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DERNIERE PARTIE

Quinze ans après.

Nous ne dirons rien de la carrière parlementaire de Jean Rivard, ni des motifs qui l'engagèrent à l'abandonner pour se consacrer aux affaires de son canton et particulièi^ement à celles de sa paroisse.* Nous nous bornerons à faire connaître ce qu'étaient devenus, après quinze années de travail et de persévérance, notre humble et pauvre défricheur, et l'épaisse forêt à laquelle il s'était attaqué tout jeune encore avec un courage si héroïque.

Voyons d'abord comment l'auteur fit la connaissance de Jean Rivard.

C'était en 1860. J'avais pris le chemin de fer pour me rendre de Québec à Montréal, en traversant les cantons de l'Est, lorsqu'au milieu d'une nuit ténébreuse, et par une pluie battante, une des locoçiolives fut jeiée hors des lisses et força les voyageurs d'interrompre leur coursé.

Aucun accident grave n'était survenu, mais la plupart des passagers, éveillés en sursaut, s'élancèrent des chars, en criant, et dans le plus grand désordre. Les habitants du voisinage accoururent avec des fanaux et offrirent obligeamment leurs services.

* Ceux qui désireraient en savoir quelque chose n'ont qu'à lire le Foyer Canadien de 1864, pages 209 à 262.

Je demandai où nous étions.

•A Rivardville, répondit-on.

Cette réponse me fit souvenir de Jean Rivard, que j'avais connu de vue, à l'époque où il siégeait comme membre de l'assemblée législative.

M. Jean Rivard demeure-t-il loin d'ici? m'écriai-je ! '

Il est ici, répondirent une dizaine de voix.

En effet, je vis dans la foule un homme s'avancer vers moi, tenant son fanal d'une main et son parapluie de l'autre.

* C'était Jean Rivard lui-même. ,,

Vous êtes tout trempé, me dit-il, vous feriez mal de voyager dans cet état, venez vous faire sécher chez moi; vous continuerez votre voyage demain.

Je n'étais pas fâché d'avoir une occasion de faire plus intime connaissance avec l'ancien représentant \ du comté de Bristol et le canton qu'il habitait: j'acceptai, sans trop hésiter, son invitation hospitalière, et nous nous rendîmes à sa maison située à quelques arpents du lieu de l'accident.

Toute la famille dormait à l'exception d'une servante qui, sur l'ordre de Jean Rivard, alluma du feu dans la cheminée et nous fit à chacun une tasse de thé.

Malgré la simplicité de ramcublement, je vis à l'air d'aisance et à la propreté des appartements que je n'cTÏÏls~pas dans la maison d'un cultivateur ordiaiaire. :

"Je suis heureux, dis-je à mon hôte, qu'un accident m'ait procuré l'avantage de vous revoir

Vous êtes, je crois,, un des plus anciens habitants de ce canton ? "

> ECONOMISTE. 165

-*-Je suis établi dans ce canton depuis plus de, quinze ans, me dit-i], et quoique encore assez jeune,** j'en suis le plus ancien habitant. Quand je suis: venu ici, dans l'automue de 1844, je n'avais pas vingt) ans, et tout le canton de Bristol n'était qu'une épaisse^ forêt : on n'y voyait pas la moindre trace de chemin ;' je fus forcé de porter mes provisions sur mon dos, et^ d'employer près d'une journée à faire le dernier trajet' de trois lieues que vous venez de parcourir en quelques minutes.

Et Jean Rivard me relata la plus grande partie des faits que le lecteur connaît déjà. J'appris le reste de son ami le curé de Rivardville, avec lequel je me liai bientôt, et plus tard de sou ancien confident Gustave Charmenil, qui voulut bien me donner communication de toutes les lettres qu'il avait reçues autrefois du jeune et vaillant défricheur.

Il était minuit quand je montai me coucher. J'avais, sans m'en apercevoir, passé plus de deux heures à écouter le récit de mon hôte.

Le lendemain, je me levai avec l'aurore, le corps et l'esprit parfaitement dispos ; et désirant prendre connaissance de l'endroit où j'avais été jeté la veille, je sortis de la maison.

Quelle délicieuse fraîcheur I Mes poumons semblaient se gonfler d'aise. Bientôt le soleil se leva dans toute sa splendeur, et j'ej.is un coup-d'œil magnifique. Un nuage d'encens s'élevait dte la terre et se mêlait aux rayons du soleil levant. L'atmosphère était calme, jin jentendait le bruit du moulin et les coups de hache et de marteau des travailleurs qui retentissaient au loin. Les oiseaux faisaient entendre leur ravissant ramage sous le feuillage des arbres.

"^«f^- 166 JEAN RIVARD

^ 1 A leurs chants se mêlaient le chant du coq, le caquetage des poules, et de temps en temps le beuglement d'une vache ou le jappement d'un chien.

