TU YET
— Combien ce bol ? demandai-je.
— Deux francs ; mais, dit le petit, cela ne me regarde pas.
Et, comme je tendais la monnaie pour payer Thistoire
5 de Lee Mong peinte sur porcelaine, Linh — ^l'enfant
s'appelait Linh — me dit d'un ton fier, en refusant
l'argent et en me montrant le marchand, l'homme aux
dents noires, accroupi à ses côtés :
— Je ne vends pas, c'est lui qui vend : moi, je suis 10 interprète!
£t dans ces derniers mots, accompagnés d'un petit redressement de tête, il y avait une expression un peu hautaine, la constatation d'une supériorité volontiers proclamée en ces pays hiérarchisés. " Je suis interprète!"
15 Le Oivis sum romanus antique ne devait pas être plus noblement dit à un étranger.
Interprète ! A quatorze ans ! Fonctionnaire et payé par la France ! Soldé pour traduire à ses compatriotes les questions banales des visiteurs, pour faire connaître
20 aux Parisiens les réponses de ses compatriotes ! Interprète, c'est-à-dire investi d'un pouvoir, délégué à une fonction, et représentant — cet enfant — le seul lien qui unît ces pauvres diables d'ouvriers amenés du bout du monde à ces curieux accourus pour voir de près ces gens
25 en robes noires, avec leurs cheveux roulés sous leur turban de laine.
Il venait de loin, le petit Linh, pour voir Paris, ce Paris si joli, et si grand, avec des maisons aussi hautes que la cathédrale neuve d'Hanoï. Il avait passé les
30 mers, couché pendant des jours et des nuits, si longtemps, dans un grand navire; on l'avait enrôlé presque comme un soldat en lui donnant par mois quatre-vingts francs, qu'il toucherait au retour, en une masse. Un soir, sa mère, sa mère qui laissait, sans essayer de les cacher, rouler
35 ses larmes sur ses joues de cuivre, sa mère avait déroulé
TUYET. 147
une dernière fois les cheveux noirs brillants du petit, ces cheveux durs mais longs comme ceux d'une femme ; elle les avait peignés lentement, avec ses doigts minces autant qu'avec les dents du peigne, et elle Tavait embrassé tant de fois, pendant que le père, le bon 5 marchand de soie d'Hanoï, entouré de ses deux filles, les sœurs de Linh, toutes silencieuses à l'idée que Linh allait si loin, — oui, tandis que le père, affermissant sa voix, disait : " C'est utile, c'est très utile que nos enfants voyagent ; Linh deviendra savant ; il verra de près les 10 Français, qui sont d'une forte race, plus forte que la nôtre, qui ont des bras plus gros que ceux des Chinois, et, au retour, il pourra occuper une fonction auprès du Résident général !"
Cette soirée dans la maisonnette d'Hanoï, il se la 15 rappelait, le petit Linh, et il se la rappellerait toute sa vie. Il n'avait pas dormi, pendant la nuit qui avait suivi, et jusqu'au matin il avait entendu, lui semblait-il^ quelqu'un pleurer, comme les bambous qui se plaignent doucement lorsque le vent souffle sur eux dans la cam- 20 pagne. C'était peut-être la mère qui gémissait ou les sœurs. Toutes les trois, Tung, Thuan et Phuang, avaient, le lendemain, les yeux bien rouges lorsque Linh prit le chemin du bateau qui partait "pour France," et lorsque la mère le serra entre ses bras 25 comme un trésor, les petites sœurs le caressaient comme une poupée qu'on leur prenait.
Et la route avait tant duré, avant d'arriver à Toulon ! Le vent, le roulis, l'arrêt à Aden, à Port-Saïd, à Alger aussi, où l'enfant avait vu, dans sa prison, le fils du roi 30 de Hué, enfermé là et pleurant à la vue de ces visages jaunes; — enfermé "jusqu'à la mort," ce qui semblait tout simple et juste à Linh, puisque ce souverain était un vaincu. Linh se rappelait surtout, entre les incidents de cette route, la mort d'un ouvrier tonkinois emporté 35
148 TUYET.
eo pleine mer par une fièvre. L'enfant s'était senti troublé en apercevant dans le suaire que les Français lui donnaient, ce corps qu'il avait vu vivant à Hanoï, ce peintre de lanternes qui demeurait si près de chez
5 lui, au pays. Les bonzes avaient fait leurs prières, et, glissant le long du vaisseau comme un paquet, le cadavre, enveloppé de blanc, avait fait dans la mer un trou, bientôt refermé, avec un bruit que Linb entendait encore: Glouf! — Il ne reverrait pas Hanoï, le peintre
10 de lanternes! Jamais il ne reverrait le Tonkin !
