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commissaires de quartiers, toutes tins brutales et discourtoises des amours défendues.
Rien ne lui lit défaut en matière de romanesque, pas même la résolution passagère d'entrer à la Trappe, sous prétexte de corriger la nature. Mais, hélas ! le cœur ne se cloître pas. Le mariage, ce grand émollient, ne le guérit point non plus de son penchant pour le sexe faible; il est bon d'ajouter que le mariage était mauvais, ce qui rend Monnet excusable. Peut-être m'objectera-t-on qu'il ne l'était point de s'être marié, mais ceci fait partie d'une théorie différente, dont les gens du métier sont les auteurs, et qu'il ne convient qu'à eux d'apprécier.
C'est de l'année 1 748 que date l'affection de Monnet pour le théâtre, affection qu'il paya de plus d'une faillite, mais qui nous valut notre premier Opéra-Comique français. Auparavant, Monnet avait essayé de divers passe-temps, postes et charges. Il avait été déjà bibliothécaire, éditeur, voire auteur de plusieurs publications, dont la bibliographie, en cela d'accord avec Monnet, ne nous a pas transmis les titres. Il est à regretter qu'il ait passé sous silence cette période de ses travaux littéraires pour y substituer des anecdotes grivoises à Timitation du Pogge. Les ouvrages écrits par Monnet ont-ils été publiés sous le masque de l'anonyme, ou sont-ils enfouis dans
aueloue volumineux recueil d'Académie? Il ncn
csi bruli nulle p:u*i, et Quérard est muet; je n\ù découvert, dans mes recherches, aucun document qui y eût trait, et je confesse humblement un .•^rand dépit de fureteur *.
Cependant la prison ét.int une station bien connue de quiconque tenait librement la plume, je n'avais pas perdu l'espoir d'y retrouver la trace de Monnet. Notre homme a i^^émi dans les geôles
* Quelques bibliographes attribuent à Monnet une part (le collaboralion à l'i-puscule peu commun de Meunier de Qucrloii, iniilulc : Les Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémonc. Anecdotes grecques ou fragments historiques publics pour la première fois et traduits sur la version arabe imprimée à Constantinople, l'An de rUcgirc iiio et de notre Ère lySi. A Oxfort (Paris), 1740. ln-8, 96 pages.
La Biographie universelle^ de Michaud, dit, à l'article « Meunier de Querlon », que celui-ci composa les Soupers de Daphné sui- les notes de Monnet.
Dans s. s Mélanges extraits d'une petite bibliothèque (Paris, Crapelet, 1S29), Cha;le.s Nodier a donné la clef de ce pamphlet mythologic^ue, d'après celle qui se trouvait à son exemplaire. « M. Barbiei', dit-il, nous apprend que ce livre est une satire sur les soupers de. Marly ou sur ceux que Samuel Bernard donnait à Passy; il est évident que c'e?.t de Marly qu'il est question, puisque l'auteur dit positivement, p. II, que Daphné est à cinq milles d'Antioche, qui signifie Paris : ce qui ne saurait se rapporter à Passy. M. i^arbier ajoute que Querlon la composa en trois jours, sur des anecdotes fournies par Moret, qui fit imprimer l'ouvrage à ses Irais. Au lieu de Moret, qui n'est pas connu, M, i^runet écrit J. Monnet, leçon qui ine paroît préfén-.ble à 1 autre : ce J. Monnet est probablement l'éditeur de l'Anthologie, n Nodier traite avec sévérité ce «tissu de fadeurs », et non sans raison.
JKAN MONNET
de l'Etat, comme il appert de cette note arrache'e à un vieux L^rimoire et qui donne à penser au moraliste c
Année ly-fi.
Le sieur de Beaufort, ancien Auteurs de mauvais lieutenant d'infanterie, détenu au
ouvrages, vers f^^,^ TEvcque par ordre du Roy. et chansons infâmes. ^e sieur Monnet, détenu au
Nouvellistes f^j^^ PEveque, par ordre du Roy. à la main,
Tous ses papiers consistent en
manuscrits, contenant des comédies, vers et chansons infâmes, et un petit livre qui a pour titre :
Les Annales amusantes, ou Mémoires pour servir à Vhistoire des amusements de la Nation en tout genre.
