DÉPENSES
Prix de 100 acres de terre à 3s 3d £16 5 0
Pour faire défricher, clôturer et ensemencer, à £3 10
^ par acre 350 0 0
Pour construire une petite maison 50 0 0
Pour deux paires de bœufs, avec attelage 34 0 0
Chaudière à potasse, etc 10 0 0
Fabrication de la potasse, barils, etc 40 0 0
Seconde année, pension et gages de 3 hommes, et de
5 durant les récoltes, entretien des bœufs, etc. 180 0 0
RECEtTES.
Potasse, 20 barils à SG £120 0 0
Bois de pin, savoir cent arbres à Gs 30 0 0
Premièrerécoltedeblé,2000minolsàos 500 0 0 Seconde récolte, orge, seigle, avoine,
pois et patates, à £3 par acre 300 0 0
Surplus, après la seconde récolte, sans compter la
terre 269 15 0
i j pour l'induslriel ou l'homme de profession, tout dé- \j\ Il pend du premier pas. Dans toutes les carrières, les ' commencements sont hérissés de difficultés et d'ennuis; dans celle du défricheur plus peut-être que dans aucune autre. Mais celui qui, comme notre héros, a pu sans presque aucun capital, par sa seule énergie, sa persévérance, sa force de volonté, son intelligence et son travail, franchir tous les obstacles et atteindre au premier succès, peut dire sans crainte : l'avenir est à moi.
~ Jean Rivard avait pleine confiance dans la Providence qui l'avait protégé jusque-là; que Dieu me laisse la santé, disait-il, et ma fortune s'accroîtra d'année en année ; chaque jour de mon travail augmentera ma richesse ; et avant dix ans je verrai mon rêve se réaliser, ma prédiction s'accomplir.
C'est en faisant ces réflexions et en se livrant à ces espérances, que Jean Rivard partit de Louiseville au commencement du mois d'octobre pour se rendre à Grandpré, laissant à sa maison son engagé Lachance.
Il emmenait avec lui, pour la faire assister à ses noces, sa vieille et respectable ménagère, la mère Guilmetle,qui s'était toujours montrée pour lui pleine d'attention et de dévouement. Il emmenait aussi son fidèle serviteur et compagnon Pierre Gagnon.
« C'est bien le moins, disait-il à celui-ci, que tu assistes âmes noces, puisque sans toi je ne me marierais pas. »
Ce brave et rustique Pierre Gagnon, malgré sa froideur apparente, ressentait vivement ces marques de bonté; celte dernière était de nature à le toucher
ilus qu'aucune autre, car elle allait lai permettre le revoir, lui aussi, après deux ans d'absence, ses inciens amis de Grandpré qu'il n'avait pu oublier lu milieu même de ses travaux les plus durs et de ies plus folles gaîtés.
Mais il ne voulut pas partir sans se faire suivre de ;a gentille Dulcinée qui n'aurait supporté que trèslifficilement l'absence de son maître. Pierre Ga- ;non d'ailleurs était fier de son élève et ne voulait pas manquer une aussi belle occasion de la produire lans le monde.
En passant au bureau de poste de Lacasseville. Fean Rivard y trouva une nouvelle lettre de son ami justave qu'il s'empressa de décacheter :
Cinquième lettre de Gustave Charmenil.
« Mon cher ami,
« Je regrette beaucoup que des circonstances imprévues ne me permettent pas d'accepter l'invitation ]ue tu me fais d'assister à tes noces. Heureux mortel ! je serais jaloux de toi, si je ne conoaissais ton bon cœur, et si je ne savais que tu as mérité cent fois par ton travail et ton courage le bonheur dont lu vas jouir. Te voilà établi, avec un moyen d'exis- Lence assuré, une belle et vertueuse compagne
pour égayer tes jours que peux-tu désirer de
plus ?
(( Et mon ancienne belle inconnue, dont tu t'informes encore dans chacune de tes lettres ?... Ah !
mon cher ami, je puis maintenant t'annoncer une
nouvelle que je n'aurais pas eu la force de t "écrire,
il y a un mois Elle est mariée! Oui, mon
cher ami, malgré ma première détermination bien arrêtée, j'avais fini, comme tu sais, par la connaître, lui parler, et apprendre sur son compte diverses particularités qui me la faisaient aimer davantage. Je me surprenais à faire encore malgré moi d'inutiles et chimériques projets, lorsqu'un dimanche du mois dernier, ne la voyant pas dans l'église à sa place ordinaire, et alarmé déjà de cette absence inusitée, j'entendis tout-à-coup au prône le prêtre annoncer parmi les promesses de mariage celle de M. X***, avocat, et de Mademoiselle Joséphine Esther Adéline Du- Moulin ! Je fus frappé comme de la foudre, et j'eus toutes les peines du monde à cacher à mes voisins les émotions terribles qui m'agitaient; le cœur me battait à me rompre la poitrine.
«Chaque jour depuis, mon cher ami, je maudis malgré moi un état où les plus belles années de la vie se passent dans la privation des plaisirs du cœur, où le jeune homme doit tenir ensevelis au-dedans de lui-même les plus beaux sentiments de la^ nature, exposé sans cesse à se perdre au milieu des flots agités de cette mer orageuse qu'on appelle le monde.
« Mais c'est assez me désoler quand je ne devrais que te féliciter. J'espère que j'aurai un jour le plaisir d'accomplir ce devoir en personne. En attendant, je demeure, mon cher ami,
« Ton ami dévoué,
« Gustave Charmenil. »