‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 113 sur 467 · LE CAMP DES TURCS EST PILLE · texte numérisé non relu

LE CAMP DES TURCS EST PILLE

rasins à pied tenaient, d'un côté, les cordes d'une tente qu'ils avaient détendue, et nos menues gens, de l'autre. Nous leur courûmes sus, le maître du Temple et moi; et ils s'enfuirent, et la tente demeura à nos gens.

246. En cette bataille il y eut bien des gens, et de grand air, qui s'en vinrent très-honteusement fuyant par le ponceau dont je vous ai parlé avant, et ils s'enfuirent à grand effroi \ et jamais nous n'en pûmes faire rester aucun près de nous : j'en nommerais bien, desquels je m'abstiendrai de parler; car ils sont morts.

247. Mais de monseigneur Gui Mauvoisin, je ne m'en abstiendrai pas; car il s'en vint de Mansourah honorablement. Et tout le chemin que le connétable et moi nous fîmes en amont, il le faisait en aval ; et de la manière dont les Turcs ramenèrent le comte de Bretagne et son corps, ils ramenèrent aussi monseigneur Gui Mauvoisin et son corps ; et il eut grand honneur, lui et ses gens, de cette journée. Et ce ne fut pas merveille si lui et ses gens se montrèrent bien cette journée; car l'on me dit (ceux qui savaient bien ses dispositions) que tout son corps, guère s'en fallait, était composé de chevaliers de son lignage et de chevaliers qui étaient ses hommes-liges.

248. Quand nous eûmes déconfit et chassé les Turcs de leurs tentes, et que nuls de nos gens ne furent demeurés dans le camp, les Bédouins se précipitèrent dans le camp des Sarrasins, qui étaient de très-grandes gens. Ils ne laissèrent nulle chose au monde dans le camp des Sarrasins, mais emportèrent tout ce que les Sarrasins avaient laissé ; et je n'ai jamais ouï dire que les Bédouins, qui étaient sujets des Sarrasins, en valussent pis pour leur avoir rien pris ou dérobé, parce que leur coutume est telle et leur usage, qu'ils courent toujours sus aux plus faibles.

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