‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 13 sur 157 · Georges Chastellain, Œuvres, éd, Stecher, VII · texte numérisé non relu

Georges Chastellain, Œuvres, éd, Stecher, VII

L'Historiographe de Charles le Téméraire,

de Maximilien d'Autriche et de Philippe le Beau (1475-1507)

Molinet devirt donc chroniqueur de la Maison de Bourgogne en 1475 : il était âgé de quarante ans. À une époque que nous ne pouvons préciser, 1l s'était marié et avait eu deux enfants. Par testament, quelques jours avant sa mort, il léguait ses biens à ses deux fils, Augustin Molinet, sous-diacre, chanoine de l’église Notre-Dame de Condé, et Philippe Molinet qui avait épousé une demoiselle Marguerite Bourhnette. Le premier devait recevoir une maison a heritage, le second, un heritage contenant deux louaiges, les deux immeubles attenant par derrière aux murs de la Salle le Comte !,

Molinet entra aussitôt en fonctions. Sa carrière d’historiographe fut assez mouvementée et il devait, plusieurs fois, changer de maître. De 1475 à 1485, nous n'avons pu relever aucune mention de Molinet aux Archives du Nord. Il est vrai que le dépôt de Lille présente de regrettables lacunes pour cette période particulièrement troublée. Molinet assista à la décadence rapide de la puissance bourguignonne : ce furent d’abord les échecs sanglants de Granson et de Morat, puis le désastre de Nancy et la mort tragique de Charles le Téméraire en janvier 1477. Ce furent ensuite les conquêtes de son souple et perfide ennemi, le roi Louis XI, qui s’empara rapidement de la Bourgogne et soumit la Picardie, le Boulonnais et l’Artois. Après le mariage de Marie de Bourgogne et de Maximilien d'Autriche, de nouvelles escarmouches se produisirent en Flandre et en Hainaut, jusqu’à la rencontre meurtrière de Thérouanne (août 1479). Quelques années plus tard, la duchesse d'Autriche mourut d’une chute de cheval et les belligérants signèrent

1. Archives de Valenciennes, JJ, n° 2026. Suivant E. Roy (Revue de Philologie française, IX, 22), il y aurait eu un troisième fils, Balthazar Molinet, qui mourut comme historiographe de Charles-Quint. Cette assertion erronée est reproduite par M. H. Guy, L'École des Rhétoriqueurs, 171. Dans la même page, Molinet est dépeint comme un poète famélique : on voit ce qu'il faut penser de cette affirmation.

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le traité d'Arras qui consacra le démembrement de l’état bourguignon (1482). Vinrent enfin quelques années d’accalmie et, en février 1486, Maximilien, élu roi des Romains, devint l'héritier présomptif de l’Empire.

À partir de ce moment, nous disposons de nombreuses pièces d’archives qui, d'année en année, nous permettent de suivre Molinet jusqu'à la fin de sa vie. Par mandement du 17 octobre 1485, Molinet, chanoine de la Salle, devait toucher une pension annuelle de cent écus, soit 240 livres tournois, soit encore 120 livres de quarante gros, monnaie de Flandre, la livre !. Tout alla bien jusqu’en 1490 : cette année-là, Molinet ne reçut point ses émoluments ?. Le roi des Romains, Maximilien, Massimiliano pochi danari, comme disent les Italiens, avait souvent besoin d'argent *. Molinet dut réclamer les arrérages de sa pension. Comme la Recette générale du Hainaut faisait des diffcultés pour le payer, il obtint d'être assigné sur la Recette de la Salle à Valenciennes et finit par toucher son dû *. Un autre document inédit de 1494 nous apprend que Molinet était à la fois chanoine de la Salle, de Condé et de Saint-Géry de Cambrai. Philippe Bauduin, receveur de la Salle, dressant en décembre 1494 un état du revenu du domaine, signale les diverses prébendes dont profite Molinet, mais il ne veut pas les

1. Arch. du Nord, B 8058, fol. 56 verso, 1485-1486 : À maistre Jehan Molinet, chanosne de la Salle en Vallenchiennes, a present ordonné historiographe et chroniqueur du Rou, la somme de VI** livres de XL gros, monnaie de Flandre, la livre, apparant du don de ceste pention par mandement, en date du XVII® d'octobre mil IIII° III[* chincg, declarant en oultre ledict maistre Jehan Molinet estre partant tenuz de servir audit estat et mettre et redigier par escript tous les fais, gestes, proesses et aultres vertus comendables de feuz les prédecesseurs du roy, que Dieu absoille, et de luy et au surplus faire bien, deuement et lealment, toutes et singulieres, les choses que bon el leal historiographe et chronicqueur dessys dit poelt et doit faire et qui audit estat compele et appertient… Cette mention vaut pour l’année 1485-1486 ; nous avons un texte identique dans B 059, fol. 45 recto, pour 1487 ; dans B 8060, ful. 46 verso, pour 1488 ; dans B 8061 fol. 62 recto, pour 1489 : dans B 8062 fol. 66 recto, pour 1490.

