épilogue
Un procès bien fini. — Le soir d'nn beau jour.
In medh virtut.
i Vm¥W^9^nvmAn la parolat^-HitcâSirft bien eûatra son gré, «^piKiroeçuper taleeteurd'an fait personnel. Mtûi à «c(te Aéeoi«&4 â« parler 4e loi^anèaiw, il apporte uaa esciisa al m eorjn^tif : savoir que, dans la caneluftioa qai va anivre, réMda la moralité de roavrage« et qu'à la fia... (pardoa iiaar eeUa image grelottaote aa oœur de rhiverl..) 00 tiHmvera la vârité blottie, oomme elle doit l'être, aa fmé 40 puits t niaia qu'on ne trouvera jamais que Tautear y tliasa e9|ik4 du/^ et du moi, eas particules égoïstes et ex* eluaivea qui aa riNiaoBtrant di^ax tant d*autres à satiété I
Or donc, le eonxnandaat Eugène de Flaviac, qui avait gagné, dans las batailles 4a Trafalgar et de Navarin, plusieurs ehavroaa glorieux et quelques cbevnMis sanglants, conservait au aammet du erâne une cicatrice profonde, où le sajag affluait par instants jusqu'au pdnt de mettre sa cervelle en eombusik» et sa vie. en danger.
Un matin, vers les deraiers jours d'avril, la erise (c'était
la seconde depuis le printemps), la crise fut d'ane violence extrême ; le délire s'en mêla, et nn vieux matelot qui avait navigué trente ans sous les ordres de M. de Fiaviac, eut aussitôt le pressentiment que c'était la fin. Le docteur qu'il courut appeler arriva pour dire qu il ne restait plus rien à tenter.
Ainsi, au bout de onze heures cruelles passées auprès da lit d'agonie, le frère atné reçut le dernier soupir du plas jeune, laissa au matelot l'honneur d'ensevelir son ancien compagnon d'armes, s'occupa d'ouvrir le secrétaire, et trouva, dans un compartiment qui lui était signalé par avance, un testament.
Un testament... Pourquoi? Lui seul constitue la parenté du capitaine ! Lui seul doit hériter I Que signifie cette doable feuille de papier timbré? A quoi bon ces écritures ?
Il se voit désigner comme exécuteur testamentaire et légataire universel du défunt. Mais il y a un codicile, expression suprême de sa volonté.. . Vers la fin, après une rente accordée au vieux matelot, voici, paragraphe 8, un legs singulier^ inattendu ! Il est destiné à celui qui a été Fauditeur le plus encourageant que M. de Flaviac ait rencontré jusqu'à sa soixante-quinzième année qui commence. Il iQÎ donne : i^ une garniture complète de cheminée, en or mat et bruni, figurant dans son cabinet de travail...
Pour ceci, passe encore; mais, 2*... — en présence de ce deuxième article, le collatéral désappointé offrirait quelque chose du sien, pour n'en pas croire ses yeux !...
— a Item, je donne et lègue, au susnommé, mou domaioe appelé le bois des Canettes, avec l'étang, sous double réserve d'y permettre la chasse et la pêche à mon frèi'e
Bruno... Autorisant le légataire, dès le mois d'avril, à en jouir en toute propriété, ainsi que de toutes ses dépendances, appartenances, etc. »
Le frère Bruno, riche encore, nonobstant ces deux articles étranges, consacra tout le jour au défunt et aux larmes ; mais, frustré tout à coup d*une valeur de quarante mille francs au moins en bonnes terres et en plein rapport, il resta la nuit presque entière sans dormir... Et ne dormant pas, il songea.
Le but de ses pensées, c'était la recherche d'un moyen d'éluder ou de faire anéantir ce codicile inqualifiable, qui le déshéritait. Il sembla qu'il eût inventé quelque chose de satisfaisant avant la troisième heure de la nuit ; car lorsque les trois coups sonnèrent, il ne veillait plus.
Ce quelque chose n'était rien moins qu'un procès. D'abord certains souvenirs, puis une circonstance fortuite et un détail imperceptible, relevé sur le codicile, en devaient être les éléments. Et ce n'est pas lui qui aurait manqué de saisir et amplifier une chance quelconque ; pas lui qui aurait failli aux avances du hasard; non ! il les provoquait et pressurait au besoin.
Plutôt que de suivre M. de Flaviac atné dans la voie ingénieuse où il se lançait, le lecteur qui n'est pas homme de chicane, la lectrice qui ne tient pas à la robe, nous sauront gré de leur apprendre, — en trois mots, que le légiste consulté par rhéritier mécontent, un vieux maître en subtiles procédures, le savant Renardin, — osa jurer sur sa toque qu'il voulait rendre les quatorze louis qu'on lui remettait comme premiers honoraires, s'il manquait d'obtenir gaip de cause, et que M. de Flaviac, le promoteur d'un litige
SW IM iMneif BU MàMAmh
Heii (Soo^i pooftâk te tfiHw âldnt Ai anAM AliMRNif
Qai doiuî, qui «Mr haiafMrâH à sâltre te c^iRiMril diKh mear aggressive, cet avocat expéfiBlétité ^C f6t€Vft, dttis toâ Tires , pressantM , topfdeirses , et eependsnt h\m fongties hostilités» où ils s'engagèrent im<aédiaieiB«itl? ^ Per* sonne ! à moins pourtant d'ètfe, ainâ^i qtre tefif s âdf érsaira et jages , familier de ces téftébt^cft tournois , et eofitfftifit de dévider dans l'ombre de Cé dédatle le fil dé sa tie.
L'affaire ne compta que trois remises, eontrebabnéées par deux tours de faveur. Aussi né dura-t-èllé que six moisi Quelle promptitude!.. Au déhutdd sixième mots, elle obtint 16 pHfflége de trois audiences ecHisécûtivéè.
Il est Yrai que Renârdin citevfluehait en même tétnps sur deux systèmes : faire aflûoler le dodiefle , m bien riikterpréter pour son client. — Ce eodteile (S* difé !ê prottfe), il a été écrit après là première erise Sdbie pai" te défMt, et pett de jours &vftnt la seconde où f! si soeembbé. ^ Or, dans ce laps de témp^ , rinflammaEton rei^iée âù cénéao , te sang eoagnié dnfls r Ancienne blessare, iâ flètre, te délire, qni en sont tes inévitables effets, tout...— 11 ini est pénible de le dire ! — tout a démontré que lé déftmt lie jdtlissait plus guères dé ses facdltés mentates. L'amouf flmerfiel, le l'espect gûtié à la mémoire du tfépftssé, ont émpécifé M. Bruno de Flftvlae de vôdlofr réclamer nne Atte^atlon d6s hommes compétents à eet égard. . Mais 6û peut ftlfe tenlf, on peut ftitermger tés médecins : te tfibafial en é&t ttfittre, et si tel éât son bon platsiV. . .
Lé tribunal lalâsa interrompre id li. Renârdin (Hiir Ti- ToeaC adverse. Celui-d célèbre en plusletlrs phrases sonores tout oe que te commandant â montré, jusque ses derniers
jotf!^, dé mémMi^, d'iatentgêtiM et VësptW. H pattle d'anè lettre ftirt ^nsée 4û*il it écrite aratit sa retbfitë dernière, et qû'dti lifâ en flnisdëht. Il r^ppéUè s8 ré|)ntati(m de con-* tênf , qai le filisàit fidàiettre tout récemment an cénacle â6 certaine hhbaye célèbre, la pOrte latérale dn sanctuaire dé P Académie, assure-t-on.
Le président invite pérémptoiremetit le deiliandenf à M pas revenir sur son premier point. -^ Renvoi à hnitaiiië ponr l'entendre sûr le second...
