‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 146 sur 157 · COMPTE DES SYLLABES · texte numérisé non relu

COMPTE DES SYLLABES

Nous examinerons d’abord certaines formes archaïques et picardes ; puis nous citerons plusieurs cas de diérèse et de synérèse et nous ajouterons quelques remarques sur le traitement de le muet final.

À Formes archaïques et picardes

1 Hons pour homme : Fabri If, 131, condamne cette forme : Pour couppe ne dites pas coppe, Hons pour homme ; cé. Thurot, Prononciation,

Molinet l’'emploie assez souvent :

a) Au milieu du vers : Et tous li homs qui sont de mere nés (Complainte

de Grece, v. 7) ; Onques hons ne les mania (MSQ v. 1573).

b) à la rime : gentis homs : tisons (Debat de la chair, v. 120) ; corps d'hons : cordons {Oraison a Marie, À la divine…., v. 97) ; loge homs : logons (MSQ. v. 6036) ; lyons : ly homs (Dictier sus ceux de Gand, v. 143).

2 Je supply pour je supplie : c'est une forme ancienne, refaite par analogie sur je pri : cf. Jardin de Plaisance, a* verso b : Thurot, Pronon-

ciation, 1, 175 et 179.

Sy te supply, des bonnes la meilleur (Devote loenge, v. 45) : Je te pry, sans couvert malice (Debat du leup, v. 55).

3 Mengüe, trissyllabique. M. L. Foulet signale encore cet archaïsme

dans Éloi d'Amerval, au début du XVI® siècle, ( Romania, LVI, 407-8).

Mengüe herbes, poix, pain et paste (Present d'un cat nonne, v. 26) : Les grands poissons mengüent les petis (Debat de la chair, v. 64) ; En le fin le loup le mengüe : je jue (Debat du leup, v. 260).

On rencontre parfois la forme moderne : JÎlec menge on au son du pot

qui clicque (Debat de la chair, v. 62).

4 Wéoir, chèoir, vêu, chèu, dissyllabiques. Cette prononciation persiste pendant tout le XVI siècle ; Thurot, Prononciation, 1, 524 et 529 ; Tobler, Versbau, p. 51.

Véoir les fais comme devant ou mieux (Ad laudem [rundinis, v. 72) ; Que pour vèoir nouvelle floriture (Chappelet des Dames, v. 20) ; Allés véoir tout avant Rome (MSQ 3382) ; Qui sont pouruëus de tous biens (Orde de belistrie, v. 100) ; parfois Molinet se sert de la forme picarde : justus vir : vir (Mort Federic, v. 94) ; vëir : obeir (MSQ 2300) : parfois même il a la forme ou la prononciation moderne : Tant que scavoir puist ung chascun et voir (Complainte de Grèce, v. 12 ; cf. v. 126); Garde moy de cheoir en tel gouffre (Pater Noster, v. 196). ,

5 Desis, presis : on considère comme un trait picard le maintien de l’s intervocal dans les parfaits forts sigmatiques, à une époque où il ne subssiste plus dans le francien (Schwan-Behrens, Grammatik *?, p. 236): Lorsque desis par doulce concordance (Oraison a Marie, À la divine, v. 142) ; Vers celle en qui toute humanité digne Presis pour nous. (Devote loenge, v. 5) ; on trouve toutefois feis monosyllabique : Tu feis de Dieu et homme ta ventree (Devote loenge, v. 165).

