‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 90 sur 157 · SEAT · texte numérisé non relu

SEAT

ici le mot aisselle « planche ». Edmont l'énregistre avec le sens suivant : «Planche suspendue à la voûte d’une cave it sur laquelle on range le

pain, les aliments » ; cf. W. von Wartburg, FEW, I, 160.

V. 18575 : D'espee ou de coutel michoir Arés les testes escrollees… Ch. traduit bien par ( couteau à mincer le pain », mais il aurait pu corriger michoir en minchoir ; cf. Molinet, Roman de la Rose moralisé, Prologue (Manuscrit de La Haye 128 C5, fol. 2 verso): Print ung grant couteau dont on minche le pain...

V. 21957. Puisqu'il n’est digne d’estre en latre Il vault aultant en celle enclastre Qu'emmy les champs. Ch. ne sait comment expliquer latre.

Lire : l’atre signifiant (cimetière » ; cf. Voir von Wartburg, FEW, I, 167 ; Meyer. Lübke, REW3, 760.

+ V. 23978 : Quentin, je pleure et larmoye Tu es l'honneur et la moye De Vermendois, quoi qu'on face. Ch. propose de lire amoie { accommodement, arrangement ». Le mot moie est correct ; c’est une forme picarde signifiant (« meule de blé ou de foin », puis « tas, amas, monceau, trésor »

cf. Meyer-Lübke, REW3, 5548.

Rectifications apportées au glossaire

19 MoTs MAL INTERPRÉTÉS :

V. 491 : Quelz fliches de lart pour ces baux De ces gibés qui sont tous nudz… Baux ne signifie pas « bouts » : ce sont les poutres des gibets ;

cf. Von Wartburg, FEW, I, 215.

V. 830 : V’enés et vous verrés mon hoir, Espoir que ma femme est ajutte… Ajutte signifie ( accouchée » et non « couchée ».

V. 985 : Doubtés serons que lonnoire et esclistre Ou que behistre.. Behistre veut dire non pas « dispute », mais ( ( ouragan, tempête » ;

cf. Romania, LIII, 156.

V. 1001 : Rachiés, railliés, rasachiés, racachiés… Rachiés ne veut pas dire (arrachés ou déracinés » mais « couverts de crachats » ; cf. Gode-

froy, IX, 2382 et Meyer-Lübke, REW*, 7074.

V. 1643 : Et je suis plus rond qu'une quenne De boire friant vin de jarbe.… ; cf. v. 17403 : Commandés ce que vous volés. Nous n'espargnerons pos ne quennes… Ch. traduit quenne par ‘ tuyau » dans le premier cas et par (pieux » dans le second ; il s’agit, en réalité, d’une variété de pot ou de cruche ; cf. Godefroy, II, 52b ; V. Gay, Gloss. I, 270 ; F. Kluge. Etym. Würterbuch der deutschen Sprache, sub verbo Kanne ; voir plus bas, chap. vi, Mots d’origine néerlandaise.

V. 1673 : De ribaudequins, de bardes… ; cf. v. 1828 : Tirés chevaulx, abatés bardes.. Ch. explique bardes, au v. 1673, par (instrument de charpentier » ; pour le second vers, il ne donne pas d'explication. La barde était « l’armure défensive du cheval » ; cf. V. Gay, Gloss. I, 120 ; Meyer-Lübke, REW3, 955.

V. 1760 : Ne scay qu'ils ont la de nouveau À demener sy grand reveau… Reveau : u revel veut dire non point (réveil » mais (allégresse, joie

bruyante » ; cf. Godefroy, VII, 1642,

V. 1781 : Se dis mes borbotorions Plus drus qu'ung singe qui barbette.. ; cf. v. 16165 : Fay a ton Dieu ton sacrifice Disant tes bourbotorions… Ch.

traduit borbotorions par (borborygmes » ; c’est une déformation de breborions { menues prières que l’on bredouille » ; cf. Von Wartburg, FEW,I,

V. 2088 : Et nos saudars sont bien furnis De butins de pos ét de los... Ch. donne à los le sens d’‘ engin de pêche » ; c'est une mesure de capacité pour les liquides, cf. V. Gay, Gloss., II, 93.

