‹ Jean Monnet; vie et aventures d'un entrepreneur de spectacles au 18e siècle, avec un appendice sur l'Opéracomique de 1752 à 1758, un portrait et une estampeChapitre 7 sur 23 · DO J ]■ A N M O N N E T · texte numérisé non relu

DO J ]■ A N M O N N E T

Jugcz-cn par celle requèle rimée sur le compioir.

ÉPITRE A M. VADÈ *

Ami déclaré des Poissardes,

Qiioîque grossières et bavardes,

Elles ont cependant bon cœur .

C'est pour cette raison, Beau Sire,

Qiie votre équité vous inspire

D'en être le préconiseur .

Qiiand il s'agit de Bouquetières,

Vous devene^ Vimitateur

De leurs discours, de leurs manières.

C'est asse^ parler de cela :

Plus poli que tous ces gens-là.

Vous pouve^, sans im grand miracle,

Porter l'ingénieux Monet

A me faire part d'un Billet **,

Pour aller voir son beau spectacle.

S^il a pour moi cette bonté.

Je dirai que Certaine Salle,

Qiii jadis étoit une halle,

Paroît un Palais enchanté.

L' Observateur littéraire revendique en faveur de Roland le Virloys, architecte du théâtre de Metz, bâti en 171 5, Tinvention du système de loges ap-

* La Muse limonadière, ou Recueil d'ouvrages en vers et cnprose, par madame Bouretie, cy-dcvant madame Cure, etc. (Paris, Scb. Jorry, 1755, 2 vol. in-12.)

'^'^ Le billet gravé que nous reproduisons ici est une pièce unique.

JKAN MON Ni; r

pliqucà rOpcra-Comiquc. « Lorsque M.leVirloys faisoii consiniirc les loges du théâtre deMeiz, un curieux qui étoit alors dans cette ville ellui rendoit de fréquentes visites, lit quelque tems après un voyagea Paris. Ilappritqu'on étoitdans ledessein d'élever un théâtre pour TOpéra-Comique à la foire Saint-Laurent. Il vit les entrepreneurs et leur communiqua les idées de M. le Virloys. Ceux-ci s'en sont fait honneur; sans en être jaloux, le véritable auteur peut réclamerun bien qui luiappartient. Vous avez vu les loges de ce spectacle; elles sont faites à Limitation de celles de Metz *. » Ancelet, qui a laissé des Observations sur la musique, les musiciens et les instruments composant les orchestres de LOpéra, delà Comédie-Italienne et de l'Opéra-Comique, dit que la supériorité de ce dernier tenait en partie à la sonorité excep* tionnelle de la salle **. De l'aveu de Favart [Mémoires)^ il n'était rien de comparable à la salle Saint-Laurent pour Lélégance et le confort, etlorsqu'il fut question de la jeter bas en 1762, après la

* L'Observateur littéraire (lybg, t. V).

■** « L'orchestre de rOpéra-Comique fait beaucoup plus d'eflet, par le choix de la musique que l'on y exécute, par l'ensemble des musiciens, et par la construction de la salle qui est la plus sonore qu'il y ait en France. Si le Directeur de cet Opéra avoit eu les ressources des autres spectacles, il auroit rendu le sien beaucoup plus intéressant qu'il n'a été jusqu'ici, et auroit mérité un plus grand nombre de suffrages. » (Observations, clc. Amsterdam, 1767, in-i8.)

réunion de rOpéra-Comique à la Comédie-Italienne, tout Paris protesta. Pour la sauver, Favart voulait que la Comédie-Italienne se ménageât à la foire un théâtre d'été. Dumont en donne le plan dans son Parallèle des plus belles salles de spectacle d'' Italie et de France *.

Je pourrais rééditer ici le catalogue des pièces que Monnet a produites sur les scènes des foires Saint-Germain et Saint-Laurent, ainsi que la liste des acteurs, actrices, symphonistes, danseurs et danseuses engagés sous sa direction; mais cette compilation ferait craquer mon cadre.

On me saura plutôt gré d'avoir dressé, d'après des états de provenances diverses, mais sûres, Y Appendice qui suit cette étude, et qui en dit long sur la constitution de l'Opéra-Comique, régénéré par Monnet.

La plupart des artistes, cités dans ce tableau, se sont distingués dans leur genre, et le lecteur ne manquera pas de souligner les noms d'Anseaume, de Laruette et de Noverre. D'Avesne,qui conduisait Torchestre. était précédemment ordinaire de l Académie royale de musique et basse du grand chœur. C'était un compositeur assez distingué, qui avait écrit déjà quelques bonnes ouvertures d'opéra comique et, dans un ordre plus élevé, des motets à grand chœur, exécutés avec succès au Concert spirituel.

* Paris, 1703, in-folio.

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On sera frappé aussi par les règlements que Monnet faisait lire à ses pensionnaires, le premier jour de chaque mois, aux assemblées de répétition, et qui prouvent combien il était jaloux de la discipline dans le service intérieur du théâtre.

C'était un directeur autoritaire. Il avait opéré dans son personnel une réforme que Ton attendit longtemps à la Comédie-Française : le réalisme du costume. « Si vous n'avez pas toujours l'esprit de votre rôle, disait-il, faites en sorte d'en avoir l'habit. »

Il avait également prohibé ces communications de la rampe à la salle, si nuisibles à l'illusion scénique.

