Acta Sanctorum Boll., octobre, XI
3. Dans les Acta Sanctorum Boll., octobre XIII, 730, on trouve une dissertation qui précise la date de ces divers évènements.
La mise en scène et les personnages
Pour représenter les tableaux différents d’un mystère, on employait deux procédés : le chariot et le décor simultané !. Le chariot est une sorte de décor successif : chaque chariot affecté à une scène particulière défile sous les yeux des spectateurs. Le décor simultané est formé de mansions juxtaposées.
Pour le Mistère de saint Quentin, H. Chatelain a compté qu'il fallait admettre sur la scène plus d’une vingtaine de mansicns. L'enfer était un peu surélevé, car il est dit en deux endroits, v. 15553 et 18365, que Lucifer descend pour châtier les diables qui n'ont pas réussi à ébranler les chrétiens dans leur foi. Dieu et les anges étaient aussi au-dessus du niveau de la scène ; la cité de Dardanie était également sur une éminence ; enfin les trônes et sièges des empereurs, des papes, du roi Dagobert dominaient un peu la scène. |
De temps à autre, un peu de musique se faisait entendre, mais on ne saurait dire si les musiciens étaient dissimulés dans les coulisses ou visibles aux spectateurs ?. Une seule fois, on entend les anges chanter un motet, v. 10490 : les diables aussi entonnent une courte chanson, v. 7084. Des sons de fanfare retentissent, quand :l se produit un évènement heureux, ou pour annoncer le départ ou l’arrivée d'une troupe.
Les scènes de torture ou de décapitation sont copieusement développées. Les spectateurs assistaient aux supplices variés et raffinés qui étaient infligés à saint Quentin, à saint Maurice, à Crépin et à Crépinien.
Les combats donnaient lieu à des évolutions compliquées. La persécution des chrétiens de Dardanie, le massacre de la légion thébaine, la bataille que Julien livre au comte de Vermandois sont l'occasion de multiples jeux de scène. En dehors des cortèges profanes, les cérémonies de baptême, d’ordination et de sacre ne manqualent pas ; mais à côté des parades solennelles, apparaissaient des spectacles de la vie famihière : un maître d'école, Cathon, fait sa classe, entouré de ses élèves, v. 2258 ; un cordonnier et ses aide; travaillent dans leur échoppe, v. 7283 ; des servantes font la lessive et étendent le linge, v. 13310 ; le charpentier
1. Voir G. Cohen, Histoire de la mise en scène... Paris, 1926, p. 68. 2. Sur les silete désignant des intermèdes musicaux, voir G. Cohen, op. cit., XXXII.
et le maçon s'occupent de construire une petite chapelle, v. 20208 ; un terrassier pioche pour découvrir un corps enterré, v. 21895.
Le Mistère de saint Quentin ne comprend pas moins de 267 rôles distribués, mais 1l est certain que le même acteur pouvait terir plusieurs rôles. H. Chatelain a remarqué finement que les personnages formaient des groupes pairs, ce qui, avec le jeu des rimes, permettait de retenir plus facilement le texte. Il constate aussi que, dans notre mystère, les moindres personnages n'ont pas une désignation vague, mais un nom particulier. Nous retrouvons là encore l'imagination concrète de Molinet : il emprunte ses dénominations à l'antiquité grecque et latine ou a l'histoire sainte ; parfois ce sont des héros d’épopées, des noms de villes ou de pays ; parfois, ce sont des mots désignant des choses, des fleurs ou des animaux.
Le texte et le glossaire de l'édition Chatelain
H. Chatelain a établi le texte du Mistére de saint Quentin avec un soin méticuleux : nous proposerons toutefois quelques corrections. D'autre part, le glossaire présente des erreurs ; nous tâcherons de l’amender, soit en rectifiant le sens de quelques termes, soit en expliquant des mots qui ne sont pas traduits dans le glossaire ou qui n'y figurent point.
Passages corrigés
V. 580 : Tant qu'est a Maximianus Sans nulz blasmer, je n’en scay nulz Plus prompt aux armes ne plus fricque ; Il concquit jadis en Auffricque Le V. genciens fors et raddes. Pour le dernier vers, Ch. remarque dans les Notes qui terminent son édition : « Nous respectons partout les chiffres du manuscrit ; au lieu de cinq genciens, M. A. Jeanroy propose quingenciens (quinquagentani) ». Nous pensons qu'il faut lire : les Quinquegenciens. En effet, Maximien soumit, en 293, des tribus Maures et, en particulier, les Quinquegentiani (Eutrope IX, 22 et 23). Ce dernier mot francisé donne Quinquegenciens.
V. 1662 : De bracquemars, de ponchons…. ; ponchons est traduit par € pots » : il faut lire : pouchons, { pieux » cf. God., VI, 43°; il en est de même pour le v. 12647, où Ch. traduit ponchons par « coffres ».
V. 1667 : De hunettes, De Jacquettes ; Ch. donne à hunettes le sens de (poutres », qui ne convient pas. Îl faut lire huvettes : 1] s’agit d’une coiffe de cuir ou d'’osier, recouverte de bandes de fer, d'écailles d'acier ou de
fil d’archal, ct. V. Gay, Gloss. arch., II, 44 ; Meyer-Lübke, REW3,4222.
V. 1809 : C’est pour l'adresse et vraie bone De la saincte foy catholique. ; cf. v. 11313 : Sus mainte droite bonne bonne, L'aguise et comme darde darde.… Ch. lirait volontiers vraie et bone, au v. 1809 ; dans le second exemple, il explique bonne par (plaisir » ; le texte est correct ; il s'agit de la forme
dialectale du mot borne ; cf. Godefroy, VIII, 334 b.