V. 2258 : De besans cent mille milliers Te doint Mars mon gubernateur ; cf. v. 20717 : Pour entrefènir sa chapelle, Nous vous lairons trois cens besans D'une parure assez pesans… Selon Ch. besans veut dire ( boutons, agrafes » ; le besant est une monnaie d’or byzantine ; cf. Meyer-Lübke,

REW3, 1436.

V. 2291 : Se vous faites noise ou tensson Et je reviengne a mon sejour, Je vous escourray le plisson… Plisson signifie non point ( peau >» mais « vêtement fourré » ; cf. V. Gay, II, 223.

V. 2444 : Se faut il qu'il viengne a son compte Que Fortune a son buriau conte. Ch. explique buriau par { burial, tas ? » ; le bureau ou buriau est une table de jeu ou de compte ; cf. V. Gay, Gloss., I, 238.

V. 3285 : Baillés leur leur malette et bourdon... ; cf. v. 13581 ;: Que vecy bonne tartelette ! Foy que je doy au roy divin J'en bouteray en ma malette… Ch. traduit malette par ( voile ». dans le premier cas et par « bourse » dans le second ; le dernier sens convient dans les deux cas, cf. Godefroy,

\'ÉRRIOE

V. 3800 :Sachiés ossy que quant je pois, Ung molin a vent du soufflaige, Tourne tout juste a contrepois… Ch. traduit je pois par (je pèse » : il s’agit non du verbe peser, mais du verbe poire (pedere) ; cf. Godefroy,

VI, 256 c.

V. 4311 : Se nous ruons sus les gantiers Ces ypocrites pautonniers… ; cf. v. 17669 : Ils ont estés esvertués Et reversés sus les gantiers… Ch. explique gantiers d’abord par ( bons vivants » puis par « bois d’une arme ». Le mot signifie (tréteau » ; cf. Froissart, Œuvres, p.p. Kervyn de Lettenhove, XI, 64. L'expression ruer ou renverser sur les gantiers veut dire : ( maltraiter, faire mourir » ; voir, plus bas, chap. vit, Locutions populaires.

V. 4404 : Et a tous mal faire affreans. Ch. explique affreans par « disposés, bons à » ;il se demande si ce participe ne vient pas de s’affroyer Uavoir affaire avec quelqu'un » ou s’il ne faut pas lire « effreans » signi-

AS

fiant (effrayants ». C’est une métathèse pour afferans, { convenables » :

cf. Molinet, Temple de Mars, v. 281 : La guerre est trop mal affreant : cf. Godefroy, I, 131 a.

V. 4431 : Enfflés, soufflés, boursoufflés, aboutis… Ch. traduit aboutis par « serrés ». Ce participe a le même sens que (enflés » ; cf. Molinet, Sermon de saint Billouart, v. 146 : Tant estoit gros et abouti ; À. Ledieu, Aboutir : ( Enfler par suite d’un commencement d’apostème ».

V. 4452 : Acouvettés, affamés, assourdis… Ch. explique acouvettés par ( frappés d'une escouvette, d’un balai ». Il s’agit du verbe acouveter ( recouvrir » ; cf. Molinet, Roman de la Rose Moralisé, ch. 85, Moralité : Non seulement au plat pays s'espandoit ce cruel effondre, mais, es basses villes prochaines, et clochiers et moustiers et donjons et tourelles et maisons et courcelles en furent acouvettées et accomblées. Edmont traduit acouveter par { couvrir subitement, complètement » ; cf. Tobler-

Lommatzsch, I, 123.

