‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 133 sur 467 · A.^ force le nous dit que. — ^ A, venus vers · texte numérisé non relu

A.^ force le nous dit que. — ^ A, venus vers

293. — 1 Dix livres tournois valaient à peu près 202 francs de notre monnaie.

joiNviLi.E. — 21

204. Quant li roys et li baron virent ce, il s'acorderent que li ro3's feist passer son ost par devers Babiloinne , en l'ost le duc de Bourgoingne, qui estoit sus le flum qui aloit à Damiete, Pour requerre sa gent plus sauvement, fist li roys faire une barbaquane devant le pont qui estoit entre nos dousos,en tel manière que l'on pooit entrer de dous pars en la barbaquane à cheval.

295. Quant la barbacane fu arée, si s'arma touz li os le roy, et y ot grant assaut de Turs à Tost le roy. Toutevoiz ne se mut li roys ne ses gens^, jusques à tant que touz li harnoiz fu portez outre-, et lors passa li roys et sa bataille après li, et tuit li autre baron après , fors que mon signour Gautier de Ghasteillon , qui fist Tarrieregarde. Et à l'entrer en la barbacane, rescout mes sires Erars ~ de Walery mon signour Jehan , son frère , que li Turc enmenoient pris.

296. Quant touz li os fu entrez' dedans, cil qui demeurèrent en la barbacane furent à grant meschief; car la barbacane n'estoit pas haute, si que li Turc lour traioient de visée à cheval, et li Sarrazin à pié lour getoient les motes de terre enmi les visaiges. Tuit estoient perdu, se ce ne fust li cuens d'Anjou (qui puis fu roys de Sezile), qui les ala rescourre et les enmena sauvement. De celle journée emporta le pris mes sires Geffroys de Mussanbourc'', le pris de touz ceus qui estoient en la barbacane.

297. La vegile de quaresme-pernant, vi une merveille que je vous vueil raconter; car ce jour meismes, fu mis en terre mes sires Hues de Landricourt, qui estoit avec moy à baniere. Là où il estoit en bière en ma chapelle, six de mes chevaliers estoient apuié sus plusours saz pleins d'orge-, et pour ce que il parloient haut en ma chapelle et que il faisoient noise au prestre, je lour alai dire que il se teussent, et lour dis que vileinne chose estoit de chevaliers et de gentiz homes qui parloient tandis que l'on chantoit la messe.

295. — 1 A, l'ost ne la gent. — - A, mon seigneur Erart : B et L, mes sire F.verard.

l'armée repasse le fleuve. i63

LIX. L'armée repasse le fleuve. Six chevaliers de Joinville punis de leur impiété.

2Q4. Quand le roi et les barons virent cela, ils convinrent que le roi ferait passer son camp qui était du côté de Babylone , dans le camp du duc de Bourgogne, qui était sur le fleuve qui allait à Damiette. Pour recueillir ses troupes plus sûrement, le roi fit faire un réduit devant le pont qui était entre nos deux camps, de telle manière que l'on pouvait entrer de deux côtés dans le réduit à cheval.

295. Quand le réduit fut arrangé, tout le camp du roi s'arma, et il y eut un grand assaut des Turcs contre le camp du roi. Toutefois le roi ni ses gens ne bougèrent jusques à tant que tous les bagages furent portés outre* et alors le roi passa et son corps de bataille après lui, et tous les autres barons après, excepté monseigneur Gautier de Châtillon, qui fit l'arrière-garde. Et au moment d'entrer dans le réduit, monseigneur Érard de Valéry délivra monseigneur Jean, son frère, que les Turcs emmenaient prisonnier.

296. Quand toute Tarmée fut passée, ceux qui demeurèrent dans le réduit furent en grand danger-, car le réduit n'était pas haut, en sorte que les Turcs à cheval tiraient sur eux en plein , et les Sarrasins à pied leur jetaient des mottes de terre au milieu du visage. Tous étaient perdus, ne fût le comte d'' Anjou (qui depuis fut roi de Sicile), qui les alla délivrer et les emmena sains et saufs. Le prix de cette journée , monseigneur Geoffroi de Mussambourc le remporta, le prix entre tous ceux qui étaient dans le réduit.

297. La veille de carême-prenant, je vis une merveille que je vous veux raconter ; car ce jour-là même , fut mis en terre monseigneur Hugues de Landricourt, qui était avec moi portant bannière. Comme il était en bière dans ma chapelle, six de mes chevaliers étaient appuyés sur des sacs pleins d'orge^ et parce qu'ils parlaient haut dans ma chapelle et qu'ils faisaient du bruit au prêtre, je leur allai dire qu'ils se tussent, et leur dis que c'était vilaine chose que des chevaliers et des gentilshommes qui parlaient tandis que l'on chantait la messe.

296. — 1 A, qiiiint toutii l'ost fu entrée. — ^ L, Mh.vnbovt ; B, Misambart.

298. Et il me commencierent à rire, et me distrent en riant que il li remarioient^ sa femme. Et je les enchoisonnai et lour dis que tiex paroles n'estoient ne bones ne bêles, et que tost avoient oublié lour compaingnon. Et Diex en fist tel vengance que Tendemain fu la grans bataille dou quaresme-prenant , dont il furent mort ou navrei à mort; par quo}^ il convint lour femmes remarier toutes six.

299. Pour les bleceures que j'oi le jour de quaresme-prenant, me prist la maladie de l'ost, de la bouche et des jambes, et une double tierceinne, et une reume si grans en la teste que la rcume me filoit de la teste parmi les nariles*, et pour les dites maladies, acouchai ou lit malades en la mi-quaresme : dont il avint ainsi que mes prestres me chantoit la messe devant mon lit, en mon paveillon*, et avoit la maladie que j'avoie.

300. Or avint ainsi que en son sacrement il se pasma. Quant je vi que il vouloit ' cheoir, je qui avoie ma cote vestue , sailli de mon lit touz deschaus, et Tembraçai, et li deis que il feist tout à trait - et tout bêlement son sacrement; que je ne le lairoie tant que il Taveroit tout fait. Il revint à soi, et fist son sacrement, et parchanta sa messe tout entièrement-, ne onques puis ne chanta'^.

3oi. Après ces choses, prist li consaus le roy et li consaus le soudanc journée d'aus acorder. Li traitiés de Tacorder fu teix, que l'on devoit rendre au soudanc Damiete, et li soudans devoit rendre au roy le réaume de Jérusalem*, et li dut garder li soudans les malades qui estoient à Damiete, et les chars salées (pour ce que il ne mangoient point de porc ) , et les engins le roy, jusques à tant que li roys pourroit renvoier querre toutes ces choses.

3o2. Il demandèrent au consoil le roy quel seurtei il donroient par quoy il reussent Damiete. Li consaus le roy lour offri que il detenissent un des frères le roy tant que il reussent Damiete, ou le conte d'Anjou, ou le conte de Poitiers. Li Sarrazin distrent que il n'en feroient riens, se on ne lour Icssoit le cors le roy en gaige*,

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