‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 36 sur 157 · AISNE · texte numérisé non relu

AISNE

achevée en 1401 par Nicolas de Gonesse. Si nous en croyons Olivier de la Marche, Charles le Téméraire avait aussi une prédilection marquée pour l’histoire romaine: Jamais ne se couchoit qu'il ne fist lire deux heures devant lui le seigneur de Humbercourt, qui moult bien lisoit, et retenoit et faisoit lors lire les haultes histoires de Romme et prenoit moult grand plaisir es faictz des Rommains *…

Les historiens latins étaient donc fort goûtés à la cour des ducs de Bourgogne. On s'explique que les chroniqueurs bourguignons les aient lus avec soin et s’en soient inspirés. Georges Chastellain, en particulier, insère, dans sa Chronique, beaucoup de harangues longues et pompeuses. Pour ne citer qu'un exemple, Philippe le Bon, après la mort de son père, prononce une savante lamentation, en présence de ses serviteurs et Messire Athis de Brimeu lui fait une éloquente réponse ?.

Dans les Chroniques de Molinet, les discours sont rares et généralement courts. [ls sont néanmoins d’une facture soignée et sont ornés de figures de style. Au siège de Neuss, les Lombards ont manqué de courage et ont fui devant l'ennemi. Charles le Téméraire leur adresse une apostrophe véhémente ; ses phrases sont harmonieusement balancées ou terminées par des consonances identiques : Vous estiez le soing de ma labeur, la verge de mes ennemis et l’appoy de mon honneur. Comment polrezvous recouvrer ceste verecundeuse perte et tres dommageuse gastine ? Vous avés monstré vostre segnicieuse œuvre et sommeilleuse fetardité, car j esperoie avoir de vous fruict et bruict honorable et j'ai trouvé, en fin de cens, faulte et fraude miserable.. (Ch. 14).

De plus, les historiens latins avaient l'habitude de mentionner des prodiges ou des événements merveilleux : c'était là encore comme un ornement de l’histoire. Les mémorialistes bourguignons se conforment, sur ce point aussi, à la tradition ancienne. Georges Chastellain nous en donne un témoignage curieux. Après avoir rapporté une pluie de sang à Gênes, il ajoute : Autrefois, au temps que les Romains estoient en leur regne, comme raconte Titus Livie, en est-il plu a Rome, par diverses fois, sur quoy les Romains se conseillerent a leurs dieux et leur en firent sacrifices, car notoient bien que ce sont prodiges et presages d'aucuns maux et meschiefs…

Ailleurs, prenant pié sur cas semblables dont les nobles historiographes romains ont escrit, 1] raconte une lutte étrange, qui eut lieu en Bretagne,

1. Olivier de La Marche, Chroniques, Il, 334. 2. Georges Chastellain, Œuvres, I, 57-64.

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