‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 35 sur 157 · ERA · texte numérisé non relu

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lement un grand nombre. Cependant la composition des Chroniques n'est pas toujours très soignée ; il ne se fait pas scrupule de narrer deux fois le même événement. Louis XI chasse une partie des habitants d'Arras et donne à la ville le nouveau nom de Franchise : le fait est mentionné dans les chapitres 40 et 64. À Cambrai, les aigles impériales sont effacées aux portes et remplacées par les fleurs de lys et, de nouveau, la cité retrouve sa neutralité : les chapitres 58 et 70 relatent ce même incident. Aux chapitres 69 et 80, la description d’un‘hiver extrêmement rigoureux est reprise à peu près dans les mêmes termes. On ne trouve donc point une composition irréprochable dans les Chroniques de

Molinet.

L'imitation des historiens anciens eut de fâcheux résultats pour beaucoup de chroniqueurs du XVE siècle. Il faut excepter ici Commynes, qui, dégagé de l'influence antique et surtout soucieux de pénétrer les mobiles secrets des actions humaines, donne un accent tout moderne à son œuvre. Les Anciens avaient une conception particulière de l’histoire : pour eux, il s'agissait bien moins de rétablir les faits dans toute leur vérité que de les présenter avec le plus d'agrément ; c'était plus un art qu'une science. Tite-Live s’abstient de transcrire un hymne du temps des guerres puniques, parce qu'il est grossier et informe. De même, les discours authentiques sont bannis des ouvrages d'histoire : ils en rompraient l'harmonie. Tacite refait à sa manière une allocution de l'empereur Claude, dont un heureux hasard nous a conservé l'original. Les historiens anciens mêlent à leurs récits des harangues fictives qui sont de brillants morceaux d’éloquence.

Beaucoup d’historiographes de la fin du moyen âge se sont inspirés des modèles antiques et l’on peut, du reste, établir comment cette influence s’est exercée. Dès le XIV® siècle, apparaissent des versions en langue vulgaire de Tite-Live et de Valère-Maxime. La première et la troisième décade, les neuf premiers livres de la quatrième décade de l'Histoire romaine furent traduits entre 1352 et 1356 par le théologien Pierre Bersuire : l'ouvrage obtint le plus grand succès. Il fut fort apprécié à la cour des ducs de Bourgogne : en 1400, Philippe le Hardi reçut de Dine Raponde, en bonne estrainne, un Tite-Live richement enluminé et relié, qui contenait la traduction de Bersuire !, En 1409, Jean sans Peur fait acheter pour lui un Valère-Maxime, qui n'est autre que la version entreprise en 1375, pour Charles V, par Maître Simon de Hesdin et

1. G. Doutrepont, La littérature française, 121 et 123 : L. Mirot, Études Lucquoises : Dine Raponde (Bibliothèque de l'École des Chartes, 89, 240).

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