DU CITOYEN PHILIPPE-ROSE ROUME
à Marat.
Conciergerie, le 6 juillet 1793 , l'an II de la République.
Ami du peuple,
C'est à ce titre sacré, laissant de côté notre ancienne amiti^é, que je réclame votre appui, soit pour me faire exemplairement punir, ou pour me faire rendre une éclatante justice.
Voici ce que j'ai fait à St-Domingue, en qualité de commissaire national civil, ayant osé y rester seul après le départ de mes deux autres collègues.
J'ai rempli pendant cinq mois une mission que je n'avais peut-être plus le droit d'exercer. J'ai approuvé une association contraire
au décret du 24 décembre 1791 (sur les colonies), association que nécessitait la force des choses, et qui a préparé l'exécution de la bienfaisante loi du 4 avril 1792 (sur les colonies). J'ai retranché de cette même loi du 4 avril, en la faisant promulguer, les mots l'An quatrième de la Liberté ^ et cela pour empêcher le massacre de tous les libres par leurs esclaves, qu'aurait égaré la fausse application qu'ils auraient faite de ces mots. J'ai ordonné des déportations extrajudiciaires, seul moyen que j'eusse d'empêcher le massacre et la conflagration de la ville du Portau-Prince.
Telles sont les fautes qu'il m'a fallu commettre et que j'ai moi-même dénoncées à la Convention nationale dans mon rapport, imprimé en vertu de son décret du 29 janvier dernier.
Mais au moyen de ces fautes, j'ai préparé toutes choses pour faciliter les travaux de mes successeurs. J'ai empêché que les citoyens de couleur et nègres libres ne fussent trompés par les aristocrates de St-Domingue, comme ils l'ont été aux Isles-du-Vent. J'ai
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fait respecter la Souveraineté nationale par la Section de St-Domingue. J'ai déjoué, là^ tous les projets des contre-révolutionnaires. J'ai conservé la ville du Port-au-Prince, malgré les fureurs de ses citoyens et les complots de ses ennemis. J'ai conservé la province de l'Ouest, c'est-à-dire plus de la moitié de la partie française de St-Domingue. J'y ai fait rentrer dans leur devoir plus de cent mille esclaves révoltés^ sans tirer un seul coup de fusil. J^ ai rétabli la circulation, l'agriculture et le commerce. J'ai conservé les jours de tous ceux qui auraient péri sans le rétablissement de l'ordre, et j'ai conservé des propriétés montant au moins à un milliard.
Je n'avais aucun autre moyen qu'une influence morale, qu'il m'a fallu redonner à la Commission et que soutenait l'énergie que vous me connaissez.
Arrivé à Paris le 6 janvier dernier, je m'occupai de la rédaction de mon rapport , que je remis au président de la Convention nationale, le 28 du même mois.
La Convention, pour économiser le temps,
décréta le lendemain que ce rapport serait imprimé, distribué et soumis au Comité colonial, cour y être examiné.
Je me présentai, vers le 30 janvier, devant le Comité; je lui soumis, non-seulement ma conduite, mais ma vie, en le priant de me juger après m'avoir confronté à des dénonciateurs qui m'avaient précédé. Il s'en présenta deux à l'instant (les citoyens Linières et Brudieu, dont j'avais ordonné la déportation); notre confrontation finie, les membres du Comité^ alors présents, trouvèrent que j'avais agi avec humanité, et d'après l'impérieuse loi du Salut Public; que je ne devais être tenu à aucun dédommagement, mais que la nation devait y pourvoir.
Si le Comité tient registre de ses délibérations , cette décision doit s'y trouver consignée, vers ladite époque du 30 janvier dernier; en tous cas, le citoyen Camboulas et les autres présents à la séance ne peuvent pas l'avoir oublié.
Quelle fut donc ma surprise d'apprendre, à la fin de mars, qu'en conséquence d'un rapport du Comité colonial, la Convention
m'avait improuvé, en m'accolant à Blanchelande, pour nous condamner aux frais de la déportation. Etc.
J'en parlai au citoyen Camboulas, rapporteur de mon affaire. Il me répondit que ce n'était qu'un quiproquo du citoyen Creuzé, que ce décret partiel serait rapporté lorsqu'il ferait son rapport général sur St-Domingue, dans lequel rapport se trouverait compris celui de ma mission; il me dit de n'avoir aucune inquiétude, et que la Convention ne pourrait s'empêcher de décréter que j'avais bien mérité de la patrie.
Vers le 24 avril, je fus averti que j'allais être traduit au Tribunal révolutionnaire, et j'en prévins le citoyen Camboulas par lettre.
Depuis lors, j'ai vu différentes fois le citoyen Camboulas , qui me faisait toujours espérer qu'il ferait mon rapport.
