‹ Jean-Paul MaratChapitre 6 sur 30 · FRÈRES ET AMIS · texte numérisé non relu

FRÈRES ET AMIS

« Un affreux complot tramé par la Cour pour égorger tous les patriotes de l'empire français , complot dans lequel un grand nombre de membres de l'Assemblée nationale se trouvent compromis , ayant réduit , le 9 du mois dernier, la Commune de Paris à la cruelle nécessité de se ressaisir de la puissance du peuple pour sauver la nation, elle n'a rien négligé pour bien mériter de la patrie , témoignage honorable que vient de lui donner l'Assemblée elle-même. L'eùt-on pensé ! Dès lors , de nouveaux complots non moins atroces se sont tramés dans le silence ; ils éclataient au moment même où l'Assemblée nationale, oubliant qu'elle venait de déclarer que la Commune de Paris avait sauvé la patrie , s'empressait de la destituer pour prix de son brûlant civisme. A cette nouvelle, les clameurs publiques élevées de toutes parts ont fait sentir à l'Assemblée nationale la nécessité urgente de s'unir au peuple , et de rendre à la Commune, par le rapport du décret de destitution, les pouvoirs dont il l'avait investie.

« Fière de jouir de toute la plénitude de la confiance nationale qu'elle s'efforcera toujours de mériter de plus en plus, placée au foyer de toutes les conspirations, et déterminée à s'immoler pour le salut public, elle ne se glorifiera d'avoir pleinement rempli ses devoirs que lorsqu'elle aura obtenu votre approbation, objet de tous ses vœux, et dont elle ne sera certaine qu'après que tous les départements auront sanctionné ces mesures, pour sauver la chose publique.

« Professant les principes de la plus parfaite égalité,

n'ambitionnant d'autres privilèges que celui de se présenter la première à la brèche , elle s'empressera de se remettre au niveau de la Commune la moins nombreuse de l'État, dès l'instant que la patrie n'aura plus rien à redouter des nues de satellites féroces, qui s'avancent contre la capitale.

« La Commune de Paris se hâte d'informer Ses frères de tous les départements, qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans ses prisons a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs , au moment où il allait marcher à l'ennemi -, et sans doute la nation entière , après la longue suite de trahisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les français s'écrieront comme les parisiens : nous marchons à l'ennemi ; mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands, pour égorger nos enfants et nos femmes.

« Frères et amis, nous nous attendons qu'une partie d'entre vous va voler à notre -secours, et nous aider à repousser les légions innombrables de satellites des despotes conjurés à la perte des Français. Nous allons ensemble sauver la patrie , et nous vous devrons la gloire de l'avoir retirée de l'abîme.

« Les administrateurs du Comité de salut public , et les administrateurs adjoints réunis :

Pierre J. DUPLAIN ; PANIS ; SERGENT; LENFANT; JOURDEUIL ; MARAT, l'ami du peuple,- DE- FORGUES; LECLERC ; DUFFORT ; CALLY ; constitué par la Commune, et séant à la mairie.

« A Paris, ce 3 septembre 1792. »

— En l'état de choses , il n'y avait que deux situations possibles : accepter franchement le fait accompli, comme fit la Commune de Paris *, ou caviller indignement comme fit l'Assemblée nationale, qui d'abord garda prudemment le silence, et ensuite se déchaîna contre la Commune et tous les patriotes qui avaient justifié en fait et cause les massacres de septembre.

Voici enfin sur ce sujet, et l'opinion et les actes de Marat.

« L'événement désastreux des 2 et 3 septembre, que des perfides stipendiés attribuent à la municipalité, ont été uniquement provoqués par le déni de justice du Tribunal criminel qui a blanchi le conspirateur Montmorin *, par la protection qu'il annonçait ainsi à tous les autres conspirateurs ; par l'indignation du peuple qui a craint de se voir esclave de tous les traîtres qui ont si longtemps causé ses désastres et ses malheurs.

