Comme l'a montré M. le duc d'Aumale
avec la sacro-sainte convention? Le tome où il apparaît date de 1 5 19. Et nous savons que Perréal se trouvait à Lyon en i5i8, et probablement aussi en i520, année où ses gages furent réduits.
On objectera que les médaillons dont nous signalons Pintérêt, possèdent déjà deux pères. M. le marquis de la Borde les attribue tout simplement au Godefroy des grisailles, hypothèse qui, malgré l'esprit extrêmement judicieux de son auteur, nous semble inadmissible. Godefroy est un bon Hollandais, élève très docile de Lucas de Leyde, patient, méthodique jusqu'à la moelle, et maniéré, mignard, tout confit dans la grâce; il ne se serait permis ni une irrégularité violente comme celle-là, ni un beau faire, aussi solide, aussi ferme que celui des médaillons \ Nous ne pouvons vraiment accorder à maître Godefroy que les pâles médailles,
1 . Godefroy signe et date chacune de ses productions, et aucun des médaillons ne porte une mention quelconque.
dans lesquelles une bonne âme s'est ingéniée à encadrer l'impromptu.
Mon ami, M. Bouchot, dans la remarquable étude sur Les Clouet, où il s'est, le premier, hardiment risqué parmi les méandres du début du xvi e siècle, retire ces médaillons à Godefroy, pour en faire honneur à Jamet Clouet, et ici la discussion devient plus complexe.
M. Bouchot démontre que l'auteur des médaillons a d'abord exécuté au crayon un croquis sommaire des personnages d'après nature; il a reproduit un de ces croquis, apparenté aux pochades de Lyon, bien que, naturellement, plus mûr, plus écrit.
M. Bouchot a retrouvé plusieurs de ces crayons ■ : or^ il les rencontre dans une ancienne collection de cour, qui contient aussi des croquis attribués à
i . Il en rapproche aussi ,un dessin, représentant Louis de Luxembourg, comte de Ligny (à Chantilly), lequel pourrait être également de Perréal. Ligny était, comme nous l'avons dit, un des plus chauds admirateurs de notre peintre.
François Clouet, et c'est pourquoi, après M. Durrieu *, il suppose (mais en spécifiant bien qu'il s'agit d'une simple supposition), que son portefeuille forme une sorte de raccolta familiale, où Ton a dû joindre les dessins du père à ceux du fils ; et du moment où les dessins appartiennent à Jamet Clouet, il faut en dire autant des miniatures.
Malgré les réserves expresses dont l'entoure son auteur, l'hypothèse est honnête et même ingénieuse. Pourtant nous croyons pouvoir lui opposer une observation, que nous empruntons à M. Bouchot lui-même, et qui nous paraît de conséquence.
On connaît, comme l'a montré notre habile confrère, une œuvre authentique de Jamet Clouet; elle a disparu..., mais Thevet, au xvi e siècle, en a donné une
i. Bouchot, Les Clouet ; — P. Durrieu, Notes sur quelques manuscrits précieux de la collection Hamilton (dans les procès-verbaux de la Société nationale des Antiquaires de France, année 1889).
gravure. Celle-ci, qui représente un savant nommé Oronce Fine, est défectueuse et, malgré tout, elle confirme pratiquement et en traits parlants notre première impression sur Jamet Clouet ; il y a là infiniment de style, bien qu'un peu sec, sévère mais on ne peut plus « noble » : le personnage, de grande dimension, apparaît à mi-corps, largement drapé, avec des cassures monumentales qui forment dans cette draperie des tranches et même des méplats d'ombre; ses mains, à longs doigts, trahissent un dessin très caractéristique, très serré, même un peu boudiné; le visage, sorte d'Holbein affaibli, manque, non pas de largeur, mais de décision, de relief; on dirait que le peintre, ayant vu des Italiens, se méfie, et, comme il ne pratique point le principe de la subordination, il ne se retrouve franchement à son aise que dans les accessoires . Bref, cette œuvre si précise, si peu banale, même à travers sa traduction, nous rend un grand service, car elle nous mène directement
à mettre le nom de Jamet Clouet sous un portrait de François I er , encore existant, qui porte au plus haut degré le cachet du môme faire ; le portrait à micorps, en costume blanc, qui se trouve maintenant au Louvre, après avoir été conservé pendant des siècles, dans sa place primitive, à Fontainebleau, où, d'ailleurs, il passait traditionnellement pour une œuvre de Jean Clouet f . On peut dire que nous connaissons deux œuvres de Jamet Clouet, et que Tune d'elles se trouve sous nos yeux.
Eh bien, si du portrait de François I er nous revenons aux miniatures de la Guerre gallique, le contact nous échappe tout à fait; ici, comme dans la miniature, comme dans le croquis préliminaire, aucune recherche du côté du costume, qui reste à un rang secondaire. Le peintre,
i. V. Description historique de Fontainebleau, par l'abbé Guilbert (Paris, André Cailleau, 1731, in-18), t. I ,r , p. 1 59; — le P. Dan, Trésor des merveilles de Fontainebleau (Paris, 1642, in-f»), p. i38<
adroit à saisir la ressemblance, s'en prend au visage; son crayon, d'un trait objectif, pittoresque, fidèle encore plus que , savant ', pénètre' le modèle sans se préoccuper ni de l'ennoblir ni de le parer ; il donne la note piquante de la vie et de la vérité ; il s'attaque avec finesse à la bouche et aux yeux. La touche franche et sans artifice a cependant de la douceur, du fondu. L'ensemble de chaque petit portrait rend avec une sincérité incisive le personnage lui-même tel qu'il est, gracieux ou vigoureux, spirituel ou froid.