Geite fois, lecture entière du codicile. ~ On a beatt s*interroger et tdttloir admettre que cet écrit ait été T^nVre â*une saine raison; est-ce vraiment possible? Léguer Cèhe garniture, pendule, Candélabres et vases de èheminée, va« leur de 1,800 francs pour le moins... Et à qiïi? A un étranger. Et à quel titre... voyons? Parce que ce fut le plus bénévole et le plus encourageant auditeur que M. de Fla- Yiac ait rencontré dans le cours de ôa vie... — Messieurs du tribunal ont déclaré implicitement qne c'était raii^oTmable? soit... je mMncline, ajoute Renardin avec un fin sourire... Hais encore, est-il logique d'aller plus loin ! Est-ce un motif pour que cet étranger recueille encore un imfneuble dé 45,000 francs, et pour qu'où ait pu sérieusement écrire :
i Item, je donne et lègue au susnommé mon domaine B appelé le Bois aux Canetteê., . pour en jouir dèâ le pré- » sent mois d'avril, en toute propriété, ainsi que de toutes » ses dépendances, appâi^lenance?, été.» Vous lisez et coètC' ra, vous, reprend-il avec feu, mon adversaire, puisque tel est votre système et la basé de vos conclusions, fort bien [ mais, pour moi, pour mon cliéùt, et pour bien d'autreâ... — que messienrsles juges daignéiii s'en assurer eux-mêmes, —
ponr n'importe quel œU désintéressé, il est évident, incontestable, que le signe etc. est tant soit pen , et devait être couiplétement effacé. Dans beancoap d'écritnres pins oa moins vieillies, ce signe est le même qai marque la conjonctive et.,, de telle sorte que tout m'autorise à lire et.,. Le sens m*y convie, messieurs; car en^ rétablissant Ja pbrase commencée, qui disparatt avec le signe etc., soos une rature plus forte, mais entièrement semblable ..je vois transparaître, et comme surnager, les noms de mademoiselle Elisabeth Gretly Winershall, au milieu d'une pbrase de deux lignes, rendue illisible, malheureusement !
Oui, malheureusement, puisque c'est en elle que nous aurions saisi le sens naturel de ce qui précède. ..: Oui, malheureusement , car c'est là encore que nous sommes obligés de chercher la lumière I J'ai analysé toutes choses, posé toutes probabilités, réuni toutes les informatious déisirablei>. Je vais refaire cette œuvre laborieuse devant vous...
Que l'orateur analyse, pèse, réunisse tant qu'il voudra : cela fournit la matière d'un plaidoyer de plus d*une heure des deux côtés ; mais cette aboudanle et surabondante faconde , 11 nous faut la réduire à sa substance rigoureusement condensée.
Selon le système de M. Ranardin , à la suite du signe biffé dans le codicile, M. de Flaviac, uéce6saircment, avait indiqué certain enclos situé à l'un des angles du bois des Canettes, enceinte ruinée, et cependant très-visible encore^ qui renferme un verger planté de beaux arbres et un pavillon en pierres de taille, inhabitable pour l'instant, mais très-facile à réparer. Il est permis de conclure que Tinten* tion première du testateur fut de séparer, et le bois, el le
verger, le parillon y compris. On doit penser qu'il en disposait au profit d'une personne qui, sans doute, a démérité ses bienfaits après qu'on eut écrit, avant qu'on ait radié le codicile. Gretly Vinershali doit être cette personne... En effet, elle a abandonné, pendant sa dernière maladie, le commandant , et déserté sa maison avec un jeune bomme , son compatriote , son amant , dit -on I — Même on ajoute à voix basse, qu'ils lui auraient tous deux dérobé, dans cette fuite, certaines choses de prix... Et le vieillard indigné est parvenu , se sentant plus ou moins proche de la mort , & puiser dans sa juste colère assez de force pour la radiation de ces deux lignes, qu'il n'a pas remplacées. Donc (et ceci est de droit), l'enclos, le verger, le pavillon, qui ne sont point des annexes du bois, ni de l'étang, retournent à leur destination naturelle : ils sont, ils doivent être retenus par le légataire universel. Les attribuer à tout autre eût exigé une désignation catégorique, un article particulier. Le système du défendeur, savamment présenté , mais avec non moins de diffusions et bien plus de fleurs d'éloquence — attendu qu'on plaidait pour un homme de plume, — ce système ne va-t-il pas obtenir, dans ces pages, la faveur d'une réduction moins sévère? — Oh! non. Rassurez-vous... On s'est promis d'être bref et concis envers et pour tous, on le sera !
Le défendeur, à son tour, aborde le paragraphe biffé, indéchiffrable. Il soutient que jamais le testateur n'a songé à rien distraire du legs, paragraphe 8, destiné i son client.. Il ne faut pas voir dans ces noms de Gretly Winershall ceux d'une personne à qui, d'abord, eussent été donné le pavillon, le verger, voire même leur usufruit, .
]«2 -tes SÊtttf/t6 w ttisixb.
Ce qvTû fatlt f cbercber, e^ést aiie expticaf lôn de li donition qtri résulte déS pfemièfes tig&es du paragraphe, tl contient de lire, apris léÈ mots : appartenaneea, d^ndanees, d CûtUta^ pofot et vii^le; il oonvienl de detînef la suite dé la phrase, les motifs de la pens^, et de df>*e qu'elle énonçait comment cette deniofseUe Gretty Winershail avait pu être la cause première oïl seconde (peu importe), en vertu de laquelle le testatear aurait ajouté le legs n^ 2, paragraphe 8, au legs n^ f , pour grossir le bénéfice du même destinataire.
Un sourire narquois contracta les lèvres de H' Renar« din, qui murmura les mots : insanité, démence ! Son adversaire réclama la parole pour démontrer, avec un surcroît d*énergie, que son interprétation prouvait, chez le lecteur, la plus saine volonté. Il s'échauffa : il établit que» revenir sur cette hypothèse de démence, était faire une injure directe et gratuite à messieurs Tes juges... Au fait, le rnSme sourire incrédule commençait à gagner» des lèvres du demandeur à celles du tribunal... — Le ramener, l'intéresser à sa cause, ce fut un mouvement superbe I une admirable inspiration ..
Mais c'est ici que Tauteur s'embarrasse! Crande est sa souffrance de se voir contraint d'élaguer la plaidoirie de son avocat de la même façon qu'il émonda, plus haut» «elle de son adversaire. Cependant, il continue de s'en faire on devoir. Il ne le sait que trop! deux personnes» deux seule* ment, sont toujours disposées à ne trouver ni fatigaAle, ni somroifère, une éloquence qui s'évertue à l'interprétalioa d'un codicile obscur : savoir, en première ligne, le justiciable, pour qui pérore ^n homme chargé de soutenir ses inlé-
LES SECRETS tV ttifiAtlD. 265
rets; en seconde ligne, lé joai'aali^e^ qtfi, totit eff ^i^eitattt des ndfeâ, éscèmplè d*âtah6e le plaisir quMT attira të lendemain, poar pta dé ôes coléranes dàthéilt fentrpTlé^f.
Il est stt (ftié la matière, aux yeux des jagés, ttl tetlement délicate et si brillamment élacidée par l'effort dé l'oA et Tautré oratenr, qae messieurs du trîbanat ne cessaient dé se demander toat bas : La lumière est-elle faite?.. Et Sé virent forcés dé se répondre quMls étaient encore dans les téftëbres dtl chaos. Alôrâ, pt^tii^ eeûftir d'embarras, ils rémirent l'affaire à huitaine, afin d'entendre demandeur et défendeur s'expliquer en personne.
Il est positif encore que plusieurs jôQ^naut rendirent ùfi côiûfpte parfaitement détaillé de ces débats, ayant lé désir, sans douté, de faire savoir au tttondé civilisé tout ce qu'il est possible d'entasser d'arguments, de subtilités, dé Citations et dé phrases redondantes autour d'un et caetera ëi de deux lignes de i^atures.
Oaoi qu'il en soit, il sembla â M* Renardin qu^il devait augurer mal de cette initiative qui renvoyait à huitaine pour entendre les parties ; exception remarquable, lorsque lui, demandeur, ne la sollicitait pas. fit il commençait à se croire en péril d'être taxé de maladresse, et traité par son client en colère, de màttre Aliboron!...
Il Suggéra donc à M. Brun(f d'écrire & don adversaire pour transiter ; et le client écrivit que si l'on voulait accepter â,OÔ0 éctis, argent coihptant, il était prêt à né paS aller plus loin. — « Mais c*est à lacondition, ajoutait-il, que vous conviendrez^ avec moi qu'il vous parait profitable, du moins en affaires, d'abandonner la maxime du défunt : L'homme s' agite f et Dieu le mène, plutôt que celle : Aide-toiy et le
ciel f aider a... Maxime dont voos êtes redevable k votre senritenr. Ce léger triomphe pbilosopbiqne le satisfera; et, dans cet espoir, il a rbonoeur de vous saluer. «
Ce fat une tentative inutile, en laquelle Tavocat adverse ne voulut reconnaître qu'un signe de faiblesse. Il insista donc absolument pour que les eboses fussent poussées à bout; et il se cbargea de répondre que l'arrangement, s'il était pris, le serait d'une façon plus régulière et certaine en présence du tribunal, dont il suivait toujours les ordres avant tout.
