‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 155 sur 467 · Avoit nom Jehan et omis dans A. 355. — 1 A, saint · texte numérisé non relu

Avoit nom Jehan et omis dans A. 355. — 1 A, saint

TRAITÉ DU ROI AVEC LES ÉMIRS. igS

de la Trinité, qui avait nom Jean et était au comte Guillaume de Flandre. Mais à mon endroit, il ne me souvint pas de péché que j'eusse fait^ mais je réfléchis que plus je me voudrais défendra et esquiver, et pis cela me vaudrait.

355. Et alors je me signai et m'agenouillai aux pieds de l'un d'eux, qui tenait une hache danoise à charpentier, et je dis : « Ainsi mou- « rut sainte Agnès. )> Messire Gui d'Ibelin, connétable de Chypre, s'agenouilla près de moi et se confessa à moi ;, et je lui dis : « Je vous « absous, avec tel pouvoir que Dieu m'a donné. » Mais quand je me levai de là, il ne me souvint plus de chose qu'il m'eût dite ni racontée.

356. Ils nous firent lever de là où nous étions, et nous mirent en prison dans la sentine de la galère; et beaucoup de nos gens pensèrent qu'ils l'avaient fiiit parce qu'ils ne nous voulaient pas assaillir tous ensemble, mais pour nous tuer l'un après l'autre. Là dedans nous fumes dans une telle souffrance, le soir, très-tard, que nous gisions tout à l'étroit, au point que mes pieds étaient contre le bon comte Pierre de Bretagne, et les siens étaient contre mon visage.

357. Le lendemain les émirs nous firent tirer de la prison là où nous étions , et leurs messagers nous dirent que nous allassions parler aux émirs, pour renouveler les conventions que le soudan avait faites avec nous; et ils nous dirent que nous fussions certains que si le Soudan eût vécu, il eut fait couper la tête au roi et à nous tous aussi. Ceux qui y purent aller y allèrent-, le comte de Bretagne, le connétable et moi, qui étions grièvement malades, nous demeurâmes. Le comte de Flandre, le comte Jean de Soissons, les deux frères d'Ibelin, et les autres qui se purent aider, y allèrent.

358. Ils s'accordèrent avec les émirs en telle manière, que sitôt qu'on leur aurait délivré Damiette, eux délivreraient le roi et les autres riches hommes qui étaient là-, car pour le menu peuple, le Soudan l'avait fait emmener vers Babylone, excepté ceux qu'il avait fait tuer. Et cette chose il l'avait faite contrairement aux conventions qu'il avait avec le roi; c'est pourquoi il semble bien qu'il nous eut fait tuer aussi, sitôt qu'il aurait eu Damiette.

356. — 1 A, voudraient. — - B, toute la nuyt. 337. — 1 A, avait avec.

359. Et li roys lour devoit jurer aussi à lour faire grei de dous cens mille livres avant que il partisist dou flum, et dous cens mille livres en Acre. Li Sarrazin, par les couvenances qu'il avoient au roy, dévoient garder les malades qui estoient en Damiete, les arbalestres, les armeures, les chars salées et les angins' jusques à tant que liroys les envoieroit querre.

3 Go. Li sairement que li amiral dévoient faire au roy furent devisié, et furent tel : que se il ne tenoient au roy les couvenances, que il fussent aussi honni comme cil qui par son pechié aloit en pelerinaige à Mahomet, à Maques, sa teste descouverte ^ et fussent aussi honni comme cil qui lessoient lour femmes et les reprenoient après. De ce cas, ne peuent lessier lour femmes, à la loi de Mahommet, que jamais la puissent ravoir, se il ne voit un autre homme gésir à li avant que il la puisse ravoir.

36 1. Li tiers sairemens fu teix : que se il ne tenoient les couvenances au roy, que il fussent aussi honni comme li Sarrazins qui manjue la char de porc. Li roys prist les sairemens desus diz des amiraus à grei', parce que maistres Nicholes d'Acre, qui sa voit le sarrazinnois, dist que il ne les pooient^ plus forz faire selonc lour loi.

362. Quant H amiral orent jurei, il firent mettre en escrit le sairement que il vouloient avoir dou roy, qui' fut teix, par le consoil des proveres qui s'estoient- renoié devers aus;, et disoit li escris ainsi : que se li roys ne tenoit les couvenances aus amiraus, que il fust aussi honnis comme li Crestiens qui renie Dieu et sa Mère, et privez'' de la compaingnie de ses douze compaingnons, de touz les sains et de toutes les saintes''. A ce s'acordoit bien li roys. Li dareniers poins dou sairement fu teix, que se il ne tenoit les couvenances aus amiraus, que il fust aussi honnis comme li Crestiens qui renoie Dieu et sa loy , et qui en despit'' de Dieu crache sur la croiz et marche desus.

359. — 1 A, iirbiilestricrx et armeuricrs, en omettant les angins. 36i. — 1 A omet à grei. — ^ A, pooit.

Page 1