Nous sommes aussi loin de la haute manière, un peu féodale et allemande, de Clouet, que de la largeur du faire italien ; l'Italie ne produit rien de semblable à ceci.
Une main contemporaine, heureusement sans respect pour les Commentaires
i. Bibliothèque nationale, ms. fr. 14363 : manuscrit recouvert de velours, à deux fermoirs ; avec un semis de coquilles de l'ordre en guise de clous, et petit saint Michel de cuivre; comme motif central sur le plat.
de César, a ajouté, sous chaque médaillon, le nom et l'âge des personnages :
Artus Gouffier, Guillaume Gouffier (plus connu sous le nom de Bonnivet), Lautrec, La Palisse, Montmorency, Fleuranges, Tournon.
Un autre de nos excellents confrères, M. Durrieu, saisi d'une juste admiration devant une miniature, qui orne un manuscrit relatif à l'ordre de Saint-Michel, exécuté vers 1495 % s'écrie que cette merveille doit appartenir « au plus grand artiste de ce temps », et il prononce par conséquent le nom de Perréal. En sa qualité de savant, il est frappé de retrouver, parmi les acquisitions ou les commandes de chaque roi, quelque manuscrit spécial à Tordre royal de chevalerie et, par suite, d'induction en induction, il en arrive à penser que le manuscrit de 1495 est une œuvre commandée à Perréal par Charles VIII.
1. Un chef-d*œuvre de la miniature française sous Charles VIII, Paris, in-4*.
Seigneur de Bon ni n
L'attribution nous paraît séduisante.
Il ne s'agit pas d'une enluminure proprement dite, mais d'un groupe de portraits, qui rentrent bien dans les attributions de Perréal.
Rien de plus simple que le sujet :
Charles VIII, escorté de deux personnages, reçoit la visite de saint Michel, lui-môme escorté d'anges. Le groupe céleste, d'allure souriante et doucement heureuse, présente d'agréables visages féminins, d'une vérité très légèrement transfigurée; de délicats empâtements blancs forment les carnations ; les cheveux, d'un blond clair exquis, sont distribués et ébouriffés en petits traits spirituels x ; les vêtements, d'un coloris admirablement transparent , miroitent des tons célestes de l'arc-en-ciel, avec une discrétion et une habileté que rien ne peut rendre et dont les procédés ac-
i . Il est impossible, en les regardant, de ne pas se rappeler l'horreur que Perréal professait, comme nous l'avons dit, pour les chevelures et en queue d'étoupe » telles que le bronze les produit.
tuels de reproduction, si parfaits qu'ils soient, ne permettent pas de donner une idée au lecteur; sur l'agrafe et sur la garniture du corsage de l'archange, de minuscules émeraudes étincèlent comme au premier jour; les plis, moins longs que dans l'école flamande, sont fins et justes ; le bas de la robe du saint Michel se soulève légèrement en masse ronde, porté par un souffle invisible. En face, le groupe terrestre forme une vive opposisition, avec ses couleurs franches, ses figures bronzées et affirmées, d'une vérité frappante, mieux dessinées que modelées.
Charles VIII produit tout l'effet pos-ssible. La nature l'a créé mince, petit, exigu; le peintre le donne tel, mais il l'enveloppe , avec une solidité toute royale, dans une ample robe de drap d'or, aux plis larges, simples.
Ajoutons que le cadre, traité à la Mantegna, répond à la scène : c'est une arcature, de dorure éteinte et discrète, très finement décorée à la plume d'oves et de guirlandes de fruits ; dans les deux coins
supérieurs, deux petits génies pleins de vivacité et d'imprévu.
Le pinceau de la Guerre gallique paraît mûr et même vieilli, à côté de celui-là ; il y a, entre eux, plus qu'un écart de vingt-cinq ans : il y a la distance morale qui peut séparer un ancien dieu sur le retour, attaché au passé, de l'enthousiaste, de l'amoureux plein de verve, qui caresse, qui parfait un rêve d'espérance, où tout lui parle du lendemain.
L'artiste, dans la Guerre gallique, s'en est tenu au premier travail, déjà remarquable, du pointillé; ici, il revient à la charge, comme nous l'avons dit, avec des touches blanches, qu'ensuite il réveille vivement par de légers traits noirs, en sorte que l'effet, quoique cherché, paraît au contraire plus amusant et plus primesautier; en 1 5 19, il a simplement affublé les têtes d'une lourde perruque formant bloc et taillée en rond, selon l'usage du jour ; ici, il s'en donne à cœur joie d'allonger les cheveux, de jouer avec eux
comme la mode le permet, d'y glisser de charmants reflets.
Nous ne pensons pas que ce petit chefd'œuvre ait été exécuté par ordre de Charles VIII. D'abord, nous savons maintenant que Perréal, plutôt en disgrâce vers
1495, n'entra au service du roi qu'en
1496, et par un brusque effet de faveur.