Ses façons omnipotentes sont encore dénoncées dans une parodie de Cinna dirigée contre le duc d'Aumont, en 1759, et pour laquelle on embastilla Marmontel *. C'est le duc d'Aumont qui parle :

Qiie chacun se retire et qiCaucun n'entre ici : Vous, Le Kain, demeure:^; vous, d'Argental, aussi. Cet empire absolu que f ai dans les coulisses De chasser les acteurs, de choisir les actrices ; Cette grandeur sans borne et cet illustre rang. Que j'eusse moins brigué s'il eût coûté du sang. Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune Du vil comédien la bassesse importune.

N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit

L'auteur de cette parodie était l'intendant des Menus- Plaisirs du Roi, M. de Cury, qui n'alla pas rejoindre Marmontel à la Bastille.

Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.

Molière eut comme moi cet empire suprême, Monnet dans la province en a joui de même. D'un œil si différent tous deux Vont regardé, Que Vun s'en est démis, et Vautre Va gardé. Monnet, vain, tracassier, plein d'aigreur et d'envie. Voit en repos couler le reste de sa vie, Et Vautre, quon devoit placer au plus haut rang, Est mort sans médecin, d'im crachement de sang.

Monnet, le grand Monnet, comme l'appelaient quelques-uns, n'était pas seulement un heureux : c'était aussi un habile, bravant ou inquiétant la concurrence, intriguant à la fois et pour la direction de rOpéraetpour l'expulsion des comédiens italiens *. Au bout de dix florissantes années, il avait fait fortune, et par le bon moyen :

« Il ne s'est pas passé une année, disent les Spccta-

* L'on parle de renvoyer en Italie notre troupe de Comédiens italiens, écrit d'Argenson en 1755, l'Opéra-Comique la remplaceroit pendant les deux foires de Saint- Germain et de Saint-Laurent avec d'autant plus de raison que les Italiens ne jouent quasi plus de pièces italiennes ou n'y ont personne... Brigue, cal aie pour cela... La demoiselle Favart et son mari se sont, ligués avec Monnet pour cette opération. On n'a fait représenter les Italiens qu'une seule fois à Fontainebleau, dégoût précurseur de leur disgrâce. » — « Il y a un grand appui à la Cour pour faire donner la direction de TOpéra au sieur Monnet, directeur de rOpéra-Comique. ; c'est un homme très capable et qui entend merveilleusement cette sorte de direction. {Mémoires de d'Argenson, t. VIII, p. 307 et 418.)

(7('s ./<■ Pjfis, depuis que M. Monnet en a la direction, qu'il n'ait donne un nouvel éclat à ce spectacle, lia eu d'abord, dans M. Vadc, le poète qui a eu le plus de talent pour le i;cnrc d'ouvrages qu'on y représente. Ajoutez à ce premier avantage, celui d'avoir trouvé un musicien excellent dans la pci sonne de M. d'Auvergne quii dans les Troqiiciirs^ a fait voir un goût exquis, une connaissance parfaite de la bonne musique italienne. Je ne dis rien ni de la construction de la plus belle saile de spectacle qu'il y ait à Paris, et des magnifiques ballets que l'habile directeur a fait exécuter avec l'applaudissement général d'une foule prodigieuse et toujours soutenue de spectateurs; poètes, musiciens, architectes, maîtres des ballets, décorateurs, machinistes, etc., tous se sont réunis pour seconder ses vues, et il n'y en a aucun qui n'ait excellé dans son genre. » «... C'est au zèle actif de son habile directeur que rOpéra-Gomique doit son éclat et ses succès. M. Monnet a fait aux deux dernières foires des dépenses auxquelles la recette n'a pas toujours été proportionnée, surtout à la fon-e Saint-Laurenî; il a plus songea satisfaire le public qu'il n'a pensé à ses intérêts personnels dans la magnificence de ses ballets et de ses décorations, et quelque nombreuses que fussent ces assemblées, le produit sufhsoit à peine pour subvenir aux frais immenses de son spectacle. Tout le monde convient que ce théâtre n'a jamais été aussi brillant que depuis qu'il en a la direction; et personne n'a fait voir plus de talent que lui pour des entreprises de cette nature *.

* Spectacles de Paris pour 175G, p. 100.

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« MM. Vûdc, d'Auvergne et Novej-re ont soutenu longtems la gloire de rOpéra-Comique sous la direction de M. Monnet. Le premier savoit animer ses compositions par tout ce que la gaieté française a de plus enjoué. Le second en relevoit le mérite par des ariettes qui réunissoient les agrémens de la musique italienne et de la nôtre. Le troisième y mêloit des ballets supérieurement dessinés et offroit le spectacle de plusieurs tableaux mouvans, que l'œil considéroit avec autant de plaisir que de surprise. Tels étoient les secours qu'employoit M. Monet pour assurer la réussite de son théâtre. Le poète, le musicien et le chorégraphe entroient avec lui en société de talens et sembloieni se disputer la gloire d'amuser agréablement le public * ».

Vers la fin de 1757, Monnet cédait l'Opéra-Comique, théâtre, magasins, décors et costumes avec le temps qui restait à courir de son privilège, aux sieurs Gorby, Moët et compagnie **, moyennant

• {^Observateur littéraire, par Tabbé de Laporte (1759), p. 274 et 275.

** Collé, dans son Journal, nous renseigne sur cette combinaison financière : « Le grand Monnet a quitté l'entreprise de rOpéra-Comique en s'y réservant seulement une part de 14,000 livres : il y a six parts de pareille somme dans le fond de cette affaire. Deshesses, le comédien italien, en a une; Corbie, cet écumeur de littérature, qui vole les manuscrits à droite et à gauche et qui a fait imprimer le Théâtre des Boulevards, en a aussi une; un nommé Moêt, une autre. Favart n'a voulu qu'une demi-part de 7,000 livres; mais on lui fait, sur la chose, 4,000 livres d'appointé-

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