Le Commissaire de l'Épinay,
Perrault, Lieutenant de la Prévosté Générale des Monnoyes.
BibliotJicquc n:.tiGnale. \j.s. Nouvelles acquisitions frança :~cs. — IN" 1^(31. Registre de li Bastille de 1660 à 1789. Les Minutes du Commissaire de l'Lpinay manquent aux
Archives.
Monnet, directeur de l'Opéra-Coinique pour la" première fois (174:). — Ses succès. — Suppression de l'Opéra- Comiquc (1744).
ç,^..,-^^^ «^^^^^^^^ 'Opéra-Comique agonisait, lors-
zy'k'^ /n n ^ \/\ nn-nf^t f^-n P»n1(a-\rn \q nriVl"
mois de
i(^ (wW^i^f^ qu^ Monnet en enleva 1
^W A^^^^wP ^^S^ ^^ sieur Pontau, au
"/f^l^^ mars 1 748, Monnethéritait d'une
'^.J^i^Ê série de directions qui avaient à
r;vj bi
^^i:ij:z^,^^^^^^r^ P^^ P^^s ruine ses prédécesseurs Honoré, de Vienne, et Pontau, mais rien ne le rebutait *. Ce fut donc lui qui se chargea de
* Dans son livre sur les Spectacles forains et la Comédic-Frayiçaise (I)entu, 1875), M. Jules Bonnassics nous conte les misères du pauvre P. n^au, prédécesseur de Monnet: « Le 19 mai 1738, il se trouve ledevable envers Thuret (directeur de l'Opéra) de 7,596 1. 5 s.; celui-ci lui accorde deux ans pour payer. Par un compte du 8 avril 1740, sa
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réparer le désarroi de l'Opéra-Gomiquc, rude besogne que voici décrite au chapitre Vil de ses Mémoires : « Le sieur. Pontau, alors possesseur du privilège, homme d'esprit, mais foible et peu propre aux détails d'une pareille direction, avoit laissé tomber ce spectacle dans un si grand avilissement, qu'il en avoit absolument éloigné la bonne compagnie. La livrée y étoit en possession du parterre ; elle décidoit des pièces, siffloit les acteurs et quelquefois même ses maîtres, quand ils s'avançoient trop sur le devant de la scène. Les loges des actrices étoicnt ouvertes à tout le monde ; la salle, le théâtre étoient construits à peu près comme les loges des baladins de la foire Saint-Ovide; la garde s'y faisoit par un officier de robe courte; l'orchestre étoit composé par des gens qui jouoient aux noces et aux guinguettes ; la plupart des danseurs liguroientavec des bas noirs et des culottes de drap de couleur; rien, en un mot, n'étoit si négligé, si sale, si dégoûtant même
dette se monte à la somme de 20,54^> 1. 5 s., sur laquelle Thuret lui remet 5,ooo 1. Par un nutre compte du ii octobre 1742, à 35,34G 1. 5 s., sur lesquelles Thuret lui en remet 10.000. Après la foire iSaini-Germain de 1743, elle remonte à 53,046 1. 5 s. Thuret le fait alors saisir. Pontau soulève mille dilficultés pour empêcher la vente; nous ignorons si elle eut lieu. Le 28 mars 1743, Thuret passe, moyennant redevance annuelle de 12,000 1., un bail de six ans à Monnet, qui est mis en possession delà loge de Pontau, en vertu d'un ordre du roi. »
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que les accessoires de ce speciaclc. » Monnet comnicnsa par consigner, de par le roi, messieurs les laquais à la porte, lit passer Tarchitecte et les décorateurs dans la salle, épura et renouvela sa troupe, et prit la route de Rouen d'où il ramena Préville, le meilleur comique du temps. L'ouverture de la foire Saint-Laurent eut lieu le 8 juin 1743, avec le Coq du Village, de Favart. En deux mois, Monnet avait transformé tous les éléments de rOpéra-Comique, réuni un excellent orchestre conduit par Rameau, un personnel de comédie qui a fourni des sujets remarquables à la Comédie- Français:, plus un corps de ballet où ne dédaignait pas de puiser TOpéra. Les costumes et les décors avaient été commandés à Boucher. Bref, la foire Saint- Laurent de 1743 attira chez Monnet un nombreux public qui le suivit à la foire Saint- Germain *. Cette saison témoigna si haut de ses capacités que la direction de TOpéra lui fut offerte par M. Thuret, titulaire du privilège.
