‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 114 sur 467 · A, /e savaient · texte numérisé non relu

A, /e savaient

24S. — 1 A, lessoient.

l38 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.

croient en la loy Haali , qui fu oncles Mahommet ' -, et aussi y croient li Vieil de la Montaigne , cil qui nourrissent " les Assacis. Et croient que quant li om meurt pour son signour ou en aucune bone entencion, que Tame d'aus en va en meillour cors'^ et en plus aaisié que devant ^ et pour ce ne font force li Assacis se Ton les occist quant il font le conmandement dou Vieil de la Montaigne\ Dou Vieil de la Montaigne nous tairons orendroit, si dirons des Beduyns.

250. Li Beduyn ne demeurent en villes, ne en cités, n'en chastiaus, mais gisent adèsaus chans; et lour mesnies, lour femmes, lour enfans fichent le soir de nuit , ou de jour quant il fait mal tens, en unes manières de herberges que il font de cercles de tonniaus loiés à perches, aussi comme li cher^ à ces dames sont:, et sur ces cercles gietent piaus de moutons que l'on appelle piaus de Damas, conréesen alun : li Beduyn meismes en ont'^ grans peHces, qui lour cuevrent tout le cors, lour jambes et lour pies.

25 1. Quant il pleut le soir et fait mal tens de nuit, il s'encloent dedens lour pelices, et ostent les frains à lour chevaus, et les lessent paistre delez aus. Quant ce vient l'endemain, il restendent lour pelices au soleil et les frotent ' et les conroient ; ne jà n'i perra chose que elles aient estei moillies le soir. Lour créance est teix, que nus ne puet morir que à son jour, et pour ce ne se veulent-il armer; et quant il maudient lour enfans, si lour dient : « Ainsi soies-tu maudis', comme li Frans qui s'arme « pour poour de mort''! » En bataille, il ne portent riens que Tespée et le glaive.

252. Presque tuit sont vestu de seurpeliz, aussi comme li prestre; de touailles sont entorteillies lour testes, qui lour vont par desous le menton : dont laides gens et hydeuses sont à regarder, car li chevel des testes et des barbes son tuit noir. Il vivent dou lait de lour bestes, et achietent les pasturaiges, es berries aus riches homes, dequoy

249. — 1 Voy. S 458 à 461. — 2 A, et ainsi il croient le Vieil de la Montaigne, cil qui nourrit. Voy. § 45i à 463. — a a, cours. — ^ Sur Ali, les Assassins et le Vieux de la Montagne, voyez Eclaircissements, 10.

DES BÉDOUINS, i3g

mais ils croient à la loi d'Ali, qui fut oncle de Mahomet; et les Vieux de la Montagne aussi y croient, ceux qui nourrissent les Assassins. Et ils croient que quand un homme meurt pour son seigneur ou à quelque bonne intention, son âme s'en va dans un corps meilleur et plus heureux que devant; et à cause de cela les Assassins se soucient peu si on les occit quand ils exécutent le commandement du Vieux de la Montagne. Nous nous tairons quant à présent du Vieux de la Montagne, et parlerons des Bédouins.

250. Les Bédouins ne demeurent ni en villages, ni en cités, ni en châteaux, mais couchent toujours aux champs; et ils établissent leurs ménages , leurs femmes et leurs enfants , le soir pour la nuit , ou de jour quand il fait mauvais temps, dans une espèce de logement qu'ils font avec des cercles de tonneau liés à des perches , comme sont les chars des dames; et sur ces cercles ils jettent des peaux de moutons que Ton appelle peaux de Damas, apprêtées à Talun : les Bédouins eux-mêmes en ont de grandes pelisses qui leur couvrent tout le corps, les jambes et les pieds.

25 1. Quand il pleut le soir et qu'il fait mauvais temps la nuit, ils s'enveloppent dans leurs pelisses, et ôtent les freins de leurs chevaux, et les laissent paître près d'eux. Quand vient le matin, ils étendent leurs pelisses au soleil, et les frottent et leur donnent un apprêt ; et ensuite il ne paraît en rien qu'elles aient été mouillées le soir. Leur croyance est telle, que nul ne peut mourir qu'à son jour, et pour cela ils ne veulent pas mettre d'armure; et quand ils maudissent leurs enfants, ils leur disent : « Ainsi sois-tu maudit comme le Franc (( qui met une armure par crainte de la mort! y> En bataille, ils ne portent rien que l'épée et la lance.

202. Presque tous sont vêtus de surplis, ainsi que les prêtres; leurs têtes sont entortillées de toiles, qui leur vont par-dessous le menton : à cause de quoi ils sont de laides gens et hideux à regarder ; car les cheveux de la tête et la barbe sont tout noirs. Ils vivent du lait de leurs bêtes, et achètent, dans les plaines des riches

2 3o. — 1 A, les clwrs. — ^ B et L, coiiroiees. — a A, on.

25i. — 1 Et les frotent omis dans A. — - B et L, honny. — 3 Voy. J461.

lour bestes vivent. Le nombre d'aus ne sauroit nulz nommer; car il en a ou réaume de Eg\^pte , ou réaume de Jérusalem et en toutes les autres terres des Sarrazins et des mescréans, à qui il rendent grans tréus chascun an.

253. J'ai veu en cest païs, puis Je que reving d'outre mer, aucuns desloiauscrestiensquitenoientlaloy des Beduyns, et disoient que nulz ne pouoit morir qu'à son jour; et lour créance est si deloiaus , qu'il vaut autant dire comme Diex n'ait pouoir de nous aidier. Car il seroient fol cil qui serviroient Dieu, se nous ne cuidiens que il eust pooir de nous eslongier nos vies et de nous garder de mal et de meschéance-, et en li devons-nous croire, que il est poissans de toutes choses faire.

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