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une somme de 83,ooo livres, beaux deniers pour répoquc. Malgré les 45,000 livres qu'il avait dépensées en constructions, il se retiraitavec 6,000 livres de rente environ, du fait de sa direction.
« Le sieur Monnet, disent Hurtaut et Magny dans leur Dictionnaire historique de Paris, à l'article Opéra- Comique, a incontestablement l'honneur d'avoir brisé les tréteaux : il a le premier donné à ce Spectacle la forme d'un théâtre régulier. Le zèle, la vivacité et l'intelligence avec lesquels le sieur Monnet s'est conduit dans cette entreprise ont été suivis des succès les plus heureux, car, d'un côté, il a su plaire au public et, de l'autre, acquérir en moins de six années de quoi pouvoir faire une retraite honnête. »
Les successeurs de Monnet n'avaient qu'à profiter de la vitesse acquise, et à se tenirdans la voie de progrès où tout Paris s'était engagé avec lui.
« Ils ont suivi le même plan qu'il avoit formé; ils ont cherché à améliorer certaines parties de détail qu'il n'étoit pas possible que M. Monnet pût avoir seul. Gonnoître les talens au premier coup d'œil, se tromper rarement dans son choix, c'est un mérite qu'on ne pouvoit pas lui refuser. Plaire à ses spectateurs, varier
mens par an. Ces nouveaux entrepreneurs vont entrer en jouissance au mois de février prochain; ils achèvent le reste du bail de Monnet, lequel a encore trois ans à courir, à ce que je crois. » Journal de Collé, t. [\^ p. 126, janvier 1758.)
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sans cesse leurs amusemens, travailler avec soin à la mise brillante de chaque pièce, choisir des sujets d'un mérite reconnu, en appeler même des pays étrangers, ne point regarder aux frais immenses qu'une pareille recherche entraîne nécessairement après soi : voilà le plan sur lequel se fixent ses successeurs. Ramener le sexe effarouché par le style trop libre de quelques anciens opéras comiques, c'est encore un objet dont ils paroissent s'être fait une loi indispensable *.
* Spectacles de Paris pour 1759.
Projets et entreprises. — Le Waiix-Hall du bois de Boulogne. — Le Colisée des Champs-Elysées. — Voyage de Monnet à Londres. — Son Projet d'Opéra italien pour cette ville. — Le duc de Glocester et Monnet à Paris. — Obscure tranquillité des dernières années de Monnet. — Vaudeville de Monnet, directeur de V Opéra-Comique.
g^^^^^.^^Ltf^^^ ^ "^ s'arrête pas la vie active de feÇ(&Éfe'%V, Monnet. En 1760, un accès de
se
spéculation le reprit : il J-^^^ rappela certain Mémoire sur v^IT^M^^^fe rOpéra qu'il avait pre'senté à tl<^^2^^S^â M- d'Argenson en 1745, dans lequel il avait ébauché un projet de Waux-Hall^ sous le nom de Bal champêtre^ qui devait dépendre de l'Académie de musique, et dont Arnould, ingénieur et machiniste du roi, avait dressé les plans. Il communiqua ses vues à Louis,
l'architecte du roi de Pologne, qui fit les dessins d'un Waux-Hall, dont l'emplacement fut fixé dans le bois de Boulogne, près la Croix de Mortemart.
Le 8 avril 1/63, Favart écrit au comte de Durazzopour lui en annoncer l'ouverture : « Le sieur Monnet, ancien directeur de TOpéra-Comique, a imaginé le projet d'un bal public pour le Bois de Boulogne. Ce projet a été agréé de Sa Majesté. Il sera exécuté le mois prochain. Le détail de cette entreprise demanderoit trop de tems ; je le remets à une autre fois. ))
Mais Favart n'en reparle plus, la concession ayant été finalement refusée.