L'odeur des roses et de la mignonnette s'élevait du jardin et parfumait l'espace. Il y avait partout une apparence de calme, de sérénité joyeuse qui réjouissait l'âme et l'élevait vers le ciel. Jamais je njavais tant aimé la campagne que ce jour-là. \^i^/ Lorsqu'on est condamné par son état à vivre au ^ ( isein des villes, entouré des ouvrages des hommes, ) îi'entendant d'autre voix que celle de la vanité et de fc -j l'intérêt sordide, ayant pour spectacle habituel l'é- L^Hourdissante activité des affaires, et qu'on se trouve A.' V, tout-à-coup transporté au milieu d'une campagne tranquille, on sent son cœur se dilater et son âme. ^'épanouir, en quelque sorte, au contact de la nature, jcet abîme de grandeurs et de mystères.

Revenu un peu de mon extase, je portai mes re-^ ards autour de moi.

La demeure de mon hôte me parut ressembler à

une villa des environs de la^capitale pUUôt qu'à une

maison de cultivateur,^ C'était un vaste logement à

deux étages, bâti en briques, avec galerie et perron

sur la devanture. Une petite allonge à un seul étage,

bâtie sur le côté nord, servait de cuisine et de salle

à manger pour les gens de la ferme.

■{ Un beau parterre de fleurs et de gazon ornait le j

jf I devant de la maison, dont chaque pignon était om-

' bragé par un orme magnifique. De l'un des pignons]

on apercevait le jardin, les arbres fruitiers, lesgade-j

liers, les plate-bandes en fleurs.

Les dépendances consistaient en une laiterie, unj hangar, un fournil et une remise pour les voilures.

En arrière, et à environ un aipent de la maison, se trouvaient les autres bâtiments de la ferme, la grange, l'écurie, l'étable, la bergerie et la porcherie.

Tous ces bâtiments, à l'exception de la laiterie étaient couveiHs en bardeaux et blanchis à la chaux ; une rangée de beaux arbres^- plantés de distance en distance, bordait toute la propriété de Jean Rivard.

Je fus longtemps dans l'admiration de tout ce qui s'offrait à mes regards. J'étais encore plongé dans ma rêverie, lorsque je vis mon hôte arriver à moi d'un air souriant, et, après le bonjour du matin, me demander si je ne serais pas disposé à faire une promenade.

Rien ne pouvait m'être plus agréable. Après un déjeuner frugal, consistant en œufs à la coque, beurre, lait, crème, etc., nous nous disposâmes à sortir.

" Venez d'abord, me dit-il, que je vous fasse voir d'un coup-d'œil les environs de ma demeure."

Et nous montâmes sur la galerie du second étage de sa maison, d'où ma vue pouvait s'étendre au loin de tous côtés. ^î■ ^

Je vis à ma droite une longue suite d'habitations Iv «,r^ C^

de cultivateurs, à ma gauche le riche et joli village de Rivardville, qu'on aurait pu sans arrogance décorer du nom de ville.

Il se composait de plus d'une centaine de maisons éparses sur une dizaine de rues d'une régularité parfaite. Un grand nombre d'arbres plantés le long des rues et autour des habitations donnaient à la localité une apparence de fraîcheur et de gaîlé. On voyait tout le monde, hommes, femmes, jeunes gens, aller et venir, des voitures chargées se croisaient en tous sens; il y avait enfin dans toutes les rues un air d'ia^

dustrie, de travail et d'activité qu'on ne rencontrél ordinairement que dans les grandes cités commer-f ciales.

^ Deux édifices dominaient tout le reste : (l'^égl siiperBe bâtiment en pierre, et la maison d'école, a spacieuse pour mériter le nom de collège ou de ( vent. Les toits de fer blanc de ces vastes édif brillaient aux rayons du soleil. Les moulins de éi^ verses sortes, deux grandes hôtelleries, plusieurs' maisons de commerce, les résidences des notaires et des médecins se distinguaient aussi des autres bâtiments. Presque toutes les maisons étaient peintes en blanc et présentaient à l'œil l'image de l'aisance et de la propreté.

Après avoir admiré quelque temps l'aspect du village et des campagnes environnantes, mes yeux s'arrêtèrent involontairement sur la ferme de mon hôte, et j'exprimai tout de suite le désir de la visiter.

La ferme et le jardin.

Déjà ces campagnes si longtemps couvertes de ronces et d'épines promettent de riches moissons et des fruits jusqu'alors inconnus. La terre ouvre son sein au tranchant de la charrue et prépare ses richesses pour récompenser le laboureur ; l'espérance reluit de tous côtés. On voit dans les vallons et sur les collines les troupeaux de moutons qui bondissent sur l'herbe, et les grands troupeaux de bœufs- et de génisses qui font retentir les hautes montagnes de leurs

mugissements.

FÉNÉLON. — Télémaque.

