Lettre du 28 mars i5ii
à propos des critiques de la cour, que, quand les chiens ne peuvent mordre, ils se saoulent à aboyer. » D'ailleurs, l'excellent Lemaire, lui-même, malgré ses flatteries, se vengeait noblement de Marguérite en publiant VEpître de Vantant vert, avec une dédicace, fort humble, à Perréal, « son patron et son protecteur », auquel il déclarait devoir la bienveillance de la reine et le bon accueil des Lyonnais \
Dans l'état d'extrêmes tiraillements politiques où l'on se trouvait entre Blois et Bruxelles, Perréal, que Marguerite avait voulu séparer de Lemaire, aurait dû se garer d'une démonstration aussi compromettante; il n'y pensa même pas.
Il ne songeait qu'à expulser Thibaut, sa bête noire, qu'il comparaît à Colombe comme « le plomb à l'or ». Il lui donna
i. i" mars i5ii (i5io, ancien style). Il ressort de cette dédicace que Perréal s'était chargé d'offrir à la reine Y Amant vert, et il en avait avisé Lemaire par une lettre adressée à Claude Thomassin, l'un de MM. du consulat de Lyon.
congé et partit pour Blois, le 28 mars 1 5 1 1 ; il y reçut une lettre extrêmement catégorique contre Lemaire. Le 3o, sans se déconcerter, il répondit à Marguerite sur un ton vraiment impertinent, qui porte, nous en sommes convaincu, la trace des difficultés politiques du moment : il déclarait (à tort, du reste) que tout était réglé avec Colombe; quant à lui il avait fini et emballé ses plans ; la princesse pouvait les faire prendre et les lui renvoyer à Lyon pour l'exécution, ou les garder. Il plaignait Lemaire; il se plaignait lui-même, il entonnait son air favori, sur sa tête rompue, sur ses pas et démarches sans nombre, surtout sur Tinsuffisance de ses émoluments...
Nous entrons dans ces détails, parce que nous en tirerons plus tard d'importantes conséquences pour l'appréciation de l'œuvre de Perréal. Et d'ailleurs n'éclairent-ils pas singulièrement la vie et la physionomie du personnage?
Nous remarquons surtout que ce pauvre Perréal, orgueilleux, et indépen-
dant, et laborieux, à l'excès, cumulant diverses pensions, alors qu'une seule suffisait aux autres artistes, concluait toujours à se dire dépourvu, et il Tétait vraiment, au point que sa vie intime paraît en avoir passablement souffert.
Sa femme, qui était fort distinguée, à en juger par les témoignages publics d'amitié que lui donna la reine ', ne jouait près de lui aucun rôle.
Nous lui connaissons un fils et deux filles. Malgré son patriotisme et ses impatiences, il profita de l'offre de Marguerite et s'empressa d'envoyer son fils, qui avait à peine dix-huit ans, prendre ses grades à l'Université de Dole : « De la sorte, mon petit argent sera de mesure », écrivait-il à la princesse. Lemaire, qu'on chassait par la porte et qui rentrait par la fenêtre, alla lui-même conduire le jeune
i. Lettre de Lemaire, i5 juin i5og. Lemaire lui envoie copie d'une lettre de Louis Barangier, secrétaire de Marguerite d'Autriche, « afin que la reine la voie »... On ne sait pas le nom de la femme dePerréal.
Dessin à la plume.
(Comptes de Lyon.)
homme à Dole, d'où il s'empressa de dédier à Marguerite le premier livre des Illustrations de Gaule ', fortement décoré de l'écusson princier.
Quant aux filles de Perréal, çlles se consacrèrent, semble-t-il, à la peinture a . En cette même année, le 3o juin i5ii, « noble homme Jehan Perréal, dit de Paris », maria Tune d'elles, dans cette ville de Bourges où nous croyons le retrouver souvent. Elle épousa fort modestement le pelletier Georges de Ruilly; la mère ne parut point ; un artiste, Jean Richier dit d'Orléans, servit de témoin. De dot, pas l'ombre; heureusement, une sœur de Perréal, une vieille fille nommée Léonarde s , intervint pour donner un mince trousseau, un lit et 80 livres 4 .