Monnet, qui avait l'amour-propre de ses inventions et qui les voyait plagier depuis lors par Ruggieri,aux Porcherons de la rue Saint-Lazare, et par Torré, au Waux-Hall de la rue de Bondy, a fait paraître, en décembre 1769, son Projet de Waux-Hall, gravé en quatre planches, dont Fréron se montre fort satisfait :
<( Les dessins en furent vus dans le tems par des personnes de goût qui parurent les approuver. Secondé par une compagnie qui lui fournissoit des fonds pour cette entreprise, M. Monnet en sollicita le privilège, qui lui fut refusé. Il est certain que cette espèce de Waux-Hall ou bal champêtre méritoit la préférence sur tous ceux qu'on a vus depuis... La plus forte objection qu'on pouvoit faire contre ce Waux-Hall étoit sonéloi-
gnemcnt de Paris; mais on rccucilloii de cette position des avantages considérables : i° l'éloignement en auroit détourné tout le menu peuple, qui fait ordinairement la plus grande foule aux fêtes publiques et aux promenades dont les accès lui sont libres. 2° Ce Waux-Hall n'étant pas un bal perpétuel, mais une fête réservée pour l'été, c'est-à-dire pour le tems où tous les spectacles sont moins fréquentés que les promenades, il ne pouvoit faire aucun tort à ces spectacles. M . Monnet n'ayant pu faire exécuter son projet, vient, à la sollicitation de ses amis et pour sa propre satisfaction, de le faire graver en quatre planches, d'après les dessins de M. Louis. La première offre une vue du Bois de Boulogne, où l'emplacement du Waux-Hall est indiqué; la seconde présente un plan général du Waux-Hall; la troisième, la coupe de l'édilice, et la quatrième, son élévation. Ces quatre planches, supérieurement gravées par nos meilleurs maîtres, se trouvent à Paris, chez M. Monnet, rue de Gléry, près la rue Saint- Philippe, et chez Bazan, marchand d'estampes, rue du Foin-Saint-Jacques. Le prix est de six livres. Vous serez enchanté de la beauté de l'architecture, delà variété et du goût qu'on a répandus dans les jardins et dans les accessoires * ». Le Bal champêtre^ de Monnet, est le point de dé-
* Fréron. — Année littéraire de 1769, t. VIII, p. 276 et suivantes.
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part de louies les entreprises du même genre : c'est lui qui a déchaîné cette fureur de waux-halls et de colisées qui se déclara dans Paris pendant le dernier tiers du xvm'' siècle, et qui se répandit en province avec une telle intensité que M. Du Belloi, éveque de Marseille, dut lancer un mandement contre les abbés détournés en masse des pratiques de la religion par le Colisée de Marseille.
D'après Bachaumont, Monnet aurait participé en 1769 à Tentreprise du Colisée de Paris, à la tête de laquelle étaient « le sieur Camus, architecte de M. de Choiseul ; le sieur Monnet, ancien directeur de l'Opéra-Comique, et doué d'un talent particulier pour ces sortes de spectacles et d'inventions; le sieur Corbie, etc. * » Monnet a pu être entendu, à titre consultatif, dans les conciliabules qui précédèrent la construction du Colisée; il était d'un bon conseil sur la matière en délibération; on a pu chercher à s'entourer de ses lumières. Mais il était trop avisé pour s'engager avec des capitaux dans la commandite de ce singulier établissement, célèbre pour avoir englouti plusieurs millions à ses actionnaires, et pour s'être fait, en quatre ans, deux cent soixante créanciers principaux qui, après avoir plaidé à outrance, soit entre eux, soit contre les propriétaires, ne virent d'autre compensation à leurs pertes que la destruction et la vente des maté-
^ Mémoires secrets, t. IV, 17 juin 1769, p. 264.
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riaiiv du moiuimcnl qu'ils avaiciu aide à ccii-
licr \
Apres un voyage de quelques mois à Londres, en 1766, Monnet était de retour à Paris **", bien décidé à ne plus jouir de la vie qu'en bourgeois aisé. C'estpendantce voyage, le troisième qu'il ait entrepris à Londres, qu'il publia son Projet pour rétablissement d'un opéra italien dans la ville de Londres ***, projet auquel il ne fut pas donné suite. 11 y recherche les moyens de l'administrer. Il rêve grand. Il y expose ses idées sur le recrutement des artistes, sur les livres et sur la musique qui conviennent au tempérament anglais. Il se montre très exigeant à l'égard de l'orchestre, qu'il veut excellent; il entend relever les exécutions avec des chœurs expérimentés et des ballets conduits par un homme de génie dans la danse. Il descend dans les détails de l'exploitation; il appelle à son aide Vigarini et Vaucanson pour les ma-
* Voir au sujet de cet édifice et de ses jardins, de forme et de destinée également bizarres, la Description du Cotisée élevé aux Champs-Elysées sur les dessins de M. Le Camus, parle sieur Le Rouge, avec plan. (Paris, 1771, in-12 de 24 pages.)