Le ministère public se lève, prend la parole spotitanément ; et, pour abréger, il demande qu'on fasse appel à la conscience d'un des clients., et que le serment soit déféré. Les juges ne désiraient que voir close enfin cette interminable logomacbie. . . Epanouissement général sur leurs sombres visages... — Plaideurs ! ô plaideurs, quelques larmes sympathiques, s'il vous plaît, sur la blanche hermine de ces martyrs, éternellement tourmentés d'un flux et reflux de paroles qui sont versées pour vous, qui émoussent leur cœur et fatiguent leur esprit, ni plus ni moins que, sous la vague de l'Océan, sont roulées et triturées ces pauvres pierres qui en gémissent depuis des siècles et des siècles!..
Toutefois, le serment proposé, qui le prêtera t L'incertitude est s>'.nsible chez les magistrats , mais au bouillant M. de Flaviac, elle ne semble pas permise. Obéissant iune impertinence qui lui est ordinaire, et, de plus, à un signe de M* Renardin, il s'est avancé hors de la barre :
— M.. Messieurs, dit-il, per... permettez : je cro-ois qu'il ap...ap... partient à mon gran... grand ta...tage, néccs. , {^aire ,. rement.
(Sourires dans rauditoire).
— Et qu'il est di...di...gQe de mon ho...hon ..norabilité... bien no...no...toire.
(Le tribunal et son greffier dissimulent des rires étouffés dans leurs quatre moucboirs. Le public fait entendre des murmures patents d*hilarité.) >.
— Attendez qu'on vous interroge, mousicur, fait alors le président, seul un peu maître de lui.
— Par... pardon... C'est qu'en ma qua...qua. .qualité de fr.,.frci*é. . et de de... demand....eur, je pré ..sup...po... pose que l'on va... com...men...men...cer p<ir moi, ou se bor...borner à moi pour la près.. .près.. .ta...
— Attendez donc, cria à son tour l'huissier d'audience, et asseyez-vous.
De Flaviac s'est assis; mais piqué par la colère, aux fré* missements joyeux de l'assemblée :
— Si... si, je dois prê. êter... à ri.. ri...re ici, je... je me tais... je ne me dé... défends pins... j'a... j'aban...do... onne mon dr...roit... Le tri...\ribunal au., aura jugé... sans... dé.. .débat voilà. ..t.. tout!
(Des signes de dénégation se montrent sur le siège.)
— Non... non! Eh bien !.. puis... puis... qu'on... on daigne m'écou . . .coûter. . . me prendre . . pou. . . pour un hom . . . homme sérieux; je... pré.. .étends alors que que... Ton s'en ti ..tienne à ma... s.. .simple pa...pa.. .parole d'hon... neur... que j'of.. .offre au tri...tri...bunal, et qui...
L'hilarité universelle couvrait sa voix. L'orateur bègue s'interrompt, déconcerté... Il rougit, pâlit, trépigne... Les juges suffoquent : le président sonne. Un de ses collègues lui glif-sc dans l'orcilîc qnrlques syllabes. On les lui voit ac-
cueillir avec des signes de haute approbation. Il se Hftê, et dfelare rattdienee stiSj^ndue poni^ dix mâoutes. Les juges, à sa suite, se retirent dans la chaffiihi^e dtt oofiSeB.
L'instant d'àp<is, membres dupaf^uet, atœats et parties y sont mandés à leur tour. -^ Id, du moins, où euteikdrs les explications balbutiantes de M. de t^laviae , et des tîm intincibles, mais scandaleux, n'auront pas à tenir décontenancer devant le public, le décorum d'un tribunal. Oit Tem bien écouter tout ce que l'on p6urra dire départ et diantre; maisFlaviae vexé, mortifié, haletant de colère, proteste qde si Ton lui demande autre chose que sa pafole d'honneur, il refuse dès à présent d'y ajouter une syDÉbé , et q<ie M petit, sur sa demande, rayer l'affaire.
Il y avait du Renardin au fond de cette su^ptibfllté inadmissible!... Mais plus la protestation est solennelle, plus elle est grotesque dans la bouche de Bruno : tellement qu'un rire mal contraint empourpre aussitôt plusieurs flsages et donne le hoquet à plusieurs gosiers ! ^ Renardin pourra lui reprocher de s'être perdu et Condamné luimême, dorénavant.. .
En effet, des explications sont demandées à la partie adverse. Elle est obligée, pour ne pas paraître accepter an désistement dérisoire ou un bénéfice indu ; elle est obligée, sur l'insistance de son avocat, de produire une lettre qu'on aurait hésité, par un juste scrupule, à lire publiquement. C'est une lettre du défaiit au défendeur. Moyen péremptoire ! dit en apostille, son avocat.
« Je vous ai souvent parlé en confidence, cher Monsieur, » d'un projet d'invention qui fut, qui reste encore le travail » constant de mon esprit , et qui charme d'une dernière
Lfâ SÈCKÉPS mr BASAW). 267
» eâpéfttcé lu flti d^ m& vie. Cie projet m^a été surpris :
» je trouve mou invention réalisée : je vois mes appareils
• imités ; publiés, récompensés ailleurs. Il faut que je le » Cdnfesse : après cette déception cruelle, j'ai laissa (et je » le dé|rtore}, mes soupçons s^égarer jusqu*à vous. Ûepuis
• cette époque, tout en gardant pour moi seul les doutes » injustes dont vous étiez l'objet alors, j'évitais votre pré* > seuce... C'est dans cette disposition d'esprit que, grave- » ment malade, j'ai dû faire mon testament.
» Aujourd'hui un codicile qui le complète sera pour vous » la preuve de mon regret et de mon retour. Mais, sous le » coup de la maladie replâtrée et non guérie à laquelle je » succomberai quelque jour, permettez que je me borne à » vous indiquer, cher monsieur, que j'ai toute raison de
> croire que les personnes qui ont trahi ma confiance et » mon secret me sont maintenant connues. Inutile que
> j'insiste pour dire comment je me tiens pour assuré que » ce doit être cette fille qui me servait et qui s'est fait en- » lever par un ainant... son complice... Mais je n'ai pas V d'expressions pour vous exprimer toute ma confusion, » pour ma tacite méprise. Seulement je vous prie d'agréer, » eber monsieur, l'expression plus vive que jamais de » mon affectueuse estime.
Le commandant E. de Flaviàg. :»
L'auteur négligea Tautorisation et la facilité qu'il avait d'user delà parole pour battre son adversaire bègue, ou plutôt muet à cette révélation imprévue; mais il venait de passer une seconde lettre au président, et celui-ci pensa devoir en donner lecture.
C'est ainsi que la suspension d'audience dura, au total,
quarante-cinq minutes... Dans le public, le mécompte fat grand! Avoir attendu pour rien, le quadruple de ce qu'il s*était proposé d'attendre, alléché par Texpectative d'ane seconde scène bégayante et exhilarante qu'il espérait de la part du client de M^ Renardin! C'était odieux!.. Quant aa barreau qui garnissait le prétoire, son désappointement fat énorme; car si jamais il compta sur une bonne scène de comédie jouée au naturel, ce fut à l'aspect du président qu'il voyait reparattre ayant encore les yeux tout humides. — On supposait qu'il venait de rire aux larmes... et que c'était grâce à l'émoi de ce fou rire, s'il prononçait d'ane voix encore tremblante et assourdie, que l'affaire était rayée du rôle, par suite de désistement...
Comme on se trompe aux apparences! Et comme les membres du jeune barreau, eu écoutant M* Renardin, qui, par un narré plein d'émotions, sauva quelque peu son amour propre, comme ils eurent lieu de ne plus s'étonner d'apprendre que les yeux mêmes des magistrats, y compris le ministère public, à Taudilion de celte lettre, — qu'on va lire, — avaient sérieusement versé quçlques syimpalhiques larmes I
Genève, ?d septembre 185.
Voici ce que furent les amours de Maurice et de Gretly. un ouvrier mécanicien et une servante, deux pauvres! deux orphelins ! qui pouvaient s'attendre à être au-dessoas. du moins, de la publicité, sinon de la calomnie...
Jtab avaient l'un et l'autre reçu le jour et passé leur enfance au bord de ce beau lac Léman, qui donna son nom j8Riis 5 à un département français. Avant l'âge de Tadoles-
eence, déjà ils se chérissaient d'one tendre affection : depuis cet Age, c'est-à-dire lorsque dix-huit ans eurent sonné pour Maurice Romans, et quinze pour Gretly-Winershall, ils s'étaient aimés d'amour.
