Roys manque dans A. — 4 Voy. S 38; et
22. — 1 A, apparcilloient ; B et L, ce qu'on liiy appareilloit en ajoutant et mettait on omis dans A. — i A, nous. — 3 Voy. S 687.
PRINCIPALES VERTUS DE SAINT LOUIS. l3
a qu'un Ecossais vînt d'Ecosse et gouvernât le peuple du royaume « bien et loyalement , que si tu le gouvernais mal au vu de tous. « Le saint roi aima tant la vérité que même avec les Sarrasins il ne voulut pas mentir sur ce qu'il leur avait promis, ainsi que vous l'entendrez ci-après.
22. De la bouche il fut si sobre que jamais de ma vie je ne Touïs commander aucuns mets , comme maints riches hommes le font \ mais il mangeait bonnement ce que son cuisinier lui préparait et qu'on mettait devant lui. Il fut modéré dans ses paroles; car jamais de ma vie je ne l'ouïs médire de personne, ni jamais ne l'ouïs nommer le diable, lequel nom est bien répandu par le royaume : ce qui, je crois, ne plaît pas à Dieu.
23. Il trempait son vin avec mesure, selon qu'il voyait que le vin le pouvait supporter. Il me demanda en Chypre pourquoi je ne mettais pas d'eau dans mon vin -, et je lui dis que la cause en était aux médecins, qui me disaient que j'avais une grosse tête et un froid estomac, et que je ne pouvais m'enivrer. Et il me dit qu'ils me trompaient*, car si je ne l'apprenais en ma jeunesse et que je le voulusse tremper en ma vieillesse, les gouttes et les maladies d'estomac me prendraient, si bien que jamais je n'aurais de santé; et si je buvais le vin tout pur en ma vieillesse, je m'enivrerais tous les soirs; et c'était trop laide chose à un vaillant homme de s'enivrer.
24. Il me demanda si je voulais être honoré en ce siècle et avoir le paradis à la mort; et je lui dis, oui. Et il me dit : « Gardez- vous « donc de faire ni de dire à votre escient nulle chose dont , si tout le « monde le savait, vous ne pussiez faire l'aveu et dire : J'ai fait « ceci , j'ai dit cela. » Il me dit que je me gardasse de démentir ni de dédire personne de ce qu'il dirait devant moi, pourvu qu'il n'y eût pour moi ni péché ni dommage à me taire , parce que des dures paroles naissent les mêlées dont mille hommes sont morts.
25. Il disait que l'on devait vêtir et armer son corps de telle manière que les prud'hommes de ce siècle ne dissent pas qu'on en fît
23. — 1 B et L, je mectoye. — 2 B et L, e^ iingfroit estomac que je n'avoye garde. — 3 B et L, qu'il\ me gastoient. — 'i B et L, ^eje ne l'avoye trempé. 24- - 1 § 774-
que li joene home ne deissent que il feist pou '. Et ceste chose ramenti-je^ le pere^' leroy qui orendroitest , pour les cotes brodées à armer que on fait hui et le jour; et li disoie que onques en la voie d'outre mer là où Je fu , je n'i vi cottes brodées, ne les roy ne les autrui. Et il me dist qu'il avoit tiex atours brodez de ses armes qui li avoient coustei huit cenz livres de parisis *. Et je li diz que il les eust miex emploies se il les eust donnez pour Dieu , et eust fait ses atours de bon cendal "• enforcié '' de ses armes , si comme ses pères faisoit.
26. Il m'apela une foiz et me dist : « Je n'os parler à vous pour « le soutil senz dont vous estes, de chose qui touche à Dieu; et pour « ce ai-je appelei ces dous ^ frères qui ci sont , que je vous vueil faire « une demande. « La demande fu teix : « Seneschaus, fist-il, quex « chose est Diex ? » Et je li diz : « Sire, ce est si bone chose que « mieudre ne puet estre. — Vraiement , fist-il , c'est bien respondu; « que ceste response que vous avez faite, est escripte en cest livre « que je tieing en ma main,
27. « Or vous demant-je, fist-il, lequel vous ameriésmiex, ou que « vousfussiés mesiaus, ou que vous eussiés fait un pechié mortel ? » Et je, qui onques ne li menti, li respondi^ que je en ameroie miex avoir fait trente que estre mesiaus. Et quant li frère s'en furent parti, il m'appela tout seul, et me fist seoir à ses piez et me dist : « Com- <(. ment me deistes-vous hier ce? » Et je li diz que encore li disoie-je''. Et il me dist : « Vous déistes comme hastis^^ musarz; car vous devez « savoir que nulle* si laide mezelerie n'est comme d'estre en pechié « mortel, pour ce que Tame qui est en pechié mortel est semblable « au dyable : par quoy nulle si laide meselerie ne puet estre.
28. « Et bien est voirs que quant li hom meurt, il est guéris de la « meselerie dou cors; mais quant li hom qui a fait le pechié mortel
2?. — 1 \^oy. C 38. — 2 A, me ramenti; B et L, en ceste chose ramentije. — 3 Philippe le Hardi, père de Philippe le Bel. — "4 Environ 20,000 francs de notre monnaie. Voy. Eclaircissements , 2. — 5 Le cendal est une espèce de taffetas. — <■' B et L, renforcé battu.