Un certain nombre de parfaits et d’imparfaits du subjonctif provenant de thèmes en -ui ont été refaits, par analogie, sur les parfaits sigmatiques. Tel est le cas de fusist, eusist, peusis et peusist, sceusist, pleusist et voulsist ; deuist et euist s'expliquent par les formes antérieures deusist et eusist : Quoi qu'il fusist sage, fort renomm£ ( Au comte Englebert de Nassau, v. 123) ; Se mort n’eusist boutté en son coffin (Voyage de Naples, v. 129) : Ne scay comment ce jour peusis passer (Oraison a Marie, À la divine, v. 183) ; Trouverent sans brouillis qui peusist nuire (Voyage d'Espagne, v. 31) ; Sans nul discord qui sceusist discorder (Traictiet de la harpe, v. 13) ; Pleusist a Dieu que tu fusses refait (Debat de l'aigle, du harenc et lyon, v. 149) ; Qui me vaulsist donner secours (Lettre a Jehan de Ranchicourt, v. 15) ; on trouve aussi voult et voulut (Dictier pour penser à la mort, v. 40 et 66) ; Il sambloit qu'on les deusist pendre (Dictier des quatre vins franchois, v. 34) ; Il revient et deuist clochier (Regime a Verjus, v. 40) ; Ains qu'il euist la pommette entasmee (Debat du poisson, v. 277).

6 Futurs ‘allongés en -erai : Des verbes en -oir et -re ont un futur refait, par analogie, sur celui des verbes en -er. Ronsard (Art Poétique, VII, 328) blâme encore prendera et mordera ; cf. Tobler, Versbau p. 38 et 39 :

Nos bons amis on pendera (Graces sans villonnie, v. 14) ; Car jamés tant que viverés (Epitaphe Hotin Bonnelle, v. 75 ; nous leur renderons aussi belles (MSQ v. 4998) ;: J'entenderay toute raison (MSQ v. 5139) ; Et y viverons et mourons (MSQ, v. 9436) ; En sepulture les metera MSQ, v. 9827).

AO I0IEE

7 Preceux pour pereceux ou paresseux. Bovelles : Precheux sive paresseux, pretiosus et acediosus :

Tant qu'est a moy devenu suis prescheux (Response a M° À. Busnois, v. 70) ; Sotie engendre oizeuse en gens preceux (Abusions des Cloistres,

B Diérèse et synérèse

| Eu dans des mots étrangers ; cf. Tobler, Versbau, p. 52 ; Sebillet, p. 81 : eu ha autre son en feu, peu, et autre en sceut, heut, peut, apperceut, et est diastolé comme en léver, Promethéus.

Deschèus : Tolomëèus (Noef preux de gourmandise, v. 71) ; Lorsque Orphèus le prudent cithariste (Traictiet de la harpe, v. |) ; dans la Bataille des deux deesses, on a v. 18 Thesëèus ; v. 52 Prothèus ; v. 66 Pirèus ; v. 86

Persèus : v. 98 Promethèus.

2 -ïen, sufhxe dissyllabique ; Sebillet, p. 81 : ie se diastole comme en ancien, terrien.… ; cf. Tobler, Versbau, p. 83 ; Thurot, Prononciation,

a) Ancien : Pour condemner l'ancien adversaire (Blason des armes, v. 16) ; ancien ; phisicien : musicien (Oraison a Marie, À la divine, v. 68... ; anchiens : chiens : Pharisien : patient (Debat du leup, v. 31) : anchiens : chiens, chèens : siens (Debat de l’aigle…., v. 61).

b) Celestien : Que les augures anchiens Vaulrent aux dieux celestiens (Dictier des quatre vins franchois, v. 3 : christienne : celestienne : herodienne (Journee de Therouenne, v. 99) ; celestien: dien (Oraison a saint

Ypolite, v. 245).

c) Christien : [Implore grace a tout vrai. christien (Oraison a saint Adrien, v. 178 ); gardien : quotidien : christien : celestien : Valerien : terrien (Oraison a saint Ypolite, v. 49... ; dans les 5000 premiers vers du Mistère de saint Quentin, christien est 18 fois trissyllabique, six fois dissyllabique.

3 Viande : Sebillet, p. 81 : ia se divise comme en viande, diapré, diamant ; Tobler, Versbau, p. 76 ; Thurot, Prononciation, t. 1, p. 358 : Tant en parler comme en viande (Pater Noster, v. 160) ; viande : friande

(Jeu de Palme, v. 37).

