‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 174 sur 467 · A, desous · texte numérisé non relu

A, desous

392. — 1 B, de FoH)«o«i'; Ville-HarJouin clic Jeh.ins Fuisiiom ou Foisnons, chevalier champenois.

l''ÉVÊQUE de SOISSONS martyr. 21 5

Turcs en fuyant devant lui (eux qui tiraient aussi bien derrière que devant), le couvraient tous de traits. Quand il les avait chassés hors du village, il se débarassait de ces traits qu'il avait sur lui, et remettait sa cotte d'armes sur lui, et se dressait sur ses étriers, et étendait les bras avec l'épéc, et criait : « Châtillon , chevalier! où sont mes « prud'hommes? » Quand il se retournait et qu'il voyait que les Turcs étaient entrés par l'autre bout, il recommençait à leur courir sus l'épée au poing, et les poursuivait; et ainsi fit-il par trois fois de la manière dessus dite.

392. Quand l'amiral des galères m'eut amené vers ceux qui furent prisa terre, je m'enquis à ceux qui étaient autour de lui; mais je ne trouvai personne qui me dît comment il fut pris, si ce n'est que monseigneur Jean Fouinon, le bon chevalier, me dit que quand on l'amena prisonnier à Mansourah, il trouva un Turc qui était monté sur le cheval de monseigneur Gaucher de Châtillon •, et la croupière du cheval était toute sanglante. Et il lui demanda ce qu'il avait fait de celui à qui le cheval était; et le Turc lui répondit qu'il lui avait coupé la gorge sur son cheval même, ainsi qu'il apparut à la croupière qui en était ensanglantée du sang.

3g3. Il y avait un très-vaillant homme, dans l'armée, qui avait nom monseigneur Jacques de Castel , évêque de Soissons. Quand il vit que nos gens s'en revenaient vers Damiette, lui qui avait grand désir d'aller à Dieu, ne s'en voulut pas revenir au pays d'où il était né ; mais il se hilta d'aller à Dieu , et piqua des éperons et attaqua tout seul les Turcs, qui à coups d'épée l'occirent et le mirent en la compagnie de Dieu, au nombre des martvrs.

394. Pendant que le roi attendait le pa3'ement que ses gens faisaient aux Turcs pour la délivrance de son frère le comte de Poitiers, un Sarrasin très-bien habillé et très-bel homme de corps, vint au roi et lui présenta du lait pris en pots , et des fleurs de diverses couleurs et espèces, de la part des enfants de Nasac, qui avait été Soudan de Babylone; et il lui fit le présent en parlant français.

395. Et le roi lui demanda où il avait appris le français; et cet

393. — 1 Son véritable nom est Gui de Château-Porcien. — - A, revenoit.

394. — 1 A, leal. — 2 A omet coulours et. — ^ B, du vassal. Probablement Al-Malek an- Nacer Dawoud, qui prétendit au titre de soudan de Babylone. Voy. Edaircisacments, S,

2l6 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.

il avoit estei crestians; et li roys li dist : « Alez-vous-en , que à vous « ne parlerai-je plus. » Je le trais d'une part et li demandai son couvine. Et il me dist qu'il avoit estei nez de Provins , et que il estoit venus en Egypte avec le roy Jehan, et que il estoit mariez en Egypte et grans riches hom. Et je li diz : (« Ne savez-vous pas bien « que se vous mouriés en ce point , que vous seriez damnez ' et « iriez en enfer? »

3g6. Et il dist : « Oyl (car il estoit certeins que nulle loys ' n'estoit « si bone comme la crestienne ) -, mais je dout, se je aloie vers vous, « la povretei là ou je seroie et le reproche. Toute jour me diroit « l'on : Véez ci le renoié! Si aim miex vivre riche et aise , que je me « meisse en tel point comme je voi^. » Et je li dis que li reproches seroit plus grans ou jour dou jugement , là où chascuns verroit son mesfait, que ne seroit ce que il me contoit. Moût de bones paroles li diz qui gueres ne valurent. Ainsi se departy de moy, n'onques plus ne le vi.

397. Or avez oy ci-devant les grans persecucions que li roys et nous souffrîmes -, lesquiex persecucions, la royne n'en eschapa pas, si comme vous orrez ci-après. Car trois jours devant ce que elle acouchast, li vindrent les nouvelles que li roys estoit pris-, desquiex nouvelles elle fu si effrée, que toutes les fois que elle se dormoit en son lit, il li sembloit que toute sa chambre fust pleinne de Sarrazins; et s'escrioit : « Aidiés, aidiés ! » Et pour ce que li enfes ne fust periz dont elle estoit grosse , elle fesoit gésir devant son lit un chevalier ancien de l'aage de quatre-vins ^ ans , qui la tenoit par la main. Toutes les fois que la royne s'escrioit, il disoit : « Dame, « n'aies garde -, car je suis ci. »

398. Avant qu'elle fust accouchie, elle fist vuidier hors toute sa chambre, fors que le chevalier, et s'agenoilla devant li et li requist ' un don; et li chevaliers li otroia par son sairement. Et elle li dist :

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