JOINVILLE ET LES SIENS SONT DELIVRES
lance au visage , et monseigneur Raoul, et monseigneur Frédéric de Loupey d'un coup de lance entre les épaules ; et la plaie fut si large que le sang lui venait du corps ainsi que par la bonde d'un tonneau. Monseigneur Erard de Siverey fut frappé d'un coup d'épée au visage, tellement que le nez lui tombait sur la lèvre. Et alors il me souvint de monseigneur saint Jacques, que j'invoquai : « Beau sire saint « Jacques, aidez-moi et me secourez dans ce besoin. »
226. Aussitôt que j'eus fait ma prière, monseigneur Erard de Siverey me dit « : Sire, si vous pensiez que ni moi ni mes héritiers (c n'en eussions de reproche, je vous irais quérir du secours au comte « d'Anjou, que je vois là au milieu des champs. » Et je lui dis : « Messire Erard, il me semble que vous vous feriez grand honneur, (( si vous nous alliez quérir de l'aide pour sauver nos vies ; car la vôtre « est bien en aventure. » Et je disais bien vrai; car il mourut de cette blessure. Il demanda conseil à tous nos chevaliers qui étaient là, et tous lui conseillèrent ce que je lui avais conseillé; et quand il ouït cela, il me pria de lui laisser aller son cheval, que je lui tenais par le frein avec les autres; et ainsi fis-je.
227. Il vint au comte d'Anjou, et le pria qu'il me vint secourir moi et mes chevaliers. Un riche homme qui était avec lui, le déconseilla; et le comte d'Anjou lui dit qu'il ferait ce que mon chevalier requérait : il tourna son frein pour nous venir aider, et plusieurs de ses sergents piquèrent des éperons. Quand les Sarrasins les virent, alors ils nous laissèrent. Avant ces sergents arriva monseigneur Pierre d'Auberive, l'épée au poing ; et quand il vit que les Sarrazins nous eurent laissés, il courut sur tout plein de Sarrazins qui tenaient monseigneur Raoul de Wanou, et le délivra très-fort blessé.