D'autre part, le manuscrit ne contient pas un texte complet des statuts de Tordre de Saint-Michel, tel qu'aurait pu le commander le roi, mais la simple copie d'un nouveau règlement, et il porte, en tête, une dédicace en vers, adressée au roi. Il fut donc offert à Charles VIII, et non commandé par lui.
Mais quel grand seigneur a pu imaginer un pareil cadeau ? ^hésitation n'est guère possible : l'offrande vient du plus grand seigneur de France, de celui qui avait découvert Perréal, qui l'avait pris à son service et qui voulait en faire le premier peintre du roi : du duc de Bourbon. Et c'est ce que nous indique l'auteur, avec son humour habituel. Derrière
ou plutôt à côté du roi, dans une pose de familiarité, il a figuré deux personnages, lesquels n'en forment, en réalité, qu'un seul ', et d'une étonnante ressemblance :
le bon duc Pierre. C'est Pierre de Bourbon, qui, à la fin de sa régence de 1495, offrit au roi, pour son retour d'Italie, cette œuvre où l'artiste avait mis toute son âme, et nous croyons trouver ici la clef de la faveur soudaine qui officiellement porta Perréal au premier rang.
On a voulu voir, dans le saint Michel et dans ses anges, des portraits. Etant donnés les habitudes de l'auteur et l'individualisme des figures, rien de plus plausible. Mais nous hésitons à reconnaître chez l'archange les traits de la reine Anne de Bretagne; saint Michel ne les rappelle que d'un peu loin ! D'ail-
1 . Cela ressort du portrait lui-môme. M. Durrieu a conjecturé qu'un des deux personnages pouvait figurer Etienne de Vesc ; mais Vesc était resté à Naples. D'après les règles, le duc d'Orléans seul pouvait figurer près du roi à ce rang ; et bien certainement il ne s'agit pas de lui.
leurs, Charles VIII, auquel il s'agissait de plaire, était jeune, fougueux ; il ne se piquait pas de fidélité conjugale, et les correspondances des ambassadeurs accrédités près de lui ne nous laissent guère d'illusions sur l'art avec lequel il avait su collectionner, à Lyon, des spécimens variés de la beauté féminine. Peut-être vaut-il mieux ne pas se demander où Perréal a cherché ses anges, et si, en sa qualité d'artiste, il n'aurait pas cédé à des goûts plus spirituels que célestes f .
Bornons-nous à constater combien le roi se montre touché des gracieuses apparitions, comme il leur ôte tendrement son bonnet, et quel sourire de sens indulgent flotte sur les lèvres de son excellent beau-frère.
Oure la miniature de Perréal, le manuscrit contient, en frontispice, une enluminure de fabrique, qui représente saint Michel terrassant le démon. Nous n'en
i . Voir notre livre : Louise de Savoie et François / er .
parlerions pas si, au-dessous, à côté de TA initial du texte, nous ne trouvions encore une de ces plaisanteries qui semblent éclore tout naturellement, dès qu'on prononce le nom de Perréal. Sans égards pour le caractère grave et profondément officiel du document, l'humoristique peintre a renouvelé sa facétie relative au duc de Bourbon ; il a esquissé, à la plume ', deux têtes d'un même individu, en profil et en trois quarts. Quel est cet individu ? Avec un peu d'imagination, on pourrait se figurer que c'est Perréal lui-même, mais nous n'irons pas jusque-là.
Si l'on voulait bien admettre comme œuvres de Perréal la miniature du duc de Bourbon et les portraits de i5i9, nous posséderions enfin des indications précises, qui correspondent à merveille avec ce que nous savons de la vie du grand artiste et qui peuvent mettre sur la trace de quelques autres de ses œuvres.
i. D'une autre encre que celle du registre.
Perréal nous semble un délicat par excellence, un homme de goût très français, qui a compris la réalité aussi bien que les Flamands, mais qui Ta vue d'un œil plus gai et plus relevé. De ce qu'il lui a été donné d'admirer en Italie, il a surtout apprécié l'antique, et dans l'antique les délicatesses décoratives. Il n'a pas beaucoup mordu à l'idéal proprement dit; il est resté rieur, de la zone d'Erasme et de Montaigne. Sa parenté du côté italien se trouverait du côté des primitifs florentins, ce qui se comprend, d'ailleurs, car non seulement à Lyon, non seulement à Moulins, où les relations avec Florence sont flagrantes, mais dans une grande partie de la France, on peut affirmer qu'il y a eu une singulière affinité de goût et d'esprit, et de constantes sympathies avec Florence. Et, pour le dire en passant, il nous paraît bien regrettable que cette affinité, que représentait, au point de vue artistique et littéraire, la petite cour des Bourbons de Moulins, n'ait pas pu prendre en France
un essor assez puissant pour nous défendre, sous François I er , contre l'invasion de l'italianisme décadent.
Enfin, Perréal a visé au fini et à la perfection; mais peut-être, soit scrupule, soit caprice, n'a-t-il pas toujours achevé toutes ses œuvres, et il paraît très probable qu'il n'a souvent livré que des morceaux. On pourrait donc trouver des traces de son passage dans des travaux pour ainsi dire occasionnels.
