VITI A MESSIEURS LES DIRECTEURS
bientôt pour gens de Bohême ou d^ Egypte, et les édîts royaux ne parlaient de rien moins que de roue, de kache ou de harî .
Pas pins que leurs subordonnés, les chefs de troupe ne trouvaient grâce devant ce farouche ostracisme. Ils n'étaient points comme aujourd'hui, des banquiers à qui les artistes apportent en dépôt le capital de leurs talents. Ils mêlaient leur aile à ce grand vol de moineaux francs qui s'abattait dans les granges de nos bourgs cossus, logeant et mangeant che:^ Vha~ bitant, sans songer à ce magnifique étalage de cravates blanches comtu sous le nom de Société des artistes dramatiques ^ et peuplé de présidents, de syndics^ de commissaires, poire de trésoriers, avec des bureaux élus et renou velés selon d'inéluctables statuts.
Mais quel est V astringent asse\ fort pour contenir le levain de la satire gauloise ?
Il n^a pas fallu moins de trois siècles aux gens de théâtre pour conquérir la place qu^ils occupent aujourd'hui dans le monde: aussi les
DE THEATRE ix
directeurs des principales scènes de ce temps éprouveraient^ils quelque peine à reconnaître un ancêtre dans leur confrère Jean Monnet, directeur de V Opéra-Comique au siècle dernier. Rien n^est plus réel, néanmoins, que cette parenté. Pourquoi certains d'entre eux ne déploient-ils pas toujours, à une époque oii bien des difficultés se sont aplanies pour eux, l'énergie et l'intelligence avec lesquelles Monnet combattait les obstacles que lui suscitait Vantique préjugé ?
C'était vraiment un homme fort ingénieux que ce Monnet, plein de ressources et d'invention, et servi par un merveilleux instinct des choses de sa profession; un esprit bien français^ actif, éveillé, très respectueux des goûts de ses clients, et sachant cependant leur faire partager le plaisir quHl ressentait lui-même à la nouveauté.
Monnet est un trait d*" union entre /^entrepreneur de spectacles et Monsieur le directeur. Par l'importance et la variété de ses entre--