SCENE VIII
MADELEINE, JEAN (Ils demeurent un instant silencieux, se regardant)
JEAN (timide)
Mademoiselle !...
MADELEINE (le regardant en souriant)
Mais vous voila Tout ému pour une étrangère!...
JEAN (protestant)
Etrangère... non pas!... j'espère Que vous avez gardé le souvenir De ces lieux où, sans souci d'avenir, Radieuse en son innocence', S'écoula notre heureuse enfance !
MADELEINE (attendrie) Temps heureux et déjà lointains !
JEAN
Jours ensoleillés ! Beaux matins Dont je garde la souvenance !
MADELEINE
Malgré les moments de souffrance,
Ce souvenir lointain, à des des rêves pareil
Met en mon cœur un rayon de soleil !
JEAN
O ciel d'azur ! ô fleurs aimées !
Dont j'ai tressé pour Madelon Tant de couronnes parfumées !
MADELEINE
Sol natal ! maison du vallon !
Que seule, paiivre et délaissée, J'ai dû quitter... (avec émotion)
i8 Jean-Michel
JEAN
Tu pleures ? que crains-tu ?
(Elle s'a-perçoit de V exaltatiofi de Jean et, retenant ses lar- 9neS; veiit se dégager et sortir)
Je ne sais... l'heure est avancée...
Adieu...
JEAX (la retenant)
Xon reste... Père a dû S'attarder un peu...
MADELEINE (insistant)
Ma dentelle. ^..
JEAX (étonné) Pourquoi?... quelle étrange façon.?...
MADELEINE (riant)
Convient-il qu'une demoiselle Reste seule avec un garçon "?
JEAN (la 'prenant par la main)
Je suis ton frère, Madeleine, Et si tu veux...
MADELEINE (sérieuse)
Et si je veux !..»
JEAN
Qu'un plus doux lien nous enchaîne Comble le plus cher de mes vœux!..»
MADELEINE
Calmez-vous î Que voulez-vous dire?
Ce que j'ai caché, ce secret...
Dans mes yeux n'as-tu su le lire ?
MADELEINE Vous fûtes toujours si discret !
JEAN (emporté)
Ce doux secret... C'est que je t'aime:
C'est que je ne vis que po\ir toi !
Que rien, ici-bas, la mort même, Ne peut te séparer de moi...
MADELEINE Serait-il vrai .'*
JEAN (solennel)
Je te le jure !
Sur mon âme et sur mon honneur !
MADELEINE (simplement)
Jean ! je te crois.
JEAN
Je t'en conjure !
MADELEINE Voici ma main.... A toi mou cœur !
MADELEINE et JEAN
Sois tout pour moi ! Viens, sois ma vie ! Je m'abandonne à ce transport !
Mon cœur fervent à toi se lie Soyons tinis jusqu'à la mort!
(L'heure senne)
L'heure passe !
(Elle veut se dégager)
JEAN
Je t'en supplie
M ADELE [ N E (hisistfint) Adieu !
JEAN (ravi et la retenant)
Moment délicieux 1
Heure trop brève où l'âme oublie, Par l'amour, la terre et les cieux !... Extase sainte qui, sur l'aile Du rêve et des espoirs bénis.
Ravit les cœurs et leur révèle L'enivrement des bonheurs infinis !...
MADELEINE (émue) Mon Jean ! mon fiancé ! Je t'aime !
JEAN (radieux)
Oh ! répète un aveu si doux !
Mot éternel, divin poème,
Dont tressaille mon cœur jaloux !
MADELEINE
Demain !
JEAN
Aujourd'hui, je t'implore 1
Non ! Demain !...
JEAN
Mais... où te trouver?...
MADELEINE
Devant l'Enfant Dieu qu'on adore Et qui naquit pour nous sauver...
JEAN
A l'église !
MADELEINE Oui... pour la messe de minuit !
JEAN
Ma volonté t'est soumise
Et partout mon cœur te suit !
MADELEINE
Nous échangerons nos promesses Devant Dieu...
JEAN
Les anges du ciel Seront témoins de nos tendresses...
MADELEINE
Et nos cœurs chanteront : Nocl !
(Madeleine sort. Jean la regarde s^ éloigner -par le quai de la Batte couvert de neige)
JEAN (rêveur)
Bonheur ! Tendresse ! Amour ! De mon âme ravie
Rêve enchanté ! charme vainqueur !
Sans crainte et sans regret je t'ai donné ma vie Et, pour jamais, je t'ai donné mon cœur ! (Jean reste rêveur à la fenêtre)
(La toile tombe lentement)