‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 108 sur 467 · LES TURCS PRENNENT L OFFENSIVE · texte numérisé non relu

LES TURCS PRENNENT L OFFENSIVE

de ce qu'ils étaient arrêtés. Après, tout son conseil fut d'avis qu'il se portât vers le fleuve , ainsi que le sire de Valéry l'avait conseillé.

233. Et à rinstant le connétable monseigneur Imbert de Beaujeu vint à lui , et lui dit que le comte d'Artois , son frère , se défendait dans une maison à Mansourah, et qu'il Tallât secourir. Et le roi lui dit : c( Connétable, allez devant, et je vous suivrai. » Et je dis au connétable que je serais son chevalier, et il ni'en remercia beaucoup. Nous nous mîmes en chemin pour aller à Mansourah.

234. Alors un sergent à masse vint au connétable, tout effrayé, et lui dit que le roi était arrêté , et que les Turcs s'étaient mis entre lui et nous. Nous nous retournâmes, et vîmes qu'il y en avait bien mille et plus entre lui et nous ; et nous n'étions que six. Alors je dis au connétable : « Sire, nous ne pouvons aller au roi à travers ces gens; « mais allons en amont, et mettons ce fossé que vous vo3^ez devant « vous, entre nous et eux, et ainsi nous pourrons revenir au roi. » Ainsi que je le conseillai, le connétable le fif, et sachez que s'ils eussent pris garde à nous , ils nous eussent tous tués -, mais ils ne pensaient qu'au roi et aux autres gros corps de bataille : c'est pourquoi ils pensaient que nous étions des leurs.

X L V 1 1 1 . Les chrétiens refoulés sur le fleuve ; pont défendu par Joinville ; retraite du comte de Bretagne au retour de Mansourah.

235. Tandis que nous revenions en aval sur la rive du fleuve, entre le ruisseau et le fleuve , nous vîmes que le roi était venu près du fleuve , et que les Turcs ramenaient les autres corps de bataille du roi, frappant à grands coups de masse et d'épée; et ils rejetèrent sur le fleuve tous les autres corps avec le corps du roi. La déconfiture fut alors si grande que plusieurs de nos gens pensèrent repasser à la nage du côté du duc de Bourgogne , ce qu'ils ne purent faire; car les chevaux étaient lassés, et le jour était devenu trèschaud ; en sorte que nous voyions , pendant que nous venions en aval, que le fleuve était couvert de lances et d'écus, et de chevaux et de gens qui se noyaient et périssaient.

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