Pas une souche n'apparaissait dans toute la vaste étendue de la ferme. Ça et là, des ormes, des plaines,

des érables épandaient vers la terre leurs rameaux touffus. " Ces arbres, me dit mon hôte, servent à abriter mes animaux dans les grandes chaleurs de l'été; sur le hautdu jour, vous pourriez voiries vaches couchées à l'ombre du feuillage, ruminant nonchalamment jusqu'à ce que la faim les pousse à redemander une nouvelle pâture à la terre. Ces mômes arbres nous offrent encore à nous-mêmes une ombre protectrice, quand nous nous reposons de notre travail, dans la chaude saison des récoltes. Vous voyez qu'ils joignent l'utile à l'agréable, et que je suis ainsi aniplement récompensé des soins qu'ont exigés leur plantation et leur entretien."

Un chemin conduisait jusqu'à l'exliémilé de l'exploitation.

La partie défrichée de la terre formait quatre-vingtdix arpents, sans compter les six arpents où se trouvaient le jardin, la maison, les moulins et les au très bâtiments. Ces quatre-vingt-dix arpents se divisaient en six champs d'égale grandeur.

Toutes les diverses récoltes avaient une apparence magniflque. L'orage tombé la veille faisait déjà sentir sa bienfaisante influence ; on semblait voiries tiges des plantes s'élancer du sol qui leur donnait naissance.

Le premier champ surtout avait l'apparence d'un beau jardin de quinze arpents. " Ce champ, me dit Jean Rivard, rn'a demandé cette année beaucoup plus de travail et de soin que les autres. Je l'ai fait labourer l'automne dernier à une grande profondeur; durant l'hiver j'ai fait charroyer sur la surface tout le fumier que j'ai pu recueillir; au printemps, j'ai t'ait enfouir ce fumier dans la terre, au moyen d'un

nouveau labour. Le sol étant ainsi bien disposé à recevoir la semence, la récolte, comme vous voyez,, ne m'a pas fait défaut.

" Ce champ de terre ainsi fumé se trouve assez^ riche maintenant pour n'avoir plus besoin d'engrais*! d'ici à six ans. L'année prochaine j'engraisserai le ^ champ suivant et lui ferai subir toutes les façons qu'a déjà subies le premier. Dans deux ans, le troisième aura son tour, et ainsi de suite, jusqu'à ce que mes six champs aient été parfaitement fumés et engrais-^ ses. 1

— Mais, dis-je, pour engraisser quinze arpents dei terre par année, il doit falloir un temps et un travail'-l considérables ?

— Certainement, répondit-il ; mais c'est pour le^ cultivateur une question de vie ou de mort. Je dô-^ ■plore chaque jour la coupable insouciance d'un cer- Jln'm nombre d'entre nous qui laissent leur fumier^ se perdre devant leurs granges ou leurs étables. Ils>j ne comprennent pas que pour le cultivateur, le fumier t c'est de l'or.

"Depuis que j'ai pu constater par mes propres calculs toute la valeur du fumier, ne craignez pas^ que j'en laisse perdre une parcelle ; au contraire, j'en^ recueille par tous les moyens possibles."

Tout en parlant ainsi, nous avions passé le champ| de foin d'où s'exhalait une senteur des plus agréables^i et nous étions arrivés aux pâturages.

On y voyait quinze belles vaches, les unes de las race Ayrshire, d'autres de race canadienne, avec une| demi-douzaine de génisses et un superbe taureau^ On y voyait aussi quatre chevaux, un poulin et unef trentaine de moutons.

"GhacuiiH de ces vaches, me dit Jean Rivard, donne en moyenne trois gallons de lait par jour. J'ai soin qu'elles aient toujours une nourriture abondante, car les vaches rendent à proportion de ce qu'on leur donne."

Quelques-unes des vaches étaient couchées à l'ombre d'un grand orme, d'autres buvaient à une source qui coulait près de là.

" J'attache une grande importance à mes vaches, me dit Jean Rivard, car elles sont une des principales sources de la richesse du cultivateur. Je n'ai jamais pu m'expliquer l'indifférence d'un grand nombre d'entre nous pour cet utile quadrupède qu'on pourrait, à si juste titre, appeler l'ami de la famille. Le cheval est en quelque sorte l'enfant gâté du cultivateur; on ne lui ménage ni le foin ni l'avoine, on l'étrille, on le nettoyé tous les jours, tandis que la pauvre vache ne reçoit en hiver qu'une maigre ration de mauvaise paille, manque souvent d'eau, ne respire qu'un air empesté, couche le plus souvent dans son fumier, et porte sa même toilette, sale et crottée, d'un bout de l'année à l'autre. Pour ma part, je tiens à ne pas me rendre coupable d'ingratitude envers cet animal bienfaisant. Je lui prodigue tous mes soins. Lorsque mes vaches sont à l'étable, leur litière est renouvelée chaque jour; je leur donne fréquemment du foin, et des rations de carottes, betteraves, navets et autres légumes qu'elles affectionnent singulièrement. J'en suis récompensé par le lait qu'elles donnent en retour et par leur état constant de santé. Je n'ai jamais eu la douleur de les faire lever à la fin de l'hiver, ce qui ne peut manquer d'être le cas, lorsqu'elles souffrent de faim ou de soif, ou qu'elles respirent l'air corrompu d'une étable mal aérée.

