IPHIGÉNIE
O ma mère I II approche !... Ah 1 lorsque je le vols, Hélas 1 pour la première et la dernière fois, Pourrai-je supporter qu'à cette aimable vue La honte avant le fer cruellement me tue l
CLTTBKNBSTRE
Ma fille, écoute-moi : refoule dans ton cœur * Ce fier emportement de ta belle pudeur.
Songe quels maux le ciel en ce moment nous trame.
... Quand il a été nécessaire, M. Jean Moréas ne s'est pas borné à des changements de détail, il a inventé et
il faut lui faire honneur, en dehors du monologxie d'Agamemnon, des admirables variations rythmiques des chœurs et, surtout, du chœur final qui a produit un effet considérable :
Fille de Zeus, déesse Qjii marches dans la nuit, Q)ie sur les monts sans cesse Le meurtre réjouit ; Divine souveraine Des retraites d'Aulis, Je te salue, ô Reine, Artémis. Artémis 1
Vénérable, virile, Sœur d'Apollon archer Enfanté dans une île A l'ombre d'un palmier, Je t'invoque et t'implore Autant qu'il est permis Et te salue encore, Artémis, Artémis 1
Dans la même scène, après le récit du Vieillard, et pendant l'anxiété de Clytemnestre, le chœur qui, dans Euripide, prononce ces simples mots : « Avec quel « plaisir j'ai entendu le récit de ce messager 1 Ta fille « vit, a-t-il dit, et habite avec les dieux, » chante les belles strophes suivantes :
Vers la terre est tourné. Reine, ton front pesant^
Hélas I et dans ton âme Combattue à l'excès, la cendre est à présent.
Et bientôt, c'est la flamme 1 Est-ce un solide bien, ce que tu viens d'ouïr ?
N'est-ce qu'une ombre feinte ?
Du sort de ton enfant vas-tu te réjouir
Ou redoubler ta plainte ?
RippdU, 6 cœur meaitri, tau soarire nilé 1
11 fanl qne l'homme sache Que, maigri la raison, soui le ciel étoile.
Fins d'un secret se cache l
... Ce n'est donc pas une simple reconstitmion, une adaptation habile, une imitation parfaite qu'il faut saluer dans Iphiginie, c'est une tragédie moderne et vivante, une de ces œuvres qui demeurent parce qu'elles sont à la fois tournées vers ie passé et vers l'avenir, un exemple enfin de l'existence des genres dans un ciel accessible seulement aux véritables poètes.
Considérée de ce point de vue, Iphigénie devrait orienter vers de plus nobles destinées le théâtre contemporain. Je ne veux pas dire qu'on doive sacrifier à la tragédie les pièces qu'on joue actuellement. Ces pièces correspondent évidemment à un besoin et il est bon que les diverses classes de notre société aient des spectacles appropriés à leurs goûts. Mais il faudrait rendre à la tragédie son rang qui est le premier. Il faudrait que d'autres poètes, sincères et désintéressés comme M, Jean Moréas, prissent en mains cette cause si belle du théâtre poétique pour en faire la fin suprême de leur art. 11 faudrait enfin que les directeurs des scènes subventionnées, ceux-là tout au moins, car c'est pour eux une question de probité envers l'Etat qui les fail vivre, accueillissent avec empressement les oeuvres de ces poètes.
En attendant la réalisation de ces souhaits, réjouissons-nous à la lecture de cette délicieuse Iphigénie que nous applaudirons sans doute quelque jour à la Comédie-Française enfin revenue à sa tradition et à sa gloire.
(Mercure de France, 111-1904.)
BIBLIC
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clair visage et Syîves, Eriphyle et Syîves nouvelles], Paris, Bibliothèque Artistique et littéraire, 1898, in*i8. — Jean de Paris (texte rajeuni), Paris, Bibliothèque Artistique et littéraire, 1898, in-i8. — Les Stances, poésies (1er et 11^ livres), fac-similé du manuscrit, Paris, Bibliothèque Artistique et littéraire, 1899, in-folio ÇVirsige sur Chine précédé du portrait du Poète par Antonio de la (}andara). — Les Stanoes Çn; IVe, Ve et VI« livres), Paris, Ed. de La Plume, 1901, in-i6. — FenilletSy Paris, Ed. de La Plume, 1902, in-80.
— Le Voyage de Grèce, Paris, Ed. de La Plume, 1902, in-i8. — Iphigèniei tragédie en cinq actes [représentée pour la première fois à Orange, sur le Théâtre Antique, le 24 août 1903, et à Paris, sur la scène de TOdéon, le 10 décembre 1903, par les artistes de la Comédie Française et de rOdéon], Paris, Société du Mercure de France, 1904, in- 18.
— Contes de la Vieille France, Paris, Société du Mercure de France^ 1904, in-i8. — Les Stances (les VI livres complets),' Paris, Ed. de La Plume, 1905, in- 16.