V. 4792 : Allons chasser aux povillons, Marotte par ce beau moncach. Ch. lit pouillons qu'il glose par ( poux ». Le compte des syllabe$ montre qu'il faut écrire povillons signifiant « papillons » ; cf. Molinet, Chroniques, chap. 80 : En ce temps cheut grande abondance de povillons en la ville de Paris et a l’environ et avoient iceulx povillons courtes aeles ; Cf. Meyer-

Lübke, REW3,. 6211.

V. 4964 : Ou sont ilz les fieux de putains Qu'on ne les peult tenir a graux ; cf. v. 17716 : Ou sont il, que j: ne les tiens À dix graus de mes noires pates. Ch. donne à graux le sens de (crocs, fourches » au lieu de «griffes, ongles ».

V. 5266 : Tout ydolatre mesalé Qui a son Dieu voura entendre , cf. v. 13152 : Suis sans rappel, plain ladre mesalé.. Ch. traduit d’abord mesalé par « égaré » puis par ( qui n'a pas réussi» ; c'est le participe passé du verbe meseler signifiant : 1° ( être lépreux » ; 2° «se gâter, pourrir » ;

cf. Godefroy, V, 2792,

V. 6029 : Princes, vous avés par envie, Mis a mort et fait acœullier Maurice le bon chevalier. Ch. explique acœullier par ( prendre, attaquer » ; ce verbe veut dire ( rendre insensible, engourdir » ; cf. Gode-

froy, 1, 432. °

V. 6034 : Pensons de querir et trachier Ung logis où nous assoichons. Ch. traduit assoichons par « associons » ; c'est la forme picarde du subjonctif présent du verbe s'asseoir.

NZ,

V. 6491 : Îl y fault mettre ce garsson Que nous avons pris par les paux.. ; cf. v. 11936 : Ça, entreux que j'ay les cras paux, (lire : les paux cras), Qui humera cest ypocras ; v. 12033 En ses deux pous ung gresillons : Ch. explique paux par (bâtons» et “ poulx» par (tempes ou poings » ; c'est ung seul et même mot signifiant « pouce », cf. Godefroy, X, 370b.

V. 6725 : Hé, baisecul a deux flagos Comment es tu empotinés 2 cf. v. 11587 : J'aray la face empotinee, Plus noire qu'une pautonniere… Ch. donne à empotiné le sens d’(estropié » ; il veut dire simplement « noircr'» : cf. Jouancoux, I, 215 : Empotiner, « salir, noircir. Serait-ce un dérivé de potin nom donné à la dernière qualité de cuivre, susceptible de prendre vite un aspect malpropre ? »

V. 7055 : Nos macquereles, nos curatieres.… ; cf. v. . 16346 + Baillés moy ung fin garnement, Ung fil de lice curratiere. Ch. explique curatiere d’abord par «ordures» puis par (boîte d’ordures » ; le mot employé comme substantif et comme adjectif signifie (entremetteuse» ; cf. CR IX, 2282 ; Molinet, Dialogue du gendarme et de l’amoureux,

. 131 » Et bien es de curratieres.

V. 7240 : Orfevres, fondeurs, tisserans Parmentiers ou monnyers molans… Ch. explique monnyers par { monnayeurs », alors qu'il s’agit de ( meumiers » ; cf. Molinet, Dialogue du Leup et du Mouton, v. 132 : Blanc est qui se frotte au mannier ; Godefroy, X, 166c.

V. 7555 : Appaisiés vous, qu'a malle hart Vous puist on le col halotter… Ch. glose halotter par « trancher » ; ce verbe veut dire « ébranler, secouer » cf. Vermesse, Alotter : { secouer » ; arlocher : (agiter, secouer, ébranler, balancer » ; Haigneré, Harlotter : (secouer, pousser de droite et de gauche, ballotter » : Hécart, Alotter : « faire effort pour arracher quelque chose qui branle déjà, agiter par le vent » ; Sigart, Harlocher : « ébranler, secouer violemment ».

V. 7763 : Nous sommes tous ensangletés Du sang qui nous sault par les brognes… ; cf. v. 15067 : Et que j'arouse ung peu me brongne De bonne biere qui soit freche.. Ch. donne à brongne le sens de « grosse tunique » :

le mot signifie ( bouche » ; cf. Romania, XLVIII, 577.