Linh n'était ni peureux ni mélancolique. Il avait assisté, devant la porte de la maison paternelle, à la décsipitation de pirates, dont on exposait ensuite la tête crispée, grimaçante. Il avait, tout petit, servi de guide
16 et d'interprète à un colonel de chasseurs d'Afrique qui l'emportait, à travers les rizières, sur la selle de son cheval. Les balles des Chinois avaient sifflé autour de sa tête ronde et gaie et il n'en avait gardé qu'un souvenir presque joyeux, celui d'une sorte de bourdonnement
20 d'abeilles. £t puis ils galopaient si vite à la poursuite des Chinois, les chasseurs bleus du colonel ! C'était une partie de cheval que cette course aux Pavillons-Noirs. Mais, pour la première fois, la mort lui apparaissait funèbre, dans ce corps rigide sous la voile blanche, daus
25 ce corps immobile du voisin d'Hanoï, qui, si peu de jours auparavant, peignait encore des diables rouges, des dragons verts, sur les lanternes, et qui maintenant, au fond de l'eau, était perdu, oublié, avalé par la grande mer vorace.
30 Cela d'ailleurs, et Port-Saïd, et le souverain prisonnier, et le Tonkin, Linh l'avait presque oublié, à Paris, dont le brouhaha l'avait étourdi d'abord plus que le bruit même de la mer, puis qui, peu à peu, l'attirait, le charmait, sennblait à l'enfant un joujou monstre, un
35 paradis de pierre.
TUYET. 149
II était monté, à TEsplaxiade, tout au haut de la pagode d'Angkor, et de là, comme d'une vergue de navire, il l'avait regardé, ce Paris, si grand, avec tant de clochers, de tours, de croix dorées et qui brillaient ; une mer, oui, une autre mer, qui ne lui donnait pas 5 ridée de la mort, au contraire, l'idée de la vie, d'une vie intense, si difiërente de l'existence de là-bas !
Tous les quinze jours, depuis l'ouverture de l'Exposition, Linh écrivait une longue lettre à ses parents, à " Hanoïy au bord du lae, près du cocotier.'* Il l'écrivait 10 la nuit, quand le silence tombait sur l'Esplanade, où le clairon des spahis avait sonné la retraite, dans la case où, les jambes croisées, les bonzes traçaient des prières. Et il disait au père, à la mère, aux sœurs tout ce qu'il voyait de beau à Paris, et ces foules de gens pressés 15 comme les touffes des rizières, et ces milliers de soldats roulant des canons, à la revue de la Fête nationale, et ces fontaines qui changeaient de couleur dans la nuit, lançant de l'or, ou de l'argent, ou des rubis, et cette tour dont on avait tant parlé à Hanoï et qui dépassait encore 20 en hauteur tout ce qu'on pouvait imaginer. Et chacune de ces lettres se terminait par une sorte de regret qui accusait son étonnement : " Quand je dirai tout cela à ceux qui sont restés au Tonkin, ils ne me croiront pas, ils ne me croiront pas !" 25
Mais, dans la succession de merveilles que Paris étalait devant le petit Tonkinois, quelque chose manquait à son avidité curieuse. C'était bien beau les maisons hautes, les vieilles églises aux vitraux de couleur, les grandes rues pleines de monde ; mais l'instinct secret de 30 ce fils d'Asie le portait, comme tous ses compatriotes, à l'étude des spectacles de la nature. Il comparait les plantes, les fleurs de France aux belles fleurs de son pays. Il trouvait nos fruits petits : il se rappelait ceux du Tonkin, si frais, si gros. Les fleurs ! Ces âmes de 35
160 TUYET.
peuples-enfants ont des profondeurs d'âmes de poètes, et, la nuit, en s'endormant sur les nattes de sa case, le petit Linh se laissait bercer par un lointain murmure qui n'était pas celui du roulement des tramways et des 5 fiacres, mais la chanson confuse, lente, attirante et triste des bambous, courbés, là-bas, sous le vent du pays.
Et ce qu'il voulait voir surtout, ce qu'il voulait voir de ses yeux, toucher de ses petites mains, c'était cette chose étonnante, inconnue et féerique dont on lui avait
10 tant parlé, que nul au Tonkin, ni son père, ni le père de son père n'avait pu voir : la neige, tuyet, la neige blanche, qui — il savait cela comme il savait les légendes des vieilles dynasties — changeait les champs, les arbres, les logis, les demeures en paysages de marbre. La neige!
15 il en avait rêvé souvent dans la petite maison d'Hanoï, et, en regardant les gravures des livres français, les images coloriées des albums japonais ou chinois, ses yeux d'enfant étaient demeurés si souvent songeurs devant cette blancheur exquise répandue sur les che-
20 mius, sur les monts . . .
— Tuyet!
Ils en avaient de la neige, dans les montagnes de Chine. Il y avait de la neige au sommet du Fushiama, le mont sacré de Yokohama. Mais lui, Linh au pays
25 d'Hanoï, jamais il n'en avait vu, jamais il n'en verrait. Et c'était, dans son cerveau affiné, mais encore bien naïf et bien enfantin de fils d'Asie, une sorte de désir obstiné ; c'était un peu pour voir le pays des Français, beaucoup pour voir ce que nul des siens n'avait vu : voir tomber
30 la neige, que le petit Linh était monté joyeusement, avec les matelots et les soldats, dans le bateau qui menait en Europe, à Toulon, à Paris . . .
