‹ Jean MonnetChapitre 6 sur 20 · II · texte numérisé non relu

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terminant, ma reconnoissance pour eux être aussi publique et aussi célèbre qu'elle est vive, pleine et sincère. Puisse l'égaler un jour mon zèle à leur procurer des amusemens dignes d'eux ! »

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Monnet, pour la seconde fois, directeur de rOpéra-Comiquc (1752). — La salle de la foire Saint-Laurent. — L'admiration qu'elle excite. — Sa beauté. — Sa sonorité. — Omnipotence de Monnet. — Opinions de la critique et des gazettes sur ses capacités. — Sa retraite. — Cession de rOpéra-Comique aux sieurs Moët et Corby(i757).

AiLLiTE et prison! Vent en poupe et vent en proue! Un imprésario vulgaire ne se fût point relevé du coup : Monnet ne prit que le temps de se frotter l'échine, et fit à l'Angleterre sa plus belle révérence d'adieu.

Le 20 décembre ijSi, à la sollicitation de la fameuse mademoiselle Le Maure, il obtenait l'agrément du roi pour le rétablissement de l'Opéra- Comique, et passait, le 3o suivant, un bail de six

ans avec le bureau de la Ville, à 12,000 livres pour chacune des trois premières années, et à 1 5,000 livres pour chacune des trois dernières.

Monnet se sentait mûr pour la fortune. L'artiste s'était bardé du triple airain du philosophe. Insensiblement, on plie son humeur aux complications des affaires, et tel, qu'un acte de procédure plongeait hier dans la noire mélancolie, verrait aujourd'hui d'un œil sec le rétablissement des tailles, des gabelles et des sergents à verges. En décembre ijSi, Monnet était sans argent; des amis lui en prêtèrent. Il était sans auteur; il dé' couvrit Vadé dont le tour d'esprit l'avait séduit et se l'attacha par un traité. Il était sans acteurs; à grands frais il rappela de la province plusieurs sujets de l'ancien Opéra-Comique. Il était sans théâtre; en cinq semaines, il fit réparer la salle du faubourg Saint-Germain, branlante, croulante, et depuis dix-huit ans sous le scellé de la justice. L'ouverture de son spectacle était fixée au 3 février 1752 : audit jour, on y débitait le Retour favorable, prologue d'ouverture *.

Depuis la suppression de l'Opéra-Comique, en

* Mademoiselle Rosaline, MM* de Lécluse et Deschamps sont les acteurs qui ont été le plus applaudis... M. Monnet dont on connoît la vivacité, le zèle et l'intelligence^ a fait, pour bien monter son théâtre, des efforts plus heureux qu'on ne devait naturellement espérer du peu de

1745, on ne représentait plus à la foire que des scènes muettes et des « pantomimes angloises ». Quelques troupes de danseurs de corde et de sauteurs, des marionnettes, des animaux sauvages, des joueurs de gobelets y « faisoient leurs monstres ». La Grande troupe étrangère, éteibli^ dQpuh 1 7 3 5 par Restier et Lavigne, attirait encore le menu peuple, mais les gens du bel air avaient abandonné les loges.

Monnet sut les y ramener, et »a direction, de 1752 à 1758, marque la belle époque de l'Opéra- Comique. Tous les auteurs du temps s'accordent à rendre hommage à ses talents. La Harpe vante son intelligence et son activité ; Grimm, son obligeance; l'abbé de La Porte, son habileté; Fréron, son goût et son esprit. Chevrier, dont Sabatier de Castres compare les libelles agressifs» à ces nuées d'insectes éphémères qui ne piquent qu'un moment et ne vivent qu'un jour », rentre les griffes devant Monnet. « Ce spectacle, dit-il quelque part, en parlant de l'Opéra-Comique, contre lequel la décence s'est récriée longtemps avec une sorte de raison, devient aujourd'hui un amusement hon-

tems qu'il a eu pour s'y préparer. li sait mieux que personne ce qui manque à ce spectacle, et cette connoissance produira sûrement quelque chose, » (Mercure de mars 1752, p. 189-90).

A partir de sa réouverture par Monnet, POpéra-Comique prend place dans les comptes rendus du Mercure, à côté de FOpcra, des Français et des Italiens.

nête qui attire tout Paris, grâce aux soins que M. Monnet prend pour l'embellir. » — Et, après avoirdéclaréqu'a i7e5^ seul capable de conduire ce spectacle... y M. Monnet, qui a senti que TOpéra- Comique n'était rétabli que pour augmenter nos plaisirs et que leur intérêt exigeoit qu'il durât toujours, a fait des dépenses étonnantes pour la construction d'une salle à la foire Saint-Germain. Attentif à plaire au public, il met à profit son goût et §on intelligence pour nous procurer de bons auteurs et des acteurs dignes d'eux. »

A son expérience chèrement acquise des choses du théâtre, Monnet unissait une ingéniosité native qui lui rendait familiers les moindres détails d'une grande entreprise. Il y a dans Monnet du chorégraphe, du décorateur, du machiniste, voire de l'architecte. Cette fameuse salle Saint- Laurent, qui arrache des cris d'admiration à tous les rédacteurs des feuilles publiques, si nouvelle que les Parisiens la vont visiter en pèlerinage, si jolie que le Roi l'achètera plus tard pour la faire démonter et remonter à l'hôtel des Menus, c'est Monnet qui en a l'idée et qui la soumet à l'architecte. « Le théâtre, dit Monnet, pour lequel il n'y eut ni dessin ni plan d'arrêté, fut construit dans trente-sept jours.» Amoult, machiniste ingénieur du roi, dirigea l'exécution des travaux avec de Leuze. Boucher se

fit un plaisir de composer les dessins du plafond, des décorations, des ornements même, et de présider à toutes les parties de la peinture qui fut employée dans cette salle.» Partout on reconnaissait le coup de baguette du magicien, partout on s'émerveillait de tant de célérité : « Il a fait construire une salle d'un goût plus exquis que toutes celles des autres spectacles de Paris, dit l'abbé de La Porte, et ce qu'il y a de plus admirable, et ce qui prouve en même tems l'intelligence et les ressources du directeur, c'est qu'on a vu ce bâtiment superbe, commencé, élevé et fini dans un lieu où quarante jours auparavant on cueilloit encore de l'oseille et des épinards * ».

On fatigue l'écho du nom de Monnet : c'est le grand Monnet, l'ingénieux Monnet, le triomphant Monnet, le grand prophète Monnet ** ! Le café (consécration suprême !) popularise sa popularité. Procope s'émeut. Madame Bourette, qui tenait le Café Allemand, rue Croix-des-Petits-Champs, fréquenté des gens de lettres, en est toute férue.

* Voyage en Vautre Monde (1753, 1* partie, p. 171).

•* Les Prophéties du grand prophète Monnet, etc. Titre d'une biochure parue fin janvier ou au commencement de février 1753, au fort de la Querelle des Bouffons. On trouvera l'histoire de cette guerre fameuse dans notre Histoire littéraire et musicale du premier Opéra-Comique français ^ qui paraîtra prochainement.

Jugez-en par cette requête rimée sur le comptoir.

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