V. 7837 : S'il me donnoit d'or une mace Je n'attenroye*a sa personne... Ch. pense que attenroye veut dire « j'attenterais » :.c’est le conditionnel du verbe attenir (appartenir » ; cf. Godefroy, I, 471c.

V. 8602 : On ne veoit charbon ne (lire de) faude qui fesist cest embra-

DD

sement. ; ct. v. 11650 : Faicte bon feu en la cuisine, Plaindez vous gros charbon de faude ? Ch. explique faude par ( étincelle » ; le mot faude signifie ( charbonniere » ; cf. Moisy, Faude : « Charbonnière, lieu où

l’on fait du‘charbon dans les bois » ; Godefroy, III, 7302.

V. 8716 : Nous avons licolz et harcelles Pour enforcier josnes pucelles… ; cf. v. 6825 : Menés y deux ou trois harcelles Qui l'appoigneront, il est heure. Ch. traduit harcelles la première fois — et avec raison — par « liens d’osier », la seconde fois par « harceleurs » ; c’est le même mot qui, dans le sens figuré, veut dire (personne mince et nerveuse ». Edmont l'enregistre avec l'explication suivante : « Tige flexible ou Jeune pousse d'une essence quelconque de bois, propre à être tordue, dont se servent les fagoteurs pour lier leurs fagots. Au fig. se dit de toute personne de frêle apparence qui néanmoins ne craint point la

fatigue ».

V. 8724 : Vous prenés meschans espiautres Se laissiés l'or en la fournaise.…. ; cf. v. 11715 : s’il n’y est mis, nous soyons boutés En‘ung tonnel tout plain d’espiautre.… Ch. croit qu’espiautres veut d’abord dire « épieux » puis .( aspics » ; l’espiautre est un métal, formé d’un alliage de plomb

et d’étain ; cf. V. Gay, Gloss. I, 663 et II, 216.

V. 8726 : Ces deux gars de vielle punaise Ne vallent point deux porions… : cf. v. 16202, 17398 et 20309. Ch. donne à porions le sens de ( portions ? » ; c'est la forme picarde du français poireau ; cf. ALF, carte 1048 et Godefroy, VI, 2942.

V. 9771 : Pour froissier dos, pour grouer mines. Ch. traduit grouer par « secouer, ébranler » ; c'est un composé de grau qui signifie ( griffer, égratigner » ; cf. Molinet, Jean du Gaughier : Et avons les faces grauwees Des arondelles et des corbeaux.

V. 9811 : Prendés espees et bandeaux Pour decoller ces trois loudiers… ; cf. v. 9970 : Si les allés administrer De bendeaux et d'aultres drapoulles… ; v. 10229 : Prendés vos bendeaux, vos bagaiges Et vos espees a deux mains. Ch. traduit bendeaux dans les deux premiers cas par ( coups violents » dans le troisième par « nippes » ; il s’agit de bandes d'étoffe dont on couvrait les yeux des victimes, avant de les décapiter ; cf. Molinet, Chroniques, chap. 171 : il eut les yeux bendés et maistre Charles lui trencha la teste laquelle cheut sur un drap vermeil.

V. 10011 : S’amenés vaisseaulx, cars, carettes, Traineaulx, civieres et brouettes, Bieres, pannieres, hottes, ravaches, Mandes, corbelles et besaches…

Ch. propose de lire rabaches signifiant ( engin de pêche » ; c'est encore un terme picard dont la définition exacte nous est donnée, en particulier, par Edmont : « Grand panier en forme de hotte à claire-voie et à plusieurs compartiments, dans lequel on enferme la volaille ».

V. 10077 : Donnés me a boire ung horion De vin, de briesmart ou de quute.… Ch. se demande s’il ne faut pas lire chuite signifiant « baril » ; il s’agit d’une « bière de bonne qualité » ; cf. Molinet, À Maistre Anthoine Busnois, v. 81 : Fy de brassin, de queute, de briemart ; Godefroy, IV, 6832 ;

voir, plus bas, ch. vit, Mots d’origine néerlandaise.