V. 1894 : Que tu manie une orde chiere. ; Ch. explique manie par
(€ maine ? » : c’est, en effet, ce qu'il faut lire.
V. 2886 : De telz povres sera Jhesus Son royalme de gloire lassus… ; 1l faut lire fera.
V. 4022 : S'ilz sont puissans et corporeux Pour concquerre ung monde apareux.. ; Ch. traduit apareux par ( d'apparence ? » ou ( appareillé pour ? » ; il faut lire : a par eux, signifiant « seuls » ; cf. E. Deschamps
Œuvres complètes, V, 300.
V. 4413 : Enbanfumés, gratinés, graffiliés.…., Ch. ne comprend pas enbanfumés ; 1l se demande s’il ne signifie pas « enfumés ». Il faut lire enbausumés ; Godefroy, III, 24 c, signale les tormes enbalsemer, enbausemer, enbausumer, {embaumer ».
V. 4414: Rassanetés, retornés, rossiliés ; Ch. explicue rassanetés par (rejoints, retrouvés ». il faut lire rassavetés : le verbe rachafeter, ou rachaveter se trouve dars Hécart, Haigneré, Ledieu et signifie « raccommoder à la façon des savetiers » et, par suite, ( maltraiter ». Quant à rossiliés, Ch. remarque avec raison qu'il est pour rostiliés, (rôtis». Le même mot apparaît encore dans la Complainte des Trespassés de one N°18" no en tourment, brullés et rotiliés.
V. 4513 : Affin que toy et tous croyés Ce qu’il exposeron sans robes : Aux entendeurs bien arroyés, Il n'y fault riens que deux parolles.. Lire : roles. Ce qui est curieux, c'est qu’on retrouve les mêmes rimes paroles : roles aux vers 6979-6981 et qu'en ce passage Ch. a bien corrigé la leçon fautive, robes, des manuscrits.
V. 4527 : « Pour mendre cas su milion. I] faut hre : s’umili on. V. 4581 : Sicque apres ce bruit larmion… Lire : larmi'on.
V. 4994 : Ils sont leurs sanctus Dominus À leurs saintz et a leurs chapelles… ; Ch. propose de corriger sont en ont ? ; c’est font qu'il faut lire.
V. 5144 : Et n'est aultre Dieu, celuy non. Lire : &2 luy non, { sinor lui ».
V. 6947 : Poise des deux a la balance Qui mieulx vault l'espee ou l'encens ; Choisis l'ung et l'autre en bas lance, Je te baille a commun chens… Ch. propose de lire Cheens ou chiens ou cens ? Il suffit de rétablir le devant baille ; le sens serait : (je te le donne au prix ordinaire ». Le mot chens signifiant ( revenu, ( patrimoine», ( avoir » se retrouve dans la Ressource du petit Peuple, v. 115 : Des laboureurs qui ont perdu leur chens.
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V. 8154 : Que je L'envoiray reconcquier… Ch. explique reconcouier par (se tapir ». Lire recoucquier, (recoucher».
V. 8514 : Escripvés, qui n'a d'andenier, Il n'y fera ja bonne paie. Ch. commente andenier par « un denier ». Nous proposons : Dan Denier «Seigneur denier ». Voir, plus bas, ch. vit, les locutions populaires.
V. 8877 : Affin d'avoir joie saisine, Je voy querir esbatement.… Ch. croit que saisine signifie (établie, sûre ». Il suffit de rétablir en devant saisine : cf. v. 22205 : Se volons que mon serviteur Eloy ait la croche en saisine, que Ch. traduit avec raison, cette fois, par ( possession ».
V. 9538 : Elle est pesante et laon couchie Pour tourner sur le criminel... Laon qui n'est pas expliqué doit être écrit l’a on.
V. 9774 : Pour effondrer pances, vessies, Cervelles, fourcelles, tesies.… » Ch. traduit bien tesies par ( gonflées », mais il faut intervertir ici vessies et tesies ; cf. Molinet, Fut présenté a ung prelat de Hainau v. 15 : qui la pance avoit bien tesie.
V. 11721 : Quand je souffle du becq, je tousse Et tegne comme ung aignelet Ch. glose tegne par « bêle ». Lire tegue signifiant ( pousse une sorte de gémissement en faisant un effort » ; cf. Romania, XXXV, 295.
V. 12499 : J'ay en le pance une culeuvre qui me ronce tous les boiaux.. Le ms. À donne fronce ; dans B, le test gratté. Il faut lire fronce signifant (trancher », (couper » ; cf. v. 18763 : Pour toy faire detrenchier, Lancier, percier et troncier.
V. 15275 : Hola, ho, il a tout perciet, Trippes, boyaulx, ventre et pauciere… Lire panciere ; c'est une { partie d’armure destinée à protéger le ventre et formant le devant du corselet » ; cf. V. Gay. Gloss. II, 196.
V. 15791 : Douce qu'une plume doctrice.… Ch. explique doctrice par « de docteur ». Lire d’octrice signifiant « d’autruche » ; voir Molinet, Chroniques, chap. 11 : Ou est ton aigle seignorieux et ton puissant ostrice qui sur tous les oiseaux du ciel ont conquis le saint diadesme d’'imperiale
majesté ? Cf. Godefroy, VIII, 243 c.
V. 16830 : Grand mercis de vostre connive.. Ch. explique connive par (concours, connivence ». Il faut le corriger en convive, ( banquet ».
V. 17881 : Sans vent, sans nacele, Sans picq, san: acele.. Ch. estime dans son glossaire que acelle est mis pour hachelle ou hastelle ; dans ses notes, il propose de le corriger en atelle. I] n'a pas vu que nous avons