172 JEAN RIVARB

"Quant à mes moutons, qui, comme vous voyez, appartiennent tous à la race South Down, je leur fais brouter les pdturnges qu'ont déjà broutés mes autres animaux, car les moulons trouvent leur nourriture partout ; et durant l'hiver, je les enferme dans ma grange. Quoiqu'ils n'y soient pas chaudement, ils ne s'en trouvent pas plus mal ; ils préfèrent le bon air à la chaleur. J'enferme le bélier pendant un certain temps, afin que. les agneaux ne viennent au monde que vers les beaux jours du printemps. Il est rare que j'en perde un seul."

Tout en parlant ainsi, nous marchions toujours et nous arrivions au bord de la forêt.

"Si nous en avions le temps, me dit mon hôte, je vous conduirais à ma sucrerie. J'ai à peu près quinze arpents de forC't, où je trouve tout le bois nécessaire pour le chauffage et lesautres besoins de l'exploitation. J'affectionne beaucoup cette partie de ma propriété, et je prends des mesures pour qu'elle n'aille pas se détériorant. Je crois qu'on peut trouver dans ces quinze arpents presque toutes les différentes espèces' de bois du Canada.

Quels arbres magnifiques! m'écriai-jc.

— Oui, dit-il, ce sont les plaines, les érables et leS' merisiers qui dominent, mais il y a aussi ies ormes, des hêtres, des bouleaux. Cette taUe d'arbres que vous voyez tout-à-fait au bout, et qui s'élève si haut, ,ce sont des pins. Je n'ai que cela.

Je surveille avec beaucoup de soin la coupe de mon A bois. On ne fait pas assez d'attention parmi nous à '>J^ cette partie de l'économie rurale. Le gouvernement devrait aussi s'occuper plus qu'il ne fait de l'aménagement des forêts. Nos bois constituent une des

principales parties de la fortune publique, et on ne devrait pas laisser l'exploitation s'en faire sans règles, sans économie, sans nul souci de l'avenir. .

J'ai souvent songé que si notre gouvernement s'in- \ téressait autant au bien-être, à la prospérité des habi- \ tants du pays qu'un bon père de famille s'intéresse ^ au soit de ses enfants, au lieu de concéder à de pauvres \ \ colons des lots qui ne produiront jamais rien malgré \ tous leurs efforts, il laisserait ces terrains en forêts \ \ pour en tirer le meilleur parti possible. Il y a cruauté ' ? à laisser le pauvre colon épuiser ainsi son énergie et sa santé sur un sol ingrat.

Après quelques instants de repos, nous repartîmes pour la maison.

Mon hôte me parla beaucoup des fossés et des rigoles qui sillonnaient sa terre en tous sens, des clôtures qui entouraient ses champs, des dépenses et du travail que tout cela occasionnait et des avantages qu'il en retirait.

Je ne pus m'empêcher, en admirant la richesse et la beauté des moissons, de remarquer l'absence presque complète de mauvaises herbes. J'appris que cela était dû principalement aux labours profonds pratiqués pour enfouir les engrais.

A notre retour, nous visitâmes successivement tous les bâtiments de la feime, à commencer par l'étable et l'écurie. Pas le moindre mauvais air ne s'y faisait sentir. Au contraire, comme me l'avait déjà dit mon hôte, ces deux appartements étaient parfaitement aéiés, et tenus dans la plus grande propreté. D'après la manière dont le pavé était disposé, aucune parcelle de fumier, aucune goutte d'urine n'y étaient perdues. Cette dernière s'écoulait d'ellemême dans un réservoir pratiqué à cet effet.

Nous passâmes dans la porcherie où se vautraien^ six beaux cochons de la race Berkshire.

Il y a longtemps, dit Jean Rivard, que je me suis défait de notre petite race de porcs canadiens qui dépensent plus qu'ils ne valent. Ces cochons que-; vous voyez donnent deux fois autant de viande et s'engraissent plus facilement. Nous les nourrissons des rebuts de la cuisine et de la laiterie, de son dé" j trempé, de patates, de carottes et autres légumes.