La neige! la neige blanche! Ce spectacle dont il avait tant rêvé quand il était tout petit : une ville qui
35 semblait changée en sel, un grand tapis blanc étendu
TITYET. 1 51
sur les choses; des flocons blancs tombant comme tomberaient du ciel des plumes d'oiseaux invisibles, de blancs oiseaux sacrés. Tuyet I Tuyet ! Voir tomber la neige c'était le rêve incessant de Linh, au milieu de toutes ces féeries qui faisaient accourir les nations, venir 5 de partout les hommes.
Et quand on lui demandait s'il s'amusait à Paris, le petit Linh, de sa voix douce, un peu gutturale, répondait en souriant: "Oui, monsieur; oui, madame." Et, si Ton ajoutait: "Qu'est-ce que vous voudriez bien voir?" 10 un éclair rapide passait alors dans ses yeux noirs ; ses lèvres ouvertes et rieuses se plissaient comme attristées par uïie avidité impossible et il répondait timidement, s'excusant presque de souhaiter ce qu'on ne pouvait pas lui donner : — Tuyet ! 15
— Voir la neige !
Souvent même il devenait vraiment triste à cette pensée qu'il partirait sans avoir vu la féerie blanche. Il n'avait pas songé qu'il n'y avait jamais de neige en été, dans cette France. Il le savait pourtant. Mais on 20 lui avait dit aussi que sur certains points d'Europe la neige, éternellement vierge, ne disparaissait pas, ne fondait jamais. Peut-être y aurait-il près de Paris quelque montagne, un de ces coins privilégiés où Linh pourrait voir de la neige ? 25
Non, Tété passerait ; les feuilles de l'Esplanade deviendraient toutes jaunes : elles tomberaient, tourbillonneraient, s'envoleraient quand elles auraient la couleur du cuivre. Et alors, sur le bateau, sur la mer, Linh repartirait pour Hanoï, pour le Tonkin, où la neige 30 blanche est inconnue,. . .
— Tuyet! Tuyet! Tuyet!
Il ne verrait pas Tuyet!
Et il y avait, chez cet enfant de quatorze ans, doucement possédé de l'idée fixe, avide de cette vision, quel- 35
1 52 TTJYin'.
que chose de la paesion d'un amoureux exilé, quelque chose aussi de l'obetination du chercheur de mondes ou du chercheur de rimes ; — voyageurs ou poètes, ces errants de rinfini ! . . .
5 — Monsieur, me dit-il un jour, avec son sourire fin, un peu malicieux, vous savez ? je crois que je la verrai . . .
-Qui?
— La neige ! . . . Oui . . . Tuyet ! J'ai écrit à mes
10 parents de m'autoriser à rester à Paris. Ou j'entrerai à l'Ecole coloniale, où sont déjà des Cambodgiens, ou je resterai comme interprète, dans le bureau d'un commissionnaire en marchandises qui a un comptoir à Hanoï et qui connaît très bien M. le Résident général. Il s'est
16 chargé de parler au ministre, à M. le sous-secrétaire d'Etat, et, si mes parents veulent bien (il eut son sourire d'amoureux, cette fois), s'ils veulent, et ils voudront, je la verrai ! ... Je verrai la neige !
L'Exposition allait finir. Ils avaient passé vite, ces
20 mois d'été pleins de féeries. Les Javanais s'enveloppaient de cabans, de cache-nez, ne marchaient plus pieds nus. Les petits danseuses du Kampong ressemblaient, serrées dans leurs châles, à des couleuvres blotties dans des couvertures de laine. L'Orient, l'extrême Orient
26 de TEsplanade devenait lugubre, frissonnant, un Orient gelé.
Maintenant, dans la bise de novembre qui secouait les draperies de la pagode récemment ouverte, le petit Linh servait d'interprète aux bonzes qui, sous leurs costumes
30 de cérémonie, vêtus de soie rouge sang ou couverts d'étoles jaunes à raies bleu de ciel, oflTraient des présents à Bouddha, tandis que d'autres prêtres, en vêtements noirs, frappaient sur des gongs ou des cymbales. Lui, Linh, allait et venait pendant les ofilces, donnant aux
35 visiteurs des explications sur les rites bouddhistes, sur
TUYET. 1 53
les images féroces, les vues des enfers accrochées entre les piliers de bois sculpté.
Il portait à présent sur sa robe noire une sorte de douillette doublée de soie verte très chaude ; et, comme il pleuvait parfois, presque toujours il s'appuyait sur un 5 parapluie bien roulé, presque aussi haut que lui, et dont il semblait fier ; plus beau cent fois que les parapluies qu'on vendait si cher à Hanoï, ce parapluie parisien dont il se parerait, là-bas, dans la rue Jean-Dupuis ou dans la rue du Cuivre. 10
Mais non : il ne retournerait pas encore au Tonkin! il resterait à Paris. Quand il parlait de rester à Paris, ses yeux noirs, si vifs, pétillaient de désir. Il avait la fièvre à l'idée du départ possible, prochain. Ses parents n'avaient point répondu encore, et, si la réponse n'était 15 pas arrivée à Paris avant la date du dernier départ, il faudrait s'embarquer avec les bonzes.