Il revient à Favart une bonne part dans ce regain de vogue. C'est lui qui a fait à Monnet son éduca-
'*' « L'Opéra-Comique eut un succès e'ionnant dès la première Foire, et cela dans les circonstances les plus critiques, qui étoient le brillant début tle mademoiselle Clairon à la Comédie-Françoise, la nouveauté des Artificiers italiens, le concours qu'un Opéra nouveau s'auiroit, le vuide que produisoit la Guerre, et les grandes ch-^leurs de ia saison : car j'avois tout cela centre moi. » (Mémoire pour le sieur Monnet, signj : Monner, pet. in-4. Aux Archives de l'Opéra.
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tion de directeur de spectacle; il était comme le moniteur spirituel de l'Opéra-Comique : moyennant 2,000 livres annuelles, outre ses droits d'auteur, il s*était engagé envers Monnet à remettre à la scène, accommodées au goût nouveau, les anciennes pièces du répenoire de la foire : il retou chait les canevas, veillait aux répétitions et faisait office de régisseur.
Bref, les recettes grossissant au delà des vœux de messieurs de la Comédie-Française, on jura la ruine de l'Opéra-Comique, et la clôture de la foire Saint-Germain de 1744 fut décidée avant terme '.
* Elle se lit par une representatioa d^Acajou, opéracomique en tro'S a^tes, de Favart, au milieu d'un tumulte indescriptible. Uafdaence y était si copsidcrable que la barrière qui séparait l'orchestre du parterre se brisa : « Pour la raccommoder on fut obligé de faire sortir hors de la salle toutes ks personnes qui remplissoient le parterre Mais ce fut en vaia. Le monde qui étoit sur le Théâtre y cfescendit pour faire place à de nouveaux spectateurs qui comblèrent entièrement le lieu de la scène. Il n'avoit pas été possible dans cette conhision de rendre l'argent à ceux qu'on a^-oit fait sortir. Plusieurs Texigeoient avec menaces. Six des plus mutins furent arrctis. M . Monnet se coaiporta en cette occasion avec beaucoup de prudence. Il tît relâcher ceux que l'on avoit mis au corps de garde, îî paya les racconlens d'une harangue moitié plaisante, moitié pathétique qui lui concilia tous les esprits. Jamais représentation n'avoit été si lucrative, toutes les places étoient à six francs, et le Théâtre étoit si rempli qu'il n*y pouvoit paroiire qu'un acteur à ia fois. II n'y eut point de symphonie, point de balieis; on n'entendit rien, pas ir.cme le compliment; on applaudit
Les Romains (rcnncmi héréditaire) avaient été piqués au vif d'une parodie que l'acteur Térodac (Cadoret retourné) faisait de leur déclamation, dans r^c^^^ow de Favart. L'auteurobtint un sursis d'un mois; au nom des syndics et marchands de la foire, il adressa au roi la supplique qui finissait ainsi : « Les supplians, prosternés aux pieds de Sa Majesté, osent lui représenter très humblement que, par les engagemens qu'ils ont contractés avant qu'ils fussent informés de la réduction de la foire, et par les pluies continuelles qui en ont écarté le public, ils seront plongés dans la dernière misère, si la foire n'est prolongée au moins pour cette année jusqu'à la fin du présent mois, comme elle l'a toujours été depuis plus de vingt ans.
« Qiie votre bonté nous seconde :
« Par pitié, Sire, exauce^-noiis I « Et vous fer e^ du bien à tous, « Car nous devons à tout le monde , »
Monnet se repentit d'avoir refusé FOpéra. 11 organisait la foire Saint-Laurent de 1744, lorsque le sieur Berger, successeur de Thuret à l'Opéra, fit résilier le bail de l'Opéra-Comique, par arrêt du Conseil du i" juin, et congédia Monnet,
beaucoup, et tout le monde se retira satisfait, moins cependant que Tcntreprcneur. »
{Mercure de France, fJvrier 1770, p. i^p .)
