MARAT A ROUME DE SAINT-LAURENT
Copie d'une lettre de M. La Rochette à M. Marat.
Datée de Pimbleio (quartier de Londres), 7 janvier 1773.
Je vous renvoie, Monsieur, le reste du manuscrit que vous avez eu la bonté de me prêter. Je l'ai lu avec toute l'attention qu'il exige , et qu'il a si bien définie.
La partie anatomique contient une infinité de choses qui ne sont pas à ma portée, mais comme l'étalage scientifique en est judicieusement proscrit et qu'elles sont exposées avec simplicité, méthode et netteté, j'ai •compris beaucoup plus que je n'osais l'es-
pérer en commençant , et j'ajouterai que c'est une des expositions de ce genre qui m'ont fait davantage regretter mon ignorance. La seconde partie ^ ou pour mieux dire celle que j appelle ainsi , est plus rapprochée de mes connaissances : je l'ai lue avec le plus grand intérêt; cet ouvrage me paraît bien pensé et bien écrit, il est plein d'idées neuves, de vues fines ^ détails prof onds , et très-souvent ces profonds détails sont égayés par des tableaux charmants. On y trouve quelque négligence dans la diction, ce sont des taches sur un beau visage, elles frappent bien autrement que sur une physionomie vulgaire. Enfin, j'aime la hardiesse qui règne d'un bout à l'autre de l'ouvrage , impatient frémi ^ c'est la devise du génie; l'auteur se l'est appropriée et elle lui va bien. Mais, Monsieur, ne pourrait-il pas faire grâce au sage Socrate et lui donner le même motif qu'il attribue ailleurs au juste Aristide.^ J'aurais aimé, je vous l'avoue, que cela eût pu s'arranger; j'ai même été jusqu'à désirer qu'une requête fît sur lui l'effet d'un syllogisme portant conviction. La condam-
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nation de Socrate entraîne celle de Phocion, et voilà l'antiquité dépouillée de ses plus nobles joyaux; l'auteur connaît trop bien rhomme pour n'être pas indulgent. Au reste, je ne veux point deviner votre nom, non pas pour avoir la peine de le taire; mais parce que je n'aime pas à louer les gens en face.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec les sentiments de la plus véritable estime, votre très, etc.
(Signé) De La Rochettk.
Lettre du même au même.
Datée de Pruslero , 20 janvier 1773.
Je vous remercie, Monsieur, du nouveau plaisir que vous m'avez fait, en me communiquant la suite de votre manuscrit. J'ai continué de m'instruire, de m'éclairer, de
vérifier sur moi-même la justesse dune infinité de vos observations ; mais comment pourrai-je vous critiquer ? Je pense comme vous, et si par malheur je pensais différemment, vous me convertiriez à coup sûr. Vous avez le courage de dire tout ce que vous pensez , c est beaucoup ; mais vous avouez naturellement ce que vous ne savez pas, et c'est une bonne foi courageuse qui n est pas moins précieuse à mes yeux ; si nos métaphysiciens avaient suivi cette méthode, nous en saurions davantage , et ils n'eussent pas décrié la science à force de nous ennuyer. Ne trouvez-vous pas qu'en général ces métaphysiciens (je parle des plus désintéressés) ont été parmi les hommes qui se mêlent de penser bien ou mal , à peu près comme les encyclopédistes parmi les sectaires ? c'est la même obscurité et le même galimatias; la même aptitude à expliquer tout ce qui est inexplicable, la même suffisance, et pour que le parallèle soit accompli, la même animosité. La plupart de leurs livres ne contiennent que des mots vides de sens; si vous y trouvez des choses, elles seront
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éparses comme les arbres dans le désert, et toujours offusquées par les mots comme ces tiges isolées le sont par des monceaux de sable. Nos plus beaux discours de métaphysique ont fait de la machine humaine un composé si impertinent qu'il ma semblé plusieurs fois, à moi indigne^ que je l'aurais mieux arrangé si j'eusse entré pour quelque chose dans sa création. Je ressemblais à ce roi Alphonse qui, excédé de la multitude des cercles dont les astronomes de son temps entortillaient le système des cieux, leur disait bonnement que si le Créateur avait daigné le consulter, il lui aurait indiqué une méthode plus simple et plus courte. Dieu merci vous avez remis les choses à leur place . tout a repris la simplicité native ; nous voilà tels que nous sommes, des êtres dont les ressorts sont plus simples, mais dont l'Éternel ouvrier ne nous découvrira jamais le secret. Leibnitz a trouvé que c'est une Entéléchie, et certainement on ne pouvait rien imaginer de plus clair.