V. 10311 : Zlz attendent quayaulx et lices Qui vont pour rongier a leurs trongnes… ; cf. v. 16346 : Baillés moy ung fin garnement, Ung fil de lice curratiere… Ch. traduit avec raison dans le premier vers lices par ( chiennes » ; on ne comprend pas que, dans le second cas, il l'explique

par « coffre » ; cf. Godefroy, X, 782.

V. 10573 : Sont ce mimonnés ? Sont ce fees 2 cf. v. 22254 : Et c'est

venue une escochoise Sus ung beau mimonnet joly, Toute armee de lait bouly… Ch. glose d’abord mimonnet par ‘ lutin» puis par « cheval » ; c'est une sorte de singe ; cf. Godefroy, V 822.

V. 10847 : En tamps offusque, opacque et brun Avés exercé la police D'Amiens ventilee de erun, Par trop sedicieuse malice. Ch. conjecture au’erun est mis pour Erin ( Ecosse ». Le mot signifie d'abord « fruits aigres » (Tobler-Lommatzsch I. 235) ; il prend ensuite le sens de « maladie, calamité » ; cf. Cotgrave, Egrun : any thing that angers or exasperates, a disease or sore ; Molinet, Eages du Monde, v. 188 : Il est pilliet et robbé de chascun Et quand aucun en prend pour son arun C'est fort erum a l'autre qui en grongne.

V. 11104 : C’est l’estat d'une pineresse. Ch. pense que pineresse est le féminin de pinart, (terme d’injure » ; c’est « celle qui peigne la laine, le chanvre ou le lin», cf. Godefroy, VI, 612.

V. 11570 : J'apporteray pour faire fus Les estoupes sans le queneulle…. Ch. glose queneulle par ( chenelle, canal en bois » ; c’est une « que-

nouille », cf. Godefroy, X, 457b.

V. 12008 : Sus, a cop, qu'on ne nous convoye D'ung baston ou d’une escorie… ; cf. v. 19400 : Hay, avant, os tu point Le son de celle terrible escorie. Ch. donne a escorie signifiant « fouet » le sens d’ « écurie » ;

cf. Romania, XLVIITT, 577.

V. 12074 : Que mon maistre fier et harouge Ne me donne une bastonnade. Ch. voit dans harouge un (terme d’injure» ; c’est un adjectif signifiant ( vif, éveillé, fanfaron » ; Edmont l'explique par « actif, adroit » : :

cf. Godefroy, IV, 427c.

V. 12505 : Vecy boulaies, vis de tors Pour en assommer une piece. ; cf. v. 15569. Ch. explique boulaie par «fouet à lanière » ; c’est une « massue de cuir » ; cf. V. Gay, Gloss., I, 189. Les vis de tors rappellent les « nerfs de bœuf ».

V. 12533 : ….D'ung bos Ouquel c'est tenu ung hermite, Quarante ans sans cruce et sans mite. Ch. explique cruce par (crosse » ; c’est une forme picarde de « cruche ».

V. 12892 : Vecy de bucqz et de clacqués Et de nocqués rués en maules Assés, sans les aulires hocqués Pour enchainer ung cent de deaules… Ch. interprète nocqués par (claquement de dents » ; il s’agit, sans doute, d’un ( moraillon», pièce de métal servant à fermer une porte, une malle, cf. V. Gay, Glossaire, II, 165 ; le mot semble dériver de noc signifiant ( gouttière » en picard, cf. Meyer-Lübke, REW3, 5859.

V. 14219 : Car on dit qu'il est si cruel Que je redoubte son effroy Plus que tonnoire ou que gruel.…. Ch. traduit gruel par ( grêle ? » ; c’est une «grosse pluie », cf. Vermesse, Gruo : ( Averse, pluie d'orage ».