Quant à ces poules qui caquettent en se promenant autour de nous, ce sont ma femme et mes enfants qui en prennent soin, qui les nourrissent, les surveillent, ramassent les œufs et les vendent aux marchands. Ma femme, qui depuis longtemps sait tenir registre de ses dépenses et de ses recettes^-prétend qu'elle fait d'excellentes affaires avec ses poules. Elle a feuilleté tous mes ouvrages d'agriculture pour y lire ce qui concerne les soins de la basse-cour, et elle fait son proQt des renseignements qu'elle a recueillis. Elle en sait beaucoup plus long que moi sur ce chapitre. Ce qui est certain, c'est qu'elle trouve moyen de faire pondre ses poules jusqu'en plein cœur d'hiver. Les œufs qu'elle met couver ne manquent jamais d'éclore à temps et les poussins sont forts et vigoureux. Il faut voir avec quelle sollicitude elle leur distribue la nourriture, tant qu'ils sont trop petits pour la chercher eux-mêmes. Elle est d'ailleurs tellement populaire chez toute la gente ailée, qu'elle ne peut sortir de la maison sans être entourée d'un certain nombre de ces intéressants bipèdes.

Il ne nous reste plus qu'à visiter le jardin, me dit Jean Rivard; et quoique ce ne soit qu'un potager

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ordinaire, bien inférienr h ceux que vous avez dans le voisinage des villes, je veux vous le faire voir, parce qu'il est presqu'enlièrement l'ouvrage de ma femme.

En effet, nous aperçûmes madame Rivard, coiffée d'un chapeau de paille à large bord, occupée à sarcler un carré de légumes. Deux ou trois des enfants jouaient dans les allées, et couraient après les papillons.

L'un d'eux, en nous voyant, vint m'offrir un joli bouquet.

Je fus présenté à madame Rivard que je n'avais pas encore vue. Elle nous fit avec beaucoup de grâce les honneurs de son petit domaine.

Le jardin pouvait avoir un arpent d'étendue. 11 était séparé du chemin par une haie vive et les érables qui bordaient la route. Au fond se trouvait une belle rangée de hauts arbres fruitiers, et au sud, d'autres arbres à tiges moins élevées, tels que senelliers, gadeliers, groseilliers, framboisiers, etc.

Les plates-bandes étaient consacrées aux fleurs : roses, œillets, girofiQées, violettes, chèvrefeuilles, pois de senteur, capucines, belles de nuit, tulipes, balsamines, etc. Toutes ces fleurs étaient disposées de manière à présenter une grande variété de formes et de couleurs. Le tout offrait un coup d'œil ravissant.

La saison ne permettait pas encore de juger de la richesse du potager ; mais je pus remarquer aisément la propreté de? allées et le bon entretien des carrés ensemencés.

Je fus invité à cueillir en passant sur une des plates-bandes quelques fraises que je trouvai d'un goût délicieux.

Quand je vous ai dit tout-à-l'heure, remarqua Jean Rivard, que ce jardin était l'œuvre de ma femme, j'aurais dû en excepter pourtant le labourage et le bêchage qui m'échouent en partage. J'aurais dû en excepter aussi la plantation, la taille et la greffe des arbres fruitiers que vous voyez, et qui sont exclusivement mon ouvrage. Je pourrai dire en mourant comme le vieillard de la fable :

Mes arrières-neveux me devront cet ombrage.

Voyez ces deux pommiers qui depuis plusieurs années nous rapportent plus de pommes qu'Une nous en faut. C'est moi qui, en les taillant, leur ai donné la forme élégante que vous leur voyez. Nos pruniers nous fournissent les meilleurs fruits qui se récoltent en Canada, et si vous passez dans quelque temps, nous vous ferons goûter d'excellentes cerises de France ; nous avons aussi des cerises à grappes. Vous voyez, en outre, des noyers, des pommetiers, des noisetiers, etc. J'ai été obligé d'étudier seul, dans mes livres, les moyens d'entretenir et d'améliorer tousces différents arbres, et en particulier la greffe et la taille, et je crois que je ne m'en tire pas trop mal, tout en avouant volontieis que je suis loin encore d'être le parfait jardinier.

Rendus au fond du jardin, je fus surpris d'apercevoir plusieurs ruches d'abeilles :

— Voilà de petites maisons, me dit mon hôte, qui m'ont procuré beaucoup de jouissances. Il y a plusieurs années que je cultive les mouches à miel. Ces charmants petits insectes sont si laborieux, si industrieux, que leur entretien est moins un travail qu'un agrément. Il m'a suffi de semer dans les environs,

sur le bord des chemins et des fossés, quelques-unes des plantes qui servent à la composition de leur miel ; elles butinent là tout le jour, et sur les fleurs du jardin safl«t[ue personne ne les dérange. Je prends souvent plaisir à les voir travailler: c'est bien avec raison qu'on les propose comme des modèles d'ordre, d'industrie et d'activité. N'est-ce pas admirable de les voir tirer du sein des plantes, qui sans cela seraient inutiles, ce suc délicieux qui sert à la nourriture de l'hommeî "T^ous recueillons beaucoup de miel depuis quelques années, et nous en sommes très-friands, principalement les enfants; c'est une nourriture agréable, dont nous faisons un grand usage dans les maladies, surtout comme boisson adoucissante et rafraîchissante. Les gâteaux de cire que construisent les abeilles avec une perfection que l'homme le plus habile ne pourrait égaler, ne nous sont pas /ion plus inutiles. Mais n'y aurait-il que l'intérêt que je prends à considérer les travaux intelligents de ces petits êtres, à observer leurs mœurs, leur conduite admirable, et tout ce qui se passe dans l'intérieur de leurs demeures, que je me trouverais amplement récompensé du soin qu'elles exigent.