** Le 24 juillet 1766, Favart écrit à Garrick : « J'ai vu l'ami Monnet... Notre ami Monnet m'a tranquillisé, en m'assurant que vous étiez plus heureux que jamais. »
« M. Monnet m'a mené chez M. Colman, votre compatriote... Je ne doute point, d'après son plan, que sa traduction (de Térence) ne soit bien reçue à Londres. »
*** Archives de l'Opéra, petit in-4'', 8 pages.
chines, et Servandoni pour les décorations. Il veut s'attacher aussi un habile dessinateur d'habits, et insiste sur la nécessité de costumes exacts et de bon goût. 11 va jusqu'à donner l'adresse des fabricants d'étoffes d'or, d'argent, de soie, et en fleurs de Lyon auxquels il faudrait s'adresser. « Tous mes moyens sont évidens, et j'en crois l'exécution très possible. Il ne s'agit point ici de spéculation... Sans me piquer d'autre mérite que des notions qu'apporte le goût des arts, lorsqu'on le cultive, et de quelque expérience formée du commerce que j'ai toujours eu avec tous les hommes de talent que j'ai puconnoître, s'il n'est pas défendu de sentir à quoi notre génie nous appelle, il me semble que la conduite du spectacle dont j'ai fait le plan, pourroit réussir entre mes mains. Il me siéroit mal de me prévaloir de cette activité, de cet esprit d'ordre, dont bien des personnes ont la bonté de me faire honneur. Je m'en rapporte sur ce point au témoignage des honnêtes gens qui ont eu affaire à moi, et qui m'ont suivi dans mes entreprises. »
Nous le rencontrons, le i3 février 1770, dînant chez le graveur Basan avec Georges Wille, autre graveur, le peintre Boucher, M. de Valois, curieux, et des attachés de la maison de Ghoiseul *. A trois ans de là, nous le retrouvons faisant office de
* Mémoires et Journal de J.-G. Wille, graveur du roi. (Paris, Renouard, iSôy, t. I. p. 424. j
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cicérone auprès d'un royal ctranf^cr, le ducdcGIoceslcr, en expédition galante à Paris. C'est ce qu'on lit dans les Mémoires secrets du 7 décembre i jy?> : M Le duc de Glocester, frère du roi d'Angleterre, est ici depuis quelque tems dans le plus parfait incognito, ce qui l'empcche d'aller à la cour. C'est le sieur Monnet, ancien directeur des spectacles, et fort répandu dans les filles de cette capitale, qui s'est emparé de Son Altesse, et préside à ses plaisirs, lia demandé pour elle, aux différentes comédies, les pièces qu'elle désiroit, et elle a été annoncée sur les affiches comme un personnage de la plus grande distinction. » Puis, tout à coup, comme s'il eût arrangé toute sa vie en féerie, il disparaît par une trappe dans les dessous de cette scène brillante sur laquelle il avait tenu tant de place.
Il convient de ne pas trop se récrier sur le dernier rôle que Bachaumont prête à Monnet. Monnet ne serait pas de son siècle, s'il n'eût été grand coureur de guilledou : il donne la réplique au duc de Glocester. C'est le délit, en ce temps-là mal défini, de complaisance envers les princes.
D'autres imputations ont été portées contre Monnet, mais elles ne viennent pas d'une source immaculée. Dans son terrible Colporteur^ Chevricr lui reproche d'avoir engagé la Beauménars, dite Gof^o^ alors qu'elle n'avait que quatorze ans, moyennant quatre louis par mois qu'elle lui payait pour se produire. Seulement le maladroit
ajoute que Monnet le fit par reconnaissance pour lui, Chevrier, auquel il avait des obligations. Le même Chevrier, en humeur de venger la morale, accuse tous les directeurs de l'Opéra-Comique et de l'Opéra de se faire payer une redevance sur le vice auquel ils donnent de la publicité.