Les bonzes faisaient déjà leurs paquets . . . Linh se sentait pris d'une angoisse à l'idée que lui, lui aussi, partirait peut-être. Quitter Paris, revenir à Hanoï, où 20 pourtant la mère attendait, la mère, qui serait si heureuse de revoir son Linh et de peigner encore ses longs cheveux noirs, revenir aux maisons de bambous et au bord du lac, c'était maintenant pour le petit Tonkinois comme un exil. On lui avait ouvert toute grande une porte sur 25 un monde inconnu vivant et jeune : l'Europe, la France ; et maintenant on la lui refermait brusquement sur les yeux. Il semblait à Linh qu'il était fait pour se mêler à ces Français dont le drapeau lui avait semblé le sien quand il av'ait vu les tirailleurs annamites et les spahis 30 défiler bravement sous la pluie battante, le jour de Longchamps.
Et puis, ce voyage, cette vision d'Europe, ce rêve, encore un coup, tout cela laissait à l'esprit, au cœur de l'enfant quelque chose d'incomplet, d'inachevé, comme 35
154 TUYET.
un songe interrompu. Il ne l'avait pas vue, la neige blanche I il retournerait au pays sans savoir ce qu'elle est, ce qu'elle met de poésie aux choses et aux hommes, la couverture sans tache, la parure de marbre, la neige . . . 5 — Oh ! me dit-il tout en me montrant les Bouddhas de la pagode, non, je ne partirai pas, je ne partirai pas! Je veux la voir !
Et, la voix toute triste, avec un accent de prière, il répétait le même mot mélancoliquement :
10 —Tuyetf
J'appris, trois jours après, ce que le petit Linh voulait dire quand il affirmait qu'il ne partirait pas. Un projet d'évasion poussait déjà dans sa tête, et lorsque, un matin, dans la fraîcheur grise des premières heures, l'appel fut
15 fait des Tonkinois, ouvriers, bonzes ou interprètes, qui devaient prendre le train et partir, Linh ne répondit pas. Il n'était pas là, il avait fui. Levé avant le jour, et se blottissant dans quelque kiosque abandonné où naguère on débitait du thé ou des grenades, il avait
20 attendu l'ouverture des portes, et s'en était allé, au hasard, dans Paris.
Le cœur lui battait bien un peu ; il éprouvait bien un sentiment de peur de se trouver, tout seul perdu dans les rues, parmi tous ces gens inconnus dont quelques-uns
25 s'écriaient, narquois, en le voyant: ChinnI Chinn! — Chinois ! comme disaient nos soldats du Tonkin. Il se demandait bien ce qu'il allait devenir, dans ce Pari^ où il errait au hasard, un peu fatigué déjà et redoutant de voir s'avancer vers lui un de ces gardiens de la paix qui
30 marchaient lentement le long des trottoirs. L'idée lui vint tout à coup de demander asile au commissionnaire en marchandises qui voulait le garder près de lui, le prendre pour commis dans sa maison.
Oui, c'était cela. Puisque M. Lecrosnîer désirait
35 l'avoir chez lui, il le cacherait, il lui trouverait un asile,
TÙYET. 155
une occupation, il le sauverait. Et Linh resterait à Paris. Et Linb verrait ce qu'il voulait voir. Linh toucherait du doigt son rêve.
Il fit un signe à un cocher :
— Rue des Petites-Écuries, dit-il, n° 10. 5 M. Lecrosnier fut très étonné et un peu ennuyé de
voir arriver dans ses bureaux Tenfant, qui, tout naïvement, avec sa franchise souriante, — un peu blême pourtant malgré le jaune de sa peau, — lui conta son aventure. Il avait laissé partir les autres. Le bateau les attendait 10 à Toulon. Il n'y avait plus de convoi pour Hanoï. On ne le ferait pas, lui, le petit Linh, partir tout seul.
— Non ; mais, dit le négociant, le commissaire général ne sera pas content, et il faut que je vous ramène à lui !
Le ramener ! le ramener, là-bas, à l'Esplanade ! Linh 15 n'avait point songé à cela. Il eut dans le regard une impression d'effroi. Ces mots " le ramener " le terrifiaient tout à coup. Il se rappelait brusquement ces Chinois ou ces Annamites déserteurs qu'on ramenait, au pays, entre des chasseurs d'Afrique ou des gendarmes, le sabre au 20 clair. Est-ce qu'on le ramènerait ainsi à M. le commissaire général ?
— Je plaiderai votre cause, ne craignez rien, disait M. Lecrosnier, enchanté maintenant, après réflexion, de pouvoir garder le petit Linh, qui lui serait très utile pour 25 sa correspondance avec l'Indo-Chine.