Enfin, les papiers publics m'ayant appris que les Comités allaient être renouvelés, et le citoyen Camboulas y ayant consenti, je remis au citoyen Adet, adjoint au Ministère de la Marine , une pétition adressée au Ministre
du même département, tendant à le prier de demander à la Convention qu'elle daigne charger des commissaires ad hoc de lui rendre compte de ma mission sous quinzaine.
Les choses en étaient là lorsque vendredi dernier , 28 juin , je fus conduit à la Conciergerie , en vertu d'un mandat d'arrêt du citoyen accusateur public du Tribunal criminel extraordinaire et révolutionnaire, comme ^ prévenu d'avoir favorisé les révoltés; d'avoir ordonné, provoqué et fait exécuter des déportations arbitraires , et d'être compHce de l'assassinat commis en la personne du citoyen Praloto, comme aussi d'avoir rétabli des juges désavoués par le peuple et supendus de leurs fonctions, et de m'être coalisé avec les contre-révolutionnaires. »
J'observe, à l'égard de l'assassinat de Praloto, que c'est moi qui ai fait poursuivre les assassins, jusqu'au décret de prise de corps; décret qu'il me fut impossible de faire exécuter, faute de moyens, et que je remis au commissaire national Santhonax , en lui dénonçant ce crime atroce, et le
priant d user des forces qu'il avait pour faire arrêter et punir les assassins.
Quant aux juges, j'observe qu'ils avaient été inconstitutionnellement destitués par l'Assemblée administrative de l'Ouest, que le peuple de St-Marc rétablit les siens dans leurs fonctions, et que mes deux collègues et moi ne fîmes autre chose, si ce n'est d'applaudir comme nous le devions à cette réintégration votée paisiblement par la commune de St-Marc.
Je n'ai entendu parler de rien depuis ma captivité, et j'ignore quand il plaira au citoyen accusateur public de me faire interroger (Je rai été le même jour, à sept heures du soir). Je n'ai voulu m'adresser à qui que ce soit , attendant que votre santé me permît de m'adresser à vous.
Permettez , d'après les précédentes explications, dont je vous atteste la vérité au nom de toutes les vertus que vous me connaissez, que je soumette à votre arbitrage définitif la conduite que je vous prie de tenir en cette occasion, et que j'ai le droit de requérir de l'ami du peuple.
Si vous jugez qu'il soit utile à la République qu'un fonctionnaire public, qui a rendu et qui peut rendre d'aussi grands services que moi, triomphe de ses calomniateurs, veuillez demander à la Convention des commissaires choisis parmi les meilleurs montagnards et chargés d'examiner ma conduite à St-Domingue.
Si vous jugez, au contraire ^ qu'il soit plus utile de donner au peuple le spectacle du supplice d'un homme qui, malgré de grands services, ne peut être affranchi (malgré les circonstances les plus extraordinaires et les plus révolutionnaires) des règles communes de la justice distributive, veuillez provoquer la prompte décision de mon affaire au Tribunal révolutionnaire. Loin que j'en craigne la sévérité, j'irai au-devant de ses coups, pourvu que l'ami du peuple me présente lui-même aux Français comme une victime très-pure du plus ardent patriotisme, sacrifiée sur l'autel de la justice pour donner l'exemple d'un vrai dévouement républicain.
(Signé) Philigpe-Rose Roume.
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Archives nationales. — Section administrative. — Cote F. 7. 4434. — Dossier trouvé dans les papiers de Danton et déposé au Comité de sûreté générale. N^» i3. Pétition de divers citoyens pour obtenir leur liberté.
Conciergerie, le 12 juillet 1793 , l'an II de la République.
Ami du peuple^
Je vous ai écrit le 6 de ce mois, pour vous donner une idée précise de mon affaire, et le citoyen Chilliet m'ayant dit que vous ne connaissiez pas mon rapport imprimé, je l'ai prié de vous en procurer un, ce qu'il m'assure avoir fait.
Veuillez, je vous en conjure, si vous ne l'avez point encore fait, prendre la peine de lire ce rapport, dont j'offre de prouver chacun des faits qui y sont contenus.
Vous y verrez que je me suis regardé comme une sentinelle perdue de la France à St-Domingue , et que j'ai eu le courage de m'y dévouer à tous les genres de danger
possibles , afin de conserver à la France tout ce que je pourrais sauver de cette colonie importante dans la crise la plus horrible qui se puisse imaginer.
J'ai mille fois exposé ma vie et je n'ai jamais risqué celle des autres; j'ai pris sur moi différentes fois d'employer des moyens dont je connais l'illégalité , mais qui seuls pouvaient sauver la colonie et la conserver à la France ; j'ai pensé qu'un fonctionnaire public chargé d'une aussi grande mission ne devait pas moins afironter le glaive de la loi que le fer et le poison des assassins^ lorsqu'il se trouvait dans un pays rentré dans l'état de nature, ou plutôt dans le cahos de tous les abus et de tous les crimes de l'ordre social.