« On prétend que ce sont des brigands qui ont massacré les traîtres et les scélérats détenus dans les prisons. Si cela était, Pétion serait criminel d'avoir laissé paisiblement des brigands consommer leurs forfaits pendant deux jours consécutifs dans toutes les prisons de Paris •, sa coupable inaction serait le plus affreux des crimes , et il mériterait de perdre la tête pour n'avoir pas mis sur pied toute la force armée pour s'y opposer. Il vous dira, sans doute pour se disculper, que la force armée n'a pas voulu obéir, et que tout Paris était à l'expédition , et c'est un fait. Convenez donc que c'est une imposture, que d'avoir rejeté sur des brigands cette opération malheureusement trop nécessaire. C'est donc parce que les conspirateurs étaient soustraits au glaive de la justice, qu'ils sont tombés sous la hache du peuple. En faut-il davantage pour repousser l'insinua-

tion perfide de rejeter ces exécutions populaires sur le Comité de surveillance de la mairie. Mais sa justification ne finit pas là ; on va voir ce que les principaux membres de ce Comité ont fait pour empêcher qu'aucun innocent, aucun débiteur , aucun coupable de petits délits ne fût enveloppé dans les dangers dont étaient menacés les grands scélérats.

« Je me trouvai au Comité de surveillance, lorsqu'on y annonça que le peuple venait d'arracher des mains de la garde, et de mettre à mort plusieurs prêtres réfractaires , prévenus de machinations , envoyés à la Force par le Comité , et que le peuple menaçait de se porter aux prisons. A cette nouvelle Panis et moi nous nous écriâmes, comme par inspiration : Sauvons les pauvres débiteurs, les prisonniers pour rixe, et les petits délinquants.

« Le Comité donna l'ordre sur-le-champ à différents geôliers de les séparer des grands malfaiteurs et des traîtres contre-révolutionnaires , afin que le peuple ne fût pas exposé à immoler quelque innocent. La séparation était faite , lorsque les prisons furent forcées ; mais la précaution se trouva inutile, par l'attention qu'eut le juge du peuple qui faisait les fonctions de tribun dans cette expédition , de vérifier les écrous, et de relâcher tous ceux qu'avait fait séparer le Comité de surveillance. Attention que n'aurait pas eue le despote s'il eût triomphé le lo août. Voilà des faits à opposer à la calomnie qui a dénaturé le récit des événements des 2 et 3 septembre » [Journal de la République ^ n" 12).

Nous en avons assez dit sur cet événement pour le faire connaître sous son vrai jour -, jetons un voile funèbre sur les nombreuses victimes de ces cruelles nécessités politiques, mais réservons notre pitié pour ces

milliers d'obscurs amis de la patrie tombés sous le fer des oppresseurs du peuple, pour le triomphe de la liberté.

Après la sanglante hécatombe causée par l'incurie des mandataires du peuple •, par les propres fautes des contre-révolutionnaires \ par les démonstrations atroces des suppôts de la monarchie, appelant de tous leurs vœux les bayonncttes étrangères pour réduire la nation, et se réjouissant publiquement de nos défaites ; on éprouve le besoin de se rasséréner un moment par quelque sujet moins pénible, pour reprendre avec plus de calme la suite des événements.

Les faits historiques que nous allons examiner intéresseront par la variété, l'étrangeté et la nouveauté ; ils sont appelés aussi à rétorquer des insinuations perfides, dont les historiens peu scrupuleux se sont faits les échos. Au préalable, rappelons pour mémoire des faits déjà cités, ou seulement signalés.

On se souvient, par le prospectus de L'École du Citoyen, que les Cordeliers et Marat, le i8 mars 1792, proposèrent cet ouvrage par souscription , l'auteur ne pouvant en réaliser les fonds nécessaires à sa publication. Sans nous arrêter aux causes déjà expliquées, disons tout de suite que l'ouvrage ne parut point.