JEAN MONNFT
auquel il se subsiiiLia, sans lui allouer les dommages et intérêts qui lui revenaient pour avances à son personnel. Il ne le remboursa même pas du prix de son magasin qui lui avait coûte plus de 1 5,000 livres et qu'une estimation du sieur Perronct, tailleur de TOpéra, avait réduit à 4,000 livres. Ces spoliations par privilège étaient fort communes au dernier siècle.
Monnet directeur des spectacles de Lyon (1745- 1746). — Il y fonde un Opéra. — Sa tournée à Dijon. — Le Consulat lyonnais. — Procès avec la Duval. — Le Concert spirituel. — Insuccès de son entreprise.
E duc de Villeroi tira Monnet de
)^ cette déconfiture immérite'e, en
lui procurant la direction des
S spectacles de Lyon. Cette ville
igtemps dont le
privilège fut accordé à Monnet, moyennant une redevance annuelle de 1,200 livres à TOpéra de Paris.
Le i5 décembre 1745, TOpéra de Lyon ouvrait ses portes aux habitants émerveillés de tant d'activité. Les Lyonnais entendirent ce jour-là i^r^me
^^ yf^^^ spectacles de Lyon. Cett.
mp] C'^|;fê'/Cw réclamait depuis lon^ ^^2--^^— ^^^:2ii^ rinstallationd^in Opéra d
14 ji:an monnkt
et Tliisbé, de la Serre pour les paroles, et Ivebel et Francœur pour la musique. Ils se retirèrent satisfaits *.
Bien que le théâtre de Lyon ne possède ni bibliothèque ni dossiers manuscrits, nous avons pu recueillir des documents précis sur le séjour qu'y lit Monnet **. En 1786, à l'occasion de la direction de la demoiselle Destouches qui était vivement pressée par ses créanciers, le Consulat lyonnais, composé du prévôt des marchands et des échevins, mit à Tétude la réorganisation des spectacles. Le mémoire qui fut rédigé sur la matière est conservé aux Archives de la ville, sous le titre de Projet pour rétablissement des spectacles de Lyon, On y lit en substance que, jusqu'à Collot
* Le duc de Villeroi, qui cîait gouverneur de la ville, paraît avoir assisté à l'installation de son protège. Nous savons que, pour célébrer la présence du duc à Lyon, au mois de décembre 1745, l'artificier Viltard tira deux feux d'artifice au théâtre, et que le Consulat donna 600 livres de gratificat»on à un sieur Lefebvre {sic) et à sa sœur, pour différentes représentations de gala dans lesquelles ils avaient dansé. Ce Letèvre était sans doute l'ancien danseur de la Comédie-italienne, le père de cette Rose Lefèvre, qui devint madame Dugazon.
"* Grâces en soient rendues à M. Brouchoud, avocat à la cour de Lyon, docteur en droit, auteur de recherches extrêmement cuiieases sur le séjour de Molière à Lyon, publiées chez Perrin. M. Brouchoud est très versé dans les choses du 'héâtre. C'est un érudit de la bonne école, dont l'obligeance (ist inépuisable, comme le savoir.
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d'Hcrbois, la plupart des directeurs n'ont abouti qu'à la faillite. Laissons de côté les considérations administratives invoquées par Tauteur de ce mémoire en faveur de la décentralisation lyrique, pour n'en garder que ce qui touche à la tentative de Monnet :
« Au sieur Maillefer succéda le sieur Monnet qui, n'ayant pu obtenir le privilège de cette ville que sous la condition d'y établir un Opéra, et ayant bien prévu que ce spectacle seul ne pouvoit pas satisfaire le goût général, jugea à propos, pour mettre de la variété dans le sien, de joindre aux acteurs qu'il avoit engagés pour le chant, six à sept bons sujets pour jouer alternativement avec l'opéra, des comédies et des opéras-comiques. Cet arrangement eût sans doute été le plus convenable en supprimant dans la suite un peu de la dépense de rOpéra qui étoit trop forte. Mais M. Devarax, pour lors prévôt des marchands de cette ville, qui n'avoitni le goût du spectacle, ni apparemment assez bonne opinion des talens du nouveau directeur pour entrer dans ses vues, le priva de sa direction pour la remettre entre les mains d'un acteur, sous les ordres de M . Breton, dont l'état ni le génie n'annonçoient pas les qualités convenables dans une pareille entreprise *. »
* Au temps de Monnet, le théâtre était situé dans un ancien jeu de paume, au levant du théâtre actuel et a l'angle*, du quai du Rhône, en face le pont Morand. En 1764, il tombait en ruine : on le vendit, pour en construire un nouveau, d'aprjs les dessins de Souftiot, dans l'ancien jardin de. rHôtel-de-Ville, sur l'emplacement du théâtre actuel. Il fut achevé en 1756.
