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LIX CHAPITRE SCABREUX

Au risque d'encourir à jamais la disgrâce des poètes, je me permettrai d'exposer dans un tableau concis le résultat des opérations agricoles de notre héros durant l'année 1845, et de faire connaîlre l'état de ses affaires au moment où la question de son mariage fut définitivement résolue.

Jean Rivard aurait pu ajouter aux quiuze arpents défrichés et semés l'année précédente vingt autres arpents nouvellement abattus, ce qui lui avait constitué pour l'année 1845 une étendue de trente-cinq arpents de terre en culture. Je ne m'arrêterai pas^ aux détails et procédés des semailles et des récoltesl qui furent à peu près les mêmes que ceux de la première année, avec cette différence toutefois qu'ils pa rurent beaucoup plus simples et plus faciles, grâc^ sans doute à l'habitude, et grâce aussi peut-être â' l'usage de quelques ustensiles nouveaux que la confection du chemin public avait permis à JeanRivaî^ d'importer à Louiseville. *

Le tableau suivant fera voir d'un coup d'œil la j manière dont .lean Rivard avait reparti ses semences, et (par anticipation) le résultat de sa récolte, ainsU que la valeur en argent représentée par la quantil| de grains récoltés :

8 arpents semés en blé rapporlèrent 160 minois, valant £40 0 8 " en avoino " 300 " lô 0

3 " en orae " 60 " 9 Oj

3 " en-pois " 30 " 4 Oi

' 3 " on sarrasin " !)0 " 10 0

6 " en patates " 1000 " 40 0 0

3 "on foin et en légumes divers, pour une valeur de 24 0 Q^

En outre, un arpent ensemencé en légumes de table et servant de jardin potager, rapporta pour une valeur

d'environ 8 0

Ajoutons à cela que la cendre des vingt arpents nouvellement défrichés avait produit huit barils de potasse représentant une valeur d'au moins 50 0

^ (M Total £200 0

(*) Les personnes qui seraient tentées de croire exagérés le ^>' ehiflres que nous venons de donner sont priées de relire i'intéres ^ santé brochure des Missionnaires publiée en 1851, oi!i elles trou

Jean Rivard calculait qu'en prenant sur ce total out ce que requerraient les besoins de sa maison Inrant Tannée suivante, et en retenant de chaque :'SDèce de grains et de légumes la proportion néces- >aire aux semailles du printemps suivant, il lui resteait encore pour une valeur d'au moins cent louis (u'il pourrait consacrer au paiement de ses dettes et à l'amélioration de sa propriété. Ses dettes se composaient des arrérages de gages de ses hommes, et de ses comptes courants avec les marchants de Lacasseville, chez lesquels il avait acheté les ferrures, les Iplanches, la chaux et les autres matériaux employés à la construction de sa maison. Le tout pouvait s'élever à une somme de soixante-dix à quatre-vingts louis, de sorte qu'il lui restait, d'après ses calculs, une vingtaine de louis qu'il pourrait consacrer aux I frais d'ameublement de sa maison et aux petites dé-

veront des exemples de succès encore plus étonnants que ceux de Jean Rivard. Elles y liront, par exemple, pages 15 et 16 :

" Il existe dans Shipton un cultivateur ; il y a vingt ans il n'était que journalier. Veut-on savoir le montant des produits de sa terre dont il peut disposer annuellement ? Citons Tannée présente qui ne montre rien de plus que les années dernières. Nous ne pouvons donner que des chilires approximatifs, mais nous pouvons assurer qu'ils ne sont pas exagérés. Cet heureux cultivateur a vendu, depuis l'automne, des animaux pour un montant de £25 0 0 ; du lard pour £22 10 0 ; du beurre pour £50 à £6Ck \ Le foin dont il peut disposer lui aura rapporté £20 à £30 et les\ patates £12 10 à peu près. Ainsi les produits de sa ferme lui' procurent chaque année la jolie somme d'environ £200. Nous prions le lecteur de remarquer que tous les articles ci-dessus mentionnés soat un surplus de produits en sus de ce qu'il emploie à la subsistance de la famille. ;

" Trois autres cultivateurs établis au même lieu et à peu prèà dans le môme temps ont eu un succès à peu près semblable." \

M. N. Piché. missionnaire, écrivait en 1800 au journal U Ordre des lettres fort intéressantes, dont nous extrayons ce qui suit, tout en regrettant de ne pouvoir les citer en entier;

penses devant nécessairement résulter de son prQjj chain mariage.

Disons tout de suite, à la peine d'anticiper encore sur les événements, que les opérations du battage eÉ du vannage furent cette année de beaucoup simpli| fiées.

Grâce toujours au nouveau chemin, le père Landry avait -pu aller chercher son moulin abattre laissé jusque-là à Grandpré, et ce moulin servit à tour de rôle à toute la population du Canton de Bristol. En quelques jours, tout le grain de Jean Rivard fut battu, vanné, et une grande partie expédiée chez le marchand.

Quelle bénédiction que cette machine à battre! quel travail long, fatiguant, ennuyeux, malsain, elle épargne au cultivateur ! Et pour celui qai, comme Jean Rivard, sait employer utilement chaque heure

" Missionnaire depuis cinq ans dans les Augmentations delvil^ dare et le township de Cathcart, formant la paroisse du Bienheureux-Alphonse, tout à fait au nord du comté do Joliette, j"ai fait tout en mon pouvoir pour favoriser la colonisation dans celte mission. Je me suis appliqué à connaître quels moyens pécuniaires avaient ceux qui sont autrefois-venus s'établir dans ce township. J'ai vu ouvrir et agrandir les terres de chaque colon, et j"ai été surpris de l'augmentation de leurs revenus et par conséquent des richesses des habitants.