On se souvient encore, qu'après la victoire des patriotes et le renversement du trône , au i o août 1 792 , l'Assemblée nationale législative vota cent mille livres^ destinées à l'impression et à la propagation d'ouvrages patriotiques; et que, sous la date du 27 août, même année, la section du Théâtre - Français , dite de Marseille , prit un arrêté par lequel des commissaires pris

dans son sein devaient se rendre auprès de Roland, ministre de llntérieur, à l'effet de lui demander, au nom de la section, et à titre d'avance, la somme nécessaire à la publication de trois nouveaux ouvrages politiques dont Marat , privé de ressources, se proposait de gratifier la patrie.

Enfin, par l'afiiche de Marat à Louis- Philippe- Joseph d'OrléaîiSj en date du 2 septembre 1 792 , on sait comment Roland éluda la demande , et dans quels termes et à quelles conditions l'Ami du peuple fit publiquement à d'Orléans une demande de i5,ooo livres , pour la publication des trois ouvrages précités.

Comme la femme Roland a qualifié les écrits de Marat de fatras^ sa demande à d'Orléans d'impudejice^ et l'obtention légale de quatre presses de l'ex-imprimerie royale , d'usurpation ifidividuelle de la propriété publique, nous allons rétorquer cette calomnie d'autant plus indigne , que la Roland n'en pouvait douter, puisque le girondin Guadet va figurer comme signataire du dépôt légal. Cette déloyauté flagrante nous fournit l'occasion de faire connaître un nouveau document inédit dans la publication de l'arrêté honorable pour l'Ami du peuple, de la Section de Marseille j et de plus , les titres certains des trois ouvrages signalés , mais non dénommés -, enfin , des renseignements intéressants relativement aux quatre presses confiées à Marat peu après le 10 août 1792.

Extrait du registre des délibérations de la section du Théâtre-Français , dite de Marseille.

« Ce jourd'hui, vingt-sept août mil sept cent quatrevingt-douze ; l'an IV de la Liberté, le P' de l'Égalité.

« La Section du Théâtre-Français, dite de Marseille, a pris l'arrêté suivant, qui a été adopté à l'unanimité.

« La Section du Théâtre-Français, dite de Marseille:

« Considérant que de la Convention nationale dépend la liberté inexpugnable , ou l'esclavage éternel de la France.

« Qu'on ne saurait réunir trop de faisceaux de lumière pour éclairer les travaux des nouveaux plénipotentiaires de la Nation, afin que le nombre infini de décrets qui dans l'acte Constitutionnel ne dérive point immédiatement de la Déclaration des Droits en soit retranché sans pitié.

« Qu'il faut asseoir sur cette base sacrée un Gouvernement qui assure notre félicité au dedans, et imprime l'inviolabilité du respect à toutes les puissances de l'univers.

« Considérant que pour découvrir et faire disparaître les taches innombrables qui souillent l'ouvrage de l'Assemblée constituante, et les remplacer par des lois sages et fondées sur la justice éternelle , le patriotisme tout seul ne suffit point , mais qu'il faut y joindre encore des méditations profondes sur la législation.

« Que Marat , l'ami du peuple, non content d'avoir, du fond des souterrains où les poignards de Lafayette le retenaient enseveli , fait toujours entendre dans son journal patriotique une voix fière et indépendante , et proclamé les grandes vérités politiques dont l'éclat frappe aujourd'hui tous les yeux, si longtemps couverts d'épaisses ténèbres; non content d'avoir, presque seul, démasqué sans relâche le traître Lafayette, quand Paris et la France entière étaient prosternés aux pieds de l'idole , et a encore trouvé le temps de produire des

ouvrages qui ont surtout pour objet le but que doit se proposer une Convention hationale.

« Considérant que Marat, l'ami du peuple, riche de vertus civiques , mais pauvre comme l'était Rousseau, s'est vu enlever plusieurs fois par les satellites du despotisme les fruits de ses veilles , et ravir sa fortune dont il ne lui est resté que des dettes honorables.

« Considérant enfin qu'il est digne d'une nation de faire les frais d'ouvrages uniquement entrepris pour le triomphe de la grande cause de la Liberté et de l'Égalité.