Mais Linh n'était pas rassuré. Ramener! plaider! Il allait être donc accusé, et, puisqu'on devait plaider pour lui, c'était donc qu'il passerait en jugement, comme un coupable? . . . Tous ces mots grossissaient soudain 30 devant lui et prenaient des sens terribles. M. Lecrosnier essayait dé rire ; mais lui, Linh, ne riait pas. Il regrettait presque d'être resté ; il eût voulu rejoindre les autres: aussi, pourquoi cette folle envie, ce besoin absurde de voir de la neige ? C'est que ce devait être si joli, la neige ! 35
166 TUYBT.
On le ramena à TEsplanade. Le commissaire général fronça le sourcil, pour la forme, et parla de prison. La prison, c'était Tinârmerie. L'enfant, qu'on j mena, n'était pas durement traité, au contraire ; mais tout son 5 petit être moral subissait là une dépression profonde, une humiliation qui le navrait. Il se demandait s'il n'avait pas déshonoré, à jamais déshonoré ses pauvres parents, qui seraient désolés lorsqu'ils apprendraient que leur fils Linh, fils de Tang, était enfermé, '' ramené " dans une
10 prison de France !
Il avait envie d'écrire au commissaire, d'écrire au Président de la République, — il lui avait traduit un compliment en têt^ le jour de la Fête du Dragon. Il voulait écrire à tout le monde et demander sa grâce:
15 non pas pour lui, il avait tout mérité, mais pour les pauvres gens d'Hanoï, qui pleureraient tant quand ils sauraient ! . . .
Au bout de trois jours d'infirmerie, Linh fut appelé devant le commissaire général.
20 — Remerciez M. Lecrosnier, lui dit-on : il a intercédé pour vous. En même temps, une lettre d'Hanoï nous est parvenue: vos parents consentent à vous laisser à Paris, et M. Lecrosnier vous prend avec lui.
Ah! cette fois, c'était plus que la délivrance pour
25 Linh, c'était la joie absolue, le séjour à Paris, la vie nouvelle qui le tentait, et, au fond, tout au fond de sa petite cervelle d'enfant, la certitude maintenant du caprice réalisé, le rêve qui approchait comme un jouet ardemment souhaité et qu'on aurait enfin mis à portée
30 de sa main ! . . . Il resta.
Il entra, le petit Linh, chez le commissionnaire en marchandises, et au bout d'une semaine on n'aurait pas reconnu le Tonkinois de l'Esplanade dans, ce commis
35 parisien bizarre, au teint jaune, qui restait courbé sur
TUYET. 157
les grands livres au dos de cuir vert, à étiquettes rouges, dans le bureau de M. Lecrosnier. On lui avait ôté son costume d'Asie, sa longue robe doublée de soie verte, son turban noir, son pantalon blanc: il était vêtu maintenant comme tout le monde. 5
Dans ce Paris où il avait voulu rester, les vêtements d'Hanoï étaient trop légers, et le froid, qui venait, exigeait que l'enfant fût bien couvert. Mais il regrettait cetie espèce d'uniforme dont on l'avait dépouillé. Fier d'abord de se voir habillé comme un Européen, comme 10 un Français, il se sentait maintenant mal à l'aise dans cette redingote qui lui descendait à peine aux genoux, et, avec cet instinct d'art qu'ont ces races affinées, il se trouvait un peu ridicule sous le chapeau de feutre rond dont on l'avait coiffé. 15
Et surtout, ah ! surtout il regrettait ses longs cheveux qu'il enroulait au-dessus de sa nuque, ses cheveux noirs que la mère trouvait si beaux et qu'elle avait baisés de sa bouche tordue par le chagrin le jour où Linh était parti. Il avait lu dans les histoires des vieilles dynasties 20 de France que Ton coupait les cheveux aux héritiers de rois quand on voulait les écarter du trône. Et lui aussi il avait la sensation d'être amoindri, tonsuré !
Paris le consolait un peu. Quoiqu'il devînt bien triste, Paris, après le départ de tout ce monde qui l'avait, 25 durant des mois, transformé en fleuve humain ! ... Il y avait des jours de brouillard où, dans le bureau de la rue des Petites-Écuries, on allumait le gaz à quatre heures de l'après-midi, et où Linh demeurait, le dos voûté sur les papiers de factures à en-têtes commerci- 30 aux, pendant de longues heures, sans rien voir que ce papier, qu'il couvrait de sa belle écriture anglaise : Doit Monsieur Phangj négociant à Hanoï . . . Doit le Bazar Français d'Hanoï . . . , sans rien entendre que le roulement des flacres ou des camions qui passaient 35
1 68 TUYBT.
dans la rue commerçante, derrière les carreaux aux verres dépolis.