Je ne puis rapporter ici, malgré toutes les séductions du langage mythologique dont elle est entourée dans l'original, l'anecdote de Favart sur la discussion qui s'éleva un jour entre Monnet et Crébillon sur la prééminence de leurs avantages physiques. L'affaire fut jugée sur pièces.
A partir de 1772, Monnet n'occupera plus les feuilles publiques de sa personnalité que par les annonces qu'elles feront de ses Mémoires. Il va s'enfonçant dans une ombre grandissante qui nous dérobera sa trace jusqu'à sa mort.
D'après Fétis et d'autres auteurs, Monnet serait mort à Paris en 1 785 ; mais aucun ne cite le document sur lequel il s'appuie, et l'expérience apprend à se méfier des biographes. Ils ne se gênent pas pour assassiner à leur guise les gens qui ne se sont pas laissés mourir à heure fixe *.
Si Monnet n'eût pas été de nature voyageuse, il ne nous répugnerait aucunement d'accepter la dateetle lieu de sa mort, en 1785, à Paris, rue de Cléry, sur le chemin de cette foire Saint-Laurent
* L.c Dict.uiuiaii c de C!.au-.!():i ei nclai.dinc lue Monnet vers 1771 .
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qu'il avait rendue si vivante, et qui agonisait, elle aussi! Mais il aimait tant le déplacement! Nous avons sous les yeux un billet de lui, daté de Soissons, le i8 mars 1784, à l'adresse de Perregaux, banquier, rue du Sentier *.
Tout y trahit des préoccupations de rat niché dans son fromage de Hollande. Il y parle d'une garniture de cheminée et d'une brochure qu'il attend de Londres pour Monsieur le fermier général Tronchin. Il a l'air de s'être retiré là, dans le Soissonnais, loin des fanfares du boulevard, loin des parades de Nicolet et des figures de cire de Gurtius.
Serait-il mortà Soissons? Jen'ai pu suivre cette piste jusque sur les registres de l'état civil. Les archives de la ville ayant été incendiées en 18 14, aucun document municipal ne nous permet de la contrôler.
Le souvenir de Monnet ne s'éteignit point sur l'heure. La légende de ses orageux ménages fut même portée à la scène dans les premières années de ce siècle. La pièce est intitulée : Monet, directeur de V Opéra-Comique, comédie en un acte et en vaudevilles, par les citoyens Barré, Radet et Desfontaines, représentée pour la première fois, sur le théâtre du Vaudeville, le 4 thermidor an VII. (Paris, Barba, an X, 1802.)
* Ce billet a fait partie de la collection bapin.
Les personnages de ce vaudeville amusant sont tous historiques : tous, Anseaume, Damour, Vadé, Parent, mesdemoiselles Raton et Villiers, appartiennent à rOpéra-Gomique de Monnet.
Le rideau se lève sur le tailleur d'Amour qui nous narre les inconvénients et les avantages de son métier, tout en cousant les costumes de Jérôme et Fanchonnette^ pièce en répétition. Làdessus arrive le secrétaire du théâtre, le bon Anseaume, dont la conscience n'est guère tranquille. C'est lui qui a signé la pièce et pourtant c'est Vadé qui en est l'auteur ; mais Vadé est brouillé avec Monnet et ne veut pas que son nom paraisse sur l'affiche. Le scrupuleux Anseaume se refuse à recueillir le prix d'un succès qu'il n'a pas mérité; il cherche donc à rapprocher Monnet et Vadé, pour décider ce dernier à signer Jérôme et Fanchonnette. Monnet est également fort agité. Une de ses anciennes maîtresses, la Violentine de ses Mémoires^ le poursuit de sa jalousie et le menace sérieusement d'un duel. A quoi Monnet répond par ce couplet quelque peu directoire :
Avec vous j'en conviens franchement, Se bien battre est un fort beau talent : Mais pourquoi prendre ici tant de peine A vous former dans un pareil métier?
Vous ave:^ des armes plus certaines Pour réussir en combat singulier.