Je savais très-bien qu'une fois livré à des juges, je ne pourrais être jugé que d'après la loi ; mais je savais aussi que ma conduite devait être préalablement examinée par les représentants de la nation, qui l'appré-^ cieraient d'après des principes d'éternelle vérité et le bien qui en a résulté.
Cependant; grâce à l'insouciance du ci-
toyen Camboulas, je me trouve d'entrée de jeu soumis au Tribunal révolutionnaire; et, conséquemment, je me tiens pour bien averti que je serai condamné à la guillotine.
La mort ne m'a jamais effrayé ; je la souffrirais même avec plaisir, si je suis immolé comme une victime du plus ardent patriotisme. La nation peut même tirer un grand parti de cette mort î Que, d'un côté, je sois exécuté pour avoir agi contre la loi ; que, de l'autre, mon cadavre soit déposé au Panthéon pour m'être dévoué comme un nouveau Décius; vous parviendrez à deux buts également avantageux , car vous scellerez le despotisme de la loi qui fait lessence de la liberté, et vous donnerez un nouveau ressort aux âmes de la trempe de la mienne.
Veuillez peser mûrement ce dernier parti, et si vous le jugez le plus utile à la France, ne me refusez pas la gloire de remporter cette palme de la vertu républicaine.
(Signé) Philippe- Rose Roume.
Archives nationales. — Section administrative. — Cote
38o DOCUMENT N° 3.
F. 7. 4434. — Dossier trouvé dans les papiers de Danton. — Déposé au Comité de sûreté générale. — N° i3. Pétitions de divers citoyens pour obtenir leur liberté.
Aux citoyens Danton et Robespierre.
Conciergerie, le i5 juillet 1793, l'an II de la République.
Citoyens Représentants
L'ami , ancien et intime , de feu le citoyen Marat, a droit aux bontés des deux législateurs que ce grand homme plaçait au-dessus de tous les autres fondateurs de la République française.
Conduit dans les cachots par d'atroces calomnies, je n'ai pas voulu, malgré l'horreur de ma situation, réclamer l'amitié qui m'unissait à Marat depuis le commencement de 1 785 ; je n'ai voulu m'adresser qu'à l'ami du peuple ; je l'ai rendu maître dé juger ma conduite , en lui remettant les données
nécessaires, et je l'ai requis de prononcer ma mort ou mon triomphe.
Il n a voulu décider qu'avec connaissance de cause, et samedi matin il m'a fait dire qu'il voulait être , s'il y avait lieu , mon défenseur près le tribunal révolutionnaire; qu'il écrirait le lendemain à la Convention nationale et s'y occuperait de moi ; il a même écrit à l'accusateur public à mon sujet.
Faut-il qu'aujourd'hui nous ayons tous à pleurer cet imperturbable ami du peuple, de la liberté , de l'égalité et de la vérité ?
Veuillez, je vous en conjure, au nom de Marat, convenir entre vous deux, citoyens, de celui des deux qui voudra bien se charger d'être l'exécuteur de cette partie des dernières volontés de l'ami du peuple !
C'est à vous, mon nouveau défenseur, que j'ose m'adresser avec la confiance qui vous est due !
Je vous remets les mêmes pièces que Marat a lues, savoir : mon rapport imprimé et mes deux lettres. Je vous conjure de les lire aussi. J'oiFre, en outre, de vous fournir
les autres preuves que vous exigeriez ; car le ciel, protecteur de la vertu, permet que j'aie à Paris des preuves authentiques ou des témoins sur tous les faits dont il s'agit, quoiqu'ils se soient passés à dix huit cents lieues, quoique je ne dusse m'attendre, en revenant à Paris, qu'à y recevoir la couronne civique.
Je puis également prouver la profonde et scélérate politique de mes calomniateurs. Leur plan fut toujours d'alFranchir , autant qu'ils le pourraient, St-Domingue de ses devoirs, comme section coordonnée avec le reste de la souveraineté nationale.
Mes véritables crimes sont, à leurs yeux : 1° ma philanthropie; i"" d'avoir osé seul, après le départ de mes deux collègues, braver leur férocité, les forcer de reconnaître et de respecter le caractère national dont j'étais revêtu ; 3° d'avoir déjoué, non - seulement les projets des contre révolutionnaires, mais ceux de ces mêmes indépendants qui veulent exterminer les hommes de couleur et nègres libres, afin de s'enrichir de leurs dépouilles et d'assouvir
une haine fondée sur la plus stupide et la plus cruelle aristocratie ; et 4° d'avoir fait rentrer dans leurs devoirs plus de cent mille esclaves révoltés dans l'Ouest, sans que j'aie voulu donner à ces blancs sanguinaires des spectacles de cannibales^ si bien faits pour leurs cœurs gangrenés.