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On voit par là qu'outre les difficultés matérielles qui s'opposaient au succès de l'entreprise de Monnet, le mauvais vouloir du prévôt Devarax lui en créait de nouvelles. Les prévôts des marchands de Lyon, qui étaient en quelque sorte chefs de la municipalité, exerçaient sur les spectacles une influence souveraine *. Les directeurs succombaient avec eux. Monnet avait été
* Le Consulat lyonnais accordait au directeur des spectacles une subvention de 2,5oo livres par semestre. Cet article de dépense figure régulièrement dans tous les livres des receveurs des deniers communs, dons et octrois de Lyon, depuis 1742 jusqu'en 1754, époque à laquelle fut •démolie la salle occupée par Monnet.
Ce n'est pas tout. Chaque fois que le Consulat se rendait au spectacle, il y déposait, à titre do gratification, cinq louis d'or, au compte de la Ville, qui, d'ailleurs, acquittait toutes les dépenses faites par les échevins en corps. De plus, il autorisait des loteries au théâtre. Des quittances, relevées sur les Registres du receveur-payeur des deniers communs, en font foi :
— « 21 juin 174G, à M. Monet, 120 livres.
«J'ai reça de M. Nicolau la somme de 120 livres que MM. du Consulat m'ont accordées pour gratification à la représentation de Pirame ci Tliisbc, donnée aujourd'hui par l'Académie royale de Musique. A Lyon, ce 21 juin 1746. » Signe : Monnet.
— « 16 mai 1746, à M. Monet (5/c), 708 livres.
« MM. du Consulat ayant délibéré pour parfaire la loterie des spectacles qui a été tirée à 600 billets, d'en prendre pour leur compte 59, qui, à 12 1. la pièce, montent à 708 1., M. Nicolau passera ladite somme de 708 1. dans les comptes de 1a Ville. A Lyon, le 16 mai 1746. Signé : Riverieulx de Varax. » {Archives lyonnaises.)
1res prolci^ii par le. prédécesseur de M. Devarax, Jacques-An ni balClaret de la ToLireltc de Fleurieu, son compairioie, homme d'esprit el de sens, qui a laissé des Mémoires nombreux sur Thisioire. la critique et le théâtre : « Ce fut lui qui donna à M. Monnet celle énergique inscription en trois mots latins gravés sur la toile, exprimant les trois genres de spectacle que donnait son théâtre : (( Movet, mulcet^ monet; il émeut, il charme, il instruit, » inscription d'autant plus heureuse, qua le troisième mot latin se trouvait être en même temps le nom du directeur *.
Vers l'été de 1 746, le niveau de la caisse baissant, Monnet prit avec lui ses deux troupes de comédie et d'opéra-comique, et s'en fut exploiter le répertoire à Dijon, laissant ses chanteurs et son orchestre à Lyon **.
A Dijon, il eut du succès. Il y donna des concerts et des feux d'artifice qui réussirent, d'après ses Mémoires, « par le talent de plusieurs symphonistes... et par rintelligence d'un Artificier Italien que le hazard avoit amené à Dijon ». Prévillc, Belcourt, Fierville et mademoiselle B.... (la Beauménars?) faisaient merveille dans le répertoire.
Dans l'intervalle, l'Opéra de Lyon, malgré les
* Eloge manuscrit de M. de Fleurieu^ par le chevalier Bpry, de l'Académie de Lyon, en 1777.