Cependant, aucune proposition de mariage n'était possible entre eux. Il ne restait à Maurice d'autre parenté qu'une yieille grand'mëre, demeurée française de cœur depuis l'époque où elle avait tu luire sur son pays les trois couleurs et l'aigle du drapeau impérial. Aussi leur retour en France réveilla-t-il ses anciennes sympathies, accompagnées d'un si vif regret de ne plus se trouver sur le sol de l'empire, qu'elle s'y transporta en 1 852 ; qu'un village prochain de la frontière Genevoise devint sa résidence, et qu'elle prétendait bien y laisser son tombeau.
Depuis que Gretly avait bégayé sa première parole, sa famille était réduite à son père, enthousiaste fervent de l'idée républicaine, et qui, dès-lors, ne reconnaissait pas sans on certain ennui la tendresse que s'étaient déjà vouée d'une manière trop sensible Gretly et Maurice. . — (Lésâmes innocentes savent-elles jamais dissimuler!..) — Il s'était donc fort applaudi de Téloignement spontané de la vieille impérialiste, et avait, pour sa part, signifié à la jeune fille qu'elle eût à oublier Maurice et à ne jamais poser le pied sur le territoire français sans sa permission.
C'était donc, en petit, l'histoire de Roméo et Juliette que la leur... Où la politique, grand Dieu! va-t-elle se nicher... Où? mais plutôt comment ne se trouverait-il pas, en tous les villages et à tous les rangs de cette Helvétie républicaine, une dernière place encore pour les haines de parti et les aversions basées sur l'antagonisme des idées sociales,
ara les œoEBxg m HAgABd*
qui sont la vie des peopteB? -^ La vie des penpleai seiU*. fluaîs souvent le désespoir des indlvidas 1...
ToBtelbis^ il 7 a?ait an fond de la résolution opiniàlre du père de Gretly, autre chose encore que la politique^ Il y arait qu'un cousin à lui, non moins laid qu'il était ricbe, possédait, sur les bords du iae près de Nyoa, une naétairie où il habitait aussi, partageant ses travaux et son intérieur. Or, ee cousin trouvait que Gretly, en grandissant^ devenait bien jolie ; et plus d'une parole assea directe avait annoncé an père qu'elle était en passe de devenir l'épouse du métayer, séduisant espoir aux yeux du pauvre Wi* nershall I
Mais un jour, sondée par lui sur ee projet» elle eut, faut-il dire le malheur, ou plutdt le courage, de répondre énergîquement que son cousin lui déplaisait, que la fkrtutie n'était pas pour la décider à vendre Son eosur, et qu'à moins d'être la femme de Maurice, elle ne se marierait jamais!.. Le père fut menaçant et dur*, maia elle ne fléchit pas.
Maurice, ouvrier méeanicien à Genève depuis quelques mois, avait pris une position intermédiaire, et si Ton veut, stratégique, entre le dondeile de Gretly et la demeure de ton aîeuloy si l»en que, maintes fois, à la faveur d'une Ion* gue promenade dans la campagne, eu, les jours de fêle, dans la tilk, ils se voyaient, ils se renouvelaient leurs serments... Le père de Gretly sut qu'ils avaient figuré en* semble à un quadrille, sons l'archet du ménestrel de Tefl^ droit.
En ce tempS'^là, fort embarrassé de garder sa fille à la métairie, après ee qui s'était taantaMnt déclaré an sujet do
ÏMê mOlBTf W HA9AM4 174
eonêin ridie dont il atait besoia^ il se raiconlra pour iai usé «eeaaien de la dépayaer, et de mettra cent oinquante ttiHes d^itttarvalle antre elle et son iNrétendu* Celte occafal le pa8sa§a aox eitTironade Genèye, d'une belle Piéihoiitalaa qui ee rendait à Paris, at Youlaît y emnNOier une ftiie des montagnes pour garder, au aortif d« MRirricei Êàm îmlunê enfaiit.
Gretly la stiirit donc... Mais à Paris* la dama* assex promptement, la jugea trop gauche , ou peut-être, — quoiqu'elle n*en dtt rien» — trop jolie pour rester à son service; et l'enfant» au bout de deux ou trois mois, fat soigné par d'autres n^ains. C'était, d'ailleurs, une transaction; car, dans la maison même, uue place s'était trouvée , une place excellente!.. M. de Flaviac, ancien capitaine de la marine française» vivant seul, plus que septuagénaire, et souvent malade ; homme enfin riche et généreux» fut le second mMtre de Gretly.
Elle y fut très-benreuse... attendu qu'il y avait près du capitaine un ancien matelot qui restait chargé des rudes corvées; puis» dans cal intérieur de célibataire (et c'était rare), on ne traitait absolument que le frère du mattre, convive délicat qui faisait alors fonctionner sa cuisinière ; une artiste dans son genre I
Ainsi, au lieu d^étre chargée de veiller aux premiers Jours de la irie d'ub être débile encore, Gretly, se trouva la garde-malade d^uii Vieillard au bout de sa carrière, cousu ât bt^s^tires, en lutte quelquefois contré Ué âssàtùts d'uiïé fièvre douloureuse, et qui pouvait étfe mortelle, disàit-on.
Beut toiê Tannée, elle envoyait à son pè^e des lettrés que, nécessairement une plutne étrangère avait (facées en
son nom; et le mattre qui avait la bonté de les écrire loimême, ou de les faire écrire, jugeait sage^ vraisemblablement pour ne pas donner mal à penser là où il aurait été injuste de croire à Timmoralité, il jugeait sage de ne pas mentionner, pour Tenvoi des réponses, la nouvelle adresse à leur donner. Ainsi, le père ajoutait encore, après le nom de Grctly : chez rhadame veuve Z....auieuxihme^ quand la veuve n*babitait plus l'hôtel depuis un an !
Mais le père négligeait beaucoup de répondre, car sa colère contre sa fille désobéissante persistait. Qaant aa surplus, une fois chaque hiver, des courtiers Genevois qui, pour leurs affaires voyageaient périodiquement de leur cité natale à Paris, se chargeaient de transmettre, soit des uonvelles orales, soit de minces cadeaux, gages de souvenir, entre Maurice et Grelly... On conçoit que nulle correspondance secrète ne leur était possible, puisque Grelly, d'un côté, ne pouvait recevoir chez son maître et se faire lire par des étrangers des missives d'amoureux; et que, de l'autre côté, pour faire tenir à son cher Maurice le moindre billet de sa main, elle avait besoin de travailler encore les calligraphies d'anglaise minuscule, qu'elle commençait i imiter courageusement en perspective de l'avenir.
Ainsi se passaient les choses, lorsque les camarades de Maurice lui conseillèrent, ceux surtout qui avaient leur résidence d'hiver à Paris, de se préoccuper moins de la Genevoise qui était là-bas, dans cette grande ville, où tant de jeunes filles vont s'égarer et se corrompre. Ils lui parlaient même de divers autres partis plus solides et plus sous sa main. — Il ne les questionna pas davantage : le soupç^ii n'en
était plus à entrer dans son âme. Toat an contraire, il y germait depuis assez longtemps déjà.
Le facteur de un ami de sa vieille grand'mëre, avait
lié connaissance avec Maurice; et deux fois, il s'était chargé aoHcalement de lui faire voir l'adresse des lettres écrites aa nom de Gretly à son père, tandis que jamais il n'apportait un mot pour lui. Un soir de dimanctië, il vint à Genève : sur la prière secrète de l'aïeule, il affecta de lui faire remarquer, ouvrir, examiner, un gros livre figurant en guise de bréviaire, sous son bras, et qui renfermait toutes les adresses de Paris.
Ce livre, non moins fnoffensif d'ordinaire qu'il est épais, l'almanach Bottin qui assurément n'a jamais eu la prétention de devenir un motif de drames intimes, une source de tortures morales... Bottin fut, pour le jeune et triste Maurice, le vinaigre brûlant sur la plaie entr'ouverte. Il fut l'invasion de Tenfer tout entier dans son âme frémissante !
Yoûloir se donner le plaisir, en compulsant ce répertoire immense, d'y voir figurer le nom de la rue, le lieu du domicile habité par sa bien-aimée... Quoi de plus naturel ? — Hais Bottin alors, montra nettement, catégoriquement, d'une façon brutale et irrésistible ce fait énorme aux yeux de Romling bouleversé, qu'à Paris, boulevard des Capucines, n® 99, il ne résidait point de veuve piémontaise, mais des messieurs partout ; et au deuxième, un capitaine de vaisseau retraité, du nom de Flaviac.
Là-dessus, résolution soudaine et violente chez le jeune homme... Il veut faire le voyage. Il tient à voir de ses yeux. Il songe à punir.