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C'est une invention de Vadé qui sauve la situation. La maréciiaussce, personnitiéc par Parent et Vadé, intervient et feint de conduire iMonnet au For-I/Kvcque. Violentine, par un bon mouvement, supplie les prétendus agents de lui rendre Monnet, et tout finit par un embrassement ge'néral.
Quelques reparties sont empruntées aux Mémoires de Monnet.
Publications de Monnet. — V Anthologie* — Mémoires et Mystifications de Poinsinet, — De quelques pièces attribuées à Monnet. — U Inconséquente ou le Fat dupé. — La Fausse Turque. — Le Chirurgien anglois. — Parade de Gille. — Iconographie de Monnet. — Son portrait par l'abbé de Latiaignant.
I^^Ç 'ai indiqué et analysé, à leur place, les différents mémoires explicatifs ou justificatifs écrits par Monnet dans sa carrière d'entrepreneur de spectacles.
U a attaché son nom à des publications plus importantes. Vient, en premier lieu, V Anthologie française , ou Chansons choisies depuis le iJ" siècle jusqu'à présent (1765, 3 v. in-8. Portrait de Monnet à la devise. Gochin et St-Aubin, 1765. Airs gravés).
C'est Monnet, qui en est l'éditeur. Il la proposa par souscription ouverte chez les libraires Ballard, Barbou, Duchesnc, Panckoucke, et Delorme et Menu, marchands de musique, dans le courant de février iy65. Les Mémoires secrets de Bachaumom, toujours portés à dénigrer Monnet, lui firent un accueil aussi aigre qu'injuste. « Rien de plus mal fait, disent-ils... Il faut un goût exquis pour faire un pareil ouvrage qui ne peut sortir des mains d'un homme dont l'intérêt guide la plume. » Mais V Anthologie et la préface de Meunier de Querlon se défendent très convenablement elles-mêmes.
Monnet en voulut faire un monument typographique; il annonce cette prétention dans son Avertissement, et l'exécution de l'ouvrage lui donne pleine satisfaction. C'est un des plus jolis recueils du dix-huitième siècle, pour l'agrément des fleurons et la netteté de la mise en pages, et les quatre gravures, sorties du crayon de Gravelot et du burin de Le Mire, sont d'une finesse exquise. Monnet ne se flatte pas d'avoir concilié les goûts de tous les amateurs de chansons, et les engage à lui communiquer celles qui seraient propres à composer un supplément.
Il faut critiquer la classiflcation, qui est défectueuse, et les tables qui ne sont pas d'un usage commode. Mais, au demeurant, c'était la collection la plus importante et la plus soignée qui eût paru jusqu'alors.
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\ YAntholopiîe s'ajoute ce volume qui In rappelle par la disposition typographique et qui lui sert de Supplément : Chansons joyeusf.s mises au jour par un ane-onymc^ onissime. Nouvelle édition considérablement augmentée, et avec de grands changements qu'il faudrait encore changer (à Paris, à Londres, et à Ispahan seulement, de rimprimerie de l'Académie de Troycs, VXL. CCD. M. 1765, in-8, 2 parties, la seconde précédée d'un frontispice de Gravelot gravé par Née).
Ce volume, en réalité le quatrième de V Anthologie^ est souvent catalogué comme étant de Collé.
Il se ressent d'une publication hâtive. Bachau-
mont le daube avec la même partialité que dessus.
« Il n'y a que des ordures sans sel, sans grâce et
sans esprit. Toute la littérature est révoltée con-
' tre l'audace de cet intrus. »
Le même Bachaumont annonce, à la date du 1 3 février 1772, que Monnet est en train de proposer ses Mémoires par souscription pour paraître le 1*"" avril suivant, qu'ils sont de sa plume et qu'ils contiendront « les merveilleuses, incroyables et véritables mystifications )> du petit Poinsinet. Ils y sont fort maltraités à la date du i3 avril 1772. « Les Mémoires àt Monnet se distribuent... C'est un véritable poisson d'avril que ce bateleur littéraire a donné au public. » On s'attendait, en effet, dans les cercles des hommes de lettres, à des révélations scandaleuses sur des personnages encore
vivants. Les anciens amis de Poinsinet protestaient principalemcnt'contrc \cs> Mystifications et invoquaient presque l'appui de la police pour interdire un livre injurieux au souvenir du mort. On fut désillusionné par le ton peu agressif de ces Mémoires, où les noms propres sont volontiers remplacés par des pseudonymes, ou indiqués, dans les passages scabreux, par leurs premières syllabes. Mademoiselle B..., l'héroïne des épisodes court vêtus de la tournée de Monnet en province, est la Beauménars, célèbre dans les alcôves sous le sobriquet de Gogo.