On a souvent prononcé le nom de Perréal autour d'un intéressant manuscrit de Ptolémée \ exécuté en 1485, pour le sire de La Gruthuze, et acquis ensuite par Louis XII. Il y a bien là quelque chose qui rappelle notre artiste ; il faudrait le supposer à ses débuts et supposer encore que La Gruthuze, amateur émérite, entendant parler de Perréal, ait voulu le mettre à contribution pour les deux pages initiales d'un manuscrit, même calligraphié à Gand. On peut plus
t : Bibliothèque nationale, ms: fr. 4804!
facilement admettre qu'une main de notre connaissance, habile autant que fantaisiste, s'est amusée plus tard à « rhabiller » le livre, en substituant, sur la peinture initiale, la tête de Louis XII à celle de La Gruthuze ; l'hypothèse nous paraît parfaitement soutenable, pour peu qu'on le désire.
Mais nous aurions plus à cœur de mettre le nom de Perréal sous un panneau, qui serait son chef-d'œuvre : le triptyque de Moulins, qu'on ne connaît pas assez, bien qu'il soit fort connu '.
Notre désir se heurte malheureusement à des difficultés considérables. Le triptyque, bien que d'un fini prodigieux, nous déroute par ses imposantes dimensions; sa date nous embarrasse, car elle est postérieure à l'année où Pierre de Bourbon et Anne de France donnèrent leur peintre au roi. Mais, d'autre part,
i. V. dans la Galette des Beaux-Arts un article de M. Paul Mantz (t. XXXVI, 2 # période, p. 459).
puisque ces augustes personnages, Mécènes de premier ordre, ont jugé euxmêmes Perréal infiniment supérieur aux autres artistes de leur maison, ne devonsnous pas nous imaginer, de très bonne foi, que, surtout après lui avoir rendu un si grand service, ils ont pu recourir à lui pour le tableau princeps, où tous deux figurent en pied avec leur fille, et n'y a-t-il pas une certaine logique à attribuer au premier de leurs peintres le premier de leurs tableaux?
Personne, je crois, ne contestera le caractère absolument français du triptyque de Moulins. On y trouve, au plus haut degré, l'empreinte générale de ce réalisme piquant, naïf à sa façon et magnifique, que nous avons signalé chez Perréal. On y relèverait, si on voulait, quelques traces du voisinage de Bruges, de Baie, et, en même temps, de Venise et de Florence. Mais, réelles ou non, ces légères influences s'amalgament dans une œuvre excessivement personnelle, pleine de vie çt surtout dç savçur. L'erj-
semble produit une superbe symphonie de couleurs; les rouges même, quoique vibrants à l'extrême, ne détonnent en rien.
L'ordonnance symétrique se dissimule adroitement, et, malgré la recherche d'un bel effet global, chaque détail a. été creusé, perlé, avec une science et une conscience de miniaturiste. Les portraits; le duc de Bourbon d'un côté, la duchesse et sa fille de l'autre, atteignent au plus grand art, en dépit de quelques fâcheuses restaurations modernes dans les parties secondaires, notamment sur la robe de Pierre de Bourbon et sur le coussin de la duchesse; les mains effilées, fermes, un peu froides, sont admirables.
Le panneau du milieu représente. une Vierge grave, d'un sérieux modelé, bien campée et bien dessinée. Deux anges divergents garnissent l'espace sous ses pieds. A droite et à gauche, deux groupes d'anges superposés ont toute la verdeur et la fraîcheur adorable des anges du manuscrit de Saint-Michel, leurs proches parents. Au-dessus;de la tête dé la
Vierge, deux anges convergents, presque horizontaux, tiennent une couronne.
C'est peut-être dans ce groupe céleste du haut que la rare habileté de Perréal se spécifie le mieux. Les draperies des deux anges éclatent, doucement transpercées de lumière ; c'est l'idée que nous connaissons déjà par le Saint Michel; l'artiste Ta rendue ici avec un bonheur inouï, mais il a distribué un peu différemment ses effets ; il a réservé les fluidités d'arc-en-ciel pour le point central, d'où ressort la Vierge, et qui vomit, pour ainsi dire, toute la lumière du tableau :
tel Claude Lorrain, baignant la vie entière de la nature dans l'âme du soleil.
Perréal, qui a la poésie fort concrète, qui ne se laisse pas aller au vague, a voulu affirmer avec force ce grand foyer du paradis, dont le jour le plus lumineux ne nous apporte qu'une image flottante et indécise. Bravement, derrière la Vierge, il a placé un solide disque d'or, une sorte de cratère de feu, dont les rayons circulaires se dégradent, pour s'iriser douce-
— go —
ment en arc-en-ciel et aboutir à cette nappe de lumière blanche, qui transfigure les personnages du monde supranaturel. Malheureusement, dans cette œuvre aujourd'hui encore radieuse, transparente, étincelante, le foyer central qui devait tout illuminer, s'est éteint ou même a disparu : l'or a craqué; d'ennuyeuses réparations, qui s'étendent jusqu'à certains détails des anges, ont rendu opaque et lourd le point vibrant par excellence; de sorte que tout l'ensemble s'en trouve faussé, et que l'œil a besoin de remonter aux glorieuses draperies du haut pour reconstituer, en théorie, ce que l'artiste a pensé et ce que, sans doute, il avait réussi à exprimer.