Madame Rivard revint avec nous à la maison, suivie de ses enfants qui gambadaient autour d'elle.

En dépit des objections de sa femme, Jean Rivard me fit entrer dans la laiterie.

C'était un petit bâtiment en pierre assez spacieux, ombragé de toutes parts par le feuillage des arbres et entièrementàcouvertdesrayons du soleil. L'intérieur était parfaitement frais, quoique suffisamment aéré. Je fus frappé, en y entrant, de l'air de propreté qui y régnait. Le parquet ou plancher de bas, les ta-

blettes sur lesquelles étaient déposées des centaines de terrines remplies d'un lait crémeux, tout, jusqu'à l'extérieur des tinettes pleines de beurre, offrait à l'œil cette teinte jaune du bois sur lequel vient de passer la main de la blanchisseuse. Grâce à la fraîcheur de l'appartement, on n'y voyait ni mouche, ni insecte d'aucune espèce.

Détails d'intérieur — Bibliothèque de Jean Rivard ,?»' Le luxe ne saurait faire envie îi celui que sa

position exempte des dépenses de la vanité, qui jouit de l'air, du soleil, de l'espace, et de la plô-

V ^ > * nitude de ses forces physiques. 1

V^ J'étais émerveillé de tout ce que j'avais vu. La /*\. ferme de Jean Rivard, qu'il me serait impossible de //y décrire dans tous ses détails, me parut constituer une r^ yérilable ferme-modèle. Quoique sur pied depuis • plus de quatre heures, Je ne sentais cependant aucune fatigue, et après quelques minutes de repos pendant lesquelles mon hôte s'empressa de donner quelques ordres, nous nous disposions à partir pour faire le tour du village, et en particulier pour visiter monsieur le curé Doucet, l'ami intime de Jean Rivard, et l'un des fondateurs de la localité— lorsque nous entendîmes sonner VAngclas.

Peu de temps après, nous fûmes invités à nous mettre à table. Quatre des enfants s'approchèrent en même temps que nous ; les deux aines pouvaient avoir de dix à douze ans. *

La table était couverte de mets, viandes, légumes, confitures, crème, sirop, etc. Mais à part le sel et le poivre, tout provenait de la ferme de Jean Rivard. Le repas fut servi sans le moindre embarras ; madame Rivard veillait à »ont avec une intelligence parfaite. Je ne pus m'empêcher d'admirer l'^r dp décence et desavoir-vivre des enfants (jui Pî'enjiientj)ai't au dîner. La conversation roula principalement sur le genre d'éducation que Jean Rivard se proposait de donner à ses enfants.

Après le dîner, mon hôte me fil passer dans le salon, puis me montra l'un après l'autre tous les appartements de sa maison.

" Dans la construction de ma l'ésidence, me dit-il, j'ai eu principalement en vue la commodité et la salubrité. Je l'ai faite haute et spacieuse, pour que l'air s'y renouvelle ifacnèmënt^rs'y conserve longtemps dans toute sa pureté.

"Quant à notre ameublement de salon, ajoutat-il, vous voyez que nous n'avons rien que de fort simple. Les fauteuils, les chaises, les sofas ont tous été fabriqués à Rivardville, et quoiqu'ils ne soient pas tout à- , fait dépourvus d'élégance ni surtout de solidité, ils! ne me coûtent guère plus que la moitié du prix que ( vous payez en ville pour les mômes objets. Gomme; \

je vous l'ai dit, je jicmgjm^onfort, à la commodité, à' \

la.proprelé, et un peu aussi à l'élégance ;'mais jcsuis /

ennemi du luxe. Je prends lëplus grand soin pour;^ I

ne p'as' meTaîsser entraîner sur ce terrain glissanti C'est quelquefois -assez difficile. Par exemple, l'acquisition du tapis de laine que vous voyez dans notre salon a été l'objet de longs débats entre ma femme et

moi. Nous l'avons acheté quelque temps après mon

180 JEAN KIVARD

élection comme membre du parlement, époque où je

^*^ recevais la visite de quelques-uns de mes collègues.

'^\0n a beau dire que le luxe est avantageux en ce

i^ W'il stimule le travail et l'industrie, je n'en crois

rien : autant vaudrait dire que la vente des boissons

enivrantes est avantageuse, parce que celte industrie

fait vivre un certain nombre de familles. Dans un

jeune pays comme le nôtre, c'estj.' utile qu'il faut

chercher avant tout, l'utile et le solide, sang exclure

toutefois certains goûts de parure et d'embellissement

pour lesquels Dieu a mis au cœur de rîTomme un

attrait irrésistible.