Le Bazar Français! Monsieur Phang ! ces noms évoquaient pour Linli des coins de ville bien connus, des
5 quartiers où il avait passé, joué, étant enfant. Ce M. Phang négociant, c'était un ami de son père. Il fumait de l'opium, M. Phang, et il avait Tair cassé, tortillé comme une racine sèche. Liuh, à présent, avait tles retours un peu tristes vers le pays abandonné et où les
10 camarades de TEsplanade, ouvriers et interprètes, étaient arrivés maintenant.
Ses sœurs lui écrivaient. Tung lui répétait toujours, répondant à ses confidences d'enfant : '^ Eh bien ! es-tu content? as-tu enfin vu de la neige? pourras-tu, quand
15 tu reviendras, nous en rapporter?"
Et Linh souriait. Non, il n'avait pas vu de neige. Il se désolait. Ne lui disait-on point qu'il y avait des hivers entiers où la neige ne tombait pas? Du brouillard, oui, du brouillard jaune et triste, qui le
20 prenait à la gorge comme un miasme de marais, il en voyait ; mais de la neige, de la blanche neige, non, rien !
Tuyet ! Tuyet !
Peut-être n'en verrait-il pas.
25 Le froid était vif cependant et, pis encore, spongieux et malsain. Le petit Linh couchait, au dernier étage de la maison, dans une chambre bien meublée, claire et gaie, qu'avait fait aménager pour lui M. Lecrosnier. Il s'y était d'abord senti heureux, libre, pouvant penser,
30 rêver à son aise, dormir dans un bon lit de France. Puis la nuit, il avait ressenti de petits frissons ; il lui semblait que quelque chose comme une main sèche le serrait au cou ; il toussait un peu, il respirait parfois avec peine. Tantôt il grelottait, tantôt il étouffait de
35 chaleur dan ses draps blancs.
TUYET. 1 59
— Vous ne souffrez pas, Linli? lui demandait M. Lecrosnier.
— Non, monsieur! oh non!
Il n'osait pas dire qu'il souffrait : il lui semblait qu'on allait le gronder. Il se sentait responsable de son séjour 5 à Paris. Il tremblait qu'on ne le réexpédiât au Tonkin comme un colis gênant, et peut-être, tout au fond de son être, un secret désir de départ commençait-il à germer . . .
Il ne faisait pas froid comme à Paris, là-bas, au bord 10 du lac!
M. Lecrosnier, qui entendait tousser le petit Linh, n'était pas sans inquiétude. On fit descendre l'enfant dans l'appartement même du commissionnaire, on le soigna. Le médecin, consulté, parla d*une bronchite qui 15 pouvait prendre, avec la saison mauvaise, un caractère pernicieux.
Et, en effet, Linh maigrissait, devenait triste; toute sa frêle personne était secouée douloureusement par des quintes. M. Lecrosnier ne voulait pas que, jusqu'à ce 20 que l'enfant fût guéri, il demeurât comme cassé sur les écritures. Linh ne descendait donc plus au bureau, et il resta dans sa chambre, avec défense de sortir. Les fenêtres heureusement donnaient sur la rue, mais, qu'importe ! Linh s'ennuyait. Il s'ennuyait à voir toujours 25 le même spectacle: des passants pressés, des fiacres mouillés, une boue noirâtre, et, en face de lui, une boutique d'emballeur où éternellement on clouait des caisses de bois blanc, on les marquait de lettres noires, et on les envoyait vers des pays inconnus, dont les yeux 30 perçants de Linh déchiffraient de loin les noms: Buenos- AyreSj Rio-de- Janeiro, Bahia . . .
Qu'elles semblaient longues, interminables, les journées d'hiver, au petit malade! Madame Lecrosnier
venait bien, de temps à autre, voir l'enfant, le consoler, 35
160 TUYET.
lui parler comme une mère. Mais c'étaient des apparitions courtes et qui ramenaient seulement la pensée de Linh veis l'autre mère, la vraie mère, celle qui était là-bas.
5 Madame Lecrosnier s'attristait, du reste, de l'état de Linh. La bronchite empirait. Une griffe s'enfonçait dans la gorge et la poitrine de l'eni&nt. Les remèdes échouaient. Il souriait quand on lui disait qu'il irait mieux bientôt, et il disait :
10 — Oui, je sais ... Ce qu'il me faudrait, c'est mon soleil !
Ce n'était plus la neige qu'il voulait voir, le petit
Tonkinois, mais le soleil d'Asie qui fait les fruits si gros
et les fleurs si belles. Et pourtant, si ! le rêve subsistait
15 en cette âme qui se débattait dans un corps malade.
Plus souf&ant de jour en jour, il s'était alité, et, lorsqu'il
' s'était vu couché tout un jour dans un lit, il avait dit,
avec son sourire étrange, un peu narquois encore, mais
très doux :
20 — Oh ! je ne verrai pas Tuyet !
Et il pensait à ce fils du roi d'Asie, ce petit souverain de Hué, qu'il avait vu, à Alger, enfermé dans une chambre, pour toujours — "jusqu'à la mort." Ce n'étaient pas seulement les fils de rois que pareille 25 sentence atteignait.