« Arrête : Que quatre commissaires pris dans son sein se retireront dès demain par devant le pouvoir exécutif, et notamment auprès de M. Roland, ministre de l'Intérieur, auquel l'Assemblée nationale a remis, par décret , un fond de cent mille livres destiné à l'impression et à la propagation d'ouvrages patriotiques, à l'effet de lui demander, à titre d'avance, la somme nécessaire pour les frais de papier, d'impression, etc., de trois nouveaux écrits dont Marat, l'ami du peuple veut gratifier la patrie.

« La Section de Marseille a nommé pour commissaires les citoyens Buisson, Fréron, Dufour, Peyre, pour porter à M. Roland , ministre de l'Intérieur , l'expression de son vœu contenu dans le présent arrêté.

Signé: « DANTON, président.

« MOMORO, vice-président.

« BRUNE, vice-président.

f FABRE D'ÉGLENTINE, secrétaire. »

— Comme on a pu le remarquer, l'arrêté de la Sec-

tion de Marseille ne mentionne aucunement le titre des ouvrages en question, mais la femme Roland qui a vu, qui a fureté les documents déposés au ministère de l'Intérieur, fait connaître par ses Mémoires, qu'il y avait un traité des Chaînes de l'esclavage, D'autre part , nous savons par le prospectus, que l'École du Citoyen^ proposée par souscriptions, en mars 1792, n'attendait que les fonds nécessaires pour paraître. Enfin, le troisième et dernier des ouvrages mentionnés , c'est le Développement de tous les vices de la Constitutioji^ dite de 1 791 ; suivi du tableau de tous les décrets à réformer pour assurer la liberté (Voyez VAmi du peuple, n^ 676, du 22 juillet 1792).

Toujours dans ses Mémoires, la; femme Roland prétend encore que Marat, le lendemain du i o août, a fait enlever par son peuple quatre presses à l'Imprimerie royale. Et l'historien Michelet, se faisant le commentateur du bas-bleu politique, affirme à son tour que Marat avait, par droit de conquête , pris telles presses, tels caractères, et emporté le tout chez lui (i). Grâce aux documents, Thistorien vraiment digne de ce nom ne marchera désormais que le flambeau à la main. On voit par ces tristes écarts, dont aucun n'est exempt, que nous n'avons pas encore trouvé le Tacite de la Révolution française.

C'est à l'aide d'un dossier de pièces officielles, que nous allons éclairer cette nouvelle calomnie Roland - Michelet *, dossier qui a fait autrefois partie de la riche collection Laroche - Lacarelle , et dont M. Gabriel Charavay a possédé une copie conforme.

(i) Voyez son Histoire de la Révolution française , tome IV^ page 69.

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Voici ce curieux document publié pour la première fois par M. Louis Combes (i).

a Convention nationale, séance du 4 Ventôse an III (22 février 1795).

« Un des secrétaires donne lecture d'une lettré de l'agence des lois. Elle instruit la Convention qu'au mois d'août 1792, quatre superbes presses de l'Imprimerie nationale executive furent enlevées par Marat, muni d'un ordre de la municipalité. Une de ces presses a coûté plus de 6,000 livres. Les ustensiles et caractères à l'usage de ces presses furent également enlevés. Le tout fut transféré aux Corde liers, et est resté entre les mains de la veuve Marat, qui, dans ce momerit, les fait rouler dans son domicile. L'agence demande à être autorisée à reprendre ces presses.

« La Convention nationale , après avoir entendu là lecture d'une lettre de l'agence de l'envoi des lois à son Comité des décrets et archives, du 2 de ce mois, décrète :

« I. Que l'agence de l'envoi des lois fera transporter de suite, dans ses ateliers, les quatre presses, ustensiles et caractères de l'Imprimerie nationale du Louvre, enlevés par Marat, d'après un arrêté du Comité de surveillance de la Commune de Paris , emplacés dans la maison nationale des ci-devant Cordeliers , et restés ^ depuis sa mort, à la disposition de sa veuve.

