‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 209 sur 467 · LE ROI VA FORTIFIER CÉSARÉE · texte numérisé non relu

LE ROI VA FORTIFIER CÉSARÉE

beaucoup quand le roi fit cela, car on ne Tavait jamais vu donner à TolTrande que de ses deniers; mais il le fit par courtoisie.

XCII. Le roi engage quarante chevaliers de Champagne; sa réponse aux envoyés d'Egypte.

467. Entre les chevaliers que monseigneur Jean de Valenciennes ramena, j'en trouvai bien quarante de la cour de Champagne. Je leur fis tailler des cottes et des housses de drap vert, et les menai devant le roi, et le priai de vouloir tant faire pour eux qu'ils demeurassent avec lui. Le roi ouït ce qu'ils demandaient, et se tut.

468. Et un chevalier de son conseil dit que je ne faisais pas bien quand j'apportais au roi de telles propositions, là où il y avait bien sept mille livres d'excès. Et je lui dis que pût-il lui advenir mal d'en parler ainsi; et qu'entre nous autres de Champagne nous avions bien perdu trente-cinq chevaliers de la cour de Champagne, tous portant bannière; et je dis : « Le roi ne fera pas bien s'il vous en croit, dans « le besoin qu'il a de chevaliers. » Après ces paroles, je commençai à pleurer très-fortement; et le roi me dit que je me tusse, et qu'il leur donnerait tout ce que je lui avais demandé. Le roi les retint tout ainsi que je voulus, et les mit en mon corps de bataille.

469. Le roi répondit aux messagers d'Egypte qu'il ne ferait nul traité avec eux, s'ils ne lui envoyaient toutes les têtes des chrétiens qui pendaient autour des murs du Caire , depuis le temps que le comte de Bar et le comte de Montfort furent pris ; et s'ils ne lui envoyaient encore tous les enfants qu'ils avaient, qui avaient été pris tout petits et qui avaient renié; et s'ils ne lui acquittaient les deux cent mille livres qu'il leur devait encore. Avec les messagers des émirs d'Egypte, le roi envoya monseigneur Jean de Valenciennes, homme vaillant et sage.

470. A l'entrée du carême, le roi se prépara, avec tout ce qu'il avait de troupes, pour aller fortifier Césarée, que les Sarrasins avaient ruinée, et qui était à douze lieues d'Acre par devers Jérusalem.

469. — 1 A omet ans messagiers d'Egipte. — - A, les murs d'Acre. — •' A, envoient toui les en/ans qui.

470. — 1 En i25i, le carême commença le i'^' mars. — 2 A omet d'Acre.

JOINVIT.LE. — 3?

de Soissons, qui estoit deniourez en Acre malades, fu avec le roy fermer Cesaire. Je ne sai comment ce fu, ne mais que par la volontei Dieu , que onques ne nous firent li Sarrazin ■' nul doumaige toute Tannée. Tandis que li roys fermoit Cesaire, nous revindrent li messagier des Tartarins, et les nouvelles que il nous aporterent vous dirons-nous.

471. Aussi comme je vous diz devant, tandis que li roys sejornoit en Cypre, vindrent li messaige des Tartarins à li, et li firent entendant que il li aideroient à conquerre le ro3^aume de Jérusalem sur les Sarrazins. Li roys lour renvoia ses messaiges, et par ses messaiges que il lour envoia, lour envola une chapelle que il lour fist faire d'escarlate (et pour aus atraire à nostre créance, il lour fist entaillier, en la chapelle, toute nostre créance', TAnnonciation de Tangre, la Nativité!, le bauptesme dont Diex fu baptiziez, et toute la Passion et l'Ascension et Tavenement dou Saint- Esperit)-, calices, livres, et tout ce que il convint à messe chanter, et dous frères Preescheourspour chanter les messes devant aus.

472. Li messagier le ro}^ arivcrent ' au. port d'Anthioche', et dès Anthyoche jusques à lour grant roy trouvèrent bien un an d'aleure, à chevauchier dix lieues le jour. Toute la terre trouvèrent sougiette à aus, et plusours citez que il avoient destruites, et grans monciaus d'os de gens mors.

473. Il enquistrent comme il estoient venu en tel auctoritei, par quoy il avoient tant de gens mors et confondus:, et la manière fu teix, aussi comme il le raporterent au roy : que il estoient ^ venu et concréei d'une grant berrie de sablon, là où il ne croissoit nul bien. Cette berrie commençoit à unes très-grans roches merveillouses, qui sont en la fin dou monde devers Orient, lesquiex roches nulz bons ne passa onques, si comme li Tartarin le tesmoignent; et disoient que léans estoit enclos li peuples Got et Margoth, qui

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