A, remarieroicil
ACCORD TENTÉ AVEC LES SARRASINS. l65
298. Et ils commencèrent à rire, et me dirent en riant qu'ils lui remariaient sa femme. Et je les réprimandai et leur dis que de telles paroles n'étaient ni bonnes ni belles , et qu'ils avaient bientôt oublié leur compagnon. Et Dieu en tira telle vengeance que le lendemain fut la grande bataille de carême-prenant, où ils furent tués ou blessés à mort-, à cause de quoi leurs femmes durent se remarier toutes six.
LX. Joinville tombe malade; arrangement tenté avec les Sarrasins; triste étal de l'armée.
209. A cause des blessures que j'eus le jour de carème-prenant , la maladie de Tarmée me prit, dans la bouche et aux jambes, et une fièvre double tierce, et un rhume de cerveau si grand que le rhume me coulait de la tête par les narines ; et pour les dites maladies , je me mis au lit malade à la mi-carême : d'où il advint que mon prêtre me chantait la messe devant mon lit, en mon pavillon -, et il avait la maladie que j'avais.
3oo. Or il advint qu'à la consécration il se pâma. Quand je vis qu'il voulait choir, moi qui avais ma cotte, je sautai de mon lit sans chausse, et je le pris à bras, et lui dis qu'il fit tout à loisir et tout bellement sa consécration -, que je ne le laisserais pas tant qu'il l'aurait toute faite. Il revint à lui, et fit sa consécration, et acheva de chanter la messe bien entièrement-, et jamais depuis il ne la chanta.
3oi. Après ces choses, le conseil du roi et le conseil du soudan prirent jour pour s'accorder. Les conditions de l'accord furent telles , que l'on devait rendre au soudan Damiette , et que le soudan devait rendre au roi le royaume de Jérusalem ; et le soudan lui dut garder les malades qui étaient à Damiette, et les chairs salées (parce qu'ils ne mangeaient pas de porc), et les engins du roi, jusques à tant que le roi pourrait renvoyer quérir toutes ces choses.
3o2. Ils demandèrent au conseil du roi quelle sûreté on leur donnerait de ravoir Damiette. Le conseil du roi leur offrit qu'ils détinssent un des frères du roi jusqu'à la remise de Damiette, ou le comte d'Anjou ou le comte de Poitiers. Les Sarrasins dirent qu'ils ne traiteraient pas, si on ne leur laissait la personne du roi en gage ; à cause
3oo. — 1 B et L, s'en allait pour. — 2 B et L, toul à loisir. — :i B et L, chanta messe.
Ibb HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
dont mes sires Geffrois de Sergines, li bons chevaliers, dist que il ameroit miex que li Sarrazin les eussent touz mors et pris, que ce que il lour fust reprouvei que il eussent lessié le roy en gaige.
3o3.' La maladie commença à engregier en l'ost en tel manière, que il venoit tant de char morte es gencives à nostre gent, que il couvenoit que barbier' ostassent la char morte, pour ce que il peussent la viande maschier et avaler aval. Grans pitiés estoit d'oïr braire les gens parmi l'ost ausquiex Ton copoit la char morte *, car il bréoient aussi comme femmes qui traveillent d'enfant.
304. Quant li ro3's vit que il n'avoit pooir d'ilec demourer que mourir ne le couvenist, li et sa gent, il ordena et atira que il mouveroit le mardi ' au soir, à Tanuitier, après les octaves de Pasques, pour revenir à Damiete. Ilfist parler aus marronniers qui avoient les galies , comment il lour couvenoit recueillir tous les malades et les mènera Damiete'^. Li roys commanda à Josselin de Cornant ^ et à SCS frères et aus autres engingnours, que il copassent les cordes qui tenoient les pons entre nous et les Sarrazins-, et riens n'en firent.
305. Nous nous requeillimes le mardi après diner de relevée , et dui de mes chevaliers que je avoie de remenant, et ma mesnie *. Quant ce vint que il commença à anuiticr. je dis à mes mariniers que il tirassent lour ancre et que nous en alissiens aval; et il distrent que il n'oseroient , pour ce que les galies au soudanc , qui estoient entre nous et Damiete nous occirroient. Li marinier avoient fait grans feus pour requeillir les malades dedans lour galies , et li malade s'estoient - trait sur la rive dou flum. Tandis que je prioie les mariniers 3 que nous en alissiens, li Sarrazin entrèrent en Tost:, et vi à la clartei dou feu que il occioicnt les malades sus la rive.
306. Endementres que il tiroient lour ancre , li marinier qui dévoient mener les malades, coupèrent les cordes de lour ancres et de
303. — 1 Autrefois les barbiers faisaient certaines opérations de chirurgie.
304. — t Le 5 avril laSo. — 2 Ilfist jusqu'à Damiettc omis dans A.