« III. L'agence des lois, sur sa responsabilité, prendra toutes les mesures nécessaires pour faire restituer ceux des ustensiles et caractères d'imprimerie, appropriés aux dites presses, qui auraient pu être divertis.

(i) Dans les Éphétnérides de l'Imprimerie; réimprimé dans YAmi du peuple du 24 septembre 1868, et dans le journal Le Réveil du 18 juillet

« III. L'agence de l'envoi des lois déposera sur-lechamp au Comité des décrets et des archives les pièces probantes de l'enlèvement dont il s'agit. »

« — L'an IIP de la République française une et indivisible, le 4^ jour de ventôse, heure de midi, nous Joseph La Croix-Ghaube , membre de l'agence de l'envoi des lois , et Philippe-Daniel Duboy-Laverne , inspecteur général de l'Imprimerie nationale des lois, nous sommes transportés au Comité civil de la Section du Théâtre-Français, nous y avons requis l'assistance de deux membres dudit Comité pour l'exécution du décret ci-dessus. Et de suite nous sommes rendus avec les citoyens Charles Tuillier et Nicolas-Jean- Baptiste Delaunay , membre dudit Comité , chez la citoyenne veuve Marat, demeurant rue de l'École-de- Santé; nous lui avons donné lecture du décret ci-dessus, auquel elle a obtempéré, et nous conduisant dans la maison des ci-devant Cordeliers, où étaient lesdites quatre presses nationales à platines de cuivre désignées dans ledit décret , dont elle nous a fait la délivrance et que nous avons fait enlever au même instant, après avoir constaté l'identité, ainsi que les ustensiles en dépendant. Quant aux caractères, châssis et autres ustensiles de composition dont la réintégration est également ordonnée , la citoyenne veuve Marat nous ayant observé et nous étant nous-même assuré par la vérification que nous avons faite, qu'ils se trouvent en ce moment mêlés avec les caractères qui lui appartiennent, ou formant des pages en composition d'un ouvrage (1) dont elle désirait pouvoir achever le tirage, nous avons sursis à l'enlèvement jusqu'au

(i) Plan de législation criminellef par Marat (note du bibliographe).

départ desdits caractères et au tirage des formes qu'elle s'est engagée à faire dans un bref délai. Et de tout ce que dessus avons dressé le présent procès-verbal que nous avons signé et dont nous avons délivré expédition à ladite citoyenne veuve Marat pour sa décharge. Signé : Tuillier, Delaunay, commissaires, Ghaube, Duboy-Lavergne. Et le i6 ventôse , nous soussignés, ci-dessus qualifiés, nous sommes transportés de nouveau au domicile de la citoyenne veuve Marat, laquelle nous a fait la remise et délivrance de treize cent soixante-dix livres de caractères , tant cicéro que petit-romain , saint-augustin et petit-canon , de deux alphabets en grosses lettres de fonte , de huit paires de casses, de quatre paires de châssis, treize galées, un marbre, une forme et autres ustensiles qui avaient été délivrés au citoyen Marat par le directeur de l'Imprimerie nationale du Louvre, ainsi qu'il est énoncé aux divers reçus du citoyen Marat, dont nous devons faire le dépôt au Comité des 'décrets, suivant l'article 3 du décret ci-dessus. A Paris , les jours et an que dessus. Signé : Chaube, Duboy-Lavergne.

« — Inventaire des pièces qui ont été déposées par l'agence des lois au Comité des décrets, procès-verbaux et archives de la Convention nationale , conformément à l'article 3 du décret du 4 ventôse de l'an III de la République française une et indivisible.

« 1° Lettre du Président de la Commission extraordinaire de l'Assemblée nationale à Anisson-Duperron, directeur de l'Imprimerie nationale du Louvre, du 23 août 1792, demandant à connaître l'ordre des commissaires du Comité de surveillance de la municipalité de Paris, et la décharge donnée par Marat des presses et caractères par lui enlevés au Louvre.