V. 14564 : Ce sont grans cloux d’estranges sortes Durs que le martel que tu portes, Longs comme pels fiers et pointus… Ch. pense que pels est pour « pelles », alors que ce mot veut dire ( épieux » ; cf. Godefroy,

V. 14707 : Il pent, il fent, il gringne, il grongne De brocq, de hocq, de quant, de hanse. Ch. explique quant par (instrument » et hanse par «sorte de mesure » ; le quant c’est le côté, l’arête, la lame d’une arme d’hast (Godetroy, IX, 39°) ; la hanse, c’est le bâton où est emmanchée l'arme (Godefroy, IV, 414?) ; cf. Molinet, Le Roman de la Rose moralisé, chap. 46, Moralité : il a tellement prouffité par chicheté et merderie, que de crocq que de hance, il est devenu ung tres riche mangon, cruel pinart et

rebelle vilain. <

V. 15144 : Et je porteray le fourel Ou vous trois bouterés vos nés. Ch. se demande si fourel n’est pas mis pour foural ( mesure de capacité » ; le mot signifie (étui, fourreau », cf. Godefroy, IX, 651°.

V. 15216 : Je soye ennemy a Cesar, Se g'y faulx d'une seulle dache.

Ch. interprète dache par ( paille, fétu ». Selon Edmont, c’est un « clou de soulier, à tête grosse et large, presque hémisphérique » ; cf. Molinet, Oraison de saint Adrien, v. 154 : De gros marteaux, d'agus claux ou de dace. Pour l’étymologie, voir E. Gamillscheg, Etymologisches Wôürterbuch der fr. Sprache, 828? ;

V. 16527 : C’est ung fourdre ung tueur de gens, Ung baston pour ruer aux bustes, Qui a toutes ses hontes butes.… Ch. donne a bustes le sens de « cabarets de bas étage » ; le mot signifie « but » et le vers fait allusion à un jeu picard ; cf. Hécart, Bilbotiau : ( Jeu qu'on nomme billion en quelques endroits et qui consiste à jeter des espèces de billots contre un but composé de trois pieux fort courts, fichés en terre à huit ou neuf centimètres l’un de l’autre et réunis dans leur partie supérieure ».

V. 16630 : Et puis ruray en la riviere Teste et tout, visaige et baviere. Baviere ne signifie pas ( menton» comme Ch. l'indique ; c’est une partie de l’armure servant à protéger:le col et le bas du visage ; cf. V.

Gay, Gloss., I, 138.

V. 17581 : Que mes doleurs soient senees… Senees veut dire non point « débarrassées » mais ( guéries » ; cf. Godefroy, VII, 304?.

V. 19160 : Je m'en iray gambe croisie, Devant tous faisant la priere, Sus l’escaillon d'une chiviere. Ch. explique escaillon par « ardoise » ; le mot signifie ( échelon», «échelle» ; cf. Molinet, Siège d'amours,

v. 317 : Drechiez Hecqz et escaillons ; Godefroy, III, 360°.

V. 19574 : J'ay bouche, dens et vis et nés, Et la langue toute essappie… Ch. traduit essappie par (abimee » ; le mot signifie « desséchée » cf. Ledieu. Essapi : ( dévoré par la soif, altéré ».

V. 20259 : Faictes soudainement ung sault Jusqu'en Rome et si desbocquiés Julien, tant qu'il soit crocquiés… Ch. pense que desbocquiés veut dire ( ébranchez, abattez » ; c'est le même verbe que desbuchier signifiant ici (faire sortir d’une retraite» ; cf. Godefroy, IX, 318.

V. 20779 : Chevauchiés ung peu a l’estrade. Estrade a le sens non point de (troupe, mais de (route » ; chevaucher a l'estrade était le propre des « batteurs d’'estrade» que Cotgrave définit ainsi : (the scouts, forragers or forerunners of an army ». |

V. 21644 : Non plus que de boire une drame...Drame désigne ici non point une « pierre précieuse », mais une « faible quartité » : cf. Molinet, Loenge a la Vierge Marie, v. 138 : Et de biensfais je n'ai pris une drame.