On peut voir, par ces détails, comment à un vif esprit d'observation se joint ici un sentiment qu'on pourrait appeler symbolique, pourvu qu'on ne prenne pas le mot dans l'acception moderne. Ce symbolisme ne consiste, ni à modifier les formes de la vie, ni à les épurer comme l'ont fait les mystiques, ni à les
trier et les choisir comme les idéalistes, mais à les glorifier dans leur réalité, par l'interprétation de leur puissance. Le seul point, qui trahirait ce que nous appelons aujourd'hui le symbolisme, c'est une propension voulue à donner aux anges, messagers célestes, des jambes un peu longues, comme pour indiquer leur mission spéciale. Mais ces jambes sont enfermées dans de grands vêtements, chiffonnés, en dessous, d'une manière si exquise, que la critique admet et pardonne.
L'extérieur des volets porte une Annonciation en grisaille, fort délicate, malheureusement en moins bon état que le reste.
Qu'on nous permette donc de réserver cet admirable triptyque, et de ne pas repousser absolument son attribution au plus grand peintre du temps, attribution qui hante le cœur plus encore que la raison.
En revanche, nous ne pouvons accepter pour Perréal ni les deux excellents
portraits de Pierre de Bourbon et d'Anne de France, au musée du Louvre, datés de 1488, c'est-à-dire des années où Perréal se trouvait de service à Moulins, mais dont l'exécution large et chaude trahit une main plus italianisée % ni un petit portrait de Suzanne de Bourbon, de l'ancienne collection du duc de Durcal.
Nos constatations nous permettent aussi d'éliminer nombre d'oeuvres, généralement secondaires, dont on a trop généreusement gratifié le peintre de Louis XII.
Une simple phrase, pompeuse et banale *, où Lemaire admire d'avance,
1. Ces portraits ont dû être peints, dans un triptyque votif, à l'occasion de l'avènement de M. et M"" de Beau jeu au duché de Bourbon, circonstance majeure de leur vie intime. La présence d'un saint Jean, derrière M"" de Bourbon, qui a fait le désespoir des commentateurs, exprime peut-être un pieux souvenir à la mémoire du duc Jean qui venait de mourir, laissant la place au nouveau duc Pierre.
2. « De sa main mercurialle, il a satisfait par grant industrie à la curiosité de son office et à
en 1509 *, les croquis que son ami rapportera probablement d'Italie , a suffi à M. Bancel pour présenter Perréal comme l'imagier d'un manuscrit bien connu, la Conquête de Gênes, par Jean Marot, exécuté depuis la fin de
la récréation des yeulx de sa très chrestienne Majesté, en paignant et représentant à la propre existence tant artificielle comme naturelle, dont il surpasse aujourdhuy tous les citramountains, les citez, villes, chastcaulx de la conqueste et l'assiette d'iceulx, la volubilité des fleuves, Finequalité des montaignes, la planure du territoire, l'ordre et désordre de la bataille, l'horrheur des gisans, en occision sanguinolente, la misérableté des mutilez nagans entre mort et vie, l'efiroy des fuyans, l'ardeur et l'impétuosité des vaincqueurs, et l'exaltation et hilarité des triumphans, et se les ymaiges et painctures sont muettes, il les fera parler ou par la sienne propre langue bien exprimant et suaviloquente.
Par quoy, à son prochain retour, nous envoyant ses belles œuvres, ou escoutant sa vive voix, ferons accroire à nous mesmes avoir esté presens à tout. » (Lemaire de Belges, la Légende des Vénitiens, péroration de l'acteur à messire Claude Thomassin.) i. Et non i5oj.
i5oy \ Il y a là un malentendu, qu'il suffirait de signaler, et nous avons d'ailleurs montré, contrairement à ce que supposait M. Bancel, que Perréal n'a pas pris part à l'expédition de 1507.
Il faut pourtant insister un peu, parce que ce manuscrit, qui ne peut pas matériellement sortir de l'atelier de Perréal, nous permettra de faire la part de son collègue Bourdichon. On possède authentiquement de Bourdichon les Heures d'Anne de Bretagne, dont le bel ensemble trahit des inégalités assez sensibles, soit que le peintre, dans une œuvre de si longue haleine, ait eu recours à des aides, soit que, de temps à autre, il ait éprouvé des moments de lassitude ; dans le portrait initial de la reine, au contraire, Bourdichon s'élève tout à coup au-dessus de lui-même, et, s'il faut tout dire, nous le soupçonnons de s'être as-
t . Les événement racontés et représentés datent bien de cette année. Ce célèbre manuscrit se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris;
socié là une main plus habile que la sienne, peut-être bien celle qui a rhabillé le portrait initial du Ptolémée.
Le manuscrit de 1 507 relève, en général, de la même facture que les Heures.
Tous deux, exécutés à la suite ', pour la même souveraine et dans les mêmes conditions officielles, se ressemblent étonnamment, non seulement par le procédé matériel, mais par les partis pris : ciel d'un bleu toujours pur, blanchissant vers l'horizon ; premiers plans verts et traités par masses, arrière-plans bleus, volontiers agrémentés de rochers un peu fantastiques, comme en concevaient Léonard et Cima ; agréables développements d'eau a , tels qu'on en voit chez Francia ; personnages à l'italienne, de style, mais absolument impersonnels ; vêtements lar-
1. Comme Fa montré M. Delisle, les Heures, entreprises probablement depuis plusieurs années, étaient achevées et furent payées en 1 507.