Violentine, maîtresse de Monnet, s'appelait Agnès Doucet; le nom n'était pas en harmonie avec le caractère.
Monnet eut aussi mesdemoiselles Villiers et Raton, actrices de l'Opéra-Comique, et une demoiselle des Anges. J'en passe et des pires.
Il y a quelques scènes amusantes dans les A/;^^tifications du petit P..., lisez Poinsinet. Mais on conviendra qu'il y a plus de sel et aussi plus d'humanité dans la dernière de nos charges d'atelier. C'est un problème incompréhensible que ce Poinsinet, qui avait en lui deux natures, comme certains phénomènes qu'on exhibe ont deux têtes. «A la malice d'un singe, dit fort bien Monnet, il unissoit l'imbécilité d'un oison. » Au théâtre, son esprit s'éveillait, il cousait des idées et nouait des intrigues; mais, à la ville, il montrait une telle
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crédulilc que, SOUS rinflucncc de certains mauvais plaisants, ses facultés intellectuelles et aifectives s'atrophiaient. Palissot notamment avait le don singulier de le faire tomber en enfance : cruel passe-temps dont il abusait dans les cercles de gens de lettres. Au contact de Palissot, Poinsinet sentait son crâne se vider. Cet homme, qui écrivait des pièces à succès pour la Comédie-Française, se laissait entraîner à écouter, du haut du Pont- Royal, les prophéties d'une carpe qui lui annonçait les plus hautes destinées ; ce collaborateur applaudi de Philidor et de Duni abjurait tour à tour et la foi catholique et la foi protestante devant témoins, par complaisance pour la galerie. On lâchait dans Paris ce parolier ingénieux et élégant, tout oint d'une pommade jaunâtre qui avait la vertu de le rendre invisible, puis après l'avoir injurié, battu de verges, arrosé de vin, on l'envoyait voler l'argent enfermé dans le secrétaire de son père, sous les yeux mêmes de celui-ci, le tout à titre de fantôme. Voilà ce qu'on trouvait plaisant dans la société de Palissot, les soirs où l'on se réunissait chez le traiteur Landel.
M. Jules Bonassies, dans son livre sur les Spectacles forains et la Comédie-Française, est tenté de considérer les Mémoires de Monnet comme apocryphes, sous le prétexte que l'ordonnance visant l'expulsion des laquais de l'Opéra-Comique est postérieure à la direction Monnet, et que ce-
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lui-ci n'a pu l'obtenir à son profit, ainsi qu'il le déclare. « L'ordonnance dont il est question, dit-il, est évidemment celle du 21 janvier 1745, et ce n'est pas Monnet qui put la faire rendre, puisqu'il n'était plus directeur à ce moment. « Notre savant confrère surprend Monnet en contradiction avec la vérité, mais il passe à une conséquence trop rigoureuse en contestant l'authenticité de ses Mémoires*, lesquels ne sont ni au-dessus ni audessous de ce dont il était capable.
Divers nouvellistes, rédacteurs de mémoires et bibliographes, qualifient Monnet d'auteur dramatique et veulent absolument qu'il ait fait, en 1737, la comédie du Fat puni, qui est de 1738 et de Pont-de-Veyle. Quérard indique comme étant de Monnet une petite comédie en un acte intitulée r Inconséquente, ou le Fat puni, représentée le lundi 20 août 1786 aux Variétés et annoncée par \q Journal de Paris sous le titre de l'Inconséquente, ou le Fat dupé, sans nom d'auteur. Il s'est laissé induire en erreur par la France littéraire de J. S. Ersch, qui mentionne cette pièce à l'article Monnet,— mais avec un point d'interrogation, c'est-àdire de doute. D'ailleurs Ersch fait endosser à Jean Monnet tout le bagage dramatique d'un certain Monnet, auteur d'une quantité de petites pièces
* Il y a des exemplaires des Mémoires de Monnet qui ne portent point le titre de Supplément, etc., et sont datés de 1777. C'est la même édition.
