se tiennent aux poils, et de leurs jambes nues
Font sonner les talons sur ses cotes velues.
Ou entend dans le bois, de plus en plus lointains,
Les voix, les cris peureux, les rires argentins ;
Et Pou voit, quand ils vont passer sous une branche,
Vers la tête du bouc leur tête qui se penche,
Taudis que sous leurs coups et sans presser sou pas
Lui va tout doucement pour qu'ils ne tombent pas.
Mais suivons le poète; il a quitté la grand'route, il ' est arrivé au bourg. Là, c'est la pauvreté sans relâche, c'est la misère avare et insatiable; c'est le foyer sans pain ni feu, quand ce n'est pas la famille sans foyer. Les enfants naissent cependant, et les femmes sont fécondes; c'est que dans l'horrible détresse, tous ces malheureux n'ont qu'une égalité, celle de l'amour, et ils s'aiment alors avec passion ; ils acceptent les charges nouvelles et savent cacher leurs pâleurs faméliques sous un sourire sincère, quand les tout petits les regardent avec leurs yeux innocents! Et ceux-ci, pourquoi sont-ils nés? Car ils n'apportent pas avec eux, les chers fardeaux, le bien-être dont ils auraient tant besoin à leur première heure. Le sein qui les berce n'est pas toujours gonflé de lait; les angoisses sans fin en ont souvent tari la source. Et la mort fauche dans toute cette végétation humaine : les pères tombent, les mères s'éloignent, et les fils se trouvent chefs
de famille, à l'âge où d'ordinaire ils devraient s'asseoir sur les bancs de l'école. Écoutons ce premier départ :