2 . Comparez notamment la miniature initiale du manuscrit de 1607, et la miniature initiale de l'Evangile de saint Jean dans les Heures*
gement drapés, aussi à l'italienne, avec les reflets d'or d'autrefois; modelé robuste, massif, et qui serait cependant un peu flou, si l'auteur n'avait eu la précaution de le relever par des contours noirs également robustes, et même avec excès.
Partout des bouches vigoureuses, vulgaires, et à plus forte raison, dépourvues de la délicatesse et des nuances infinies que l'on s'ingéniait ailleurs à y mettre ; des yeux incorrects, en olive, qui, au lieu de s'allumer d'une petite étincelle, ressortent naïvement par l'exagération du blanc, comme dans un visage de nègre. Les carnations, beaucoup plus transparentes dans les Heures que dans l'autre manuscrit, tirent sur ces tons violacés que l'école des Clouet affectionnera et qu'elle perfectionnera à miracle. Les mains, longues, plates, aux doigts cerclés de noir, avec de légères touches rosées sur les articulations, ne représentent qu'une pratique uniforme et sommaire.
Il nous semble donc qu'on peut considérer le manuscrit de 1507 comme sor-
tant de l'atelier de Bourdichon, qu'il soit l'œuvre du maître lui-même, un peu pressé, ou bien l'œuvre d'un de ses élèves.
Or, un autre manuscrit, dont le texte est du commencement de i5i2 *, également exécuté pour la reine, et non moins officiel que les précédents, a été jusqu'à présent attribué sans contestation à Perréal. Ce volume, après des péripéties presque sans nombre, a fini par trouver un asile sûr à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg \ M. Bancel, qui ne le connaissait que par des reproductions ou par ouï-dire, ne s'est pas contenté de l'accepter comme œuvre de Perréal, il a cru y retrouver le portrait même de l'artiste qui se serait figuré dans une des miniatures sous le vocable de
i. Avant la bataille de Ravenne (u avril i5i2).
2. Il appartint aux bibliothèques Séguier, de Harlay, de Coislin, évoque de Metz, Saint-Gerjnain-des-Prés ; pillé sous la Révolution, il fut acheté par M. Dombrowsky, attaché à l'ambassade de Russie, qui le revendit en i8o5 au czar.
Èoreas \ La bienveillance du gouvernement russe et du ministère français nous a permis d'examiner à loisir les onze miniatures qui composent cette série 1 .
i. Deux miniatures ont été reproduites par M. Bancel : la première représente Louis XII dictant (à Lemaire ?) son épître à Hector de Troye, et, sur le devant Boreas qui s'apprête à la porter; la seconde, une épître de la reine au roi : la reine, assise, remettant un message pour le roi. Une autre miniature représente la Dissolution, tiare en tête et en habit de chœur, détruisant l'Église, que soutiennent la Charité et Louis XII ; celle-ci a été reproduite par Montfaucon. M. Paul Lacroix (Moeurs et usages du moyen âge et à V époque de la Renaissance, p. 87) a donné aussi une gravure de la miniature initiale.
2. Les miniatures forment de petits tableaux de o"238xo"i55. En voici la liste : f. 1 v , miniature reproduite par P. Lacroix ; — f. 1 1 v°, L'Église est assise devant un portail Renaissance et écrit entre la Dévotion, en cilice, tenant l'encrier et un livre, et la Foi, vôtue d'or portant une croix processionnelle d'or; — f. 20 v°, Noblesse, somptueuse, sur un trône, écrit sur un riche pupitre à vis ; à droite, Prouesse cuirassée, et des courtisans; à gauche, une porte et des
Ce sont de petits tableaux, exécutés non sans talent, mais un peu hâtivement, sauf les deux premiers ; l'artiste à traité avec un soin extrême le principal visage, sur lequel il a concentré son effort \ Partout aussi, même dans ces visages princeps,
hommes d'armes; — f. 3i v°, Labeur :un vieux paysan, la houe en main, dicte une lettre à un enfant ; sa femme tond un mouton ; basse-cour pleine d'animaux, élégants bâtiments, paysage;
— f. 40 v°, la reine (reproduite par M. Bancel);
— f. 5i v% Louis XII sous un dais, écrit; au fond, la cour, une porte ouverte où on aperçoit le cheval de bataille; — f. 58 v°, la reine assise, lit une lettre qu'on vient de lui remettre; — f. 68 v°, Hector reçoit d'un courrier ailé une lettre; dans le fond, le Paradis terrestre; — f. 81 v°, Louis XII (reproduite par M. Bancel); — f. 96 v°, une forge couverte de tuiles, dans la campagne; Vulcain forge une armure, aidé de deux cyclopes; Mars, assis sur des canons, foule aux pieds la Concorde, fort humblement accroupie ; f . 100 v°, la miniature reproduite par Montfaucon.
1. C'est ainsi qu'on a, ff. 81 v° et 5i v°, de bons portraits de Louis XII ; fï. 58 v° et 40 v°, des portraits, meilleurs encore de la reine, et f. 20 v° une Noblesse remarquable.
— IOO —
où le nez et la bouche portent encore le trait rude, on retrouve les caractères du manuscrit de iSoy y c'est-à-dire de Bourdichon : l'ensemble présente un aspect plutôt solide que très fin.
