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pair, grand maître et grand chambellan de France, lieutenant général pour le Roy en ses royaumes et pays, et gouverneur pour Sa Majesté es pays de Champagne et de Brie ». En face du connétable de Montmorency, vieilli, aigri, découragé, du maréchal de Saint-André, brave soldat, mais borné, cupide, « athée cynique * », de Coligny, esprit puissant, mais concentré et lent et auquel les événements n'ont point donné encore la pleine conscience du rôle qui lui est réservé; en face du prince de Condé et de son frère Antoine de Bourbon, roi de Navarre, faibles, hésitants, louvoyant, « M. de Guise le Grand » apparaît vraiment comme hors de pairs au regard de l'historien qui n'a qu'à ratifier ici le jugement que l'opinion et la faveur des contemporains portèrent dès son vivant sur ce héros.
Le prestige d'une race sinon d'origine impéi-iale, comme s'en forma la légende, du moins neuve et forte, les patients efforts de la génération qui l'avait précédé, par-dessus tout les dons merveilleux, les fortes convictions qui en firent et le plus grand capitaine de son temps et le chef naturel du parti catholique, telles furent les raisons profondes de cette incroyable popularité.
Ses ennemis ont mille fois accusé le duc de Guise d'avoir voulu se faire roi et d'avoir tenté d'étayer cette prétention sur les origines fabuleuses qui auraient rattaché la maison de Lorraine au sang de Charlemagne. Lui, ne s'enorgueillit jamais que de sa parenté avec les Valois qui remontait à Louis d'Anjou, fils du roi Jean, et de l'alliance plus récente de son père avec Antoinette de Bourbon, fille de François de Bourbon, comte de Vendôme et de Marie de Luxembourg. Mais ce dont il pouvait tirer quelque vanité et ce qui ne pouvait manquer de frapper par contraste les masses populaires, c'était la vigueur et la verdeur que ce rameau de la maison de France, greffé sur un nouveau tronc, y avait puisées. Les derniers des Valois semblaient frappés d'une dégénérescence qui ne s'expliquait que trop par leurs ascendances. François F'', avarié dès l'âge de vingt ans, avait transmis à son fils Henri II les germes impurs de sa maladie ; Catherine de Médicis avait reçu semblable héritage, et plus lourd même, de son père Laurent de
l. Lucien Romier, Jacques d'Alhon de Saint-André, maréchal de France {làtS- 1662), 1909, in-8°.
l'OLIItOr Di; MÉHÉ. MIMirnUHR DE M. D[; GLlSIi 1^
Médicis, mort un an après son mariage avec Anne de la Tour '. Et, s'il est vrai que pareil mal, qui s'élimine progressivement par le mélange des sangs, s exaspère au contraire par l'union de ceux qui en sont également et héréditairement atteints, il n'est pas besoin de chercher ailleurs les raisons des tares de corps et d'esprit des tils de Henry II et de Catherine de Médicis. C'était une race à son déclin, physiquement et moralement condamnée, et, k ces enfants usés avant 1 âge, au sang corrompu et vicié, aux traits asymétriques et divergents, s'opposait ainsi plus triomphalement celui qu on prétendait aspirer à les remplacer, l'aîné des six vigoureux garçons qu'Antoinette de Bourbon avait donnés à son mari Claude de Lorraine.
A préparer à cette famille un sort digne de leurs ambitions les deux époux s étaient, il faut le dire, employés avec la plus admirable constance. Elle, femme d'une haute intellio-ence, avait été, semble-t-il, la tète de cette association et, demeurée après la mort de son mari la conseillère écoutée de ses fils. fut. à la troisième génération, la première et savante éducatrice de sa petite-fille, Marie Stuart -. Lui, soldat courageux, s'était distingué pour la première fois, au service de la France k Marignan, à la tète des lansquenets des célèbres Bandes noires et y avait reçu vingt-deux blessures. Mais il avait surtout très vite compris et, par la suite, très honorablement joué le rôle naturel de sa maison que la fortune avait semblé établir sur les marches de l'Est comme la sentinelle avancée de la France. Après son père, René II de Lorraine, qui, en 1477, avait sauvé le royaume des menaces de Charles le Téméraire, et avant (pie son fils contribuât glorieusement à les reculer, il avait habilement et courageusement défendu nos frontières de l'Est et du Nord, protégeant, en 1322, la Picardie contre les Anglais, en la2i, la Bourgogne contre les Allemands, écrasant l'a'nnée suivante, k Lupstein, les bandes de paysans luthériens soulevés qui menaçaient la Champagne et s'at tirant dès lors le nom d'ennemi des hérétiques et de défenseur de la foi, repoussant de nouveau les Impériaux de Picardie en 1530, s emparant en 1542 du Luxembourg, sauf de Thionville. dont la conquête était réservée k son
1. Fleihanges, Mémoires du jeune iidi'enlureux, éd. .Michaud el Poujoulat, p. 63.
2. M'' i>F. PiMoiiAN. la mère des duises. Xnloinetle de Bourbon, 1889, iii-8". — A. Fii.oN, Marie SInurI, l!Ml), iii-12.
* l'IKIÎlU; Di; VAlSSlliKE
fils, contribuant enfin vaillamment en lo44 à la défense de Saint- Dizier. D'avoir ainsi préservé si souvent le cœur de la France et sa capitale de l'invasion étrangère, il s'était acquis à Paris un renom dont son fils et son petit-fils devaient successivement profiter.
Avec cela, courtisan habile, il s'était si bien insinué dans les bonnes grâces de François F"" que les honneurs et les charges lui avaient été prodigués. Gouverneur de Bourgogne, grand-veneur de France, chevalier de Tordre, il avait vu son comté de Guise érigé en duché en lo26 et, au sacre de Henry II, avait disputé avec succès le pas au duc de Montpensier, prince du sang. Avec les honneurs enfin avait crû sa fortune, et ses richesses déjà considérables s'étaient sans cesse augmentées par les dons royaux dont il n'avait négligé de s'assurer aucun, fût-ce le revenu des greniers à sel de la Ferté-Bernard, ou le produit du greffe du parlement de Toulouse. En sorte qu'en mourant, au mois de février 1550, il pouvait dire qu'il laissait assuré à tous points de vue lavenir de ses descendants '.
De ceux-là le plus justement illustre devait être François de Lorraine, duc de Guise. A cette date de 1550, à peine âgé de trente ans, il était déjà réputé comme l'un des meilleurs capitaines de l'armée et l'un des plus « honnestes et accomplis gentilshommes » de la cour. Et lorsque, ayant poursuivi l'œuvre de son père et l'œuvre historique de sa maison, il eut consacré sa réputation militaire par la défense de Metz, la prise de Calais et celle de Thionville, lorsque, ayant accepté le rôle de chef du parti catholique que la royauté elle-même hésitait à prendre, il eut accablé ses adversaires par deux grands coups, la prise de Rouen et la victoire de Dreux, il devint vraiment l'idole du pays. Comme l'a très bien remarqué Brantôme, « ces deux moyens, l'un des forces que M.' de Guyse avoit à sa disposition, l'autre du prétexte et deffence de la religion catholique estoient très grands pour se faire grand et pour attirer toute la France à son party ^ ».
Et d'abord, il fut le héros de toute cette noblesse et de tous ces
1. D'AtviGNv, Histoire des hommes illustres, t. XI ; — R. de Bouille, Histoire des ducs de Guise, 1849, in-S", t. I ; — H. Formîron, Les ducs de Guise et leur époque, 1877, in-8», t. I, p. 1-90.