Mol

* 4 Roïne : reine ou roine influencé par le masculin roi ont été trissyllabiques jusqu’au XVI® siècle ; Cf. Thurot, Prononciation, 1, p.510 ; Tobler, Versbau, p . 54. Dans le Champion des Dames (éd. J. Kalbfleisch,

p. XXV), roine est trissvllabique six fois, dissyllabique deux fois :

Toy contemplant du ciel royne et dame (Oraison a Marie, À la divine, v. 115) ; Vers ta mere, la benoite royne (Devote loenge, v. 13) ; Et n'y avoit royne ne ducesse: (Chappelet des Dames, v. 166) ; qui brief se fit royne : digne (Recollection, v. 983). C'est l’usage courant de Molinet : nous n'avons relevé qu'une exception : La royne vis descendre Dedens le marin cours (Recollection, v. 273). ë

5 Haine était tantôt de trois, tantôt de deux syllabes, Tobler, Vershau, p. 34 ; selon Thurot, Prononciation, I, p. 499, le mot est encore parfois trissyllabique au XVI® siècle C'est la valeur que lui donne le plus souvent

Molinet :

Je dis que c'est par hayne couverte (Dictier sur Tournay, v. 161); Haynes persecucicns (MSQ v. 2890). On a toutefois : paine : hayne (v. 94- 98 du Pater Noster).

6 ‘Aide : Selon Palsgrave, 1 dans ayde a un son distinct par lui-même, cf. Thurot, Prononciation, I, p. 314. Dans le Triomphe des Dames, ayde est une fais trissyllabique et une fois dissyllabique. Molinet l’emploie presque toujours de trois syllabes :

Aïde, aïde, saincte Croix (Letania Minor, v. 93) ; aïde : wide (Debat d'apvril, v. 216) ; hidde : aïde (Debat du leup, v. 239) ; ayde : guide (Gaiges retrenchiés, v. 72 : revide : aide (Debat des oiseaux, v. 135) ; Gand n'avoit alors aïde de Franchois {Dictier sus ceux de Gand, v. 99). On trouve cependant une exception : Et fousjours aide les hardis (Debat du leup,

7 Juif : Pour Sebillet, p. 77 ce mot est un monosyilabe ; mais se reférant à l'édition d'Étienne Dolet (1542) il remarque que Marot le fait de deux syllabes ; cf. Thurot, I, p. 549. Il est également dissyllabique pour Molinet : |

Print chair humaine aux Juïfz accusee (Debat du poisson, v. 234) ; Que Dieu senty des Juïfz reprouvés (Debat d'aporil, v. 106) ; Juïfz, Païens, Sarasins, Cristiens (Temple de Mars, v. 81) ; Juïdz, Païens et Sarrasins (Dictier pour Jehan de Tournay, v. 57).

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8 NNient : Dans l’ancien français, nient est tantôt d’une, tantôt de deux syllabes ; c’est un monosyllabe pour Molinet :

Constant nientmains la paour et fraieur (Devote loenge, v. 33) ; Nientmains bon droit a bon mestier d’aïde. (La naissance du duc Charles, v. 48) ; Nostre foy est fort anientie (MSQ v. 3264) ; mais nientmains je ne le plains point (MSQ v. 11907).

9 Cré pour creé, effré pour effreé : dans ces mots, les deux é se fondent en un seul ; il en est de même pour quelques formes des verbes seoir et croire : Bergiers effrés veans ce grand dommaige (Debat du leup, v. 25) ; chose crée : se recrée : enancrée (Oraison a Madame sainte Anne, v. 63) ; sacré : a cré (MSQ , v. 22718) ; sees vous dedens ceste chayere (MSQ v. 772) ; Crés vous ung seul Dieu qui prospere (MSQ v. 3204). Toutefois Molinet ne fait pas toujours la synérèse : Des l'elernel creée et preeslute (Oraison a Marie, À la Divine, v. 8) ; crees que s'il estoient tenus

(MSQ v. 495).

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