‹ Jean-Paul Marat (volume 2)Chapitre 39 sur 41 · LES CHARLATANS MODERNES · texte numérisé non relu

LES CHARLATANS MODERNES

ou Lettres sur le charlatanisme académique.

( Vol. in-8» de 40 pages. )

« Ces lettres n'étaient pas destinées à voir le jour... Elles contiennent des faits piquants dont la malignité abusera peut-être ; je me serais fait une loi de les supprimer, dit l'auteur, s'ils n'étaient étroitement liés à beaucoup d'autres , qu'il importe au public de connaître.

« Quoique écrites depuis quelques années, elles n'en sont pas moins nouvelles. Le sort des sociétés litté-

connaître que la prétendue imprimerie de Marat est, suivant les circonstances, celle de la veuve Hérissant, de Jorry, de Férct , de Cellot, de Arnulphe, de Rivet, de la demoiselle Colombe, de André,de l'Imprimerie Patriotique ; même celle de Brune , et peut-être aussi celle de Duplain , et tant d'autres.

raires , dont l'Assemblée nationale va s'occuper, ajoute encore à leur intérêt... »

Marat l'a dit : ces lettres sont écrites depuis quelques années ; et nous ajoutons : pour être publiées contre ses antagonistes scientifiques, vers 1780. Mais ces lettres , produites au milieu des événements politiques de 1791, paraissent inopportunes; il semble même puéril à Marat de les avoir exhumées de ses cartons , où il les tenait ensevelies auprès de son roman posthume.

L'année précédente , l'Assemblée nationale , dans sa séance du 14 août 1790, s'étant occupée du sort des sociétés littéraires et des réformes à opérer dans les académies, Marat, dans sa feuille du 17, consigna de judicieuses observations, qui , empruntées au manuscrit des Charlatans modernes, en rendait la publication superflue, ou ne laissait plus à ce pamphlet défloré que le caractère incisif d'une véritable satyre académique. Assurément, en août 1790, au lieu et place des sages observations consignées dans le journal Y Ami du peuple, la publication des Charlatans modernes aurait eu encore sa raison d'être, mais en septembre 1791, quelques jours seulement avant la clôture des travaux de l'Assemblée constituante, et au milieu du grand mouvement électoral, elle ne pouvait être considérée que comme mauvaise arme de guerre , même contre le patriotisme équivoque des candidats choisis par le corps électoral , et autres aspirants signalés dans le pamphlet.

Voyons maintenant , en deux mots , quel est l'écrit lui-même.

« Les académies sont, dans un grand empire, des excroissances faites pour servir au faste du monarque.

« Instituées pour perfectionner les connaissances hu-

maines, il n'en est pas une qui aille au but de son institution.

« La seule règle dans les encouragements serait de ne les accorder qu'à ceux dont les travaux ont procuré quelque avantage, réel à la nation , encore ces encouragements doivent-ils surtout consister en distinctions glorieuses, et n'être point prodiguées.

« S'il est indispensable qu'un savant ait de quoi vivre et travailler, que sa pension ne s'étende qu'au simple nécessaire , et qu'une petite somme une fois payée le mette en état de se procurer les instruments dont il a besoin. Lui donner davantage, c'est manquer le but; c'est éteindre les talents au lieu de les encourager. »

L'auteur démontre que les sciences ne font de progrès réels que par les recherches de quelques hommes isolés, que le ciel daigne , de temps en temps , accorder à la terre.

Ailleurs , il peint la routine , le préjugé , l'esprit de corps des académies , dont il divulgue , au point de vue de l'État, les causes de ruine.

« Organisés comme le sont les corps savants , le bien qu'ils opèrent est presque nul , le mal extrême ; les régler est chose impossible , il faudrait les anéantir. »

Anéantir les académies ! ai-je bien entendu ? Tarir dans sa source un des puissants moyens de satisfaire la vanité des uns , la cupidité des autres , les réduire au simple nécessaire , passe encore pour la critique , la censure , la satyre , le persiflage ; mais supprimer les académies ! Ah ! voilà bien le motif pour lequel , depuis Voltaire jusqu'à Arago, tous les académiciens se sont si étroitement ligués contre l'irrévérencieux Marat, qui , dans sa carrière scientifique comme dans ses Charlatans modernes , avait pris à partie Voltaire, Diderot , d'Alem-

bert, Condorcet, Lavoisier, Marmontel, Lalande , Monge, Volta , Sage, etc., etc.

L'expectative des électeurs pour la nouvelle législature , absorbant toute autre préoccupation que la politique, le pamphlet dut produire peu d'effet et mourir sans grand retentissement , du moins nous le croyons.

A la faveur d'une amnistie générale , prononcée à l'occasion de l'acceptation de l'acte constitutionnel, Marat put reprendre la publication de son Ami du peuple.

Le jour même où Louis XVI le parjure acceptait solennellement la Constitution , Marat quittait Paris -, c'était, de la part de l'ami du peuple, une protestation contre l'enivrement du peuple , qui , ce jour-là , se surpassa en stupidité.