Avec tc prix d'un mois de travail, rigoureusement ac*
S74 U» SBGREfB DU HASAU*
CDinidé, afae l'assittanci pkmàme de ton j^alrm, di§M vieillard qui sait compatir à ta pma, fluûs ^ flaabat ta faveur de l'iaiioeeiice de Gr eUy^ la lacoche de veyage pen remplie qa'ôn vent bien lai {NrtCeVt at aa baoNa na pea légère saflront atrietemant à an vaf a§a da aix m eept joara. Mais an fisl<4 davantafe panr démaa^oar YkmpOÊ^ tare et ehltier la'pevAdief.. il part doae... Le eiMBin de fer vole penr lai... Son impatienee eependant vondraH eneore à la vapeur plos de e^érité I
Il anive à Paria.. . Il coart idiec la eapi^na de Flaviae. Il jette son nom an concierge, et celait, idUe iadiGa» tenr eomme l'idmanaeh, et eeaune lai aaaa amèra«peaaée, est loin de se dealer en répondant, au d$uwièmef à gnu* ehe, que c'est indiquer le ebemin, pent-ètre, an héros d'on dran^e noir et funeste. Il croit que ce Jeane homme est un médecin ; car le commandant, depuis use semaine, est très* malade, et les visites de messieurs de la faculté ne manquent pas ehes loi.
Maurice vient de sonner. Il entend son eœur battre pins fort dans sa poitrine que le marteau dans la campaniile de bronze argenté... — Une femme lui ouvre. — (Test Gretly...
Orretly ! sa surprise, sa joie sont grandes et ae peignent sur son visage en traits palpitants... Un criétouiTémaiw mure entre ses lèvres; mais elle Se contient, pour dire seulement à voix basse :
— Cher Maurice I ne faites pas de bruit... monsieur est presque mourant... Passes dans ma chambre... à l'entre* sol... Par ici... voilà la clef... attenâez*moi.
Romling obéit passivement.
BtB» «i peo ée paroles on laisse à penser fodle matière de réflexion, du moins pour un esprit prévenn, an eoeu* Mesaé, comme étaient ceux du triste amant de Gretly.
Af n de ne pas entrer dans l'analyse de ses sentiments tmnultnenx, nous dirons qu'il les résuma tous en une proftmde et méprisante indignation à l'égard de la jeune flUe, et en un désir yiolent d'assouvir sa colère par des injures oa des Tengeanees dès qu'il rencontrerait le commandant fkce I face et debout... — Oui, debout; car voir dans sa maladie autre chose qu'une fable, c'eut été selon lui le comble de la stupidité !
Cependant, il se rendait par dlrerses cbambres étroites jusque vers la porte de cet entresol dont Gretly lui avait donné la clef. Il descendait quelques marches : il entrait sombre, impatient, honteux d'attendre, si ce n'était pour s'âpprê(er dans sa rage à la plui^ outrageante explosion.
Un quart d'heure 3'écoul^{ et i\ ^iippQsait que pendapt ce quart d'heiir^, Gret|y, seule chez Tofiicier 4^ ïK^trine ; Gretly, moins sa servante que sa maîtresse, s'pccupait à débita qui^lquecf mei^souges pour excuser tout à Ft^urg un jnstam d'al^senc^, ou motiver U venue d'un co^ip^riçte jeune et d'un certain air, dans cette maison.
Autant d'erreurs !.. Gretly attendait que sou maître, alorfi agité par des doulaurs «igues, retombât, comme c'était l'ordinaire après de semblables eriseï», dans une toivpeur inerte qui rendit sa présence et sas soins moins nécessaires près de lui.
En effet, aussitôt qu'elle le vit dans cet état, laissant veiller autour du lit M. Bruno de Flaviac et l'ancien ma-
lelot,' elle qaitta, sans rieo dire, la chambre da sialidei et reyint à la sienne.
Mais avant d'y entrer, elle traver'saît une sorte de corridor, assez large pour contenir un corps de bi]>liothèqne et une table sur laquelle se déroulaient des manuscrits, parsemés çà et là de groupes de chiffres et de figures tracées à la règle ou au compas.
Depuis un instant, Maurice avait aperçu, remarqué ces papiers, et quand Gretly apparut, il les lisait avec une certaine attention, car, tout d'abord, il y avait reconnu li même écriture que sur les enveloppes des lettres adressées au père de Gretly.
Peut-être la jeune fille pensait-elle que Maurice allait immédiatement lui sauter au cou.. Il ne lui tendit la main que pour l'amener auprès de lui.
— Croiriez-vous bien, dit-il d'une voix saccadée, que voilà des caractères, ici, dont j'ai vu les pareils à Genève? Ne sauriez-vous pas écrire, Gretly, par hasard ?
— Ecrire... l'apprends, mon ami .. je brûle du désir de savoir; puisque, abrs...
— Hais enfin, ceci est de la main qui a fait vos lettres... car on a eu le plaisir de voir, là-bas, de vos lettres... i votre père...
— Vous?
— L'adresse seulement, bien entendu... Moi, le facteur ne m'apportait jamais rienl.. — Vous avez ici un secrétaire, à ce qu'il paraît?
— Uu secrétaire! Mon mattre, d'abord, en avait on... Mais ce n'est pas lui qui a écrit ce que vous tenez là. Non... c'est ic capitaine de Fiaviac, lui-mêmd.
lES SECRETS DU HASARD. 277
— Oui dà, Gretly? Il daigne se charger de yotre correspondance... Un commandant de marine. Oh! c*est un bien bon mattre que tous avez là I
— Je ne m*étonne pas que mademoiselle Gretly se soit dispensée de loi faire tenir la plume pour me donner de ses nouvelles, pour me rappeler d'anciens serments, interrompit Maurice avec un ton d'amertume et dMronie singulières. Un mattre qui est un si grand personnage, et qui est si bon ! Ce n'était pas son affaire d'écrire à ce pauvre Maurice, un chétif artisan, votre amoureux, là-bas... Je conçois I je conçois à merveille I
Un coup de sonnette retentit vivement. Et la jeune fille hésitait à quitter Romling. Ce fut lui qui la pressa de sa rendre au commandement de cet excellent mattre, puisqu'il était si malade aujourd'hui.
Gretly restée sur le seuil le regardait avec stupeur, avec effroi...
Il affecta de se remettre à lire les cahiers demeurés sous ses yeux, comme s'il la croyait partie. Mais elle se rapprocha et vint pour lui prendre les mains : elle eut la douleur de se sentir repoussée, en même temps- que Maurice lui disait :
— J'admire cette écriture ferme et hardie... C'est d'un homme dans la force de l'ftge : on le sent... Dites? quel est son âge, à votre cher mattre? Tout au plus quarante ans?...
— ^^ Qu'importe I Laissez cette écriture. Elle est ancienne : vous le voyez, rien qu'à la teinte du papier, à l'encre jaune 1 Voilà trente ans, dit mon mattre, que ce travail Toccupe... preuve qu'il n'est pas jeune, Maurice!.. Du
27a LE» ^tmm m qâsaud.
reaU^M U W faut p«a q^*0Q y Uwobe, à C9« io»im$çrit8. G'G9t un« cboie qu'il ticQt çççrètç pour twi h Inonde... Excepté son frère et un seul 9mi. ..
— Et yoas-ète9 dans la confidence, tous?
— ]|loi.t% Q*est parce qu'il inç dit toujours*.^ « Gretly, ne déraqgez pas ces feuillets, mon enfant. N'en perdez pas un, M pas UUe parcelle !.. Entendez-vous... Là-dessu^ je yeu3( fQUder une gloire solide et durable,,^ Je tiens à cela comme h, ma vie... i -^ Maurice» encore une foi^i Iwfi^ cesi n^amiscritç.
Un nouveau coup de sonnette résQupa; espèce de coup de poipard pour le jeune homme; car aussitôt, une Tçii mftle et retentissante cria vivement au bout du corridor :
— Gretly! Gretly... Vene? doue mille fiables! Maurice, demeuré seul, pensait tQut d*abord qu'il tenait
dans ses maîus une arme vengeresse, puisqu'il .était en SQU pouvoir d'anéantir ces papiers • auxquels le marin espérait devoir sa renommée, et qu'il disait lui-être plus pr^ux que la vie. — En Iqs examinant, un autre idée lui traversa le cerveau; idée mauvaise, comme sont presque toujours celles que dictent des passions trop exaltées.