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jouées sur les théâtres secondaires pendant la Révolution longtemps après la mort de Monnet *.
Il n'y a également aucune raison pour ajouter foi à la Table des Mémoires secrets 'de Bachaumouty rédigée par Warée, et d'après laquelle il faudrait attribuer à Monnet la musique d'un Prologuc des Amours des dieux, fête sarmate, avec des paroles de Fuzelier, annoncé le 3o septembre 1767, par Bachaumont, comme devant passer sous peu de jours à TOpéra.
Il y a toutefois, dans le répertoire oublié de rOpéra-Comique, une pièce à laquelle Monnet paraît ne pas avoir été étranger; c'est la Fausse Turque^ opéra comique donné à la foire Saint- Laurent, le 3 juillet 1761, musique de Gibert. Le 21 du même mois, l'abbé deVoisenon écrit à Favart une lettre que voici et qui prête à cette hypothèse : M Madame Corbi me dit que l'Opéra-Gomique fait des merveilles; on lui a cependant mandé qu'une pièce nouvelle dont elle ne sait pas le titre étoit tombée; je juge que c'est la Fausse Turque de Monnet. Tout autre pièce turque que celle du poëte aux gros yeux (Voisenon fait allusion à Favart, qui venait de donner au Théâtre-Italien Soliman 11^ ouïes Sultanes, en avril 1761) sera la
* Entre autres les Amants sans accord, comédie en un acte et en prose. Paris, lyQ^- —L'Orage, opéra villageois, en un acte. Paris, an VL — La Noce de Lucette, opéra en un acte, an Vil, etc., etc.
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Fausse Turque; il n'y aura jamais que la sienne de véritable; il ferait bien de ne perdre ni ses yeux ni son tems. » Le 'Nécrologe de 1773 dit, de son côté, que Brunet, qui avoua la Fausse Turque, avait un collaborateur. La pièce tomba si bas qu'elle fut retirée après une seule représentation.
En revanche, des bibliographes modernes lui font honneur de la parade du Chirurgien anglois, représentée en 1774, et faussement attribuée à Collé \
Citons l'annonce de Gille, placée en tête de cette parade comme un spécimen des harangues facétieuses débitées aux badauds par les artistes en plein vent :
« GILLE. De tous les tems les grands seigneurs et les Gens du beau monde ont fait et joué la parade.
* M. E. de Manne, dans son Nouveau Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes [Lyon, Schcurmg, 1862, in-8°), la restitue formcllenr.ent à Monnet. En voici le titre, relevé sur l'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal : Le Chirurgien anglois, parade par M-. . Prix, quin:^e sols {A Londres, et se trouve à Paris, chez la veuve Duchesne, et à Lyon, chez le sieur Cellier, libraire, au Cabinet littéraire, quai Saint-Antoine, 1774, in-8».) Les attaches de Monnet, avec Londres et Lyon, expliqueraient assez les dépôts faits dans ces deux villes.
Mais voici un détail qui contredit M . de Manne. Dans une fête arrangée, en août 1751, par Collé, au château de Berny, pour M. le comte de Clermont, on représenta une parade intitulée Gilles, chirurgien anglois, dop.nceà Etioles l'année précédente. Collé la tenait-il de Monnet ?
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C'est ce qui m'autorise, messieurs et mesdames, à demander de l'indulgence pour celle que nous allons avoir l'honneur de vous représenter en personnes naturelles. Il n'y a rien de si beau que la parade, de si sublime que la parade, et rien cependant de si ordinaire que la parade. Le soldat qui va au coup de fusil, ce n'est que pour la parade. Le grand turc n'a un sérail que pour la parade; et beaucoup de gens parmi vous, messieurs, ne portent un grand nez que pour la parade. Les petites-maîtresses qui ont des vapeurs, la bouffante, le gros chignon et le caraco, ce n'est que pour la parade. Les petits-maîtres n'ont des chevaux de carrosse anglois et des demoiselles de l'Opéra que pour la parade. Si on a abandonné Molière pour les Pièces larmoyantes et les Drames anglois, le Vaudeville pour l'Ariette, le Vin pour les Femmes, les Femmes pour les filles entretenues, la table pour le luxe, tout cela n'est que pour la parade. . .
