A MESSIEURS LES DIRECTEURS DE THEATRE
Si VOUS poiilei bien renouer avec moi le fil de son roman, vous retrouverez en lui comme un amalgame prématuré d'Harel, de Lireux, de Mabille et de Barnum, et peut-être sere\vous forcés de convenir que vous n'avez rien inventé, pas même la faillite.
Arthur Heulhard.
Naissance et éducation de Monnet. Son séjour chez la duchesse de Berry. — Orages de jeunesse.
E suis ne, dit Monnet, an commencement de ses Mémoires, à Gondrieu, petite ville située sur les bords du Rhône, dans le Lyonnais, d'une famille honnête, mais peu favorisée de la fortune *. Orphelin à Tage de
* Le document que voici lève le voile qu'a tiré Monnet sur la date reculée de sa naissance et la condition mo.lcste
huit cius, je restai ciiez un oncle jusqu'à quinze. Cet oncle, par la gaieté et la singularité de son esprit, étivh le Rabelais de son canton. Moins occupé de mon éducation que de ses plaisirs, à peine m'avait-il fait apprendre à lire, quand un de mes compatriotes, tils d'un gros négociant, m'amena à Paris pour me placer chez feu madame la ciuchesse de Berry. Là, par le petit mérite que j'avais alors d'imiter et de contrefaire parfaitement la voix et les gestes de tous ceux que je voyais, je m'attirai en très peu de temps les bontés de cette princesse. » Ce sont les seuls détails qui nous aient été conservés sur l'enfance de Monnet. On remarquera qu'ils ne nous apprennent point en
de ses parents : « Jean Monnet, né le septième septembre mil sept cent et trois, lîls de Jacques Monnet, bolanger de Condrieu, et de Louise Honnardel, ses père et mère, a esté baptisé le huictième du dict mois et an que dessus dans l'église de C>ondrieu, par moy vicaire soubsignc. Son parrain a esté Jean Bonnarde), grand père de l'enfant, cordonnier, sa marraine Françoise Darabuyen, en présence de Michel Duché et de Joseph Thonnerifu qui ont signé.
Signé : « Thonnerieu, Duché; Mouton, vicaire. »
Extrait des registres de Vétaf civil de la ville de Condrieu (Rhône), /(-lio 21 5.
Le nom de Monnet a été trîs souvent écrit, imprimé et réiiiiprimé avec une seule n. 3a signature, relevée au bas des quittances qu'il a délivrées à la municipalité lyonnaise, en porie constamment deux. Cette corruption orthographique est née du jeu de mots latin qu'on en a fait plus tard.
JKAN MONNKT
quelle qualité il entra au service de la ducliesse dcBcri'y. L/emploi,vu rii^morance du titulaire, ne devait pas être bien brillant. Quoi qu'il en ait été, la protection de la duchesse, à la faveur de laquelle il fit son éducation, lui manqua soudain. La mort de sa bienfaitrice, survenue en juillet 1719, le rendit à la liberté, tout en le jetant dans les secousses de la vie d'intrigues.
Monnet avait environ seize ans. En vrai Français du dix-huitième siècle, il cuidait bonnement que l'amour a sa gymnastique, et que, l'illusion perdue, le cœur peut encore se refaire par l'exercice. Entreprenant donc, et toujours poussé par quelque diable, doué d'un physique avantageux, maniant fort agréablement l'épée contre les jaloux et le violon contre les belles, la tête ornée de toute la poésie badine du temps, Monnet débuta dans le rôle ingrat de galant avec toutes les armes de l'emploi. Il aborda le monde assez heureusement par la conquête de la veuve d'un officier : il est de ces hasards ! Le lecteur peut se reporter aux premiers chapitres de ses Mémoires pour se former une idée exacte de l'esprit de suite avec lequel Monnet menait une affaire d'amour. Toutefois, l'organisation qui y présidait, si parfaite qu'elle fût, ne suffit pas toujours à le garer des incidents fâcheux, qui sont : fuites précipitées par les fenêtres et autres huis, explications aigres avec les pères et les mères, interrogatoires scandaleux des