Le petit Linh devinait juste. Le médecin devenait
inquiet. Il eût voulu gagner le printemps, envoyer
l'enfant au Tonkin. Il parlait du Midi, de Nice. Mais
la poitrine était trop prise, avec une toux stridente, une
30 lente fièvre.
— Encore, disait Linh en souriant toujours, si j'avais vu la neige !
Madame Lecrosnier lui apporta, un matin, un de ces
presserpapiers où, dans une boule de verre, est figuré, dé-
36 coupé, un paysage neigeux, un cartonnage peint en blanc.
TUYET. 161
L'enfant prit, dans ses mains brûlantes, la fraîche boule de verre, et dit;
— C'est bon à la peau ! c'est froid !
— Retournez-la, cette boule, fit madame Lecrosnîer.
— Voilà, dit Linh. 5 Et il vit alors, sur le paysage, pleuvoir de légers points
tout blancs qui dansaient dans la boule comme des atomeô. Il y avait, dans le paysage, un tout petit personnage, un moine, tout blanc sous un sapin encore vert. Le sapin et le moine étaient presque cachés par ces points blancs 10 qui couraient comme éperdus, à measure que Lifah secouait la boule de verre.
— Cela, dit madame Lecrosnier, c'est de la neige !
— Cela?
Tuyd .'"... Linh regardait, curieux, amusé, ravi. On 15 aurait pu lui donner cela et i] aurait pu l'emporter au pays, le jour où il s'était enfui pour ne point partir! Tuyet ! C'était, en eifet, bien joli, tout ce blanc, cette coursé de points blancs, et ce bonhomme enveloppé de neige, dont la robe brune rappelait la couleur des robes 20 des bonzes . . .
— La pagode ! murmura Linh.
A la pagode, les bonzes lui avaient donné, comme une amulette, — un petit papier imprimé d'une manière sommaire, tel que les premiers et naïfs essais xylographiques, 25 portant en caractères chinois et en français ces mots qui maintenant faisaient hocher la tête à Linh:
— Voua aurez tout à volonté I Vous ne aérez jamais malade !
Il en avait donné une, de ces amulettes, à madame 30 Lecrosnier, et elle se souvenait combien elle avait ri des explications philologiques de l'enfant voulant commenter l'inscription et n'en sortant pas : " Les Chinois parlent par caracthres; nous, c'est difierent, nous parlons par caractères.'* 35
162 TUYET.
Ah I ces amulettes de la pagode ! ces talismans des boDzes ! Linh, si souffrant, si malade, n'y croyait pkis maintenant. Mais il croyait au beau jouet que lui apportait madame Lecrosnier. Et tout le jour, et les jours 5 suivants, il demeura dans son lit à tourner et retourner la boule de verre et à regarder tomber la neige. Quand il déposait près de son lit, sur sa table, la boule sortant de ses mains, le verre brûlait, comme chauffé au feu . . .
— Linh est perdu ! dit, un matin, à M. Lecrosnier, le 10 docteur, désolé.
C'était la phtbisie laryngée qui, violemment, tordait le petit être, et il fallait écrire aux parents, au sous-secrétaire d'État des colonies, il fallait tout dire.
— Perdu ? répétait madame Lecrosnier.
15 Et il lui semblait qu'on lui arrachait quelqu'un des siens.
Pourtant, le petit Linh prétendait qu'il ne souffrait plus. Il disait seulement qu'il avait envie de dormir, longtemps, longtemps dormir. Il était las. Il n'avait
20 plus envie de quitter le lit, de sortir.
Un matin, il poussa un grand cri, un cri de joie qui s'arrêta court pourtant dans sa gorge dévorée ... Il se souleva sur ses coudes dans son lit de malade et, de son bras maigre, si maigre ! — désignant les toits blancs
25 de la rue, les nervures blanches des maisons, en face, les Persiennes serties de neige :
— Tuyetf Tuyet! répéta sa pauvre voix faible, Tayet!
Elle était tombée dans la nuit, et elle tombait encore 30 un peu, ses flocons blancs volant dans le vent et parfois venant se coller aux vitres du petit malade, comme pour se montrer, pour dire:— Me voici!
— Tuyet! Tayet!
Et il était si heureux, redisant le même mot qui 36 passait comme une caresse dans sa gorge strangulée :
TUYET. 163
— Tuyetf
Il 7 avait tant d'éclat dans ses yeux noirs, son frélo corps s'agitait si vivement, que madame Lecrosnier, qui était là, croyait à une renaissance. Mais le médecin ne disait rien, puis se penchant sur le petit malade, lui pre- 5 nait la main, et, très bas, tout en calculant la température de ce jeune corps :
— Oui, c'est de la neige, Linh, de la neige comme dans la boule de verre qu'on vous a donnée.
— Oh ! répondait l'enfant, plus belle, plus belle ! 10 C'est de la vraie neige ! Tuyet !
Puis, hochant la tête :
— C'est vrai, ce qu'on nous disait dans les histoires : c'est joli, la neige. On dirait des petits lis qui dansent !