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« 2° Certificat en date du 2 3 août 1792, signé Guadet, du dépôt fait ledit jour par Anisson-Duperron à la Commission extraordinaire de l'ordre du Comité de surveillance de la municipalité, pour l'enlèvement de quatre presses et du reçu de Marat.

V 3° Note relative au poids et à la nature des caractères qui ont été délivrés à Marat le même jour 23 août, en vertu de l'ordre de la municipalité.

« 4" Reçu donné par Marat, le 5 septembre 1792, de divers ustensiles d'imprimerie provenant du Louvre.

« 5° Autre reçu donné par Marat le 18 septembre 1792, de caractères saint-augustin et petit-canon.

« 6° Autre reçu donné par Marat, le 3 octobre 1792, de divers assortiments de caractères.

« 7° Autre reçu de Marat , du 6 octobre 1 792 , d'assortiments de caractères à lui précédemment remis par l'Imprimerie du Louvre.

« 8° Trois lettres de Marat à Anisson-Duperron, contenant des demandes de diverses sortes de caractères, espaces, interlignes, en date des 9 et 26 avril 1793.

« Note indicative des caractères qui ont été livrés à Marat, en conséquence des demandes ci-dessus.

« 10° Copie de la décharge donnée par l'agence de l'envoi des lois à la veuve Marat, les 4 et 1 6 ventôse , en retirant de ses mains les presses et caractères cidessus énoncés , conformément au décret du même mois. — Reçu pour le Comité des décrets les pièces désignées ci-dessus et de l'autre part. Paris, le 24 ventôse an III de la République française une et indivisible. Signé Giraud, chef des bureaux. »

Toutes ces pièces sont authentiques, originales, émanant des pouvoirs publics, dit M. Louis Combes ; on ne pourrait désirer un ensemble de preuves plus

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concluantes. Il est donc incontestable que Marat n'a ni volé , ni fait enlever triomphalement par son peuple, ni même acquis par droit de conquête ou à titre de restitution, les quatre presses dont il se servit après le 10 août 1792, pour imprimer son journal.

En résumé, l'imputation de la femme Roland se réduit à une calomnie qui ne pouvait séduire que des esprits politiques de sa trempe.

Si l'on envisage les conséquences de ce décret du 4 ventôse , elles apparaissent comme une félonie du Législateur à l'égard de Marat, dont la veuve préparait la réimpression complète des œuvres politiques de l'ami du peuple (i).

Déjà cette nouvelle édition, annotée par les soins de Simonne , corrigée , expurgée des faux écrits publiés sous le nom de Marat , allait bientôt paraître, selon le

(1) Cette édition aura donc , outre l'avantage de ne contenir que ce qui est vraiment sorti de la plume de Marat et de n'être plus confondue avec les fausses productions, celui d'être augmentée d'un grand nombre de notes et de remarques et celui d'être rétablie dans sa première intégrité. Cette édition , à laquelle on donnera les soins les plus scrupuleux, contiendra tous les ouvrages politiques sortis de la plume de l'ami du peuple avant et durant la Révolution , savoir :

1° Plan de législation criminelle ;

2" Les chaînes de Vesclavage ;

3» Offrande à la patrie, avec son supplément ;

40 Deux dénonciations contre Necker ;

5' Appel à la nation ;

G» Les 685 numéros, outre leurs suppléments , de VAmî du peuple ou le Publiciste parisien. Plusieurs numéros qui n'ont point paru par les motifs qui seront expliqués ;

70 Les 242 numéros du Journal de la République française, ainsi que plusieurs feuilles détachées qui seront insérées dans les volumes, suivant l'ordre du temps où elles ont paru. Une table des matières sera placée à la fin de chaque volume;

8° V École du citoyen , ouvrage posthume.