" Je crains toujours de m'éloigner à cet égard des bornes prescrites par le bon sens, et de passer, comme on dit, à travers le bonheur.

f^(. '' Combien, en se laissant entraîner par des goûts de luxe et de dépenses, dépassent ainsi le pouit où ils auraient pu être heureux !

"Je me rappelle souvent ces vers que j'ai appris par cœur dans ma jeunesse, et qui, s'ils n'ont rien de bien remarquable pour la forme, sont au moins trèsvrais pour le fonds

Les hommes la plupart sont étrangement faits, Dans la juste nature on ne les voit jamais ; El la plus belle chose ils la gâtent souvent Pour la vouloir outrer ou pousser trop avant.

La chambre qui contenait la bibliothèque de Jean Rivard était assez grande et donnait sur le jardin; elle adjoignait immédiatement la salle à dîner.

" Cette chambre, dit-il, me sert à la fois de bureau et de bibliothèque; c'est ici que je transige mes affaires, que je reçois les personnes qui viennent me

fA^^

consulter, que je tiens mon journal et mes comptes; c'est encore ici que je garde ma petite collection de livres." L.^v^

Et en disant cela, Jean Rivard ouvrit une grande armoire qui couvrait tout un pan de la muraille, et me montra quatre ou cinq cents volumes disposés soigneusement sur les rayons.

J'ai toujours aimé les livres; et trouver ainsi, loin de la ville un aussi grand nombre de volumes réunis, fut à la fois pour moi une surprise et un bonheur.

Je ne pus retenir ma curiosité et je m'avançai aussitôt pour faire connaissance avec les auteurs.

En tète se trouvait une excellente édition de la .Bible, et quelques ouvrages choisis de théologie et de religion. Puis venaient les principaux classiques grecs, latins et français. Venaient ensuite une trentaine d'ouvrages "d'histoire et de politique, et en particulier les histoires de France, d'Angleterre, des Etats-Unis et du Canada. A côté se trouvaient quelques petits traités élémentaires sur les sciences physiques et naturelles et les arts et métiers. Mais la plus grande partie des volumes concernaient ^^g^^Siiliîi-t.^ la branche favorite de Jean Rivard ; on y voyait des ou vrages spéciaux sur ton tes les divisions de la.science, sujLlachiniie agricole, les engrais, les dessèchements, l'élevage des animaux, le jardinage, lés arbres fruitiers, etcT SÛT lés rayons inféiieurs étaient quelques dictionnaires encyclopédiques et des dictionnaires de langues, puis quelques ouvrages de droit, et les Statuts du Canada que Jean Rivard recevait en sa qualité de juge de paix.

'■'• Mais, savez-vous, lui dis-je, que votre bibliothèque me fait envie? Dans cette collection de cinq cents

fvolumes, vous avez su réunir tout ce qui est nécessaire \non-seulement pour l'instruction mais aussi pourl'afmusement et l'ornement de l'esprit./

— Eh bien ! telle que vous la voyez, elle ne me

coûte guère plus de cinquante louis; je l'ai formée

petit à petit dans le cours des quinze dernières années ;

chaque fois que j'allais à Montréal ou à Québec, je

parcourais les librairies pour faire choix de quelque

- bon ouvrage, que j'ajoutais à ma collection. J'ai

souvent eu la velléité d'acheter des livres nouveaux ;

mais, réflexion faite, je surmontais la tentation ; qu^

cherche en vain dans la plupart des écrivains ninder-

nes ce bon sens, celte justesse d'idées et d'expressions,

cette morale pui'e, cette élévation de pensées nn'oa

trouve dans les ancie'ns auteurs; à force de vouloir

dire du nouveau, "tes écrivàinTHu jouï^jnons jettent

nlans l'absurdej It lanx. TtTTaîUasUijtffe. Ce genre de

littérature peutconveniràcertainesclasses de lecteurs

blasés qui ne demandent que des distractions ou des

émotions, mais pour ceux qui cherchent avant toute

ij chose le vrai, le just3 et rhonnôte, pour ceux-là, vi-

y'i'vvent les grands hommes des siècles passés !

^ Mais, dites moi, comment, au milieu de vos rudes

travaux d'exploitation et de défrichement, avez-vous

pli trouver le temps de lire tous ces ouvrages ? Vous

.avez même des traités scientifiques.

^ — Oh ! pour nous, cultivateurs, il faut, voyez-vous,

S savoir un peu de tout; la chimie, la météorologie,

( la botanique, la géologie, la minéralogie se rattachent

/ étroitement à l'agriculture ; j'aurais donné beaucoup

\ pour connaître ces sciences à fond. Malheureusement

/ je n'ai pu en acquérir que des notions superficielles.

