LXXI. Serments des émirs; scrupules et résistance du roi
060. Les serments que les émirs devaient faire au roi furent mis en écrit, et furent tels : que s'ils ne tenaient pas leurs conventions avec le roi, ils voulaient être aussi honnis que celui qui pour son péché allait en pèlerinage à Mahomet, à la Mecque, la tête découverte-, et aussi honnis que ceux qui laissaient leurs femmes et les reprenaient après. En ce cas, nul ne peut laisser sa femme, selon la loi de Mahomet, sans renoncer à la ravoir jamais, s'il ne voit un autre homme coucher avec elle avant qu'il la puisse ravoir.
36 1. Leur troisième serment fut tel : que s'ils ne tenaient leurs conventions avec le roi, ils voulaient être aussi honnis que le Sarrasin qui mange de la chair de porc. Le roi prit en gré les serments dessus dits des émirs , parce que maître Nicole d'Acre, qui savait le sarrasinois, dit qu'ils ne les pouvaient faire plus forts selon leur loi.
3(32. Quand les émirs eurent juré, ils firent mettre en écrit le serment qu'ils voulaient avoir du roi, qui fut tel, par le conseil des prêtres qui avaient renié par devers eux -, et l'écrit disait ainsi : que si le roi ne tenait pas ses conventions avec les émirs, il voulait être aussi honni que le chrétien qui renie Dieu et sa Mère, et privé de la compagnie de ses douze apôtres, de tous les saints et de toutes les saintes. A cela le roi y consentait bien. Le dernier point du serment fut tel : que s'il ne tenait pas ses conventions avec les émirs, il voulait être aussi honni que le chrétien qui renie Dieu et sa loi, et qui en mépris de Dieu crache sur la croix et marche dessus.
362. — 1 Qui omis dans A. - i A, qu'il s'estait. — 3 Prii'c:; omis dans A. — 4 A omet saintes. — '•' A, est dcspit.
363. Quant li roys oy ce, il dist que ', se Dieu plait, cesti sairement ne feroit-il jà. Li amiral envolèrent maistre Nichole, qui savoit le sarazinnois -, au roy, qui dist au roy tiex paroles : « Sire, li amice rai ont grant despit de ce que il ont jurei quanque vous requeistes^, « et vous ne voulez jurer ce que il vous requièrent;, et soies certeins « que se vous ne le jurez, il vous feront la teste coper, et à toute « vostre gent. » Li roys respondi que il en pooient faire lour volentei -, car il amoit miex mourir bons crestiens que ce que il vesquist ou courrous Dieu et sa Mère '*.
364. Li patriarches de Jérusalem, viex hom et anciens de Taage de quatre-vins ans, avoit pourchacié asseurement des Sarrazins, et estoit venus vers le roy pour li aidier à pourchacier sa délivrance. Or est teix la coustume entre les Crestiens et les Sarrazins, que quant li roys ou li soudans meurt, cil qui sont en messagerie, soit en paennime ou en crestientei , sont prison et esclave ; et pour ce que li soudans qui avoit donnei la seurtei au patriarche fu mors, li diz patriarches • fu prisonniers aussi comme nous fumes '-. Quant li roys ot faite sa response, li uns des amiraus dist que ce consoil li avoit donnei li patriarches, et dist aus paiens : « Se vous me voulés croire, « je ferai '■' le roy jurer-, car je li ferai la teste dou patriarche voler en ce son geron. »
365. Il ne le vorent pas croire, ainçois pristrent le patriarche et le levèrent de delez le roy, et le lièrent à une perche d'un paveillon ' les mains darieres le dos, si estroitement que les mains li furent aussi enflées et aussi grosses comme sa teste, et que li sans li sailloit parmi les ongles -. Li patriarches crioit au roy ^ : « Sire, pour Dieu *, « jurez seuremenf, car je en pren tout le^ pechié sus Tame de moy « dou sairement que vous ferez, puisque vous le béez bien à tenir '^. » Je ne sai pas comment li sairemens fu atiriez ^ ; mais li amiral ^ se tindrent bien apaié dou sairement le roy et des autres riches homes qui là estoient".
363. — 1 Que omis dans A. — - B omet qui savoit le saraiinnois. — 3 B, tout tant que vous leur ave:; requis. — 4 B ajoute et de ses sainct'{.
364. — 1 A omet li di; patriarches. — - Voy. G 3 12. B omet aussi comme nous/urnes, — 3 B, que s'il; le voulloient croire il/croit bien.