HIOUEE

V. 21836 : Cha, hoel, picq et tel maren… : cf. v. 23830 : Le tombel est de gros marien… Ch. explique marien par (instrument, outil » ; il signifie ( bois de construction », cf. Godefroy, V, 88°.

V. 22896 : Sievés le il est pesant qu'ung aistre... Ch. donne à aistre le sens de « porche d'église » ; il s’agit ici d’une « dalle de cheminée », cf. Meyer-Lübke, REW3, 6118.

20 Mots QUI NE FIGURENT PAS AU GLOSSAIRE OÙ DONT LE SENS N’EST PAS INDIQUE :

V. 1259 : Vous gaignerés foire et vatos À chanter par dehors l'abye.. Abye est une forme picarde d’abbaye, cf. Godefroy, VIII, 9°.

.V. 1737 : Portons y tout nostre bagaige, Lis, calis, payelles, pochons… Pochons veut dire « petits pots » ; cf. Molinet, Sur la Nativité Madame Alienor, v. 100 : Perchés ponchons, prenés pos et pochons ; Godefroy, VI::2392:

V. 2431 : Or, argent en bourse ou en tasse... Tasse signifie ( poche » ; cf. Molinet, Naufrage de la Pucelle, v. 35 : Quand j'ay argent, tu Joeulles en me tasse ; Meyer-Lübke, REW, 8592.

V. 2646 : Sont ce dons de Dieux ou de fees, De phantosme ou de mor-

phees, Ou d’aulcune nimphe horreade… I] s'agit d'une.oreade ou { nymphe des montagnes » ; cf. Godefroy, X, 239°.

V. 3786 : Qu'esse que cieux la porte raige En ses dens, il est bien taillié De faire ung secret macrelaige. ; cf. v. 5426 : Mon enffant, dis nous qui est cieux Qui la puissance a si terrible. Cieux est une forme picarde de cils «celw» ; cf. Molinet, Dialogue du Gendarme et de l’ Amoureux, v. 88... Je seray cieux Qui les aray, sy je m'aroye.

V. 370,6 : Et s’ay veu ung homme sauvaige, Qui lassoit a chascune fois, Sans grand plenté d’aultre potaige, Dise sept rasieres de poix… Lassoit est une forme picarde de lachoit « laissait aller » ; sur l'alternance en

picard de s et de ch, voir Romania, LIII, 158. V. 4461 : Enffenoulliés, escrotés, esbaudis… Enfenoulliés veut dire

«empétrés » ; cf. Hécart, éfe enfenoulié : ‘ être embarrassé soit au moral, soit au physique. Au moral, c'est ne savoir quel parti prendre ; au physique, c’est être dans la boue sans pouvoir s’en tirer ».

V. 6132*: Dictes vous dont qu’en ce recquoy Se tient ung si fait applicquant. Applicquant signifie { compagnon » ; cf. Molinet, Testament de

la guerre, v. 126 : Comme terribles applicquans ; cf. Godefroy, I, 342°.

V. 6234 : Ses cristiens aront velé ; Nous les yrons pendre et flatrir… Le verbe vweler a le sens de « gémir » ; cf. Molinet, Chroniques, chap. 309 : Jceluy se complaindit en veslant comme une beste.

V. 7068 : Ca, ca qui tenra le teneur 2 Je chanteray comme une pie, De ma voix qui a le pepie, Et si feray une triplace, Tant doulce, mais que j'aye place, Que les enffans qui sont mors nez, En seront de deul atournés… On appelait proportio tripla l'une des proportions les plus importantes de la musique proportionnelle : cf. H. Riemann, Dictionnaire de musique (Paris, 1931), 1368. La friplace est sans doute un air de musique à trois temps.

