novembre i5o
et, en effet, il atteignit par ce moyen à la cour de Marguerite d'Autriche, duchesse de Savoie, poète et artiste elle-même, comme la plupart des femmes distinguées de cette époque. Sitôt sur cet échelon, Lemaire ne songea qu'à en gravir un autre ; et voilà pourquoi on le voyait si assidu, si enthousiaste auprès du favori de la reine de France, avec laquelle sa propre princesse se trouvait alors en excellentes relations. La mort du duc de Bourbon fournit au jeune barde l'occasion — inespérée — d'entonner de sa voix la plus fade un chant destiné à retentir (il l'espérait du moins) ; il dédia ce chant à un des principaux Mécènes, au comte de Ligny, grand appréciateur de ce Perréal « qui, par le bénéfice de sa main heureuse, a mérité envers les roys et princes estre estimé ung second Appelles en paincture l ».
Malheureusement, le comte de Ligny,
i. Temple d'honneur et de vertus, in-4 goth., s. d.
déjà bien malade, ne tarda pas à mourir, et Lemaire se vit réduit à emboucher la trompette pour pleurer le protecteur de tous les arts ; c'est ce qu'il fit bruyamment, savamment, et il en profita pour exalter encore Perréal, de sorte que l'amitié fut liée ; aussi, lorsque Marguerite d'Autriche, décidément malheureuse en maris, perdit le duc de Savoie (le 10 septembre 1504), pour glorifier la mémoire de ce dernier époux elle ne trouva rien de mieux que de s'adresser, dès la fin de l'année, à Perréal et à Lemaire tout ensemble l ; l'auteur du tombeau de Nantes reçut une pension, et Lemaire les fonctions de « contrôleur » des travaux. Il s'agissait d'élever à Brou une cité funéraire, c'est-à-dire une maison, un couvent, une église et des tombeaux.
Perréal ne vit pas d'inconvénient à
i. La renommée de Perréal n'était pas encore très répandue, car il n'est même pas nommé dans le traité du Viator, De artificiali perspectiva, paru en Lorraine, en i5o5.
cumuler une pension nouvelle, — et étrangère, — avec celles qu'il recevait déjà du roi et de la reine. Il ne s'arrêta pas non plus à l'idée que Marguerite, artiste, entourée d'artistes, demanderait non des décisions, mais des idées, et que Péloignement compliquerait les choses.
La princesse ne dissimulait pourtant pas l'action qu'elle prétendait exercer; elle vint en personne, dès i5o5, hâter la mise en train des travaux et, le 27 août i5o6, poser la première pierre de l'église.
L'exécution du gros oeuvre laissa à Perréal le temps de la réflexion, et nous le retrouvons à la cour de France, en service actif près de la reine ; il reçoit en dépôt la vaisselle d'or, le 5 juin i5o5, et signe l'inventaire passé en présence de l'évêque de Nantes et des généraux des finances \ Évidemment, la surveillance du tombeau du duc de Bretagne le retenait à la cour. L'année suivante, en 1 5o6,