I Vous me demandez comment j'ai pu tiouverle temps

de parcourir tous ces volumes? il est rare que je passe ; \ une journée sans lire une heure ou deux. Dans l'hiver, " les soirées sont longues ; en été, j'ai moins de loisir, -mais j'emporte toujours au champ un volume avec moi. De cette manière, j'ai pu lire tout ce que vous voyez dans ma bibliothèque; il est même certains volumes que j'ai relus jusqu'à trois ou quatre fois. ■ Et comme nous nous préparions à laisser la précieuse armoire, Jean Rivard attira mon attention sur quatre volumesun peu vieillisetusésquise'trouvaient ^ :^ seuls, à part, dans un coin.

Vous n'avez pas regardé ces livres-là, me dit-il, et S pourtant ce ne sont pas les moins intéressants. ' -g;

En les ouvrant, je vis que c'était : Robinson Gin- 7^

soé, les Aventures ie Don Quichotte, la Vie de Napo- h

léon et l'Imitation de J. C.

Ce sont mes premiers amis, mes premiers com pagnons de travail: je les conserve précieusement Robinson Crusoé m'a enseigné à être industrieux. Napoléon à être actjf et courageux, Don Quichotte m'a fait rire dans mes moraenïrïïè plus sombre tris tesse, l'Imitation de Jésus Christ m'a appris la résigna lion à Jajro buté 4e DieUj "

C'est dans cet appartement que je passe la plus grande partie de mes heures de loisir. J'y suis généralement de cinq à sept heures du matin, surtout en hiver. C'est ici que je veille avec ma femme et mes enfants quand nous n'avons pas de visite ou que nous n'avons que des intimes Nous lisons, nous parlons, nous écrivons en compagnie de ces grands génies dont les œuvres couvrent les rayons de ma bibliothèque. J';ii pasré ici bien des moments délicieux.

184 JEAN BIVARD

— Heureux mortel, m'écriai-je î que pourriez-vous désirer de plus ?

— Je vous avouerai, reprit Jean Rivard,que je ne me plains pas de mon sort. J'ai beaucoup travaillée dans ma jeunesse, et je travaille encore, mais je joui^ maintenant du fruit de mes travaux. Je me considère comme indépendant sous le rapport delà fortune,j| et je puis consacrer une partie de mon temps à l'ad- |ministration de la chose publiquç, ce que je considère comme une obligation. Vous autres, messieurs les citadins, vous ne parlez le plus souvent qu'avec dédain de nos humbles fonctionnaires des campagnes, de nos magistrats, de nos commissaires d'écoles, de nos conseillers municipaux

— Pardonnez ; personne ne comprend mieux que nous tout le bien que peuvent faire les hommes de votre classe; vous avez d'autant plus de mérite à nos yeux que vous ne recueillez le plus souvent que tracasserie et ingratitude. Mais ce qui m'étonne un peu, c'est qu'étant devenu, comme vous le dites, indépendant sons le rapport de la fortune, vous n'en continuez pas moins à travailler comme par le passé.

— JeJLra^iillej)our ma santé, par habitude, je d&ri vrais peut-être dire par philosophie et pour mon, sir. Le travail est devenu une seconde nature poi moi. Jamais je ne rêve avec plus de jouissance qu'en faisant quelque ouvrage manuel peu fatiguant*! lôrsqu'après quatre ou cinq heures d'exercice physique en plein air, j'entre dans ma bibliothèque, vous ne sauriez croire quel bien-être j'éprouve 1 Mes membres sont quelquefois las, mais mon esprit est plus clair, plus dispos que jamais ; je saisis alors les choses les plus abstraites, et soit que je lise ou que

j'écrive, ma tête remplit toutes ses affections avec la plus parfaite aisance. Vous, hommes d'études qui ne travaillez jamais des bras, vous ne savez pas toutes les jouissances dont vous êtes privés.

Je puis me tromper, mais ma conviction est que l'Etre suprême, en me ttan t l'homme sur la terre, et en donnant à tous indistinctement des membres, des' bras, des muscles, a voulu que chaque individu, sans exception pour personne, travaillât du corps dans Ta proportion de ses forces. En disant : tu ga-f gneras ton pain à la sueur de ton front, il a pronon-i ce une sentence applicable à tout le genre humain ; et ceux qui refusent de s'y soumettre, ou qui trouvent moyen de l'éluder, sont punis tôt ou lard, soit dans leur esprit, soit dans leur corps. J'ai toujours aimé la lecture, et j'aurais désiré pouvoir y donner plus de temps, la vie active que j'ai menée dans les premières années de ma carrière m'ayact laissé à peine quelques heures à consacrer chaque jour aux choses de l'esprit. Hélas! la vie de l'homme est rarement distribuée de manière à lui permettre l'exercice régulier de toutes ses facultés physiques et mentales. Les uns se livrent entièrement aux travaux manuels, les autres aux efforts de Tintelligence. Un de mes plus beaux rêves, a été de pou"^ voir établir, un jour, dans mes travaux quotidiens,/ un parfait équilibre entre les mouvements de cej double mécanisme." '^"^

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