V. 7537 : Il est comme ung aiïgnelet doulle Entre six loups qui sont pinars….. ; cf. v. 11339 : D'ung coutel qui la roye roye Je coppe toute andoulle doulle.. L'adjectif doulle signifie (tendre, mou» ; cf. Meyer-Lübke, REW3, 2788.

V. 7659 : Dolant suis que je ne m'employe À le revider d'une torche. Revider, c'est ( payer de retour » ; cf. Molinet, Debat des trois nobles oiseaux, v. 135 : Qui de son bec ne vous revide. Le revid est un « cadeau

de noce » ; cf. Molinet, Revid a Maistre Pol de Mol. V. 9547 : Car de joye n'ay ung seul fil... ; cf. v. 14858 : Pour ce que

nous avons oy, Dont bien peu serés resjouy, Nouvelle de Quentin son fil, Qui est du tout bouté ou fil De Jesus, dont il nous desplait.… Dans le premier cas, fil désigne une « petite quantité » ; dans le second, fl est synonyme de « fils » ; enfin l'expression le fil de Jesus désigne le ( parti de Jésus ». On peut en rapprocher un tour analogue dans Molinet, Alliance matrimonialle, v. 136 : Bonne paix tire amour a sa cordelle.

V. 10311 : {lz attendent quayaulx et lices Qui vont pour rongier a leurs trongnes.… Quayaulx est une forme picarde de chael et signifie (jeunes chiens » ; cf. Molinet, Sermon de saint Billouart, v. 153 : De plusieurs cayaulx abbaye. : Meyer-Lübke, REW3, 1763 ; A. Thomas, Milanges d'étymologie française. Première série (Paris, 1927), 70.

V. 10595 : S'on me devoit de ma coroye Pendre ou assommer d’ung louchet… ; cf. v. 23562. Ung louchet est une « bêche » ; cf. Molinet, Chroniques, chap. 48 : lesquels avoient fait charger louchets, pelles et bicques, pour pionner se mestier estoit ; voir E. Gamillscheg, Etymologisches

Wôrterbuch… 5712.

V. 13426 : De Quentin, ce crueulx pendant. Pendant est un terme de mépris signifiant d'abord « gibet » ; cf. Molinet, Chroniques, chap. 69 : Et les aultres, cœurs faillis, fort pesans et qui n’'avoient volonté de bien faire passerent par le *:-dant ; car jassoit ce qu'ils fussent favorisés des seigneurs, grandes executions en furent faictes en la ville d’Ath et ailleurs.

V. 14267 : Comment fais tu si l'orde quaigne. Une quaigne est une (chienne » ; cf. Cent Nouvelles nouvelles, XXVIII : Passez, passez, orde caigne que vous êtes ; Meyer-Lübke, REW3, 15842.

V. 15411 : Elles sont rouges que gringaudes… Les gringaudes sont des (cerises ». Le mot est un dérivé de gringue que l’on trouve dans Sigart sous la forme grinque : (cerise ronde, aigrelette, à courte queue ».

V. 16016 : Baille nous tost cest homme fé, Ce fin deable et ce fin regnart… Fé est une contraction de feé, signifiant ( ensorcelé ».

V. 19334 : Madame veult toujours beser En quel pais le chariraige 2... Beser veut dire « courir çà et là » ;: cf. Molinet, Bataille des deux déesses, v. 71 : Et puis Yo l’amoureuse vachette Y besa bien quand sentit le tahon ;

von Wartburg, FEW, I, 380.

V. 19439 : Crochus, bochus seront onnis Et les nostres seront honnis…. Onnis est une forme picarde pour «unis» cf. Molinet, Ressource du petit. Peuple, v. 127 : Et si seront mons et vaux tous onnis ; cf. Zeitschrift

für romanische Philologie, XLIV, 217-221 ; Godefroy, V, 604?. V. 19555 : Mes chevalés baillent de soif : S'ilz ont but dessoubz une

souf, Leur donray deux ou trois fais d'orge Et puis les menray a la forge...

Souf signifie «clôture, haie » ; cf. Godefroy, VII, 439.

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