LE BOUC AUX ENFANTS
Sous bols, dans le pré vert don! il a brouté l'herbe;
Un grand bouc es/ couché, pacifique et superbe.
De ses cornes eu pointe, aux nœuds superposés,
La base es! forte et large et les bouts sont usés ;
Car le combat jadis était sou habitude.
Le poil, soyeux a l'œil, mais au toucher plus rude,
Noir tout le long du dos, blanc au ventre, à flots gris
Couvre sans les cacher les deux lianes amaigris.
El les genoux calleux et la jambe tortue,
L^a croupe eu feule abrupte et l'échiné pointue,
La barbe raide et blanche et les grands cils des yeux
El le ne- long, font voir que ce bouc est très vieux.
JEAN RICHEFIN 13
Aussi, connaissant bien que la vieillesse est douce,
Deux petits mendiants s'approchent, sur la mousse,
Du dormeur qui, l'œil dos, semble ne pus les voir.
Il cornes doucement ils touchent le boni noir.
Puis, bientôt enhardis et certains qu'il sommeille,
Ils lui tirent la barbe en riant. Lui, s'éveille,
Se dresse lentement sur ses jarrets noueux,
lit les regarde rire, et rit presque avec eux.
De feuilles et de /leurs ornant sa tête blanche,
Us lui mettent un mors taillé dans une branche,
lit chassent devant eux à grands coups de rameau
Le vénérable chef des chèvres du hameau.
Avec les sarments verts d'une vigne sauvage
Ils ajustent au mors des rênes de feuillage.
Puis, non contents, malgré les pointes de ses os,
Ils moulent tous les deux à cheval sur sou dos,