C. Traitement de l’e muet final
| E final des monosyllabes : L'élision de l’e final devant ure voyelle initiale est facultative pour une partie des monosyllabes, cf. Tobler, Versbau, p. 60.
a) Non élision :
Riens de salut ne voys, nè os (Letania minor, v. 143) :
Tu me tues, tu më occis (Regrès des peres et meres, v. 24) ;
Qui n’ay en moy stille nè eloquence (Devote Loenge, v. 26) ; Et tretout
cë ou je porroie errer (Devote Loenge, y. 199) ; logiés lé en vostre palays
(À un prelat de Haynau, v. 76).
b) Elision :
N'y ara pellican ne aronde (Debat des trois nobles oiseaux, v. 134) ; Crevés son enfle et lavés le en vos buires (Miroir de Vie, v. 264) ; menés me au lieu celestien (MSQ v. 3147) ; lessiés me ung peu querir mes clefz
(MSQ v. 8145).
2) Césure épique et césure lyrique :Au XV® siècle, une syllabe féminine comptée ou non dans la mesure du vers décasyllabe, était encore admise sans élision à la coupe. Quand l’e muet était précédé d’une quatrième syllabe accentuée, on avait une césure épique ; dans le cas où la syllabe accentuée qui précédait l'e muet était la troisième du vers, on avait une césure lyrique . Le tableau suivant fera voir quel est l’usage de Molinet :
A IgE—
TITRE DES PIÈCES | DATE HE bar unes
EPIQUE LYRIQUE Trosre d'honneur 1468 I 24 De nus de Nuz 1475 5 17 Temple de Mars 1475 0 3 Chappelet des Dames 1478 0 21 Journee de Therouenne 1479 0 11 Complainte M® d'Ostrisse 1482 2 4 Arbre de Bourgonne 1486 0 0 Dictier sus ceux de Gand 1485 0 2 Mort Federicq empereur 1493 0 ] Aliance Matrimoniale 1496 0 0 Voyage de Naples 1496 0 0 Nativité Madame Lienor 1498 0 0 Naissance de Charles d Austrice 1500 () ) Voyage d'Espaigne 1502 0 0 Epitaphe E. de Nassau 1504 0 ] Ebpitaphe de dame Ysabeau 1505 0 I
On peut conclure de là que Molinet emploie très peu la césure épique et que les césures lyriques assez fréquentes dans ses premières œuvres disparaissent presque complètement à la fin de sa carrière. Kastner avait donc raison de prétendre que ( ce n’est pas Lemaire de Belges qui le premier abandonna la césure épique, maïs bien Georges Chastellain qui, comme chef d'école, imposa sa manière de voir aux autres poètes . de la cour de Bourgogne (Revue des Langues romanes, 1903, p. 290).
Molinet suivit docilement les leçons de son maître. Quant à la césure lyrique, elle se retrouve encore dans les poésies de Jean Lemaire et c’est le mérite de Clément Marot de l'avoir bannie de la poésie française !.
1. E. Langlois, Recueil, LXXXV ; L. E. Kastner, Revue des Langues romanes, 1903 p. 2% ; Ph. Martinon, Revue d'histoire littéraire, 1909, p. 66. Ph. Martinon montre bien que le mérite de Marot fut « d’élider toujours l’e muet à la césure, et par suite, de bannir l'e muet, quand il n’est pas élidable ».