Il se mit à copier, de ces pages, quelques fragments qu'il choisit au bas des feuilles couvertes de tracés géométriques; et ces figures mêmes, il les imita eu hgmme pour qui le dessin linéaire est un art très-familier : puis il rassembla ces copies... Et elles disparaissaient dans son porlefeuile an moment où la même voix qull avait entçudue résQnuait à son oreille une seconde fois.
Çétait celle du matelot. Il sprt, accompagné du frère atnédeM. dq Flav'ac; et ^auricCf qui s'approche à pas
tËS SECRETS i)t Hasard. 2T9
sourds en les écoutant parler, peut reconnattre (lue, de ces deux hommes, aucun n^est le mattre da logts. Il ne laisse pas à la jeune fille le temps de refermer la porte derrière eux. .. Il vient et lui dit tout bas sur le seuil :
— Gardez votre bon mattré , puisque véritablement, il est malade. Soignez-le bien. C'est votre devoir, Gretly, d^ètre reconnaissante. Moi, à qui vous ne devez rien, à à présent... je vous quitte. — Au revoir, tantôt, et alors nous nous expliquerons.
tTne demi-heure après, il avait réuni sous une très-solide envoloppe, et envoyé par la poste au mécanicien de Genète, son patron, les manuscrits et figures copiés chez le commandant.
— C'est ma vengeance qui part, se disait-il avec une joie sombre... Cet homme aussi, il m'enlève un trésor que j*aimais plus que ma vie!
Le soir, il maudit cette vengeance comme un crime : en effet, son cœur était loyal, et il avait commis une déloyauté !
Et puis, à peine s'il avait, pendant cinq minutes, entendu la justification de Gretly, savouré la douceur de ses paroles, compris l'innocence de son regard, qu'il se trouva désarmé, honteux, confondu...
La jeune fille lui expliquait la précaution qne son mattre on le secrétaire du mattre, en écrivant à sa famille, avait prise et gardée, à son insu, de faire subsister, pour l'adresse des réponses à lui rendre : Chez Madame veuve 2... Ouànt à lear motif, elle n'en avait qu'un vague sentiment ; mais il ne lui semblait pas que ce sentiment dût si fort irriter Maurice. — One jeune fille, servir chez un homme, c'est
toujours Fapparence d'une position éqaivoqne. Son matlre l'aTait compris. Da reste, son âge, ses infirmités, à part la délicatesse de son caractère, devaient répondre à Maurice de tout ce qu'il 7 avait de pur et d'honorable dans l'intérêt qu'il lui voulait bien témoigner. Mais ce n'était pas assez, elle avait à cœur, pour convaincre absolument son futur, de le conduire près du moribond. Caché sous la portière en velours de son lit d'agonie, Maurice alors n'aurait qu'à voir de ses yeux, entendre de ses oreilles, et juger. — Il refusa... Plus besoin de preuves! Il rougissait... Il s'accusait d'avoir douté !
Cependant , comme gage du tendre souvenir auquel le cœur de Gretly n'avait pas été moins fidèle que le sien, elle lui montra deux lignes de grosses et informes lettres, où elle s'était patiemment exercée à reproduire ce qui occupait son âme tout entière ; et il put lire sur un cahier aux feuillets dorés : — « J'aime toujours Maurice, et je n'épouserai que Maurice. Gretly. »
Le jeune homme tombait à ses genoux, et lui baisait ardemment les mains...
Elle ajouta que pour lui envoyer ce souvenir elle attendait le jour de sa fftte, qui n'était pas éloigné. Et puis, en baissant la voix : — Je tenais aussi,reprit-elle, à pouvoir vous dire, à quelques heures près, quand j'aurais le bonheur de vous rejoindre à Genève ; car j'ai résolu d'y retourner... Et je le veux encore...
Sa raison était que, si le commandant la respectait comme sa fille, si le vieux matelot faisait seulement çà et là frissonner ses oreilles de paroles un peu crues, la même réserve n'était pas gardée par toutes les personnes fami-
lières de cette maisoQ. Un autre vieillard avait toujoars le propos hardi, provocant; même, en lui adressant des louanges honteuses à entendre, il avait osé un jour, comme son cher Maurice k présent, lui saisir les doigts... Et il y avait imprimé un baiser. — Gretly s'était plainte au commandant. Hais celui-ci lui avait répondu : « Ce n*est pas mou affaire de vous défendre... Que votre vertu se protège elle-même... Je vous laisse pour cela toute liberté. Je fais plus, je vous permets de vous renfermer dans votre chambre, au besoin. •• puisque je vous donne votre clé. Mais, à cause de vous, me brouiller avec un frère... Un frère atné. .. A l'heure presque de mourir. C'est impossible... Impossible I »
— Ahl Son frère! Parce que c'est un frère, supporter les indignes tentatives de cet homme, s'écriait Mauricel Le frère aîné est un brutal... Le second... un égoïste et un lâche... Oh! celui qui se venge... Gretly! celui-là n'est que juste... J'ai bien fait!..
Pour le calmer, la jeune fille lui répétait qu'elle était résolue à quitter cette maison, cette capitale; qu'elle retournerait chez son père ; que s'il n'agréait pas leurs desseins de mariage, elle se réfugierait dans la même ville que Mau* rice, ouvrière comme il était ouvrier; et que là ils se pourraient fiancer et unir tous deux, sans l'aveu de leurs familles, s'il le fallait... Mais d'abord, elle avait cru que la pitié, la reconnaissance envers son mattre l'obligeaient d'ajourner jusqu'après cette crise terrible, qui faisait dire par le médecin, tout à l'heure encore, à l'oreille du vieux matelot, que, favorable ou funeste elle serait décisive... Gretly, s'il devait succomber, ne voulait pas que sa cons-
282 LES SëGRËTS du fiASÀtlD.
cîenee loi ftt reproche de Tavoir abandonné et priv 2 de ses ftôins.
— An reste, depuis cette derniëre épreuve» la situation du malade est si alarmante, son aspect si triste, le moment si solennel, ajoutait la jeune fille» qne Vautre vieillard ne m*a plus dit une parole à ne pas pouvoir être entendue, cher Maurice, même de vous. Ainsi, je peux... n*est-ce pas vrai, et je dois rester?
Quel amant eût souscrit volontiers à ce dernier scrupule t Maurice t&chait de le combattre... Mais il se faisait fard , et un autre scrupule , autrement grave et sérieux de *Gretly, c'était de ne pas permettre davantage à un jeune homme de rester dans sa chambre , n'étant pas encore sou âancé !
Tous les jours, ils se revirent à la dérobée, peu longuement, car le mal&de ne cessait dé faire entendre de plaintifs gémissements. D^ailléurs , on eût dit que , sur le parquet de cette chambre, entre les murs de cette maison, Maurice éprouvât un troublé Involontaire, inconnu. £t, chaque jour, il témoignait une souffrance plus vive, lorsque Gretly répondait mal à ses sollicitations pressantes pour le départ.
tin soir, il lui montra, avee cinq billets de Banque, une lettre Ae son patron. C'était la réponse à son envoi clandestin. Lire la lettre, Cretly n*en était pas capable ; et Maurice n'eut pas le courage de révéler à cette fille si loyale et si noble, la vérité honteuse, la source indigne de cet argent. Il lui annonça que c'était le prix de son travail, accumulé depuis dix -huit mois ; que le mécanicien genevois le lui adressait, accru des intérêts et d'une petite
sommei àtitred'ayance, pour qu'il eût de quoi revenir arec Gretly, et attendre, s'ils le voulaient, dans sa propre maison, répoque où il saurait amener leurs parents à les fiancer.
Toute entière à ces doux rêves du pays, à ces char^ œaotes espérances de liberté et d'amour qui semblaient, avec cette nouvelle, avec cette somme inattendue, mises à portée de sa main, Gretly, enfin, laissa échapper une promesse. Elle dit qu'au premier instant où il serait possible do parler de départ , elle mettrait en œuvre roecasion , et userait de tous les prétextes pour partir aussitôt.
Quelques jours plus tard , un mieux sensible se maniièstâit cbei le malade, et l'humeur trop enjouée du Mre atné commença de reparaître dans ses propos. Qretly se retira , et prenant à part le vieux matelot , elle lai dit qu'elle ne resterait pas dans la tinaison lringt*quatre heures de plu껫» Seulement, elle le pria de ne pas dénoncer au ec^mandant la cause réelle de ce parti pris ; mais bien, de loi faire savoir que de pressants motifs la rappelaient dans son payft ; ajoutant qu'elle avait attendu sa convalescence pour y retourner et s'unir avec un homme qu'elle aimaît depuis qu'elle pouvait aiftier.
