Migne, Patr. lat, CLXXVI
6. Alexandre de Halès, Universae theologiae summa (Venise, 1576), fol. A3, verso b.
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d'exposition qui lui est habituel et qu'il emprunte, d’ailleurs, à Boèce, présente d’abord sous forme de syllogisme les propositions qu'il veut ensuite réfuter. Après avoir posé le raisonnement qui prétend établir qu'il n'y a pas plusieurs sens sous la même lettre, il développe son opinion : La première signification, en vertu de laquelle les mots signifient des choses, constitue le premier sens, à savoir le sens historique ou littéral. Quant à la signification en vertu de laquelle les choses signifiées par les mots signifient elles-mêmes d’autres choses, on l'appelle sens spirituel, lequel est fondé sur le sens littéral et le suppose. Or le sens spirituel se divise en trois sens. Le sens allégorique résulte du symbolisme par lequel la loi ancienne est la figure de la loi nouvelle ; le sens moral résulte du symbolisme par lequel les choses accomplies dans le Christ ou dans les figures du Christ sont les signes de ce que nous devons faire ; le sens anagogique résulte du symbolisme par lequel ces choses figurent ce qui a lieu dans la gloire éternelle !.
Saint Bonaventure expose à peu près les mêmes idées dans plusieurs de ses ouvrages. Voici un des passages les plus sigmficatifs : Habet postremo ipsa Scriptura profunditatem, quae consistit in multiplicitate mysticarum intellisentiarum. Nam praeter litteralem sensum habet in diversis locis exponi tripliciter, scilicet allegorice, moraliter et anagogice. Est autem allegoria, quando per unum factum indicatur aliud factum, secundum quod credendum est. Tropologia, sive moralitas est, quando per id quod factum est, datur intelligi aliud quod faciendum est. Anagogia, quasi sursum ductio est, quando datur intelligi illud quod desiderandum est, scilicet aeterna felicitas Beatorum ?. Il y a plus : Saint Bonaventure présente la quadruple interprétation d'un texte sacré comme un procédé d'amplification oratoire, Il composa, en effet, un Ars Concionandi, dont nous extrayons quelques phrases : Septimus modus dilatandi est thema diversimode exponere. Sunt autem quatuor modi exponendi : litteralis, allegoricus, tropologicus vel moralis, anagogicus. Ex his patet quod per allegoriam instruitur fides, per tropologiam informantur mores, per anagogiam levamur in altum, superiora vel caelestia contemplantes *.
Ces principes d’exégèse reçurent de nombreuses applications, mais nous ne citerons que les œuvres essentielles. Au IX® siècle, apparut un
1. Saint Thomas, Somme théologique (Paris, 1927), I, 58. 2. S. Bonaventurae, Opera omnia (Ad Claras Aquas, 1891), V, 205. Ailleurs, V, 389,
saint Bonaventure illustre sa pensée d'images fort ingénieuses. Guillaume Durant reproduit Ja théorie traditionnelle dans le Rationale Divinorum ; voir la traduction de Jean Golein
(1374), dans le ms. fr. 437 de la Bibl. nat., fol. 5 verso. : 3. S. Bonaventurae, op. cit., IX, 19.
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ouvrage important, dont l'influence fut considérable : Walahfrid Strabo écrivit des gloses pour l'Ancien et le Nouveau Testament . Elles eurent grand renom : Pierre Lombard s'y réfère sous le nom d'auctoritas : on les appelait aussi glosa ordinaria. Longtemps en usage, elles furent imprimées à la fin du XV® siècle et réièmprimées jusqu'au XVII siècle. Strabo reproduit généralement les Commentaires des Pères de l'Église : il indique souvent ses sources, mais, quand la glose est anonyme, on peut supposer qu'elle est de lui. Il suit, au reste, la méthode de ses prédécesseurs : 1l explique d'abord le sens littéral, puis le sens mystique, parfois aussi le sens moral ?.
Au XIVE siècle, Nicolas de Lyre ouvre une période nouvelle dans l'histoire de l'exégèse biblique. S'inspirant surtout de saint Thomas, il compose une œuvre immense : 1l écrit cinquante livres pour expliquer le sens littéral de toute la Bible, et il y ajoute trente-cinq livres de Moralités. Ce qui le caractérise, c'est moins encore le désir de recourir aux exégètes juifs pour corriger le texte latin corrempu que la ferme intention de mettre en valeur le sens littéral et de réduire le nombre des interprétations allégoriques ou morales *. Au début du XVI° siècle, Pierre Desrey n'hésitait pas à compiler la masse indigeste de commentaires que l'Écriture sainte avait suscités *. Vers la même époque, le sermonnaire Michel Menot appliquait encore fidèlement les règles édictées par saint Bonaventure dans son Ars Concionandi *.
Ce qui est plus curieux, c’est qu'on ait soumis aux mêmes principes d’exégèse la mythologie paienne. Déjà Fulgence avait repris au VIE siècle l'explication stoïcienne des mythes anciens, mais il y ajoutait une interprétation chrétienne ©. Il fait un mélange singulier de récits de la fable et de commentaires mystiques. Dans le jugement de Pâris, par exemple, les trois déesses sont des symboles : Minerve représente la vie contemplative, Junon, la vie active, Vénus, la vie sensuelle ?. [] donne également une explication allégorique et morale de l'Énéide et la Thébaïde de