En somme, il semblerait que la cour a trouvé le bon Bourdichon toujours prêt à consacrer consciencieusement sa vie aux travaux de longue haleine, tandis que Perréal, d'humeur nomade et bizarre, aurait plutôt agi par boutades, par éclairs, et qu'on aurait plus facilement obtenu de lui de mettre çà et là une tête, que d'entreprendre une œuvre proprement dite.
Une charmante miniature emblématique de la seconde régence de Louise de Savoie ' nous rapprocherait bien plus de notre artiste. Elle représente la princesse assise, tenant un gouvernail, et, près
i. Bibl. nat. de Paris, ms. fr. 571 5, Faicts et gestes de la Royne Blanche d'Espagne, mère de monseigneur sainct Lqys... t miniature publiée par M. Bouchot, dans son ouvrage : Les Femmes de Brantôme.
d'elle, un homme fort malade, étendu par terre. Ici le dessin est fin et spirituel, la touche légère et transparente ; l'auteur s'est plu à détailler des plis de draperies noires, avec des dégradations d'une telle perfection que le temps mêine les a respectées . Les ailes diaprées , emblématiquement attribuées à la régente ', rappellent aussi des motifs chers à Perréal, de même que l'encadrement. Bref, on peut, ce nous semble, rapporter à l'école de Rerréal cette jolie page, fort délicate, malgré son thème un peu guindé ; mais nous ne croyons pas qu'on puisse en faire honneur au maître lui-même, à cause de sa donnée, à cause de sa date (i526 ou 1527), et aussi parce que la peinture manque de dessous 2 .
1 . Louise avait deux ailes pour emblème, en guise des angelots de l'écusson royal.
2. MM. P. Durrieu et J.-J. Marquet de Vasselot ont apparenté ce manuscrit à un Cicéron (ms. fr. 1738), exécuté entre 1527 et i53i, et à un exemplaire des Héroïdes d'Ovide (Biblioth. de Dresde), qu'ils estiment peint entre i53o et
M. Bancel a offert au Louvre un panneau français, qui représente une Vierge, assise sur un trône de pierre, entre deux donateurs *, nouveaux mariés, à en juger par leur âge, bourgeois aisés, d'après leur costume. Un des montants du baldaquin est fleurdelisé : les initiales des personnages représentés, /. P., figurent sur les deux accoudoirs et sur une tranche du socle à gauche. M. Bancel a pris ces initiales pour une signature de Per-
1 540. Ils attribuent ces trois œuvres à Barthélémy Guéty, dit Guyot, peintre attaché à François 1" avant son avènement {Y Artiste, juin 1894). Nous avons publié nous-môme (Louise de Savoie et François /•% pp. 3oo-3o3) une miniature exécutée par ordre de Marguerite de Valois, au moment où Guéty était seul peintre officiel de la petite cour et qui, par conséquent, nous paraît de cet artiste. Là aussi Guéty a joué avec le noir, mais beaucoup moins heureusement que dans le manuscrit dit de la Reine Blanche.
1 . Pour une plus ample description de ce panneau, voir l'article de M. P. Mantz, Un tableau attribué à Jean Perréal (dans la Galette des Peaux- Arts, 2j m année, t. XXXI, p. 329).
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réal ; les fleurs de lys ne lui ont pas paru un motif de décoration accessoire ; il y a vu une indication principale et, un peu d'imagination venant encore dorer ces premiers résultats, il a conclu à un tableau votif du mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne, sans se préoccuper ni du visage des jeunes gens, qui ne ressemblent en rien au couple royal, ni de leur costume modeste et dépourvu d'insignes, ni de l'absence complète et inadmissible de l'hermine de Bretagne dans la décoration, ni du fait qu'en 1491, date du mariage, Perréal n'était pas peintre du roi. Bornons-nous à ajouter que ce petit panneau, bien qu'il ne soit pas dépourvu d'intérêt, ne présente aucun des caractères que nous avons cru pouvoir attribuer à Perréal. Bref, l'hypothèse de M. Bancel ne nous paraît pas s'étayer sur le moindre commencement de preuve, ni même sur une vraisemblance quelconque, et nous ne croyons pas trop nous aventurer, en osant prédire
que le petit panneau ne devra pas tarder
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à quitter le Salon carré du Louvre, pour occuper une honorable place en rapport avec son mérite. Malheureusement, l'hypothèse du tableau du Louvre, la plus légère de toutes celles qu'a inspirées Perréal, a été aussi la plus féconde : des auteurs infiniment respectables en ont tiré de savantes déductions; puis on est parti de ces données pour porter à l'actif de Perréal un triptyque du Musée de Cluny, un dessin flamand catalogué n° 629 du Louvre..., que sais-je encore?
Nous ne nous arrêterons pas à ces attributions, ni à quelques autres encore.
Perréal porte malheur, et il ne faut point de superstition pour parler de lui comme nous essayons de le faire.
Les bois du xvi e siècle ont valu aussi à Perréal un bon contingent d'œuvres, jusqu'à nouvel ordre hypothétiques.
