CONCLUSIONS
Lorsqu'on compare l’auréole qui entoure les noms de Servet et Harvey au modeste souvenir qu a laissé Pecquet dans les sciences anatomiques, on ne peut qu'être frappé de l'injustice de la postérité à l’égard de certains hommes.
Peu de temps après sa mort déjà, de Vigneul . Marville, animé d’une bienveillance douteuse pour
Pecquet, écrivait : (Ce ne fut que par rencontre,
lorsqu'il étudiait en médecine à Montpellier, qu'il trouva le réceptacle du chyle et le canal thoracique par lequel le chyle coule dans les veines. Maisil sut si bien user de ce que le hasard lui offrait et s'expliqua en si bons termes et avec tant de netteté qu'il en eut autant d'honneur que s'il l'avait trouvé par ses recherches et par ses soins. Cela le fit connaître à toute l’Europe en un âge où à peine aurait-il osé lever les yeux sans ce coup de fortune. »
Il suffit d'étudier avec impartialité le mémoire fondamental de Pecquet pour rejeter cette opinion injuste et inexacte, car ce n’est pas à Montpellier
mais bien à Paris que Pecquet fit ses découvertes. * Les recherches qu'il entreprit étaient fort difficiles :
les chylifères ne sont visibles que pendant la digestion ; Aselli qui les avaient découverts ne put les suivre jusqu’à leur point de convergence et Harvey ne les trouvant point d’une façon constanteniaitleur existence... Aussi, tous les admirateurs de Pecquet insistent sur l’habileté manuelle qui lui permit
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de faire mieux que ses devanciers « Homo factus ad unguem, ad omnia solers » écrit de Sorbière, son ami. :
La téchnique de ces recherches est exposée dans un opuscule « Abrégé des nouvelles expériences anatomiques des veines lactées » publié par un collaborateur de Pecquet, Jean Martet, maîlre chirurgien juré, anatomiste royal de la Faculté de Montpellier (Toulouse, 1652).
L'anatomiste dieppois eut le mérite de se mettre à la poursuite de la vraie science en surprenant les mouvements de la vie. C'est bien le hasard qui l’a mis sur la trace de sa découverte en lui montrant le chyle suintant dans la veine cave ; mais, de ce fait heureux, il arrive par l'application d’une méthode scientifique rigoureuse à une démonstration irréfutable de la circulation du chyle. Rien n’est avancé sans preuves : il varie ses dissections el ses expériences pendant plus de trois années sur des cenjaines d'animaux divers. La postérité n’a fait que
corroborer ses conclusions anatomiques.
Certes, Claude Bernard a ressuscité le foie un peu trop hâtivément enterré par Bartholin et il est aujourd'hui bien démontré que, si les chylifères sont chargés de chariier une partie des produits de la digestion, les veines mésaraïques n'en portent pas
moins au foie la partie la plus importante de ces pro-
duits. Mais on lit daris la réfutation à Riolan : « Les
/ poumons sont chargés de purifier le sang des élé-
ments du chyle non élaboré qui parvient dans le
ventricule droit. » On peut voir là comme une anticipation sur les modernes théories des combustions organiques au niveau du poumon. M. le professeur Roger, lors de ses récents travaux sur la combustion des graisses, a bien voulu rappeler que Pecquet, le premier, avait envisagé le passage du chyle dans la petite circulation.
Ge grand anatomiste, quoiqu'en ait dit Riolan, fut
un modeste. Il écrit en tête de son mémoire: « Un
ancien philosophe disait que le hasard était le meilleur artisan qui fust au monde et qu'il nous apprenait souvent des choses qui auraient esté dans un éternel oubly sy il ne nous les avait fait connaistre. » Peut-être cette franchise fut-elle excessive : lorsqu'on diminue son propre mérite, il est toujours des gens, comme de Marville, pour vous prendre au mot.
Pecquet est passé à la postérité pour avoir découveri la citerne qui porte son nom. Il méritait plus et mieux, comme nous l’avons vu et ce mot de citerne, tout à fait imprepre, ne se retrouve jamais sous sa plume, mais sous celle de Bartholin parer VE Des vaisseaux lactés thoraciques). .
Enfin son dévouement envers le surintendant
Fouquet et l'estime de son illustre cliente Mme de Sévigné ne peuvent que le grandir dans notre mémoire.
La ville de Dieppe, berceau natal de Pecquet, s'était contentée de donner son nom à une des vieilles rues de la cité qui débouche en face Saint- -Jacques. Cependant, à l’occasion du centenaire de la Faculté
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de Montpellier, M. le professeur Gilis, dans un dis. cours magistral, rendait pleine justice à ce grand anatomisie français. Aussi, en 1922, la ville de Dieppe célébrait-elle avec éclat le tricentenaire de sa naissance et une plaque commémorative était apposée dans une salle de l'hôpital qui porte le nom de Jean Pecquet.
De Sorbière écrivait à son ami, en 1654: «Les ‘hommes qui nous ont précédés ont fait beaucoup, mais il n’ont pas tout fait; c’est pourquoi les hommes qui nous succéderont, même dans beaucoup de siècles, auront toujours la possibilité d’ajouter quelque chose à ce que nous aurons fait nousmêmes. »
Nous inspirant de cette pensée, nous avons voulu accroître la part de gloire qui revient aux savants français. A côté de l'Espagnol Michel Servet, de V’Anglais William Harvey, Jean Pecquet, dans la révolution anatomique du xvu: siècle, a représenté la France avec grand honneur.
Que sa mérmoire reçoive ici l'hommage de notre reconnaissance et de notre admiration.
Vu : le Président de la thèse,
MENETRIER
Vu : Le Doyen, ROGER Vu et permis d'imprimer Le Recteur de l’Académie de Paris