2. Archives du Nord, B 8062, fol. 66 recto : En tant que touche l'annee presente, obstant les grans afferes du roy et les grans cherges que cesle recepte a eues, il ne luy reste possible pauer ceste annee.

3. H. Hauser et À. Rensudet, Les débuts de l'âge moderne, 14. 4, Arch. du Nord, B 9916, fol. 36 verso : À maistre Jehan Molinet, cronicqueur et historio-

graphe du roi Nostre Seigneur, pour sa pension de C escus par an, dont il estoit assigné sur la recepte générale de Haynnau…., ledit Mollinet considerant qu'il ne povoit estre payé de sa dite pension, a obtenu son assignation de sa dite pension sus ceste recepte, contenant que avec le paiement de l'annee, il'soit payé des arrerages a luy deus et ce, en trois années a venir et a egale portion. Or appert qu'il lui est deu deux annees escheues au XVIIC d'avril 1491, apres Pasques. Comme on lui devait deux années, soit 480 livres tournois, 1l recut pour les trois années

1492, 1493 et 1494, 240 1. t, plus le tiers de 480 I. t. soit 400 I. t. : B 9916, fol. 37 recto, B 9917, fol. 36 recto, B 9918 fol. 34 verso.

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lui reprocher, car il estime que les fonctions d’historiographe ne sont pas une sinécure |.

Dans la même année 1494, Maximilien abandonne à son fils, l’archiduc Philippe le. Beau, le gouvernement des Pays-Bas. Molinet passa au service du nouveau souverain et, jusqu'à la mort du prince (septembre 1506), 1l devait rester son chroniqueur offciel.

Il eut encore des difficultés avec les gens des finances. En 1495, il avait reçu sa pension régulière de 240 I. t. ?, mais, en 14%, elle fut réduite de moitié *. Dans une pièce amusante, intitulée Gaiges retrenchiés, Molinet nous conte sa mésaventure ; il fait, comme d'ordinaire, un jeu de mots sur son nom, v. 41-45 :

Ce Molinet tant vermolu devient

Que nul n'y vient apporter sa monnee :

Il cline en bas, ame ne le soustient,

Ni entretient, ne scet a quoy il tient Qu'on luy retient une demye annee...

Grâce à un puissant protecteur, Bauduin de Lannoy, sans doute, il eut bientôt gain de cause. Dans une lettre écrite à Malines #, le 5 mars 1497, les Président et gens des Comptes, s'adressant au Receveur de Valenciennes, lui ordonnent instamment de payer à Molinet ce qui lui revient. Le document est fort important, car il nous révèle qu’à cette époque notre rhétoriqueur était conseiller de l’archiduc Philippe le Beau : Maistre Jehan Molinet, conseillier, cronicqueur et historiograffe de nostre dit seigneur, nous a presentement remonstré comment puis nagaires il avoit obtenu lettres de relievement d'icelluy seigneur sur la restrinction de la moitié de sa pension faicte par les ordonnances du mois de may 1111 quinze. Nous escripvons par devers vous et vous ordonnons et neantmoins mandons, de par icelluy Seigneur, que, incontinent apres la reception de cestes, vous advisez de payer et contenter le dit maistre Jehan Molinet de ladite somme de Virx I. t. a lui deue °. Le receveur de Valenciennes fut

1. Arch. du Nord, B 9718 fol. 11 : Le XIII partie, sur Maistre Jehan Molinet cronicgueur, lequel a de pencion sur icelle recepte cent escus par an, pour redisier les fais et sestes notables des prinches de par decha. Il est vray qu'il est chanonne de la Sallé, de Condet et de Saint Geru en Cambrau ; mais ledit estat est chose de paine et de labeur de corps. Nous verrons plus loin tout le parti qu'on peut tirer de ce texte.

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