sa tendresse! Oh ! je l'aime, mon Jean, à pleine âme, à plein cœur.
(Elle écoute, souriante, des chants lointains qui, peu à peu, se rapprochent. Ce sont des gaviins qui chantent le chant du jour des Rois), (i)
(ij Dans le pays de Liège, le jour des Rois et la veille, des troupes de gamins vont de porte en porte, par les rues de la ville et des villages, chantant de naïves complaintes • n l'honneur de Melchior, do Gaspard et Balthasard, les 3 Rois-mages.
CHŒUR DES GAMINS (dans la rue)
" C'est le jour des Rois... Chantons, chantons ici! (i) Dévotes gens, crions à Dieu merci !
Chantons Noël pour le roi nouvelet,
Noël ! pour le roi nouvelet
Noël nouvelet! chantons ici!"
(Le chœur s^ éloigne)
MADELEINE (ravie)
Noël ! c'est la nuit de Noël !
Et la terre et le ciel sont en liesse ! Mais ce n'est pas pour Israël, C'est pour le monde entier dans sa détresse Que descend le Christ éternel !
(Le chœur des gamins revient)
CKŒUR DES GAMINS (dans la rue)
" L'un portait l'or, l'autre Tencens béni ; Un autre encore à Jésus myrrhe offrit.
L'étable alors, au parardis semblait !
Noël ! pour le roi nouvelet
Noël nouvelet ! Chantons ici!"
(Le chœur s'éloigne définitive}nent)
MADELEINE
Pour eux, la joie et l'espérance;
Pour moi, le deuil et la douleur.
Chantez toujours, enfants, dans votre insouciance D'autres portent pour vous le fardeau du malheur !
(Elle éclate de rire)
Pour que je puisse enfin sourire, O Rois! que m'apportez-vous?
Comme à Jésus, à mes genoux, Posez l'encens, i'or et la myrrhe !
Jean aime la simplicité
Du cœur comme à.z la parure.
J'ai pour trésor, une âme pure.
(i) Noël du XVIP siècle.
6o Jean-Michel
(Elle s'assied, place sa iêie entre ses inains et cach? son visage... puis, après quelques instants, elle relève la tête... haletante... ynanquant d'air... en proie à une crise d'angine de poitrine... la douleur s'apaise peu à peu)
MADELEINE
Je me souviens... arrière! m'a-t-il oit? Va-t-en ! Fuis ! cours, fille déshonorée Près des amants qui t'auront séparée Du fiancé naïf qui te maudit.
(EUe san glotte)
A cet amour, je fus toujours fidèle; Qu'ai-je donc fait pour qu'il me traite ainsi? "\^ois ma douleur, ô Jean, viens, je t'appelle Je vais mourir eu i estant seule ici.
Pitié! mon Dieu, Pitié! pour ma détresse!... Prends, ô Seigneur, ma force et ma jeunesse Mais de Jean presse le retour !
(Elle s' avance vers la porte en chantant cette dernière phrase. Au moment où elle est près de la porte, Jean tout essouffle d'avoir couru, sur le seuiL entre, ferme la porte derrière lui et s^arréle, n'osant approcher.)