Parce que Tory, avec courtoisie ou peutêtre avec une bien compréhensible vanité, déclare avoir emprunté deux petits dessins de son volume Chamfleury à son « seigneur et bon amy », M: Bernard*
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auteur très érudit et très critique du livré Geoffroy Tory y s'emporte à revendiquer aussitôt pour Pérréal les dessins du volume entier, et proclame Tory élève de Perréal, chose à laquelle nous ne sau* rions contredire, pas plus qu'on lie saurait l'affirmer. A cause de ses relations avec Lemaire, on a rendu Perréal responsable aussi des bois des Illustrations de Gaule, notamment d'une sorte de caricature, qui représente la reine en Junon, avec des attributs un peu bizarres, et le roi en Mercure... Mieux vaudrait encore le gratifier des illustrations de Symphorien Champier, ce dont je ne sache pourtant pas que personne se soit avisé, jusqu'à présent du moins.
L'attribution du dessin d'une médaille offerte à Marguerite d'Autriche par la ville de Bourg, le 2 août i5o2, repose sur une induction purement morale, mais plus vraisemblable. Cependant, il faut remarquer que Perréal alla fort peu à Bourg, même au temps de ses rela-
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tions avec la princesse, et qu'au mois d'août i5o2 il se trouvait en Italie.
Au moment où Marie d'Angleterre épousa Louis XII, c'est-à-dire en i5i4, des portraits de cette belle personne se répandirent un peu partout \ L'un d'eux se trouve sommairement gravé en tête d'une Epistola consolatoria sur la mort de Louis XII, imprimée à Paris, le 22 avril i5i5, par Henri Estienne a .
Cette gravure paraît traduire un dessin d'une pureté un peu sèche, dans une attitude à la Léonard. Se réfère-t-elle au
i . Marguerite d'Autriche en possédait un, dans sa bibliothèque, avec des portraits de Louis XII, du Grand Turc et de beaucoup d'autres personnages (Inventaire.., y publié par Michelant, dans le Bulletin de la Commission royale d'Histoire de Belgique, 1871, pp. 5 et suiv.). Un petit portrait de Marie, sur bois, rond, a été jadis exposé au Trocadéro, dans la collection Gréau, sous l'attribution de Perréal.
2. Un exemplaire de cette plaquette, acquis en 188 5 avec d'autres rares plaquettes de ce temps, se trouve à la Bibliothèque nationale, sous la cote G 281 3.
dessin que Perréal fît à Londres ? C'est ce qu'il est assez difficile de dire, à moins que, dans un distique prétentieux, placé au-dessous de la gravure, et vaguement évocatif de l'art de a Parrhasius », on ne veuille chercher un jeu de mots... Une autre légende, qui se trouve en marge, ne nous éclaire pas beaucoup plus :
« Maria, Francorum alba Regina, non sic, sed pullata depingenda veniebat :
verum hanc atratam pictor non viderat. »
L'éditeur s'excuse, nous le voyons bien, de ne pas produire le portrait en deuil d'une reine veuve, et il nous dit que le peintre n'a pas vu la reine en deuil, ce qui nous plonge dans la perplexité. Entend-il expliquer par là que le portrait a précédé le deuil, ou bien qu'il l'a suivi ?
(on sait que la brièveté du deuil de Marie d'Angleterre prêta fortement aux plaisanteries). Ou bien, que le dessinateur de la gravure, n'étant pas admis à la cour, n'a pas vu la reine ? Nous laissons le lecteur résoudre l'imbroglio ; mais, quelle que soit la solution, le sage M. Re-
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nouvier nous semble un peu excessif d'inférer, de cette modeste gravure, que Perréal a fourni une bonne part des gravures de toutes les éditions d'Henri Estienne...
Comme architecte décorateur, Perréal nous met plus à Taise; malheureusement, il faut se rappeler son mot, plutôt fier que modeste : « Je ne suis que peintre », en sorte que ceux de ses travaux qu'on connaît le plus sûrement ne présentaient guère à ses yeux qu'un caractère secondaire, et, si j'ose ainsi parler, utilitaire.
A Nantes, chargé du dessin général et de l'ornementation, Perréal a reçu un plan traditionnel, qu'il a voulu rajeunir, où il a cherché à infuser de la vie.
D'abord, ce monument, forcément grandiose, il l'a allégé et varié par la combinaison de marbres de trois couleurs. Il l'a élevé sur un socle à tranches de mosaïque, avec entrelacs d'F et d'hermines :
il l'a coupé horizontalement en deux compartiments; dans le bas, il a mis seize médaillons de pleureurs usuels,
verticalement séparés par des rinceaux palmés très fins ; en haut, sous de petites, arcatures à pilastres plats, il a logé les douze apôtres, saint Charlemagne, saint Louis, patrons de la France, saint François, sainte Marguerite, patrons des défunts. Et il a brodé d'arabesques les moindres saillies; il a garni de trophées les parties pleines. Il aime les palmes hardiment jetées, nettes, ou les motifs très légers, fleuris, contournés en accolade, le tout d'un goût pur, classique et presque antique, d'une précision un peu voulue.
Les quatre statues d'angle, représentant les vertus « piliers du verger liligère », comme disait Molinet, bien qu'un peu trop détachées de l'ensemble, ne manquent pas de cachet : leur dessin trahit de l'esprit et de l'originalité, plutôt que de la largeur ou qu'une grande envergure. . En résumé, Perréal, dans cette entreprise, ne put pas ou n'osa pas innover, et sa verve ne s'est échappée que par les détails.
La question de sa participation au.