HORREUR DU PÉCHÉ. l5
trop, ni que les jeunes gens ne dissent qu'on en fit trop peu. Et cette chose, je la rappelai au père du roi qui est maintenant, à propos des cottes d'armes brodées qu'on fait aujourd'hui; et je lui disais que jamais dans le voyage d'outre-mer où je fus , je ne vis cottes brodées , ni celles du roi, ni celles des autres. Et il me dit qu'il avait tels atours brodés à ses armes qui lui avaient coûté huit cents livres parisis. Et je lui dis qu'il les eût mieux employées s'il les eût données pour l'amour de Dieu, et qu'il eût fait ses atours en bon taffetas garni de ses armoiries, ainsi que son père faisait.
IV. Horreur de saint Louis pour le péché; son amour pour les pauvres.
26. Il m'appela une fois et me dit : « Je n'ose vous parler, c( subtil de sens comme vous êtes , de chose qui touche à Dieu -, et « j'ai appelé ces deux moines qui sont ici, parce que je vous veux « faire une demande. » La demande fut telle : « Sénéchal, fit-il, « qu'est-ce que Dieu? » Et je lui dis : « Sire, c'est si bonne chose « que meilleure ne peut être. — Vraiment, fit-il, c'est bien ré- « pondu -, car la réponse que vous avez faite , elle est écrite en ce « livre que je tiens à ma main.
27. « Or je vous demande, fit-il , ce que vous aimeriez mieux , ou « d'être lépreux, ou d'avoir fait un péché mortel. « Et moi, qui jamais ne lui mentis, je lui répondis que j'aimerais mieux en avoir fait trente que d'être lépreux. Quand les moines furent partis, il m'appela tout seul, et me fit asseoir à ses pieds et me dit : « Comment me « dites-vous hier cela ? » Et je lui dis que je le disais encore. Et il me dit : « Vous parlâtes en étourdi et en fou ; car vous devez savoir (c qu'il n'y a pas de lèpre si laide que d'être en péché mortel , parce (f que l'âme qui est en péché mortel est semblable au diable : c'est « pourquoi il ne peut y avoir de lèpre si laide.
28. « Et il est bien vrai que quand l'homme meurt, il est guéri de « la lèpre du corps-, mais quand l'homme qui a fait le péché mortel
2(). — 1 A ses; B et L , ces deux.
27. — 1 B et L, onques ncn menly luy feis rcsponcc que. — - B et L, le dirois-je. — 3 L, hautisme; B omet ce mot. — ^ A omet vous deve^ savoir que.
l6 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
(c meurt, il ne sait pas ne n'est certeins que il ait eu en sa vie* tel « repentance que Diex li ait pardonnei ; par quoy grant poour doit « avoir que celle mezelerie li dure tant comme Diex yert en paradis. « Si vous pri, fist-il , tant comme '^ je puis, que vous metés votre cuer à « ce, pour l'amour de Dieu et de moy, que vous amissiez miexque « touz meschiez avenist au cors , de mezelerie et de toute maladie ^, « que ce que li pechiés mortex venist à Tame de vous. »
29. Il me demanda se je lavoie les piez aus povres le jour dou grant jeudi* : « Sire, dis-je , en maleur'! les piez de ces vilains ne « laverai-je jà. — Vraiement, fist-il, ce fu mal dit; car vous ne « devez mie avoir en desdaing ce que Diex fist pour nostre enseigne- « ment. Si vous pri-je, pour Tamour de Dieu premier, et pour l'ace mour de moy , que vous les acoustumez à laver. »
30. Il ama tant toutes manières de gens qui Dieu créoient et amoient, que il donna la connestablie de France à mon signour Gille le Brun (qui n'estoit pas dou royaume de France *), pour ce qu'il estoit de grant renommée de croire Dieu et amer. Et je croy vraiement que teix fu-il.
3 1 . Maistre Robert de Sorbon • , pour la grant renommée que il avoit d'estre preudome , il le faisoit mangier à sa table. Un jour avint que il manjoitdelez moy, et devisiens- li uns à l'autre. Et nous reprist et dist : « Parlés haut , fist-il , car vostre compaignon cuident « que vous mesdisiés d'aus. Se vous parlés , au mangier, de chose <( qui nous doie plaire, si dites haut; ou se ce non'', si vous tai- « siés. ))
32. Quant li roys estoit en joie, si me disoit ; « Seneschaus, or me « dites les raisons pour quoy preudom vaut miex que béguins. » Lors si encommençoit la tençons de moy et de maistre Robert. Quant
28. — 1 A omet en sa vie. — 2 B et L, tant acertenement comme. — 3 B et L, tout meschief de meiellerie et de toutes aultres maladies vous venissent au corps.
29. — 1 Voy. § 688. — 2 B, Fy,fy;j'en ay mal au cueur ; L, Fy.fisje en mal eur.