En eflbt, ce soiMà même, lés de'ux ftitûfs montaient en wagon ; et , dès le matin du jour suivant , ils roulaient déjà sur la grande route de Genève. Â Genève, ils se rendirent ensemble chez le patron de Maurice, qui, sans s*en douter, amena , en présence de Gretty, l'aveu de la faute du jeune homme ; aveu que , dans le chemin , il n'avait osé loi faire qu'à moitié.
Ainsi, elle apprit que Maurice lui a^ait adressé, deux
semaines auparavant , nn manuscrit important , qu'il donnait comme œuvre de sou invention, à la suite d*une fréquentation assidue dans les grandes usines de Paris et parmi les merveilleuses exhibitions de notre industrie; que de ces germes, Fesprit et Tétude du mécanicien genevois avaient tiré, grftce à de longues nuits sans sommeil, une miraculeuse nouveauté, c'est-à-dire un appareil capable de faire faire par huit hommes d'équipage, au fort de la tempête, la manœuvre d'un grand navire.
M. de Flaviac était un chercheur... Vingt ans d'opinifttreté marquaient sa patience et la force de sa conviction en ses idées, qui étaient sœurs jumelles de celle-là. Il lui avait manqué , seulement , l'expérieuee et les doigts du mécanicien, pour amener la théorie à quelque résultat pratique. Le patron de Maurice, autre chercheur obstiné, venait de trouver le complément et l'application des figures géométriques du marin , un peu par la sagacité de ses calculs, beaucoup par son habileté pratique; et il en était advenu que son navire, à lui, devait être un trois-ponts, et avec cinq hommes au plus, défier toutes les trombes et tons les écueils.
Gretly comprenait la faute de Maurice, et n'admettait point sa vengeance... Tous deux, maintenant, eussent bien voulu la réparer. Mais déjà la gloire du succès, gloire qui avait été, pour le commandant, le rêve de toute sa vie , était acquise au Genevois. Déjà un modèle de la machine était accueilli par les autorités du canton, accessibles pour tous, bien plus que dans les grands États; de manière que, promptes à honorer le travail de compatriotes, servent Thumanité, elles avaient donné au pa-
LES SECRETS DU HiSÀBD. 2S5
tron de Romling, qui, du reste, indiquait son auxiliaire comme promoteur de Tinvention , des encouragements et des subsides, avec charge d'aller, Tun ou l'autre, essayer, tant sur la Méditerranée que sur l'Océan, leur combinaison réalisée plus en grand.
L'expérimentation réussit-^Ue ? Aux savants de le dire; à leurs livres de le constater ; à l'avenir de nous apprendre s'il doit réellement y puiser une force contre cet élément , la plus souveraine expansion qui soit ici-bas de la puissance de Dieu I
Cependant, entre Maurice, dont la passion n'égarait plus la conscience, — car il était loin de cette heure où il ne rêvait que haine et représailles, — entre lui et Gretly, dont l'âme était trop haute pour ne pas repousser le produit de cette gloire usurpée, il y avait une chose déjà bien arrêtée, c'est que l'argent donné & ce sujet par le mécanicien genevois serait, un peu plus tard, restitué par quelque voie indirecte au capitaine français.
En attendant, ils avaient fait mieux que d'acquérir la fortune : ils avaient conquis le bonheur en assurant leur union.
Le père de Gretly, ayant vu son cousin le fermier prendre pour femme une veuve qui lui apportait en dot un moulin contigu à la métairie ; et d'ailleurs, ayant auguré de la somme déjà apportée par l'artisan, du renom surtout qui commençait pour lui, qu'il devait marcher à une fortune prochaine, le brave homme avait acquiescé au ma* riage.
De son côté , l'aïeule de Romling , pauvre femme qui , en vieillisant, *se trouvait chaque Jour davantage, oian-
286 ItS SËGRËÏS au HASARD.
qaer d^an intériem* et privée de soins, comprenait mieax les exhortations du patron de Maurice, auxquelles se joignaient les remontrances d'un pasteur de Grenëve ; Tun se chargeant de combattre ses antipathies politiques, Tautre de lui raconter l'histoire et les traverses déjà ai longues de ces jeunes amours, de sorte que la vieille grand'mère finit par se rendre... Et, pourvu qu^il fàt bien promis que jamais Maurice, non plus que Gretly, ne parleraient devant elle en faveur de la démagogie, elle consentit à renouer avec le père de la future, et à bénir d'un cooimun accord les fiancés.
Le jour de cette bénédiction ne tarda guère à luire. Du matin au soir, un radieux soleil brilla sur l'horizon; moins radieux, il est permis de le dii^e, que les deux cœurs des amants.
L*après-midi s'était écoulée dans la maison de l'aïeule : en la quittant, il avait été convenu que le lendemain, pour lui épargner un fiitigant trajet, le père de la jeune fiUe amènerait de la métairie une cariole enrubanée, pleine de ÛeavÈ nouvelles et de vins vieux ; et que, de là, on s*en irait tous ensemble à Genève, célébrer dans un gai repas, sur le quai du Léman, cette première f6te des époux.
Le jour déclinait. Le père Vinershall, accoutumé aux courses pédestres, et glorieut de là vitesse de ses fermes jarrets, prétendit quMl arriverait à la métairie en suivant le bord du lac, bien plus vite que les jeunes gens, même après Vavoir travej'sé à Tàide du véhicule moderne et rapide dont ils attendaient l'apparition prochaine sur les fiôts.
On ne discuta ni pour ni contre : car, àû fo&d, de part et
LES SEMRETS m HASÀlWf 287
d*a^tre| il fpovait bien rester ^us entendu ^a'il serfût plqs agréable aux fiancés, le voyage fait sur cette bell^ nappe limpide^ dans une intimité douce que l'entrave cl*&ucuu re|jard cçnnu ne viendrait contraindre.
yi^igrette fumeuse d*un paquebot est ^igqal^.
Aussitôt, ils montent ensemble, ils montant les premiers daA3 uQjp embarcation qui ne tarda pas à s*çmplir 4'9n6 trentftiqç de passagers. Cette embarcation, poussa à la rame, devait les apaener jusqu'au flaric du navire, qui pe s'^rètt^it pas ^ moips d'un quart de lieue du rivage.
Tous, ils voguaient en pleine sécurité, Qf aurice et Gretly, sMsolant au milieu de leurs compagnons, les mains enlacées dans les mains, les baleines confonduqç, ne se parlaient que de l'âme et du regard... Ils étaient heureux avec délices et abandon, comme il fut donné à Saint- Pri:^, seul aux côtés de Julie pure encore, de se sentir heureux en glissant çufr les mêmes eaux, dans ce même site délicieux et grandiose, sous les premières clartés du même astre d'argent reflété à la surface de Tonde bleuâtre en mille paillettes semblables à de mouvantes étoiles.
Après Jean-Jacques^ qui essaierait de peindre les magnificences de la nature qu'il a décrite, non plus que ridylle amoureuse qu'il a racontée?. Nous ne le tenterons pas.
Mais voici qu'au milieu d'une crique profonde située entre deux promontoires verdoyants, l'un où la vieille aïeule appuyée au bras du pasteur est lentement parvenue, et suit des yeux le couple qu'elle se sent prête à aimer désormais ; l'autre, à l'extrémité duquel le père de Gretly^ debout sur la berge, au cpoment d'atteindre une place do
broussailles tooffnesy envoie de loin à ces chers fiancés des signes de tendresse et nn affectnenx appel ; voici tont i coup, qu'un second navire lancé à toute vapeur, débouche dans la même direction où vacille encore la trace onduleuse du premier. Il fouille avec une puissance et une célérité menaçantes le même sillon.
Déjà de fortes secousses font bondir la barque : elles dérangent le mouvement des rames ; elles paralysent l'effort de Taviron 1 Déjà on s'étonne que le mattre du bâtiment n'ait pas mis un frein au jeu de la machine formidable. Il n'est que trop visible pour tons, que les mariniers ne savent plus comment l'éviter désormais... U poursuit sa course dévorante. Uue minute encore, une seule, et il va être trop tard!
Cette minute s'écoula, et il marchait toujours... Le massif éperon qui s'avance, prolongeant la proue de sa forte carène, domine presque tout entier l'embarcation qui chancelle, et où les rameurs éperdus, couverts d'une sueur glacée, ne font plus qu'en désordre une manœuvre impuissante. Cette lourde pièce de charpente surplombe les tètes, pareille au bras inexorable de la mort qui va saisir les victimes désignées I
Un ou deux hommes se jettent dans les flots et s'éloignent à la nage, grâce aux élans d'une énergie désespérée I.. De toutes les poitrines, de toutes les bouches à la fois s'élance un cri lamentable, immense, déchirant ; te^ que celui-là seul peut s'en faire une idée, qui a pu l'entendre, et qui, sauvé miraculeusement, n'en perdra jamais le souvenir!...