Pourquoi la nature n'a-t-elle doué que le plus petit nombre d'une heureuse orga-
nisation ? Pourquoi en voit-on si peu comme cette admirable fille dont vous faites l'éloge avec tant de vérité ? Je sens tout le prix de la confiance que vous m'accordez à son égard ; cet éloge est un plaisir de plus que vous m'avez fait, puisque j'ai vu appeler sous les traits d'Uranie^ye ne sais pas si la nature, quand elle a tout fait pour nous , doit nous trouver ingrats ; mais si f avais fait l'ouvrage que vous m'ave'^ prêté, je croirais lui devoir une reconnaissance sans bornes.
Je suis, Monsieur, avec les sentiments les plus vrais.
Votre très-humble.
La Rochette.
Copie d'une lettre de lord Lyttleton à Marat.
Datée de la rue de la Montagne (à Londres), du vendredi 19 novembre 1772 (traduction).
En lisant avec attention le manuscrit que
VOUS m'avez fait la grâce de m'envoyer, fai beaucoup admiré les connaissances et les talents de l'auteur. Cet ouvrage contient beaucoup de choses au-delà des bornes de ma critique, ignorant comme je le suis en fait d'anatomie et peu versé dans les matières de métaphysique ; mais je dois aux marques d'estime que vous avez bien voulu me donner et à l'honneur que vous m'avez fait en me communiquant votre manuscrit avant l'impression, de vous faire part avec franchise des objections que Ion pourra faire, soit sur la matière, soit sur le style ; je serais bien aise de vous consulter sur quelques passages qui demandent éclaircissement, si vous pouvez passer par dessus les raisons qui vous font désirer de garder l'incognito , au point de me faire l'honneur d'une visite dimanche à onze heures du matin ^ soyez sûr que votre secret ne sera pas divulgué , Monsieur , par votre t. h. et ob. serviteur.
(Signé) Lyttleton.
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Traduction d'une lettre de M. Collignon à M. Marat.
De Cambridge, i'^'" mai 1773.
Monsieur ,
J'ai enfin 'fini la lecture de votre intéressant ouvrage, dans lequel, à mon avis, vous ave^ montré beaucoup de génie et répandu autant de goût sur la matière qui en fait l objet quelle est probablement susceptible. Si toutes vos observations ne sont pas strictement vraies , elles sont à coup sûr trèsprobables.
J'avoue que la peur de me faire entendre^ en assujettissant une grande partie du moral à l'influence corporelle, m'a fait traiter ce sujet d'une manière très-superficielle dans mes Recherches , etc. Mais vous vous êtes exprimé, en général, d'une manière si sage que vous n'avez, je pense ^ rien à craindre sur cet article.
S'il m'était permis de désapprouver
quelque chose dans votre ouvrage, ce seraient certaines descriptions trop vives , particulièrement celle de la page 257 du F" volume.
Votre t. h. et ob. s.
(Signé) Ch. Collignon.
De la rue de la Montagne, le 27 déc. lySS.
Monsieur ,
Si vous voulez aller voir M. Pouskin, ministre de Russie en notre Cour, qui demeure dans la rue Lord-Grosvenod , il vous fera part de quelque chose qui peut vous être très-avantageux, si vous agréez ces propositions. Je serais extrêmement flatté d'avoir pu vous être utile.
Je suis, M., V. t. h. et ob. serviteur.
(Signé) Lyttleton.
Lettre de M. Prévost à M. Marat.
Votre réputation , Monsieur, et les différentes guérisons que vous avez opérées me font désirer avec la plus vive ardeur que vous vouliez bien donner vos soins à la santé de ma femme. Les différents accidents qu'elle a éprouvés de la délicatesse de sa poitrine dont elle souffre continuellement, m'ont donné et me donnent encore des inquiétudes sur son état et sur les suites qu'elles peuvent avoir. Je me flatte que vos soins et vos lumières lui rendront la santé dont elle jouissait autrefois. M. Hébert \'ous a prié de ma part de vouloir bien le venir voir; j'aurais eu l'honneur d'aller chez vous pour vous en presser en personne, mais M. Hébert m'a observé qu'il serait trèsdouteux que j'eusse le bonheur de vous rencontrer. Je prends donc le parti de vous écrire, Monsieur, pour vous engager à venir
voir M™^ Prévost demain matin s'il vous est possible. Je vous en serai infiniment obligé. J'ai l'honneur d'être, avec la considération la plus parfaite , votre t. h. et ob. s.
(Signé) Prévost,
Trésorier général des ponts et chaussées de France. Paris, rue Chartel, 25 nov.
Lettre de M. le marquis de Gouj à M. Marat.
Paris, 21 août 1781.
J'ai le malheur, Monsieur, de voir périr sous mes yeux mon fils cadet, qui est actuellement dans un état affreux.
A la suite d'une hémoptysie dans laquelle
il a perdu à Lille, il y a deux mois, 1 20 onces
de sang, sa poitrine s'est attaquée, et depuis
six semaines environ il crache le pus en
abondance.
