JOINVILLE EST ENGAGE PAR LE ROI
« et je n'ai pas encore ouï dire que vous m'ayez retenu aucuns che- K valiers. — Sire, firent-ils, nous n'en pouvons mais* car chacun se « fait si cher, parce qu'ils s'en veulent aller en leur pays, que nous K ne leur oserions donner ce qu'ils demandent. — Et qui , fit le roi , « trouveriez- vous à meilleur marché? — Certes, sire, firent-ils, (( c'est le sénéchal de Champagne-, mais nous ne lui oserions douce ner ce qu'il demande. »
440. J'étais à l'instant dans la chambre du roi, et j'ouïs ces paroles. Alors le roi dit : « Appelez-moi le sénéchal. » J'allai à lui et m'agenouillai devant lui-, et il me fit asseoir, et me dit ainsi : « Sé- (( néchal, vous savez que je vous ai toujours beaucoup aimé; et mes « gens me disent qu'ils vous trouvent dur; comment est-ce? — « Sire, je n'en puis mais; car vous savez que je fus pris sur l'eau, (( et qu'il ne me demeura rien , mais que je perdis tout ce que j'a- <( vais. » Et il me demanda ce que je demandais. Et je lui dis que je demandais deux mille livres jusques à Pâques pour les deux tiers de l'année.
441. « Or, dites-moi, fit-il, avez-vous marchandé aucuns cheva- " liers ? » Et je dis : « Oui, monseigneur Pierre de Pontmolain, lui (( troisième de bannerets, qui coûtent chacun quatre cents livres « jusques à Pâques. » Et il compta sur ses doigts. « Ce sont, fit-il, « douze cents livres que vos nouveaux chevaliers coûteront. — Or « regardez , sire, fis-je , s'il me faudra bien huit cents livres pour me « monter et pour m'armer, et pour donner à manger à mes cheva- « liers ; car vous ne voulez pas que nous mangions en votre hôtel. )> Alors il dit à ses gens : « Vraiment , fit-il, je ne vois point ici d'excès; « et je vous retiens, )> fit-il à moi.
LXXXVII. Les frères du roi s'embarquent. Envoyés de l'empereur Frédéric II et du soudan de Damas.
442. Après ces choses, les frères du roi et les autres riches hommes qui étaient en Acre préparèrent leurs navires. Au moment de partir d'Acre, le comte de Poitiers emprunta des joyaux à ceux qui