" Il ya dans cette mission, près de 100 propriétaires résidents, Canadiens et Irlandais. Presque tous les lots du township Cathcart sont occupés ; les six premiers rangs le sont tous, et il y a des habitants jusqu'au 10e rang. Il n'y avait personne résidant dans ce township , il y a 17 à 18 ans. Tous les colons qui y sont venus s'établir étaient dans la plus grande pauvreté, dénués de tout, manquant même bien souvent des choses les plus nécessaires à la vie, et plusieurs d'entr'eux chargés de dettes.

" C'étaient pour la plupart de bons pères de familles qui, étant obligés de gagaer leur vie et celles de leurs enfants, chez les cultivateurs des anciennes et vieilles paroisses, n'ayant aucune espérance d'établir près d'eux leurs enfanls.craignant au contraire

!e la journée, quel immense avantage offre l'emploi e celte machine expéditive I

Consacrons maintenant quelques lignes à l'invenaire de la fortune de Jean Rivard, à l'époque de son [lariage, c'est-à-dire, deux ans après son entrée dans a forêt.

On a déjà vu que notre défricheur avait la louable labitude de mettre par écrit tous les faits, tous les ésultats qui pouvaient l'éclairer dans ses opérations Qurnalières. Aussi avait-il pu, dès la première anlée, dire au juste ce que lui avait rapporté de profit let chaque arpent de chaque espèce de semence, 'oui était calculé avec exactitude et précision, et il ni était facile de faire en tout temps un inventaire Idèle de ses dettes actives et passives.

u'ils n'allassent en pays étrangers, ont prit le chemin de la monigne. Leurs haches el leur courage étaient tout ce qu'ils avaient. Jue de misères ils ont eu à endurer les premières années ! Ils 'étaient logés que dans de pauvres cabanes, ne se nourrissaient ;ue bien misérablement ! Ils étaient obligés de transporter sur eurs dos leurs provisions, des 4 et G milles. Mais aussi qu'ils talent bien récompensés de leurs peines, leurs misères, et surûut de tant de privations, aussitôt qu'ils pouvaient confier quelles grains à cette terre arrosée de leurs sueurs. Des récoltes bondantes étaient leurs récompenses et les engageaient ù ourir davantage ces terres pour semer beaucoup plus l'année suiante. C'est ainsi qu'après trois ou quatre ans ces pauvres colons écoltaient assez pour nourrir leurs familles l'hiver suivant. Quelle oie pour ces familles entières d'avoir un chez soi, une récolte boudante, de ne plus être obligées de gagner leur pain, par leur ravail de tous les jours, chez un étranger, obligée de se plier lu caprice des uns des autres. Et tout cela dans 4 ou 5 ans. Ces )ères de familles ayant pris 3 ou 4 cents acres de terres ont enuite établi leurs enfanta, et se sont ainsi assurés que ces derniers le les laisseraient pas. Quelle consolation pour leurs vieux jours ! )ans toute ma mission, il y a audessus de 100 familles venues )our s'établir, il n'y a que 12 à 15 ans, qui vivent maintenant à 'aise. Beaucoup ont payé leurs dettes, quelques-dns même qui

Je n'ennuierai pas le lecteur en exposant dans tous ses détails le bilan de notre défricheur. Je me contenterai de dire que, après avoir calculé l'accroissement de valeur donnée à sa propriété par ses travaux} de défrichement, après avoir supputé le prix de sesi animaux, ustensiles, articles d'ameublement, puis lesl produits de sa récolté et de sa potasserie, et en avoir*] déduit le chiffre des dépenses, y compris les gages de ses deux hommes, il se trouvait, dès la première, année, avoir augmenté sa richesse d'une somme d'au]

moins quatre-vingts louis. '

l"N'est-ce pas là déjà un fait encourageant ? j

Mais le résultat de la seconde année fut encore pluj satisfaisant. Grâce à ses nouveaux défrichements, grâce surtout à la confection du nouveau chemiUj. public, la valeur des cent acres de terre qu'il avaiÉ achetés au prix de six cents francs s'était élevée jus« qu'à la somme d'au moins trois cents louis. Sa mai' son, sa grange, ses animaux, ses ustensiles agricoles, ses effets de ménage et sa récolte constituaient une, autre valeur d'au moins deux cents louis.

Total : cinq cents louis.

Et toutes ses dettes étaient payées.

n'avaient absolument rien il y a 12 à 15 ans peuvent maintenanl vivre avec la rente seule de leur argent. Je pourrais parier plus au long de ces avantages sans tomber dans l'exagération. Je se. rais même heureux si ([uelques amis de la colonisation visitaient les colons de mon township."

Nombre de faits de même nature pourraient être cités au besoin.

On trouve aussi oans une brochure récemment publiée par Id Secrétaire du Bureau d'Agriculture l'évaluation suivante de ce que peut rapporter au bout de deux ans une terre de 100 acres 1

Voilà ce qu'avait produit, en moins de deux années, l'aide du travail et de l'intelligence, un patrimoine 3 cinquante louis ! ""

Combien, parmi la multitude de jeunes gens qui jaque année enbrassent le commerce ou les profesons libérales, combien peuvent se glorifier, dès le ébut, d'un aussi beau succès ?

Jean Rivard lui-même en était étonné. Il répétai Hivent le vers du poète : —

Grâce au ciel, mon bonheur passe mon espérance.

Mais si le passé ne lui offrait rien que d'encouraeant, l'avenir se présentait encore sous de plus iantes couleurs. Pour le défricheur, aussi bien que

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