**" Les étais des pensionnaires de la troupe d'opéra, conservés aux Archives lyonnaises, ne nous en font connaître le personnel qu'à partir de r/72 seulement.
subsides extraordinaires du Consulat, allait de mal en pis. Des son retour, Monnet en obtint la suppression, conservant seulement le privilège de rOpéra-Gomique et de la Comédie. A ce jeu d'opéra, qui avait duré environ un an, il s'était endetté de 35,ooo livres. Sa galante devise s'était assombrie. « Flet, tœdet^pœnitet^ dira son avocat tout à l'heure. Il pleure, il s'ennuie^ il se repent. » En homme d'honneur, il assembla ses créanciers, leur exposa la situation, et les lit souscrire à un arrangement par lequel il leur cédait toutes ses recettes, et, par surcroît de garantie, le magasin acheté du sieur Maillefer 18,000 livres sur lesquelles il ne devait plus que 3, 000 livres. Acteurs et actrices, fournisseurs et commanditaires, tous signèrent, à Texception de la Duval, ancienne chanteuse de l'Opéra de Paris, sœur de celle qu'on avait surnommée la Constitution : d'où le procès, qui a donné lieu au mémoire inséré dans le Recueil A-Z*^ sous le titre de: Plaidoyé pour le sieur Monnet, Directeur des spectacles à Lyon, Défendeur et Demandeur en révocation de saisie; contre la demoiselle Duval, ci-devant Actrice de V Opéra, demanderesse.
Cette demoiselle Duval venait du Concert de Grenoble : elle avait été engagée par Monnet, pour
* Recueil A-Z. Paris^ 1760. 24 vol. in-12. — Recueil G, p. 220 et.suiv.
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doubler OU crccr les rôles de déesses et princesses dans rOpera, pour jouer au besoin la comédie et Topéra-comique, et chanter aux concerts spirituels, moyennant 1,200 livres par an d'appointements tixes, plus une gratification de 3oo livres à la fin de Tannée. Or elle n'avait joué ni l'opéra comique ni la comédie, et n'avait paru que dixhuit fois en douze mois, savoir six fois dans l'acte de Vertumne et Pomoney trois dans le prologue des Fêtes Grecques et Romaines, quatre dans Zelindor, deux dans Médée et Jason, et trois dans Issé; pour comble, elle était visiblement sous l'empire de Lucine. Monnet lui avait payé 1,1 3 1 livres, et offrait la différence, moins les 3oo livres de gratification, vu les attaches terrestres de sa déesse, dont le prestige n'augmentait pas en proportion de la taille. « Il suffit qu'elle n'ait pu jouer, par un fait qui lui est aussi personnel que notoire, pour qu'elle soit privée de ses appointemens et de la gratification : aussi le sieur Monnet a toujours eu grand soin de s'assurer pour l'avenir, en restant toujours débiteur de plus de 3oo livres ; d'ailleurs outre les égards et décences que le public mérite, le parterre le plus indulgent auroit crié haro! contre le Directeur, qui auroit exposé à ses yeux une déesse aussi humanisée ; car c'est encore un fait consacré par la voix publique, la demoiselle Duval fille n'avoit pas beaucoup de voix; devenue mère, elle- n'a pas augmenté;
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enfin Tamour-propre a fait sa charge, elle a dit plus d'une fois au Directeur qu'elle ne pouvoit représenter; convaincue que cet obstacle provenoit de son fait personnel, elle craignoit cette arme meurtrière que le public porte toujours avec lui, et dont il se sert sans miséricorde contre les Actrices qui lui déplaisent. » C'est dans ces conditions défavorables pour sa cause que la Duval avait assigné Monnet à la Cour de Lyon en paiement de SjS livres tant pour gratification que pour solde d'appointements; et qu'elle avait^ait saisir les recettes des Concerts spirituels.
L'avocat de Monnet, peut-être Monnet luimême, s'en donne à cœur-joie sur le cas de cette demoiselle.
L'affaire n'alla pas jusqu'aux juges, et les parties se concilièrent chez l'avocat, la Duval s'étant désistée de ses prétentions à la gratification. L'impression du plaidoyer fut même arrêtée : comment est-il parvenu quinze ans plus tard aux auteurs du Recueil A-Z? Monnet en aura communiqué l'épreuve à son ami M. de Querlon, l'un des collaborateurs actifs de ce recueil, et qui lui fit la préface de son Anthologie.
Cette campagne de Lyon établit clairement qu'un Opéra sur le modèle de celui de Paris ne pouvait se maintenir en province.
Il est constant, toutefois, que les délibérations du Consulat tendaient au développement de la mu-