Il s'est mis à son arrivée ici entre les mains de M. Borie; ce médecin jugeant le malade dans un état fort dangereux, a appelé le 12 de ce mois pour conseillers MM. Bouvard, Malhouet, Giundens et Sigaud. J'ai assisté à la consultation, et j'ai eu le désespoir de voir mon malheureux enfant condamné unanimement par les cinq docteurs; le lait qu'ils prescrivent au malade me donna quelques heures d'espérances , mais M. Borie , qui le suit assidûment , m'ayant assuré hier de la manière la plus positive que le poumon était on ne peut plus profondément ulcéré, et qu'il regardait sa cure comme physiquement impossible, je veux me tourner. Monsieur , vers le médecin des incurables. M™^ la marquise de Laubespine était condamnée il y a quatre ans, lorsque vous eûtes la gloire de la guérir. La santé dont elle jouit encore à présent me laisse tout à espérer de vos lumières si vous voulez les consacrer à la guérison de mon fils. Je vous envoie un carrosse, je vous supplie de venir le voir, c'est en vous seul qu'un père malheureux met toute son
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espérance. Je ne vous parle pas de ma reconnaissance et de tous les sentiments d'estime que je vous ai voués.
(Signé) GouY.
Lettre de M. du Clusel, intendant de Tours, à M. le marquis de Choiseul, qu'il avait engagé à consulter M., Marat pour une demoiselle dangereusement malade.
Je VOUS dois, Monsieur, la connaissance d'un homme bien lumineux et qui a le coup d'œil bien prompt, il a aperçu dans un moment ce que toute la Faculté réunie na trouvé qu'après bien des observations, il est fâcheux pour rhumanité qu'il se livre aussi peu ; plus il est économe de ses connaissances , plus je vous dois. Monsieur, de m'avoir mis à portée d'en profiter. Mon premier moment de liberté sera consacré à vous en témoigner ma reconnaissance et à vous renouveler les assurances de l'inviolable et
respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre t. h. et ob. serviteur.
(Signé) Du Clusel.
P,S. — Pourrai-je, Monsieur, vous demander la demeure de M. Marat.
Lettre de M. Le Roy, de V Académie des Sciences , à M, le marquis de Laubespine , pour remettre à M, Marat ^ désigné par le mot de représentant.
Monsieur le Représentant peut être assuré que cest par l'extrême désir de voir les expériences qu'il -fait que les académiciens qui ont été hier chez lui s'y sont rendus , espérant quelque moment favorable, car M. Le Roy leur avait bien spécifié qu'il n'y aurait pas d'expériences et qu'il ne fallait pas y aller, s'il ne faisait pas un beau soleil. M. le duc d'Ayen, M. d'Arcy et plusieurs autres personnes n'y ont-ils pas été. M. Le Roy
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a rhonneur de lui proposer le même rendez -vous pour la huitaine , c est-à-dire toujours pour le mercredi 28, à 10 heures du matin, faisant beau temps. M. le duc d'Ayen, qui ne compte pas pouvoir venir à Paris avant ce jour-là^ me charge de le demander à Monsieur le Représentant , et M. Le Roy s'y rendra avec quelques personnes de ses amis , puisqu'il le lui promet. A ce sujet là, il y a une observation à lui faire au sujet de M. Lavoisier, qu'il ne se soucie pas trop de voir ses expériences; c'est que si on avait l'air de l'en exclure , cela pourrait avoir aussi l'air de le craindre, et il me semble que les expériences que vous a fait voir Monsieur le Représentant ne sont pas dans le cas de craindre personne , il voudra donc bien lui faire savoir s'il veut remettre M. Lavoisier à un autre jour que le mercredi que M. Le Roy lui demande , et si le jour du mercredi lui conviendra. Il voudra bien ne pas différer cette réponse plus tard que samedi matin , afin qu'il soit à portée d'en instruire ceux de ses confrères qui désirent voir ses expériences.
Il compte avoir la copie du Rapport pour samedi (Écrit du jeudi matin).
Lettre de M. Maret, secrétaire de VAcadémie de Dijon, à M. le comte de Nogent.
Monsieur
L'Académie, pour répondre à la confiance de votre ami, a lu le Mémoire que je lui ai présenté de votre part , et a chargé des commissaires de lexaminer et de répéter vos expériences.
Il résulte de cette lecture et de cet examen, Monsieur, que Fauteur du Mémoire est un physicien ingénieux qui peut rendre de très-grands services à la science en interrogeant la nature par des expériences nouvelles.
C'est la confiance dans l'impartialité de r Académie qui a engagé votre ami à lui
communiquer ses idées ; cette Compagnie espère que le jugement dont je suis chargé n affaiblira pas cette confiance.
Je suis avec respect, Monsieur le comte, votre t. h. et t. ob. serviteur.
(Signé) Maret.