L'incident d'Amiens ayant provoqué le retour de Marat, le 27 septembre, il reprend la plume. Mais pourra-t-il rester tranquille spectateur du triomphe des ennemis de la patrie ? Attendons , dans quelques jours seulement la nouvelle législature sera constituée, et peut-être toute mal composée qu'elle paraît être, s'y trouvera-t-il quelques patriotes énergiques pour reconquérir la liberté.

Nous ne suivrons pas la Constituante dans ses derniers travaux; il suffira de faire connaître que le vendredi 3o septembre 1791 , le roi prononça la clôture de ses séances.

« Tout étant fait , les pères conscrits ont commencé à défiler. Le peuple les attendait pour leur rendre à chacun selon leurs œuvres. Les contre-révolutionnaires

avaient soudoyé deux mille mouchards pour couronner le perfide d'André , leur chef insigne ; les bons citoyens s'y sont opposés. Le divin Mottier avait envoyé ses alguazils pour empêcher le peuple de couronner les défenseurs de la patrie } les bons citoyens s'en sont moqués. Emmery, Prugnon, Desmeunier, Duprat, les Lameth , Syéyès , Barnave , Rabaut , Target, Thouret, Tronchet, Malouet, Regnault, Maury, Lavie, Folleville, d'André, et la plupart des autres traîtres à la nation , ont été complètement hués. Buzot , Grégoire et Prieur ont été couverts d'applaudissements. Les applaudissements ont redoublé dès que Pétion et Robespierre ont paru. Ils ont reçu des mains du peuple la couronne civique ; ils auraient été portés en triomphe si leur modestie ne s'y était opposée.

« Jouissez à jamais du triomphe des âmes pures, incorruptibles défenseurs du peuple et de ses droits *, que la nation entière , que tant de scélérats ont abusée sur votre compte , apprenne enfin qu'elle serait libre et heureuse sous l'empire de plus justes lois, si vous aviez pu ramener à la raison vos indignes collègues. Et vous, vils scélérats, qui avez honteusement sacrifié à votre avarice , à votre cupidité , à votre ambition , le bonheur de vos concitoyens ; vous qui , pour un peu d'or , avez vendu les droits et les intérêts d'un peuple immense qui vous avait honorés de sa confiance , puissent vos machinations , les attentats , les forfaits dont vous vous êtes souillés pour le remettre sous le joug de ses anciens tyrans , être dévoilés au grand jour ; puissiez-vous être à jamais couverts d'infamie ; puissiez-vous être réduits à fuir la lumière des cieux ou à traîner dans un désert votre honte , vos remords et votre désespoir !

« L'ami du peuple a été le premier à vous arracher le

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masque imposteur dont vous couvriez vos perfidies, puisse du moins son livre passer à la postérité pour rendre en tout temps témoignage contre vous » [Ami du peuple, n° 565).

Introduction.

Famille Mara. Page i. — L'enfant , et déjà la calomnie. 3. — Jean-Paul Marat ; son tempérament, son caractère, ses études. 4. — Ignorance et mauvaise foi des historiens à l'égard du diplôme de docteur en médecine conféré à J.-P. Marat. 6. — Roman posthume ; autre roman faussement attribué à Marat. 7. — Résumé. 8.

An essay on a singular disease of the eyes. Page 9. —

A PH1LOSOPHICAL. 10.

Marat à Londres ; ses vues politiques sur les vices de la Constitution anglaise. Page 10. — The chains of slavery. Analyse de cet ouvrage. i3. — Hommages publics rendus à Marat. Diplôme de docteur en médecine conféré à Jean-Paul Marat. 25.

De L'Homme. Marat et Voltaire. Opinion de Montesquieu. Réplique de Marat à la diatribe de Voltaire. Page 26. — L'Europe moderne devant l'antique législation criminelle. 28. — Le XVIIIe siècle et les recherches scientifiques ; coopération de Marat. D.-F. Arago , insigne détracteur de Marat. 3o.

Retour en France ; Marat, le médecin des incurables. Ses recherches et découvertes en physique. Page 3i. — Découvertes

sur le Feu, l'Électricité et la Lumière. — Recherches

PHYSIQUES SUR LE FeU. 32. — DÉCOUVERTES SUR LA LUMIÈRE.

Petit mystère académique. 34. — Recherches physiques sur l'Électricité. Appréciation des journaux. 36.

Avant-propos relatif à un document inédit. Page 38. — Lettre de Marat à Rose Roume de Saint-Laurent ( inédite ). 40.

Reprise de la bio-bibliographie. Notions élémentaires d'Optique. Page 64. — Mémoire sur l'Électricité médicale. 65. — Observations de l'amateur Avec à l'abbé Sans. 66. — Lettres de l'observateur Bon-Sens. — Optique de Newton , traduction par Marat , 67. — Mémoires académiques , ou nouvelles découvertes sur la Lumière. 68. — L'apôtre de la vérité. 69. — Disparition de plusieurs œuvres manuscrites. A. Bougeart et F.-V. Raspail, biographes de Marat. 70.

Un duel , fantaisie littéraire , suivie d'une Lettre de Marat à l'académicien Charles (inédite). Page 71. — Résumé, jb.

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