Tout le jour, pendant la tombée des flocons blancs, 15 Linh demeura dans son lit, la tête tournée vers la fenêtre, sa petite tête où le jaune semblait pâli, avec des yeux agrandis, et un souffle lent, pénible, passant entre ses lèvres sèches.
Et il répétait souvent, comme en proie à une obses- 20 sion:
— C'est joli ! c'est joli ! oh ! joli I
Mais il y avait comme un sentiment vague de regret, de déception, et sa pensée flottait très loin, bien loin, vers le pays où les bambous chantaient dans la nuit et où il 25 n'y avait pas de neige ... Il revoyait, dans une vision confuse, une hallucination de fièvre, la petite maison d'Hanoï, et les siens, assis à terre sur des nattes, autour d'une théière qui fumait, qui chantait aussi, comme les bambous ; et il entendait qu'on parlait de lui, et sa mère, 30 et ses sœurs, Tung, Thuan et Phuang, disaient toutes les mêmes mots au père, qui ne répondait pas: "Quand Linh, notre Linh, reviendra-t-il ? Est-ce qu'ils nous le garderont, les Français?" Et tout à coup il semblait à Linh que la chère vision s'efiaçait, obscurcie par une 35
164 TUYET.
nuée, voilée par les flocons blancs qui tour\)illoiuiiaient, panûsçaîent plus épais . . .
Alors cette pensée venait an petit Tonkinois que c'était blanc comme un linceul, la neige, blanc comme ce drap
5 dans lequel on avait cousu, en chemin, le pauvre peintre de lanternes qu'on avait fait glisser le long du navire dans la mer : " Glouf !"
Un linceul ! Et, dans l'assoupissement du bruit que donne la neige qui tombe, Linh entendait pourtant, per-
10 cevait distinctement le son des coups de marteau qu'on donnait de l'autre côté de la rue. Le layetier-emballeur continuait à clouer ses caisses, — et Linh, sans les voir, les devinait, ces caisses de bois blanc avec leurs inscriptions mystérieuses : Bahia . . . Costa-Rica . . .
15 Et, lui aussi, comme un colis jeté au hasard, on le clouerait dans une caisse de bois blanc, pour l'emporter, comme il savait qu'on emporte les morts en Europe, dans une boîte longue.
Alors un brusque frisson secoua ce pauvre corps frêle,
2Q la peur le prit. Le petit Linh essaya de se soulever, de sortir de son lit ; il tenta de crier :
— Je ne veux pas ! je ne veux pas I
Et sa pauvre petite bouche, presque aphone, ne parvenait pas à se faire entendre . . .
25 Ce bruit, ces coups de marteau, ces caisses blanches le terrifiaient.
Il disait, tout hagard, couvert de sueur, portant sa main si fine à son cou maigre :
— Non ! non ! non ! non !
30 Le docteur regardait, très triste, à côté de madame Lecrosnier, toute pâle.
— Hanoï! Hanoï! murmura l'enfant tonkinois, d'une voix qui déjà venait de l'au-delà, du pays sans neige où s'envolait sa petite âme ... Le lac! le
35 cocotier !
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Il dit encore une fois, presque tendrement : Tuyet ! et cherchant d'un geste machinal, vague, perdu, quelque chose autour de lui, il rencontra la main de madame Lecrosnier, une main qui tremblait ; il la prit, la serra, essayant de l'approcher de ses lèvres ; puis il laissa 5 tomber sa tête lasse sur l'oreiller blanc, et, avec une tendresse ardente, il sembla se coucher, s'endormir, se blottir, en disant tout bas — ^si bas — comme un soupir qui eût parlé à un fantôme :
— Maman ! 10
Le lendemain, il y avait encore de la neige aux vitres de la chambre froide, et les cristaux de neige collés au verre semblaient d'étranges yeux blancs et fixes qui regardaient Linh, étendu dans son lit, immobile, avec 15 un sourire encore sur ses lèvres closes, Linh, le petit Linh, emporté par un souffle, comme, dans le vent, un flocon de Ihiyet — son rêve I
Note.— The referenoes are to the Editor's " Reading French Grammar."
Page. Line.
6. — 1. Viroflay, a village and commune about ten miles S. W.
of Paris and four miles east of Versailles. It eontains
a number of beautiful villas, and is a favorite summer
resort of the Parisians.
8. Limogres, a city of Fuince, about two hundred and forty miles S. W. of Paris. Its population is about 60,000, and the city is especiallj noted for its extensive manuture of porcelain.
8. M. de Pourceaug'nao, the name of a comedv of Molière^s, who placed the scène at Limoges, in revenge for the unfavorable réception which his troupe met with in that city.
6. de diiigrer sa Maison, o} directing his House, This refers to the " Comédie Française," or " Théâtre Français " (sometimes simply called the Français) of which M. Claretie has been, for some years, Directeur Général, and which is the oldest théâtre in Paris, and the place where inany of Molière*8 plays were originally produced. Hence it is not infrequently called the house of Molière.