S'ils me font condamner à la guillotine , quel sera désormais le fonctionnaire public envoyé par la France à St - Domingue , assez hardi pour manifester une volonté diflférente de la leur ? ou qui puisse la manifester sans se faire assassiner ? Ne seront-ils pas alors , ces indépendants , les maîtres de tromper nos bataillons et de les employer à des boucheries , dont la simple idée fait horreur?
N'allez pas croire que mon défenseur emploirait son temps d'une manière inutile à la République? J'affirme, au contraire, qu'il importe beaucoup qu'un membre, au moins, de la Convention nationale assiste à cette importante discussion , parce que je serai forcé d'expliquer et de prouver des faits qu'il est de la gloire, de la justice
et de l'humanité de la Nation, de subordonner à la volonté générale du peuple français.
Pour le dire en peu de mots, je considère Tétrange accusation portée contre moi comme l'une de ces circonstances extraordinaires ( si communes dans notre Révolution) décrétées de toute éternité, pour concourir à la propagation des lumières du XVII P siècle.
Je puis, en outre, prouver encore que, depuis l'année 1765, ma vie n'a jamais cessé d'être employée pour le bien de l'humanité et le triomphe de la vérité : chez les Anglais jusqu'en 1779; chez les Espagnols jusqu'en 1784; et en France depuis.
Ce fut moi qui^ à l'Isle de Grenade, fus l'un des plus courageux défenseurs des Français, nouveaux sujets que le gouvernement persécutait, sous le prétexte de leur catholicisme. — Qui réprimai , ensuite , des usurpations que voulait se permettre le pape; et dans cette circonstance, j'ai publié, vers 1773, les mêmes principes qui l'ont été en France depuis la Révolution.
— Qui ai pris la défense des citoyens de couleur contre l'oppression de la législature coloniale. — Qui fis pendre le seul blanc qui l'ait jamais été chez les Anglais, pour le meurtre d'un esclave. — Qui rendis des services si considérables à la colonie, que j'en reçus des remercîments , votés à l'unanimité par ses représentants, en 1777 ou
Ce fut moi qui, chez les Espagnols, fondai une brillante colonie, doù je fis bannir jusqu'au nom de l'inquisition et pour laquelle j'obtins des privilèges inouis jusqu'alors dans cette monarchie. — Qui avais obtenu pour Marat la place de directeur d'une Académie des sciences à Madrid , académie dont j'avais donné le projet et place, au nom de laquelle Marat n'aurait pas manqué de mûrir les Espagnols et de les préparer pour la grande entreprise de la régénération du genre humain ; cette place lui fut ravie par des manœuvres perfides de ses ennemis.
Ce fut moi qui, portant, dès 1782, mes principes philanthropiques au-delà de tout
ce que vous avez osé faire, engageai ma mère à reconnaître pour mon frère légitime un fils adultérin qu'elle avait eu vingt-deux ans auparavant, qui vivait dans un autre pays et qui n'avait aucune prétention à cet acte de bienfaisance.
Ce fut moi qui me dévouai aux vengeances du pouvoir exécutif (dont je dépendais, en ma qualité de commissaire général et ordonnateur à l'Isle de Tabago), en me déclarant, au mois de septembre 1789, dans la même Isle, le défenseur du parti populaire qu'opprimaient les militaires et autres aristocrates. — Moi , qui pris la défense de Bosque et autres patriotes ; qui conduisis Bosque à Paris et partageai avec lui mes faibles moyens d'existence^ jusqu'à ce qu'il pût obtenir une demi-justice de l'Assemblée constituante.
C'est moi, enfin, qui puis prouver qu'aucun républicain ne mérite mieux que moi l'estime et la confiance du peuple français !
J'oubliais de dire que c'est moi qui ai démasqué la ligue infernale des usuriers de Londres, soutenus par Pitt, et soutenant,
je le présume aujourd'hui, nos infâmes calomniateurs.
Veuillez, je vous en conjure, citoyens représentants, me faire connaître, le plus tôt possible , votre détermination sur ma prière.
Philippe-Rose Roume.
Archives nationales. — Section administrative. — Cote F. 7. 4434. — Dossier trouvé dans les papiers de Danton. — Déposé au Comité de sûreté générale. — N° i3. Pétition de divers citoyens pour obtenir leur liberté.
DOCUMENTS JUSTIFICATIFS
Contenant les quarante-quatre lettres ou billets servant d'éclaircissements à la lettre de
MARAT
à Philippe-Rose ROUME de Saint-Laurent , datée de Paris, 20 novembre 1783.
Suite de quarante-quatre lettres ou billets Pour servir de pièces justificatives à la lettre de