‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 128 sur 467 · LVI. De la Halca ou garde du Soudan · texte numérisé non relu

LVI. De la Halca ou garde du Soudan

280. Parce qu'il nous faut poursuivre notre matière, il nous la faut un peu entremêler, pour faire comprendre comment les soudans tenaient leurs troupes en ordre et en arroi. Et il est certain qu'ils avaient composé la plus grande partie de leur chevalerie d'étrangers , que des marchands prenaient enterres étrangères pour les vendre:, et ils les achetaient très-volontiers et chèrement. Et ces gens que les marchands menaient en Egypte, ils les prenaient en Orient, parce que quand l'un des rois d'Orient avait déconfit l'autre, il prenait les pauvres gens qu'il avait conquis, et les vendait aux marchands, et les marchands les venaient revendre en Egypte.

281. La chose étaittellcment ordonnée que les enfants, jusqucs à tant que la barbe leur venait, le Soudan les élevait dans sa maison :, de telle manière que selon ce qu'ils étaient, le Soudan leur faisait faire des arcs à leur force-, et sitôt qu'ils se renforçaient, ils jetaient leurs faibles arcs dans l'arsenal du soudan, et le maître artilleur leur baillait des arcs aussi forts qu'ils les pouvaient tendre.

282. Les armoiries du soudan étaient d'or; et les armoiries que le Soudan portait, ces jeunes gens les portaient aussi; et ils étaient appelés bahariz. Dès que la barbe leur venait , le soudan les faisait chevaliers. Et ils portaient les armoiries du soudan, excepté qu'il y avait une différence, c'està savoir des pièces vermeilles, roses, ou bandes vermeilles, ou oiseaux, ou autres pièces qu'ils ajoutaient sur les armoiries d'or, telles qu'il leur plaisait.

les bords du Nil, dans l'île de Rauda , en face du Caire. J'ai emprunté les éléments de toutes les notes qui supposent la connaissance de l'arabe à l'édition de M. Daunou, qui les avait rédigées avec l'aide de M. Renaud. — -La.dijférence ou èr/.<Hrc' consistait dans une pièce accessoire ajoutée aux armoiries principales.

l56 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.

283. Et ceste gent que je vous nomme, appeloit Ton de la Haiilequa^\ car li beharis gesoient- dedans les tentes au soudanc. Quant li soudans estoit en Tost , cil de la Haulequa estoient logié entour les héberges le soudanc, et establi pour le cors le soudanc garder. A la porte de la herberge le soudanc , estoient logié en une petite tente li portier le soudanc, et sui menestrier, qui avoient cors sarrazinnois et tabours et nacaires. Et fesoient tel noise au point dou jour et à Tanuitier, que cil qui estoient delez aus ne pooient entendre li uns l'autre-, et clerement les oioit Ton parmi l'ost.

284. Ne li menestrier ne fussent jà si hardi que il sonnassent lour estrumens de jour, ne mais que par le maistre de la ' Haulequa : dont il estoit ainsi que quant li soudans vouloit chargier, il envoioit querre le maistre de la Haulequa et li fesoit son commandement. Et lors li maistres fesoit sonner les estrumens au soudanc, et lors touz li os venoitpour oïr le commandement au soudanc : H maistres de la Hauleca le disoit, et touz li os le fesoit.

285. Quand h soudans se conbatoit , les chevaliers de la Hauleca, selonc ce que il se prouvoient bien en la bataille , li soudans en fesoit amiraus, et lour bailloit en lour com.paingnie dous cens chevaliers ou trois cens* et comme miex le fesoient, et plus lour donnoit li soudans.

286. Li pris qui est en lour chevalerie si est teix que , quant il sont si preu et si riche que il n'i ait que dire, et li soudans a poour que il ne le tuent ou que il ne le déshéritent, si les fait penre et mourir en sa prison, et à lour femmes toit ce que elles ont^. Et ceste chose fist li soudans de ceus qui pristrent le conte de Monfort et le conte de Bar-, et autel fist Boudendars de ceus qui avoient ^ desconfit le roy de Hermenie* ; car pour ce que il cuidoient avoir bien, il descendirent à pié et Talerent saluer là où il chaçoit aus bestes sauvaiges. Et il lour respondi : " Je ne vous salu pas; )> car il li avoient destourbée sa chace. Et lour fist les testes coper.

283. — 1 Ou halca, mot arabe qui signifie cercle, et par extension g.irdz. — 2 B et L, appcUoit ceulx de la Hauleque li Bari ilx gisaient.

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