‹ Jean Perréal dit Jean de Paris: peintre de Charles VIII, de Louis XII et deChapitre 19 sur 25 · Mémoires de la Société' historique du Cher, 1889, p · texte numérisé non relu

Mémoires de la Société' historique du Cher, 1889, p

L'autre fille "paraît plus tard ' à Lyon, sous le nom de « dame de Chandeneux », ce qui suppose une seigneurie et par conséquent un mariage plus sortable.

A partir de ce moment, les relations de Perréal avec Marguerite se tendirent de plus en plus, malgré les efforts' de Lemaire. Le 8 septembre i5n, Lemaire écrivait de Brou, pour remercier au nom de Perréal, pour dire que l'artiste arrivait le lendemain, avec deux sculpteurs, Jean et Henriet de Lorraine, et qu'il s'occupait de l'église. Le 9 octobre, de Dole, Lemaire insistait sur le renvoi de Thibaut et sur la convenance de passer un marché avec Colombe. Marguerite accepta la combinaison : Colombe s'engagea à fournir des maquettes selon les dessins et la « très belle ordonnance » de Perréal, en utilisant les plans de l'église fournis par le même Perréal. Le 28 mars i5i2, Lemaire écrit que tout est réglé avec Colombe, par ses soins; le 14 mai,

qu'il a remis à Perréal les premières maquettes de Colombe, pour les « étoffer »

de peintures, « ce qui est un grand chefd'œuvre », et il réclame de l'argent pour Perréal.

En somme, Perréal avait fourni, et non sans peine, ce qu'on lui avait demandé, et il devait comprendre que son rôle s'achevait. Il ne le comprit pas, et il écrivit, le 20 juillet, une lettre pleine de dépit « ...Colombe fait les Dix Vertus ', comme il Ta promis ; il en est payé par Jean Lemaire, car de ce marché et de ce paiement je ne me suis pas mêlé. J'ai fait l'ordonnance de ces Dix Vertus et leurs dessins; Colombe est après... » : ayant blanchi et doré les maquettes, et peint les carnations, il demande à traiter de même les Dix Vertus. «... Mais je soupçonne que vous êtes lasse de Jean de Paris, par suite de mauvais rapports ou

1. « Les Dix Vertus » étaient fort en honneur. 11 paraît, d'après Jean Bouchet, que Jean d'Auton fit une ballade des Dix Vertus.

autrement. » Il se tient cependant aux ordres de la princesse : « Puisqu'il est ainsi que vous n'avez plus affaire à moi, je vous supplie au moins de me commander et mander si je dois blanchir les Vertus comme ce que je vous ai envoyé \ » Tristes sollicitations vraiment!

douloureux mélange d'inspirations altières et besogneuses ! Probablement, Marguerite ne répondit pas, et Perréal lui adressa de Blois, le 17 octobre i5i2, une dernière lettre, plus pitoyable encore.

Il s'en prend à Lemaire, qui a tout arrangé, dit-il, pour le supplanter : « Il ne me chault de parleurs et inventeurs de mensonges, notamment à l'égard de Lemaire, dont sans doute on m'impute la conduite ! Depuis Pâques, Lemaire m'a menacé, à me battre et à me tuer, parce que je lui ai rappelé sa naissance, l'entretien qu'il a reçu, la bonté de la dame qui le soutenait, c'est-à-dire de

1. Mémoire de la Société des Sciences et Arts de Lille, i85o, p. 339.

vous, Madame, qui Pavez pris et tiré de la pouillerie (sic) et pauvreté ; on le connaît pour ce qu'il est. Il lui a fallu aller habiter en Bretagne ', parce que chacun le surveille. Avant peu, vous en entendrez chanter une mauvaise chanson, je n'en dis pas davantage a , etc.. »

En voilà assez. A ce même moment (octobre i5i2), Marguerite envoie l'architecte Van Boghen diriger l'église et les chapelles de Brou ; en 1 5 1 6, le peintre « Jehan de Bruxelles » exécutera le dessin final des tombeaux 3 .

Dès lors, Perréal apporte au service de la cour de France une régularité exemplaire et nouvelle. Il s'astreint positivement à sa charge : en i5i2, en i5i3, en i5 14, on le voit toujours là. A la fin de

1 . Le maire venait d'obtenir de la reine la commande d'une chronique de Bretagne, sur le modèle des Illustrations de Gaule.

Page 1