« Allons, mesdames, voilà la bonne heure, prenez vos places; voici le triomphe de la foire Saint-Germain, de la foire Saint-Laurent et de la ioire Saint- Ovide; c'est ici le grand jeu, la troupe hollandoise, siamoise, danoise, bavaroise et suédoise. C'est nous qui faisons rire et sauter les filles et femmes de ce quartier. Nous avons l'entreprise des enfants faits et à faire dans toute l'étendue de cette province. Nous sommes les grands sauteurs et les plus grands sauteurs.
« Quelques-uns de nos spectateurs, mesdames, à qui nous avions fait l'honneur de montrer nos pièces... de Théâire, nous avoient fait ôter des gravelures légères en nous faisan: parier par des personnes de la plus
haute distinction à qui Ton ne peut rien refuser. Mais les dames ont prié que l'on leur remît, et on leur remettra..., etc. »
Quant à la parade en elle-mcmc..., c'est une parade, et toute foraine. Léandre compte épouser Isabelle. Mais Cassandre a promis la main de sa fille à un chirurgien anglais, Cotouel, qu'il attend d'Angleterre. Gille, valet de Léandre, jette à la traverse un de ses amis déguisé en Cotouel, qui, après avoir proposé des traitements féroces à Cassandre, le déclare incurable et le voue à une mort prochaine. Cassandre, pris de syncopes, défend à Isabelle d'épouser Cotouel. Léandre guérit Cassandre à petits coups de ratafia et épouse Isabelle: véritable intrigue de tréteaux.
Il existe plusieurs portraits de Jean Monnet. On voit à Saint-Quentin, patrie de La Tour, dans la salle d'étude de l'école gratuite de dessin, un magnifique pastel du maître exposé au salon de 1757 et représentant Jean Monnet en habit noir, avec un gilet brodé d'or et un jabot de dentelle. C'est le Monnet officiel, Monnet à sa caisse : l'œil est d'un fin matois. Saint-Aubin a gravé un autre portrait de Monnet, d'après C. N. Cochin: médaillon avec attributs de musique et emblèmes et la devise : Mulcet^ movet, nionet. Il est placé en tête des Mémoires de Monnet et de ce volume. C'est le Monnet épanoui, à la lèvre humide, au
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tciiil chaiiJ, souriant à tous ses souvenirs de jeunesse. La bibliothèque de Lyon possède une épreuve in-8°, inachevée, d'un portrait de Monnet : médaillon sans le nom ni la devise du personnage, protil à gauche. C. N. Gochin delin. Viguet sculpsit.
Tous ces portraits le représentent au vif; mais je gage que le lecteur donnera la préférence à celui-ci, signé de l'abbé de Lattaignant. Il est venu d'un seul jet et rimé d'un seul trait, dans toute la verdeur des impressions fraîches. On le chante (comme on boit un air) sur l'air de la Marche des Houlans : A pied comme à cheval :
Peau bise et poil brunct, Dents blanches comme lait.
Le regard d'un furet, Le corps bien fait, L'air guilleret Et folet; Ni trop sec, ni trop replet, Grand ni basset.
Beau ni laid; Rable nerveux de mulet, Ami reconnois-tu ce portrait ?
Oui trait pour trait, Voilà Monet.
En amour volage et coquet Comme un roquet.
Sémillant et vif comme un friquet, Toujours, pour remplir son gousset^
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Allant au fait.
Et jamais distrait de son objet, Industrieux, sage et discret.
Aussi ribaud quun baudet.
Aussi futé qu'un minet.
Aussi flatteur qu un barbet, Conduisant bien son bidet.
Sachant donner le torquet, Plumant sans bruii le poulet, Trompant Su^on et Babet, Engeolant par son caquet Ami, maiire, maitresse et valet.
Oui, trait pour trait.
Voilà Monet.
Pouvais-je terminer plus gaiement
Appendice