Au milieu de cette détresse, Gretly éperdue reste silen*
ciease ; mais elle ose, ayec ane ardeur qu'elle aurait su réprimer en tout autre moment, elle ose se précipiter, se suspendre contre la poitrine de son fiancé... Et le fiancé, rétreignant à son tour, lui disait tout bas :
— Ohl maGretly... Yois-tn I... Dieu nous punit de ma faute... Malheur... Gretly! et pardon I
Pour gage de pardon, Gretly l'embrassa.
Le navire ne s'arrêtait pas encore... Ce fut une indescriptible scène, une effroyable catastrophe qui, instantanément, remplit le flot de cadavres, et empourpra la surface limpide des eaux....
Beaucoup de victimes restèrent dans le gouffre profond.. . Les premières qui apparurent aux yeux des spectateurs lointains furent signalées par un blanc vfttement et une noire chevelure de femme qui surnageaient! — C'était Gretly I c'était Maurice !
Le jeune homme, un des plus hardis et robustes nageurs qui puissent ètte cités, avait trouvé sans doute une telle donceur et une si enivrante joie à ne pas survivre puisque Gretly ne survivrait pas, qu'il s'était abandonné dans leur premier, dans leur dernier baiser d'amour. Et puis, il l'avait voulu protéger de Tune de ses mains contre le choc terrible de l'éperon du navire, qui allait toujours, labourant ou écrasant dans le flot ensanglanté des membres et des fronts humains, comme il aurait fendu et sillonné la vague aux teintes azurées... On le trouva, ayant la droite arrachée sous cette pression inflexible : et elle ne tenait plus à son côi^s que par un lambeau de chair. •• Mais il n'avait pas laissé, du moins, la tête chérie de sa bien-aimée subir le
dioc effroyable, et son pur Yisage portait la sceaii de la mort sans rien de hideux ni de sacglant.
Ainsi demeuraient-ils dans une étreinte rigide que rien ne pouvait plus dénouer.. Ils dormaient, heureux d'être enlacés au sein du f repas, comme enlacés, ils aTaieot renda le dernier soupir. Leurs yeux fixes, bien que Tagonie en eftt rendu plus terne le rayon, se reg^dalent toujours du même regard plein de tendresse et chargé d'amour I
La surface liquide s'aplanit bientôt sur cette foule d'êtres animés tout h l'heure, et qui, maintenant, n'étaient plus que dépouilles inertes, horribles, méconnaissables ; et désormaiSf il ne resta, excepté sur les bâtiments qui fuyaient Ters la ville avec leur cargaison sinistre de tronçons humains, aucun vestige de cette scène de désolation.
La journée avait été belle : la nuit descendait encore plus magnifique. Ainsi, l'aïeule et le pasteur, venus en* semble jusques au quai de Genève, admiraient le spectacle enchanteur de ces rivages, de ces eaux, de cette, nature prête à s'endormir sous le pftle reflet 'de la lune argentée. Us admiraient ; et dans leur contemplation pensive, ils se disaient l'un l'autre tour à tour : — « Voilà un soir qui donnerait eni[ie de ne jamais mourir I » — c Voilà un del qui parle doucement au cœur, de l'éternité I » — Et pois, le ministre de Dieu s*éeriait, deux lieures plus tard, d^nne voix pleine d'angoisse, mais avec Tacce^t de la prière :
€ Il est donc vrai qu'aussi bien les plus terribles orages éclatent souvent à ht fin des plus j|plendides soirées d'été, de même, ici-bas, les bonheurs trop grands appeUent les
plus horribles catastrophes... Et pour beaucoup fïmmains, l'ombre impitoyable de la mort s'interpose tout à
coup pour faire qae le soleil, qui éclaira leurs plus beaux jours, ne se relève plus jamais sur leurs fronts.
> Un pasteur genevois. »
Sans doute, e*est une heureuse journée que celle oft l'on a gagné un procès de quarante mille ftrancs et où l'on ne s'est pas fait un ennemi de son adversaire battu.
L*auteur cependant gardait encore une teinte de tristesse snr le visage, lorsqu'il rencontra et reconnut à la clarté des lampes, ^us la voûte sombre du Palais, plusieurs de ses amis qui avaient suivi les débats jour par jour. Un d'eux lui fit entendre ce qui lui restait à leur offrir, en ^omme ayant du savoir-vivre, et qui bénéficie d'un legs intéressant. Il les engagea doue à venir souper ; et ils voulurent que ce fût chez les Frères-Provençaux... — Allusion triomphante aux deux collatéraux, Eugène et Bruno de Flaviac, probaUementl... —
Mais si le repas fut gai, en général, la gatté de l'invitant fat médiocre, passagère, nu peu saccadée ; et s'il revint snr les narrations antagoniques des deux frères, c'est qu'il arait besoin de dire quelque chose qui ne fût pas rhistoire de Maurice et Gretly, histoire trop funèbre pour cette réunion de plaisir et digne d'être offerte au public dans toute sa primeur !
Aussi, maintes fois, ses camarades s'étonnèrent' ils pendant le souper, de le voir aussi rêveur, et l'entendirent-ils avec une sorte d'inquiétude effarouchée, s'élever, entre le Rives-altes et le Champagne, à des aperçus de haute philosophie, dont ils lui pardonnaient à grand'peine la portée, et
la formule en vertu de* la qualité du dessert et des liquides surtout I
Il disait :
Vhomme s'agite e} Dieu le mène, ~ ont écrit un certain nombre de penseurs. Maxime excellente pour se reposer dans la paresse des fatalistes bu la quiétnde des béats ! Heureux accommodement pour faire avec la Proyldence une espèce de compromis, lui laissant tout le soin, toute la responsabilité des événements pour sauvegarder, dans le calme etrinertie, une existence entière... Ck>mme si ce résultat fûl digne d'elle 1 comme si nous valions la peine que le Créateur s'occupât de nous, bormis peut-être en ce qui toacbe notre ftme, c'est-à-dire Texpansion plus ou moins lointaine de la grande âme du monde 1
C'est beaucoup si, dans Tespace de jours limités que les bommes doivent passer sur la terre , celui pour qui, voir, penser, vouloir, c'est agir, daigne jeter d*ea baut un coup d'œil sur ces êtres cbétifs ; tantôt pour fixer leur entrée dans la vie, tantôt pour marquer leur départ ; quelquefois, entre ces deux moments extrêmes, pour leur placer sous la main le germe d'une puissance d'actiQn qui les rapprocbede ce qu'on nomme, ici-bas, le bonbeur... Et cette occasion, la preuve qu'il n'est pas dans la volonté divine de s'intéresser à ce qu'elle écba^e ou fructifie» c'est que nul sentiment ne nous est donné qui nous ia révèle et nous l'indique ; au lieu que pour le bien moral, nous avons tous, dans la voix de?la conscience, un conseil et un avertissement. C'est pourquoi beaucoup laissent passer l'occasion inaperçue, le germe improductif. .. Celui-là est babile qui les saisit, les cultive, les féconde ; et celui-là transgresse les
droits de Thabileté, qui prépare on sophistiqae les hasards.
Qui sait, dans la conduite mtmedes empires, si les intérêts sont assez grares aux yeux du Hattre universel, pour qu'il descende à donner ici l'impulsion, slleurs le vertige aux arbitres de leur destinée?..*-^ Oui, sans doute, lorsqu'il est teaips d'arrêter les peuples sur la pente du vioe et des aberrations morales. — Noif, s*il ne s'agit que de leur épargner les calamités, la décadence, la ruine, qui sont les fléaux et les châtiments sortis de sa main.
A néant donc toute légende vaniteuse qui nous montre Diea comme notre solidaire et notre guide!.. L'homme s'agite et Dieu le mine! A néant cette devise superhe, ehétif et téméraire pygmée ! . . Es-tu bien digne d'essayer seulement cette lisière infaillible, aventureux enfant? N'est* ta pas même présomptueux déjà de t'appliquer en dehors decequiest morale et justice, cette espérance plus humble : Aide-toi, et le ciel V aidera ! — Sois assez modeste pour en douter! Et dans le doute, retranche- toi derrière cette double maxime de la sagesse antique et moderne : connais* sance de soi-même. Réserve sur toute chose, et modération... — Là est la vrai philosophie. .. — In meiio virtus !