Editrice de cette impression, jalouse de remplir sa tâche envers 1a

l32 JEAN-PAUL MARAT.

vœu exprimé par les Gordeliers et celui du Législateur de 1 794 ; déjà le Plan de législation criminelle allait sortir de dessous la presse , quand le honteux décret du 4 ventôse de l'an III vint y poser le veto absolu des représentants contre-révolutionnaires de 1795. Sans doute il est permis de croire que ces hommes, contre lesquels Marat avait lutté sans relâche, pour le salut public, redoutaient assez ses principes pour s'opposer à leur réimpression -, mais n'étaient-ils pas surtout intéressés à laisser subsister, parmi les œuvres de Marat, cette multitude àQ.faux Amis du peuple^ de faux écrits, de libelles impudents pleins de théories absurdes, de principes dangereux qu'ils y «valent eux-mêmes glissés sous son nom pour le compromettre ? Ils étaient donc essentiellement intéressés à faire disparaître les témoignages publics de l'opprobre dont ils s'étaient couverts, et dont l'Ami du peuple plus d'une fois leur avait imprimé le cachet. A cette lie en décomposition politique vint s'ajouter les patriotes timorés , les lâches , les apostats ; groupe autrefois fanfaron, et depuis si indigne, si affamé de repos, de richesse, de jouissances : tels on a vu un Legendre; un Alexandre Rousselin, devenu comte de St- Albin -, un Brune, devenu maréchal de l'Empire ; un Fréron , qui s'enorgueillait d'être le disciple de Marat, devenir l'argousin de la jeunesse dorée qu'il conduira contre le peuple ; un M.-J. Chénier, qui le 26 novembre 1793 demande pour Marat les

mémoire de l'ami du peuple , la veuve Marat n'a point voulu confier â

d'autres qu'à elle-même un devoir si sacré

■ Le prix de chaque volume broché , de 480 pages , sera de 5 livres pour Paris, même prix pour les départements , sauf le port... On s'abonne chez la citoyenne veuve Marat, rue Marat, n" 3o, à Paris, ainsi que chez tous les libraires (extrait du Prospectus, pages 6 à 8).

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honneurs du Panthéon, et le 8 mars 1794 propose le rappel de la faction des hommes d'État que Marat avait terrassés au 3i mai.

Quoi qu'il en soit des motifs qui ont dicté le décret, la conséquence pour Simonne, qui avait consacré sa fortune à Marat pour la revendication des Droits du peuple, fut la misère durant de longues années, quelques tracasseries sous tous les règnes, la fosse commune, l'ingratitude et l'oubli.

Ces différents sujets, éclairés aujourd'hui par la publication de documents peu ou point connus, reprenons notre marche à travers les événements.

Le lundi soir, 3 septembre 1792, une députation de la Section de Marseille demande à l'Assemblée nationale le rapport du décret arraché par les fayettistes contre Marat. Leur pétition est renvoyée à la commission, c'est-à-dire ajournée indéfiniment, car l'Assemblée n'a point oublié que Marat en a voué la majorité corrompue à la justice révolutionnaire.

A cette même séance, on lit une lettre du ministre de l'Intérieur, lettre astucieuse où Roland ne semble justifier les massacres qui viennent de s'accomplir, que pour se ménager les moyens de reprendre à la Commune révolutionnaire du 10 août la puissance souveraine dont le peuple l'avait investie , pour mettre un terme aux machinations contre - révolutionnaires de l'Assemblée nationale et sauver la patrie de l'invasion étrangère.

« Hier, dit Roland, fut un jour sur les événements duquel il faut peut-être laisser un voile ; je sais que le

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peuple, terrible dans sa vengeance, y porte une sorte de justice : il ne prend pas pour victimes tout ce qui se présente à sa fureur, il la dirige sur ceux qu'il croit avoir été trop longtemps épargnés par le glaive de la loi, et que le péril des circonstances lui persuade devoir être immolés sans délai... Mais le peuple, docile à la voix de ses législateurs , dès qu'ils sont au niveau des circonstances , éclairé par eux* sur ses intérêts , rappelé par eux à la marche régulière qu'il doit tenir, sentira bientôt qu'il doit honorer son propre ouvrage, et obéir à ses représentants jusqu'à l'époque qui va les renouveler

avec de plus grands pouvoirs^ »

— C'est à cette voix patehne et traîtresse que va répondre l'Ami du peuple.

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