‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 208 sur 467 · MISSION DE JEAN DE VALENCIENNES · texte numérisé non relu

MISSION DE JEAN DE VALENCIENNES

et il criait : « Détournez-vous de devant celui qui porte la mort des « rois entre ses mains. »

XCI. Réponse au soudan de Damas; Jean de Valenciennes, envoyé en Egypte, obtient la délivrance de nombreux prisonniers.

464. J'avais oublié de vous dire la réponse que le roi fit au soudan de Damas, et qui fut telle : qu'il n'avait pas l'intention d'aller à lui, jusques à tant qu'il sijt si les émirs d'Eg3^pte lui feraient droit pour le traité qu'ils avaient rompu ; et qu'il enverrait à eux pour cela , et que s'ils ne voulaient pas faire droit pour le traité qu'ils avaient rompu, il l'aiderait volontiers à venger son cousin , le soudan de Bab3'lone, que les émirs avaient tué.

465. Tandis que le roi était en Acre, il envoya monseigneur Jean de Valenciennes en Egypte, lequel requit les émirs de réparer les outrages et les dommages qu'ils avaient faits au roi. Et ils lui dirent qu'ainsi feraient-ils bien volontiers, pourvu que le roi se voulût allier à eux contre le soudan de Damas. Monseigneur Jean de Valenciennes les blâma beaucoup des grands outrages qu'ils avaient faits au roi, et dont j'ai parlé plus hauf, et il fut d'avis qu'il serait bon que, pour adoucir le cœur du roi envers eux, ils lui envoyassent tous les chevaliers qu'ils tenaient en prison. Et ainsi firent-ils^ et de plus ils lui envoyèrent tous les os du comte de Brienne, pour les mettre en terre bénite.

466. Quand monseigneur Jean de Valenciennes fut revenu en Acre avec deux cents chevaliers qu'il ramena de prison, sans compter les autres gens, madame de Sayette, qui était cousine du comte Gautier et sœur de monseigneur Gautier seigneur de Reynel ( dont Jean, sire de Joinville, prit la fille pour femme depuis qu'il revint d'outre-mer)', madame de Sayette, dis-je, prit les os du comte Gautier, et les fit ensevelir chez les Hospitaliers en Acre. Et elle fit faire le service en telle manière, que chaque chevalier donna à l'offrande un cierge et un denier d'argent, et le roi un cierge et un besant d'or, le tout aux frais de madame la Sayette. De quoi l'on s'émerveilla

466. — 1 Marguerite de Reynel. — - Alix de Reynel, nièce de Marguerite de Reynel. — 3 A omet d'or.

ravoit'i onques vcu offrir que de ses deniers-, mais il le fist par sa courtoisie.

467. Entre les chevaliers que mes sires Jehans de Valencienncs ramena, je en y trouvai bien quarante de la cort de Champaingne. Je lour fiz taillier cotes et hargaus de vert , et les menai devant le roy, et li priai que il lour^ vousist tant faire que il demeurassent avecli. Li roys oy que il demandoient, et il se tut.

468. Et uns chevaliers de son consoil dist que je ne fesoie pas bien quant je aportoie tiex nouvelles au ro}^, là où il avoit bien sept mille livrées d'outraige. Et je li dis que par maie avanture en peust-il parler*, et que entre nous de Champaingne aviens bien perdu trentecinq chevaliers, touz baniere portans, de la cort de Champaingne^ et je dis : (f Li roys ne fera pas bien, se il vous en croit, ou besoing « que il a de chevaliers. » Après celle parole, je commensal moût forment à plorer-, et li roys me dist que je me teusse, et il lour donroit quant que je li avoie demandei. Li roys les retint ' tout aussi comme je voz, et les mist en ma bataille.

469. Li roys respondi aus messagiers d'Egipte' que il ne feroit nulles trêves à aus, se il ne li envoioient toutes les testes des Crestiens qui pendoient entour les murs dou Kaire-, dès le tens que li cuens de Bar et li cuens de Monfort furent pris ; et se il ne li envoioient encore touz les enfans qu'il avoient, qui^ avoient estei pris petit et estoient renoié -, et se il ne li quitoient les dous cens mille livres que il lour devoit encore. Avec les messaiges aus amiraus d'Egypte, envoia li roys mon signour Jehan de Valenciennes , vaillant home et saige.

470. A rentrée ' de quaresme, s'atira li roys, atout ce que il ot de gent, pour aler fermer Sezaire, que li Sarrazin avoient abatue, qui estoit à douze lieues d'Acre^ par devers Jérusalem. Mes sires Raous

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